LE PASSÉ DE THOMAS MULCAIR ?

Voici une lettre ouverte refusée partout (ou presque). Ni Le Devoir ni La Presse n’ont accepté ma mise en garde. J’ai l’habitude comme vous le savez. Claude.

 
Thomas Mulcair, que certains Québécois souhaitent comme nouveau chef du NPD, a-t-il des squelettes dans son placard ? Il a attaqué le Bloc, a dit de Gilles Duceppe qu’il n’était qu’un « revanchard ». «  M. Duceppe est contre la paix linguistique et il attise des attitudes revanchardes (… ) le Bloc est né des querelles du temps de l’échec de Meech,  c’est dépassé. »

Cet ancien ministre de Jean Charrette fit partie de « Alliance Quebec », un mouvement, on le sait,  e consacrant à lutter contre le français prédominant, contre la loi 101.  « Qu’il a voulu démolir » —disait la presse du 12 octobre 2007. Mulcair a voulu abattre une loi qui est notre essentielle sauvegarde; loi installée avec courage malgré les réticences de René Lévesque par feu Camille Laurin. Questionné, il répliqua : » J’y suis pas resté longtemps à « Aliance. » Hum…le politicien a senti une soupe chaude mais quelle est le fond de sa pensée ? Hum…

Ironiquement, paradoxalement, Mulcair, ex-député libéral, acceptait plus tard de siéger au Conseil de la langue française.

Devenu démissionnaire du parti libéral fédéraliste et passant carrément au domaine politique d’Ottawa, via le parti NPD-centralisateur, son élection dans Outremont comme député n’effacera pas ses premières amours, premières convictions.

« Bon Jack » Layton, regretté chef du NPD, charismatique et fort jovialiste, guilleret et sautillant, sympathique, tout le monde en convient, est mort et ce Thomas Mulcair serait favori pour lui succéder. Mais « Je me souviens » n’est pas qu’une vaine devise et les Québécois doivent se souvenir d’un Mulcair francophobe qui a milité un temps pour démolir l’indispensable « Charte » de Camille Laurin.

Passé donc à la politique fédérale, notre Thomas affirme encore n’aimer que « la paix » linguistique…  À quel prix ? Il parle de « ponts » entre anglos et francos… À quelle condition ?

Il faut dire aux innocents aveuglés : méfiance.

 

Claude Jasmin

 

(Sainte Adèle)

FORTES FEMMES EN CANOT !

Dans mon canot, aviron en mains, je fais le tour du lac Je me sens bien bourgeois quand je me compare à tant de nos ancêtres, intrépides canoteurs. À notre bibliothèque, un livre renversant : « Elles ont fait l’Amérique » par Bouchard et Lévesque (Lux éditeur). Ce bouquin raconte les renversantes aventures de femmes pionnières dont les prouesses sont oubliées par l’histoire officielle.

À un bout du lac, j’observe le parc, sa jolie plage, à l’autre bout, un rivage préservée où le lac prend sa source. Je chantonne en hommage à ces découvreuses « Envoyons de l’avant nos gens… » Lisez ce livre fascinant, lisez sur cette Mina qui canote en baie sauvage d’Ungava. Qui explora le Labrador, y fit des cartes, des photos et publia des récits au pays des Naskapis. Retraitée d’aventures, Mina (Benson-Hubbard)  ira faire des conférences, à Londres, Paris, Rome. Elle  sera une vraie « coqueluche » pour des auditoires étonnés. En canot, en kayak, vêtue de peaux de caribou, Mina étudie les Esquimaux (les Inuits désormais). Vieillie, cette « hors du commun » discutera avec les Bernard Shaw, Henry James et un jeune colonel nommé Winston Churchill ! Notre savant Jacques Rousseau, épaté, s’en fera une confidente.

Pas moins renversante : Esther (Wheelwhrigt). Vers 1705-10, des Abénakis attaquent ces lieux où l’on va en vacanciers : Ogunquit, Kennebunk, York et c’est à Wells qu’Esther se fait enlever. Mode de prendre des otages Blancs pour exiger des rançons. Élevée en forêt du Maine parmi les « sauvages », canoteuse sur les rivières, elle est une indigène —au visage enduit de boue contre les moustiques. Conduite à Bécancour pour transiger, Vaudreuil acceptera de payer. Fusils, couteaux et rhum. Plus 40 écus. Esther sera conduite au pensionnat des Ursulines, le papa Whellwrigt est introuvable. Instruite, brillante, cette sauvageonne deviendra la directrice des Ursulines ! Lors de la défaite de 1760, Esther —une anglaise— sera le chouchou des Anglais. Ils accepteront de reconstruire le couvent qu’ils venaient de bombarder.

Il y a Elisabeth, devenue Isabelle, une Montour, une métis farouche, fameuse en canot canoteuse elle aussi. Elle est un  « truchement » fameux , une interprète, car elle parle plusieurs langues amérindiennes. Cette Montour ira explorer aux Grands Lacs, la région de Chicago, Détroit, villes pas encore fondées. Elle rencontrera le chef Pontiac, héros de la Grande Paix amérindienne de 1701, aussi le fameux Radisson. Aussi un jeune officier du nom de George Washington ! Madame Montour, dite la « Mal engueulée », fut une « coureuse des bois » respectée. Devenue très vieille, on la voit encore canoter, monter à cheval, se tenant très droite, devenue aveugle mais pouvant encore guider jusqu’en Ohio,  —terres vierges encore.

Hélas, pas l’espace pour Susan Laflèche-Picotte qui finira dans le show business avec Buffalo Bill. Ni pour Marie Dorion, refaisant l’expédition de Lewis et Clark, amie du célèbre Toussaint Charbonneau, fondant en Californie du nord, un village de Québécois ! Ni pour Émilie Fortin, Saguenayienne, unique « chercheuse d’or » au Yukon ! Ni pour cette Marie-Anne Gaboury, qui canotera de Lachine —où on met vingt canots à l’eau— naviguant l’Outaouais, les lacs, jusqu’au Manitoba pas encore fondé. Sans parler —partie de Sept-Iles et canotant dans la baie d’Hudson— de cette Maude (Maloney-Watt), dite « La mère Castor », nourriture des Cris. Femmes, vous devez lire ce livre ?

QUEL PRIX LA LIBERTÉ ?

Un courriel d’un fidèle lecteur : « Cher M. Jasmin, facile d’encourager les jeunes à l’engagement politique quand on est un décorateur retraité de Radio-Canada à la belle pension. »

Oh ben là !

Pour la première fois, publiquement, je vais détailler les promotions perdues. Des jeunes lecteurs appendront le prix de la liberté quand on s’engage. 1966, j’ai 35 ans et je veux  devenir journaliste permanent. J’offre ma candidature à La Presse, là où je suis pigiste depuis cinq ans. Me reçoit un boss, M. Desroches. Il me jette : « Non. Pas question ! » Pourquoi ? Pour cause de militantisme. La cheffe éditorialiste,  Renaude Lapointe, qui sera promue sénatrice à Ottawa, fut ma pire ennemie. Et de un.

Et de deux ? 1969, j’ai 38 ans, scénographe à Radio Canada, je veux devenir réalisateur. Pas à l’Information, pas fou, aux émissions pour enfants. J’avais fait La Roulotte de Buissonneau, travaillé trois ans au Service des Parcs. Claude Caron, chef de ces émissions,confiant, me nomme. Mon bonheur et je fais mes boites. Soudain Caron m’annonce que la Haute Direction refuse ma nomination. Pourquoi, pensez-vous ?

1970, je récidive. Aux émissions dites de Variétés. Son directeur, Jacques Blouin, pas moins enthousiaste que Caron, me nomme réalisateur et je fais mes cartons de nouveau. Quelques jours plus tard, Blouin me fait part que la Haute Direction rejette sa nomination. Vous devinez la raison et de trois. En 1971, je réussis à convaincre Michelle Lasnier, cheftaine du secteur Émissions Féminines, c’est « oui ». Elle est ravie de sa nouvelle recrue et, comme on dit, je pacte mes petits une nouvelle fois. Humiliée, madame Lasnier m’annoncera le nouveau refus des grands patrons (Raymond David, Jacques Landry, Jean-Marie Dugas. Et de quatre.

Oui, La liberté a un prix, sinon où seraient les mérites de s’engager. Jeunes gens, vive la liberté, l’engagement, mais il y aura un prix. De là le silence de tant de nos intellectuels connus : la peur de perdre des subventions, des colloques à « voyages payés » par l’argent public. De là tant d’écrivains muets sur la place publique québécoise.

Et de cinq ? Je n’oublie pas l’automne de 1989, retraité, je veux devenir député du P.Q. dans Outremont. Les  timorés (Royer, Boileau) vont énerver Jacques Parizeau : « Dangereux, ce Jasmin qui vient de dénoncer le racisme inconscient des Juifs Hassidim ». Rejeté le candidat.

Oui, il y a un  prix à payer pour la liberté se s’exprimer, jeunes gens qui me lisez. Comme pour la vérité. Je reste, indépendant de tout parti, un indépendantiste libre.

QUAND PARIZEAU, MON RAT MUSQUÉ, PLONGE

Heureux, détendu, allongé au bord de l’eau dans mon transat, une sorte de bio d’Anne Hébert à la main, je roupillais —on a un été si beau— et, soudain, bruit au rivage, je vois une bête mais c’est flou et paf ! Un plouf gigantesque, c’est lui, c’est Parizeau, mon rat musqué pas vu depuis longtemps qui plonge du quai ! Derrière moi, traverse le terrain, un chat au pelage d’un rare beau gris, très fourni, on croirait à une bestiole sauvage ! Je miaule. Il stoppe, me dévisage et puis miaule à son tour puis s’en va la queue en point d’interrogation, chez Blondinette  —qui est devenue Noirette, ô teinture des femmes ! Ainsi Valdombre se serait fait une « blonde »; ma foi, il a du goût mon vieux monarque bougon. Fuyant les bruyants rénovateurs, hier, chez Luau, vision de la fuite éperdue d’un chat très noir mais aux quatre pattes toutes blanches. Je souriais : chat ayant trop trempé dans du lait ou bien dans cette peinture pour les lignes de la voirie ?

Bonheur des matins d’été : le mini marché, rue Valiquette, avec le joyeux Gauthier, ses petits fruits, ses concombres, ses jeunes fèves, son beau maïs. Dire que cela va finir bientôt, merde ! « On a du beau blé dingue », criait le maraîcher de ma ruelle.

Revoir enfin mes sept canards…grossis ! Maintenant, chaque après-midi c’est leur parade, un défilé stimulant, si joli. S’y joignent souvent pas deux adultes mais quatre ! L’autre jour, le « groupe des sept », tous  avachis sur mon radeau. On aurait dit les plaques rondes d’un jeu de « shuffle board ». Ou encore les grosses pierres d’un jeu de boulingrin, alias curling. Cocasses rondeurs brunâtres.

Les onze reviennent et m’examinent ?, s’approchaient, je leur jette alors des baies rouges de chèvrefeuilles pour voir…et ils en mangent ! Ma joie enfantine. Un matin ma Raymonde ébahie : « Tu dormais encore, je me suis réveillée, suis allée à la fenêtre et j’ai vu la mer ! Mais oui, il y avait une imposante brume tout le long du littoral d’en face, le ciel bleu clair était joint à cette brume, alors c’était l’infini. Plus de Chantecler en face, plus rien,  juste du blanc emmêlé au bleu,  c’était vraiment océanique ! »

       Je lis dans une gazette  les paroles —« Dans ma Camaro »— d’une  toune pop de Plamondon du temps que je faisais des décors de Variétés; dont la scénographie d’un mignon gosse, Steve Fiset, favori du tribun Bourgault longtemps. Cette Chevrolet Camaro avait fière allure et, au garage rue St Hubert et Jarry, je fus séduit. J’avais acheté une Corvair, modèle pimpant mais accident sur L’Acadie et la Corvair inutilisable. Mon vendeur : « En échange vous pouvez prendre notre Camaro. » Un cabriolet blanc qui me dura longtemps. Devenu Rouge et bien vieillot, je le vendis un jour à mon futur gendre; Marco goguenard perça des trous dans le plancher et, capote ouverte, lavait sa Camaro à grandes eaux avec le tuyau du jardin ! On rigolait.

Oh, Parizeau qui réapparaît et, plouf ! qui plonge de nouveau. Les onze canards me reviennent. Vite, à mes baies rouges : têtes à l’eau et culs en l’air. Comme en mosquée ! Au fait ça goûte quoi ces baies ? Non, je n’ose pas…          

COURTEMANCHE : « LE REVÊCHE » NOUS A QUITTÉ.

Le brillant journaliste et romancier Gil Courtemanche est parti à jamais. Il était doué, savait nous résumer les actualités d’ici ou d’ailleurs. C’était aussi un homme sombre.

Depuis son décès des mots difficiles pleuvent : arrogance, méfiance, froideur. Des termes durs pour le définir. Pourtant, un après-midi, en Abitibi (à La Sarre) lors d’un Salon du livre, Gil soudain s’ouvrit le cœur devant un petit public et nous fit part d’un tas de confidences avec une bonhomie surprenante, sur un ton d’une grande chaleur. J’en fus fort surpris, c’étaiut es moments exceptionnels.

Courtemanche avait un esprit libre, avait du caractère, un tempérament à part. À l’aéroport de Rouyn ce rare jour d’abandon, je l’avais accosté en lui disant : « Tu as lu le livre de Robin Philpot où lui, il ose partager également les blâmes entre Tutsis et Hutus, au sujet des massacres au Rwanda, qu’en  penses-tu ?» Mon camarade grimaça, me tourna le dos et s’en alla précipitamment, muet. Il y vit une provocation alors que j’aurais voulu avoir vraiment son avis.

Ma mère disait toujours de ces êtres d’un genre misanthropes : «  Un sauvage ! »  Eh bien oui, Gil était « sauvage ». Je ne suis pas du tout certain qu’il aimait son genre; on aurait dit parfois que c’était plus fort que lui. Quand j’avais voulu le remercier pour sa chaude critique de mon roman « Ethel et le terroriste » (dans un revue médicale), il m’avait jeté : « Ca m’arrive parfois d’être par trop généreux ! »

Bon, écrivons : «  mort d’un type revêche ». En belle saison, on pouvait l’apercevoir très souvent à la terrasse de la rue Bernard au Café République. Il y avait son petit coin, sa table de solitaire, dos l’Avenue du Parc, son ballon de vin, ses cigarettes et le regard haut levé vers le mont Royal à l’ouest. Sa solitude. Dans son dernier roman —autofiction) Gil a romancé sa vie, un grand amour perdu, sa solitude, sa crainte de mourir abandonné.

Nous venons de perdre un chroniqueur politique rare.

Claude Jasmin

(Sainte Adèle)

Lapointe est mort, mais ses bouquins demeurent

« Quand il est mort le poète », chantait Bécaud mais Trenet lui affirmait que le poète, longtemps, longtemps après sa mort, court encore dans les rues. Lapointe vient de mourir. La dernière fois qu’on s’est rencontré c’était dans le allées fleuries d’un Botanix, à Lafontaine, avec, à ses côtés, la fidèle compagne, toujours illuminée par ses sourires affables. Il était gai, serein. En fort bonne santé. Lapointe est mort dans nos collines laurentidiennes. Qu’il avait adopté comme « petite patrie » lui aussi.

Il y a plus d’un demi-siècle Paul-Marie, sortant à peine de l’adolescence, entrait en métropole avec une poésie toute neuve. Éblouis, Perron-Gauvreau, éditeurs, publiaient ce texte d’un modernisme étonnant pour 1948  : « Le vierge incendié ». Incroyable, de Chicoutimi naissait un poète à l’art d’écrire surréel qui étonna. Journaliste pour le pain quotidien, Lapointe va publier d’autres recueils. À 81 ans, Paul-Marie, jeune homme venu du Saguenay, est mort.

Les Québécois, en grande majorité, ne le connaissent pas et donc ne l’ont jamais lu. Comment alors lui accorder des funérailles nationales ?, ce serait insolite, une bizarrerie ? En profiter pour dire l’importance de la poésie chez tous les créateurs (musique, peinture, etc.). Pas de tous les poètes, il y a tant de poèmes insignifiants d’un romantisme convenu et dépassé. En profiter pour affirmer que la poésie est un sang, celui de la pensée. Qu’elle est pour l’esprit humain une sorte d’essence, indispensable. Chaque fois que je prends le temps d’en lire, je me sens stimulé, excité, renouvelé. Disposé à inventer un nouveau roman ou récit.

Lapointe est mort mais ses bouquins demeurent et, longtemps, longtemps, sa prose parfois de feu, parfois de lumière,  va courir longtemps, longtemps, courir nos rues, vieux bonhomme Trenet sois-en convaincu.

ADIEU ET BONNE CHANCE CANADA !

Avec les dernières élections fédérales, c’est « le début de la fin » de l’ancien Canada, on devrait en être convaincu. En tous cas, mercredi (10 août), dans La Presse, John (Ibbitson), lui, fait un diagnostique clair qui proclame cette « fin » prévisible désormais. Verdict qui ne vient pas d’un amateur, car mon ami —allié involontaire des patriotes— John, est le « chef de bureau » au « Globe and mail » de Toronto. Il constate « l’isolement » (son mot) : il n’y a plus que cinq (5) députés québécois au pouvoir avec Harper !

Sa deuxième clé ? « Déclin constant à Ottawa du Québec ». Il a tout à fait raison. Il voit clair. Sa lucidité est l’annonce impitoyable de cette « fin de l’ancien Canada », en effet notre « nation » ( notion clairvoyante, venue de M. Harper) n’aura très bientôt aucune importance. Aucun poids politique. Aucun sens réel dans ce Canada en train de se dessiner.

Audacieux, John concluait qu’aux prochaines élections fédérales, les Québécois demanderont pourquoi ils font (encore) partie de ce pays (fédératif). « Que répondra le reste du pays ? » dit John.Tout est dit et bien dit, avec courage, avec franchise. Nos bons vieux demi assimilés québécois vont devoir faire face à la réalité. Ici, au Québec, notre seule patrie, nous sommes majoritaires et « maîtres de notre destin » —Bourassa dixit un soir d’échec mulroneyen.

Nous formons toujours plus de 80 % de la population dans notre seule patrie, le Québec. Il n’y a donc ni isolement ni déclin, très cher John…qui soulignait qu’au sein du Canada, nous sommes passés de 30% à 20 %. Il affirme que notre « insignifiance » politique à Ottawa va s’accroître avec les nouveaux sièges accordés sous peu aux provinces anglaises, en toute justice  démocratique.

Nos vieux nostalgiques du temps du quatuor des demi assimilés, Laurier, Saint-Laurent, Trudeau et Chrétien doivent, tout comme John, regarder en face cette fin de notre importance à Ottawa. Si jamais (une ou) des lois anti-québécoises sont présentés aux Communes, « on est faite » comme dit l’expression populaire. Les Québécois, sans  nostalgie du passé, comprennent maintenant que c’est vraiment le début de la fin et qu’il doit, tout naturellement, y avoir l’indépendance de Québec puisque ici on reste une majorité «  libre de ses choix » —encore Bourassa.

Merci John. Une sagesse populaire a fait un mouvement intelligent en rompant d’instinct avec les indépendantistes obsolètes —et un peu vains— du Bloc d’Ottawa. Encore un pas en avant et nous nous voterons l’indépendance bientôt. C’est nécessaire, c’est la seule bonne et pacifique solution nationale. À moins d’accepter niaisement, suicidairement, de n’être À Ottawa, qu’une infime « parcelle de peuple » sans aucun pouvoir réel —tel les Ukrainiens ou les Chinois du Canada. Oui, une infime minorité —folklorique— au beau milieu de la vaste mosaïque canadian. John, souhaitez-nous « bonne chance ». Enfin, enfin, débarrassé de notre encombrant patriotisme, je souhaite « bonne chance » à ce prochain Canada, pays voisin et ami.

Claude Jasmin

(Sainte Adèle)

(30)

TUTTI FRUTTI

Un aimable loustic : « Des romans, j’en lis rarement mais vos brefs romans dans mon hebdo favori, oui,  toujours. Pourriez-vous me recommander un ou deux de vos meilleurs romans ? » Lui dire : « Mes préférés ? « La sablière, Mario », où je raconte la triste vie d’un frère handicapé. Qui était ma sœur dans la vraie vie. Aussi, « La vie suspendue », où je raconte ma vie avant, pendant et après un suicide que j’ai vu de près en février 1983, hélas, vécu. » Jadis, j’allais demander aux librairies un roman de Gabrielle Roy, ou d’Yves Thériault, ils les avaient tous en stock. Maintenant ne cherchez plus un livre qui date d’un an chez Archambault ou Renaud-Bray, tout est renvoyé après six mois à l’éditeur. Eh ! Allez donc  à votre biblio publique.

Cou’ don !, a-t-on tué mes petit canards ? On les voit plus défiler. La mère est seule. Parfois accompagnée d’un ou deux bons amis ! Une Médée, un docteur Turcotte ? Je m’inquiète. Ou déportés dans un camp de concentration, au grand nord?

Photo dans Le Devoir : de la renouée japonaise et mon souvenir que c’était la plante chérie de papa mort. Il en planta deux tiges un été. L’été suivant, le parterre d’en avant en fut couvert entièrement. Ça renoue cette renouée !

Août entamé et notre beau sorbier va montrer ses fruits orangés. Réserve d’automne et d’hiver pour la gent ailée. Notre grand mahonia va faire bleuir ses fruits et, en 15 jours, tout sera mangé ! C’est beau la neige quand même, non ? Avez-vous hâte ?

Mangez dehors, l’été, quel bonheur ! Chez Juliano, juché sur une collinette de la sortie nord de Sainte Adèle en face du sombre Château Sainte Adèle, y vivre un jeudi soir parfait. Avec ma chère bavette, parfaite. Le spaghetti aussi. Les pennine de ma blonde, parfaits itou !Tout autour de la terrasse le beau boisé ! Des chaises pour l’apéro. On se croirait chez Derouin, à Val David, pas loin de son expo de bricoleurs naturalistes intitulée  « Leg ». Faut que j’aille visiter ça.

Certains matins, m’imaginez-vous en voleur ? De fleurs, —hydrangés blancs énormes— dans une haie de ma  tabagie Le Calumet. Proprio Taillon rigole : «  Servez-vous, allez-y, ce sont les fleurs du notaire Jean. » De gros bouquets et Séraphin-Jasmin est b’in content, viande à chien. De plus c’est « mon » notaire car, accoté-pas marié pantoute, il m’a fallu rencontrer Me Jean pour testamenter.

J’y repensais, cette belle vieille maison de pierres, Chez Juliano, il me semble que c’est l’ancienne demeure de Jean-Charles Harvey, pas très sûr, maison de l’auteur conspué —sous Duplessis— du livre scandaleux : « Les demi civilisés ». Nous tous en 1944 ! Un livre introuvable en librairie ! Ce pamphlet lui fit perdre illico son job au gouvernement. Ce Harvey courageux dirigea longtemps, réfugié à Montréal, l’ultra populaire hebdo Le petit Journal. Là où, à vingt ans, on m’acheta ma toute première nouvelle. Cinq pages. 20 piastres !

Qui écrira maintenant Les demi colonisés ? Du genre à se voter « non » deux fois ! 1980 et 1995. Allons, jeunes auteurs,  courage et perdez votre job !    

CUBA À SAINTE ADÈLE !

Que c’est joyeux une fête au village, n’est-ce pas ? Le théâtre de plein air, néo-grec simplifié, amène en week end de joyeuses foules dans la Côte Morin. Encore, samedi dernier, mon voisinage tout rempli de badauds. Les terrasses des restos (La Chitara, Luau, Del Forno, Café citrus) bien remplies. Des rires, des appels, des cris parfois, tout le monde se dirigeant vers les gradins de pierres et de pelouses, qui avec un petit siège pliant, qui avec ces chaises de toile s’ouvrant comme un parapluie, qui les mains nues, acceptant de n’avoir aucun dossier. Dans l’air de ce beau soir, une gaieté palpable. On s’y rend le cœur ouvert, tout pacifié, tout disposé à sociabiliser un brin avec des inconnus.

J’y ai vu une très vieille dame en forme splendide guidant deux gamins aux yeux bien grands. Aussi un couple de Latinos, déjà remuant, fringant, très disposé à remuer sur place, lui tient, juché sur ses épaules, un tout petit garçon, noiraud adorable aux yeux espiègles. Puis une sorte de prophète aux très longs cheveux gris, barbu, qui se cherche un coin parfait, héite, traverse une allée, avance, recule, finit ps se nicher entre de jolies filles aux robes fleuries.

Des fillettes courent, rient très fort, pas loin des garconnets se lacent des sacs vides gonflés…se font rappeler à l’ordre par une jolie policière au bec pincé. Un peu partout des couples s’amènent s’assoient, se sourient, se collent les têtes, attendent… Sommes-nous mille ? Ma foi oui. Davantage même peut-être. Sainte Adèle reçoit des musiciens cubains.

Les voilà, ils s’installent. Hélas, la scène du petit orchestre semble l’arrière d’un vulgaire camion avec ses bâches de plastique. Les éclairages seront simplistes, flous, comme improvisés. Cuba-la-pauvre ? Ou La Sainte Adèle à Séraphin. On devrait planter des sapins —c’est pas cher— comme arrière fond car la vue d’édifices quelconques derrière cette scène pire que rudimentaire appauvrit encore davantage le plateau de nos invités. Ça n’est pas long que l’ambiance toute « cubaine », antillaise, se réchauffe, s’anime, défilent les samba, rumba, tango, chacha ? —je ne connais pas — vont faire branler du chef nous tous, les assis. Des moniteurs de danse, engagés à une école de Saint Jérôme, au pied de la scène, invite à danser. Certains y vont avec enthousiasme et danseuses et danseurs anonymes font bien voir, ici et là, des habiletés corporelles aux rythmes endiablés

Puis le soir descend et sa noirceur augmentera peu à peu  l’allure de Fête-au-Village. C’est d’un gai. C’est mieux, plus libre, plus chaleureux que ces fanfares militaires —via la fondation Campbell, toujours active en métropole— quand nous allions, concerts gratuits là-aussi, l’été au kiosque de parc Jarry. Ainsi chaque samedi soir Le parc de la famille, une création de l’ex-maire Cardinal, devient un heureux et fougueux rassemblement de nos gens, et de leurs visiteurs, ah oui, très apprécié. On dit souvent « Sainte Adèle, magique », ces soirs-là c’est plus vrai que jamais !