TU NE TUERAS POINT

Ça me fait bizarre d’entendre (radio, télé) et de voir (presse) tout ce boucan face à un auteur dramatique qui décide d’installer dans sa troupe un ami à lui qui, hélas,  a tué sa conjointe. Au fond des choses, derrière ces cris actuels : Qui s’intéresse vraiment au théâtre ? Qui va voir un spectacle au TNM régulièrement. Une infime minorité de Québécois, non ? Qui sait ce que rédige ce québécois d’origine libanaise, à part ce texte « Incendies » adapté au cinéma… Et encore! Qui court voir et entendre des tragédies grecques antiques ? Qui estime vraiment Sophocle ? Bref, voilà beaucoup, oh oui !, beaucoup  de bruit dans les médias face à une grave affaire morale qui concerne en réalité un tout petit public.

Le metteur en scène Mouawab se dit donc tout étonné et vraiment surpris par l’immense brouhaha. Il se dit bon copain d’un chanteur (meneur d’un groupe disparu « Noir désir ») Bertrand Cantat. Que je ne connais pas, ce monde (mode) musical pop n’est pas de mon âge. Ce chanteur s’est battu avec sa compagne un soir de …libations et, sous les coups, cette dernière tomba dans le coma, finit par mourir. Arrestation du cogneur. Procès. Sentence. Le chanteur condamné en Lituanie, le crime commis à Vilnius, ira payer sa dette en France. Sorti de prison, voilà ce meurtrier involontaire engagé par le directeur de troupe Mouawab. Pour une musique qui cogne « comme tonnerre », aussi pour jouer le chœur grec dans trois pièces du célèbre Grec.

Des féministes s’écrièrent aussitôt. Quel scandale d’oser afficher sur scène l’assassin d’une actrice connue, la fille de l’acteur Jean-Louis Trintignant ! Voilà que le grand public se trouve embarqué dans cette triste affaire de mœurs. Chicane en ondes. Sur un sujet qui laisse froid : Sophocle ! M. Mouawab finit par s’amener à la télé, avec faux-calme et sur un ton de confidence, il philosophe savamment entre moralisme et justice, entre pardon et réconciliation. « On ne doit pas condamner deux fois un être humain » Une partie du public refuse cette tentative de calmer le jeu et juge que le meurtrier involontaire ne montre guère sa part de regret.

Bref, je redis le paradoxe, à partir du vieux Sophocle (combien de « happy few » iront voir la trilogie ?), voilà la place publique envahie par des querelleurs de tous poils ! J’en reste baba. Ce rockeur pourrait se faire plus discret, se garder comme  on dit « une petite gène », mieux, faire part de ses remords. Voire ouvrir un camp où il pourrait exercer une certaine action en faveur des femmes battues, ou tuées.

Bon, malgré cette tempête médiatique, il reste des faits clairs : Sophocle ne sera pas mieux connu, restera peu apprécié par les grandes foules. La tragédie classique, antique et austère, grandiloquente souvent, bien loin de « Mort d’un commis-voyageur », des « Belles soeurs » ou du « Tramway nommé désir », restera affaire d’aficionados. Le bon « TNM », muni de subventions, dirigé par l’imprudente et audacieuse Lorraine Pintal, va continuer sa vaillante vocation pour servir des initiés culturels. Même chose au Festival d’Avignon. La culture classique, avec ou sans repris de justice notoire  —qu’il soit pardonné, oublié ou réconcilié— va rester une sorte de luxueux caprice pour gens cultivés.

M. Cantat ferait bien d’organiser un récital de ses « tounes » pour condamner la violence faite aux femmes, sobres ou ivres.

Un drôle meurt…Roger !

Il vient de passer l’arme…à droite. Il était, oui, de droite. Pas extrémiste, juste conservateur, résistant à certains progrès et se méfiant de tant de modes olé olé. Pauvre Roger Drolet. Paix à ses cendres. Je l’aimais bien. C’est des camarades de CJMS (j’y microphonais un temps 1990-1995) qui me firent connaître. C’était un bizarre. Avant de mourir —le cœur à Sacré-Cœur !— il était devenu un retraité cocasse vivant dans un ancien couvent, payé pas cher, du côté des Coteaux, des Cèdres, tentant avec sa jeune femme d’organiser une sorte de B and B. On m’a dit qu’il y avait des bus à touristes ( circuit-région-Vaudreuil ) qui stoppaient pour un brunch chez lui.

Il a jasé, soliloqué, durant des années et des années des nuits entières à la radio. Il avait ses aficionados. Têtes grises un tantinet réactionnaires ! Des moqueurs l’écoutaient volontiers aussi pour se gausser du jacasseur rétif aux temps modernes, cela à CKVL longtemps, aussi à Ckac.

Plus jeune, débutant à Trois-Rivières, il fut un radioman à la mode du temps. On l’ignore mais avant les farceurs connus comme Tex-le-peintre, Béliveau ou Stanké —et actuels jeunes démons d’une radio FM—, Drolet fut l’instigateur, l’initiateur de coups pendables à sa radio trifluvienne. Mais oui « le » pionnier en attrapes ! Et puis, avant de s’asagir —tard— il mena une vie de patachon, exilé en métropole, speaker forcené, rôdant dans les clubs-de-nuitte de l’époque. Il trouva une zone de sagesse, du moins de modération. Il était de ces laiderons avec sa peau grêlée, d’un type sympathique. Cela existe, on le sait. Il était bonhomme. Avec un caractère tolérant.

Roger Drolet qui vient tout juste de monter au paradis promis avec sans doute « la langue dans la joue » va sans doute tenter dans l’éther de ses arnaques folichonnes parmi les anges lyreux au delà des nuages. Du temps ! Il aimait rigoler. Il aimait aussi s’emporter. Il savait cependant doser ses emportements. Colères très calculées parfois. Car il gardait, par devers lui, une sorte de tempérament disons « correct ». Avec Paul Arcand, aidé par Gilles Proulx et aussi le frère de Daniel Johnson son ami —un juge— chez lui, un soir de bouffe ( sa compagne était un cordon bleu) nous avions tenter de l’entraîner dans un fictif mouvement extrémiste. Il ne marcha pas dans notre combine. Pas fou. Il gardait l’intuition valable que son rôle était celui d’un modérateur (pas d’un leader) même dans sa sphère aux révoltes constantes. Dans ses appartements chics d’une tour de Laval des Rapides (où il avait édifié une chapelle, eh oui !), ce soir-là, il refusa notre piège calmement. Il haïssait les modes. Il détestait les us et coutumes actuels. Il vitupérait une certaine jeunesse.

Il n’y a pas très longtemps, le radioman (tenté par la comédie !) accéda volontiers à la scène. Mais oui, on pouvait aller le voir ( gesticuler et jouer le gras crapaud révolté) et l’entendre gronder, grommeler et grincer à l’ex-cinéma Château dans ma petite patrie ! On m’a dit qu’il avait son fidèle petit public. Et que sa dame de cœur voyait à « très » la bonne organisation de ses assemblées… folichonnes pour le commun des mortels. Il est mort donc. Cela m’a fait de la peine. Il me parlait, un temps, au téléphone et s’amusait de mes emportements et aussi de mes choix culturels. Pour lui la culture contemporaine n’était que faux fuyants, sottes démonstrations d’un modernisme suspect. Oui, c’était un vrai passéiste. Enfermé dans son vieux couvent en Soulanges, il rénovait tout doucement son gîte, pas riche, …et rêvait d’un monde ancien comme son décor un éternel « work of progress ». Tiens, il aurait détesté le terne. Que la paix s’empare de ton âme, Roger.

Fin d’hiver, suffit !

Il a neigé à Port au Prince ? Oui ? Non ? Ici, il a neigé en plein mois d’avril l’autre matin ! Merde, on veut pas voir ça personne. Que le printemps s’installe plus franchement. Suffit l’hiver ! Il y a pas longtemps, mon Le gros chat madré est venu faire son tour. Pas vu de l’hiver mon mon monarque pourpre, Raminagrobis. Toujours il traîne sa lourde pelisse, toujours il se donne des allures de vieux roi tout puissant. À la blanche balustrade au bout de ma galerie, il s’est avancé le museau et a mis son nez en proue face au vent de l’ouest, il ventait fort sur le lac Rond et j’ai cru l’entendre miauler : «  I am the king of the world »

Un fou ! Un dominateur  la Gbabo en Cöte ivoirienne. Envie de sortir et de lui mettre mon pied au derrière. Pour lui apprendre les bonnes manières… Il me jette soudain un regard, à moi, l’humain en rober de chambre et bien planqué derrière les portes-patio. Il me nargue ? Non mais… Il roule des épaules,  on dirait un de ces videurs, rue Saint-Laurent en 1950, quand je calais, jusqu’à très tard, à dix-neuf ans,  de la Black Horse au Faisan Doré et que Normand chantait : «  j’aime les nuits de Montréal, ça vaut bien la Place Pigalle… » Paroles et musiquette de feue Jean Rafa.

Mon Louis XIV s’est grimpé dans un transat ouvert, s’y recroqueville, une sombre grosse boule fourrée. Cette mauvaise humeur, je le sens ? Il a bien vu ce reste de neige ! En avril ! Son air de dégoût, il ferme les yeux et puis se redresse, d’étire, se secoue le violet pelage, puis s’éjecte hors de ce trône improvisé. Il redescend vers, je le suppose,  sa tanière… qui est, je le gagerais, chez ma voisine Blondinette à la santé de fer et qui est une voisine quasi invisible car elle tient un boulot de nuit.

Mon tour. J’ai avalé mes céréales et café à la main, je sors. Humer avril ?  Toute la fin de mars, tout le « tout début » d’avril le fond de l’air fut frais, très frais même certains jours. Enfin ce jour-là une certaine douceur dans l’atmosphère. Ça fait du bien. Bruit de planches remuées sous l,Escalier ! Je me penche, je finis par apercevoir le fessier de Donalda, ma chère marmotte. Ah, ah, aménagement, rénovation, déplacement saisonnier…quoi, ce bruit ? Elle disparaît. Bon. Elle est toujours vivante. Vit-elle toujours seule ? Y a-t-il un coloc ? Un Alexis ? Ou un méchant Séraphin ? A-t-elle eu un ou deux rejetons. Me voilà de bonne humeur, je verrai sans doute mes rats musqués quand le lac va caller, très bientôt, et qui encore ? La famille-canard ? Des mouettes vont tacheter le ciel de lignages blancs,

Un bébé castor égaré va passer en nageant férocement, peureux ? Des poissons rouges réapparaître comme l’an dernier, reverrais-je bientôt mes deux tourterelles de chamois au chant si triste ? Vies-t-en donc au plus vite  printemps, viens mieux. Gonflez-vous bourgeons des lilas, poussez petites fleurs sauvages précoces audacieuses.

On ne me trouve pas de place à Saint-Jérôme encore pour me remplacer la hanche, tous ces mois à attendre et cette douleur sans cesse …bof, j’attendrai bien plus patiemment si la nature se déploie, je geindrai bien moins, mon amour !

 

 

 

LA SOLUTION FINALE ?

Encore un mot à propos de la chicane anglo-franco. De quoi je cause ? D’un coco qui écrit dans son « Globe and Mail », Brad Wheller : «  Si « Karkwa » a pu gagner le prestigieux prix  « Polaris », c’est à cause du tas de francophones dans le jury. » Autrement dit : ceux de Karkwa n’ont aucun talent et ce prix « Polaris » est un cas de favoritisme, » il ajoute : « Ce groupe est totalement inconnu chez nos Canadians, donc tricherie du jury.

Cette semaine, j’entendais (à Télé-Québec) les Lisa Frulla et autres Cassivi nous reprocher (Juno-Awards) notre ignorance des artistes du Canada anglais. Les cons, c’est pareil chez eux. Et inévitable. normale. L’ignorance de notre culture québécoise dans le grand Canada c’est fatal. Hypocrites, cessez vos jérémiades. Il y a deux nations, deux langues, deux cultures. Et, les CANADIANS sont nullement intéressés par notre vie culturelle, l’ignorent. Même chose chez nous. Pis après ? Ainsi le « géant USA » ignore son voisin du sud : le Mexique ! Fatal ça aussi. Ils n’ont besoin de personne les chers Amerloques, bien clair ?  ET quand va-t-on décider de crever cette baloune entretenue par les fédérats ignares. Les deux nations ne se mêlent pas. Et c’est pas grave.

Contrairement à nous, plus grave encore, les activités culturelles du Canada sont méprisés, pire, ignorés. La raison ?  Avec la même langue (anglaise) il y a l’omniprésente puissante culture pop de 300, 000 millions de gens ! En passant, Ottawa subventionne un leurre : deux tiers d’un milliard d’argent public, 666, 000 millions de dollars pour ce « Radio-Canada-CiBiCi »… que personne n’écoute ! Un écoeurant gaspillage.

La réalité ? La grande majorité ango-canadian (et davantage encore leurs émigrants!) est abonné corps et âmes à la culture populaire étatsunienne. Tenez, questionné par Cassivi (La Presse du 23), le Wheller anti-Karkwa sort : « C’est qu’on comprend même pas ce qu’ils chantent, alors pourquoi les récompenser ? » La solution ? Avoir son pays à soi sinon c’est le vieux « speak white ». Allez en Ontario (ou en Alberta), questionnez les gens du peuple  —pas la minorité du « Toronto University »— ils savent tout sur chansons, cinémas, télés, magazines du tout-puissant voisin. C’est leur vraie culture et la tonne d’unifoliés, les parades de Polices Montées à chapeau scout, n’y feront rien. Ici même, tous nos demi-assimilés ne jurent que par USA-cultural. Voyez les incessants reportages-USA à pleines pages dans de La Presse colonisée.

J’y reviens : ne jouons pas les vertueux, si, Québec avait à sa frontière une superpuissance France riche —avec 300 000 millions de Français— nous serions, Québécois,  sous le joug total ! Ah, que voulez-vous, leurs frileux ancêtres crachèrent sur la liberté républicaine, restèrent des soumis royalistes…Le prix à payer ? Cet asservissement culturel total,  tragique réalité.

Et vive « Karkwa » !

 

 

 

« CACHEZ CE SEIN… »

Non mais… peut-on ficher la paix à ce brave bougre de petit maire du Saguenay ? Il a bien le droit de prier quelques instants en public. Ceux qui l’on traîné en procès sont des fanatiques immondes. Au Québec des athées militants sont comme des fondamentalistes extrémistes. Ces anti-crucifix, anti-prières sont des illuminés dangereux qui s’associent pour entrer en lutte (juridique) contre quoi au juste. Ma réponse ? Contre ce que nous avons été, contre d’où nous venons collectivement !

Comme toute nation, nous avons des traditions. Nous avons été fondés sur l’histoire chrétienne, sur les principes de la catholicité. Ça fait partie de notre héritage. Il en reste que notre bonne vielle religion fait partie intégrante de notre patrimoine. Parmi nous, plusieurs ont pris leurs distances, d’autres, plus rares, ont conservés les pratiques ancestrales. Telle la prière à l’hôtel de ville. Les crucifix sont donc des témoins de ces fondements culturels historiques. Bafouer, moquer, cracher sur ces signes sensibles relève d’une mauvaise santé mentale. Je garde, cloué sur ma porte de bureau, un pauvre bénitier de fonte dorée qui était, enfant,  dans l’embrasure de ma porte de chambre. Pis ? Un témoin  de ce qu je fus. Je conserve aussi un crucifix avec une tête de mort et deux os croisés aux pieds du crucifié. Souvenir de ce que je fus.

À un énergumène laïciste dénommé Baril, je dis un jour : « Doit-on aller dévisser et jeter par terre la croix illuminée du mont Royal ? » Il resta muet. Il reste une chose vraie, même l’agnostique a le droit de conserver des croix, c’est notre héritage, notre histoire. Les énervés, exilés d’eux-mêmes, racistes, se méprisent. C’est entendu, au nom de croyances il y a eu des abus, à l’occasion abrutissants. C’est le lot de toutes les civilisations sur cette terre. Je vais laisser, suspendue à mon babillard, le chapelet de « cristal de roche » qui me vient de ma grand-mère. J’y vois ses mains froissées, son visage ridé, j’entends sa voix chevrotante qui s’inquiétait de moi sans cesse, marraine qui vivait à l’étage. Nous formons  80 % de la population d’ici, nous n’avons pas à enterrer notre histoire, nous avons pu résister à l’assimilation (toujours menaçante) « aussi » à l’aide de cette religion, elle faisait partie intégrante de notre lutte. Nier cela, c’est se nier soi-même. Laissons ces reliques religieuses en paix. Fuyons ces querelles fraternelles. Il n’y a plus guère de grenouilles de bénitier ou de rongeurs de balustre, restons néanmoins ceux qui reconnaissent ce que nous avons été. Qu’un maire en province, candide et pieux, s’accroche à un rituel bon enfant, ça dérange qui ? Que des fanatiques anti-religieux. Voir quelqu’un prier, ou se recueillir, fait mal à qui ? Aux excités d’un laïcisme totalitaire, à des aliénés, au Saguenay, à l’Assemblée nationale, n’importe où ! Le fou démonté, dans Molière, qui criait « Cachez ce sein…, est le jumeau d’un autre fou gueulant :  « Cachez ce crucifix… »