SA CHÈRE JOLIE BULLE ?

Par trop de jours pluvieux ces temps-ci, l’auguste félin, Valdombre, roux chat souverain,vient souvent s’asseoir sur le sentier de dalles qui conduit au lac. Il y reste figé regardant le lac. Que guette-t-il ? Mystère automnale. Ainsi, je descendais à pied la rue qui conduit au GIA de Sainte Adèle en Bas,  il pleuvait ce tout récent matin-là et je l’aperçois qui grimpe. Elle. Voir sa silhouette en une sorte de crucifix marchant en ascension ardue. Oui c’est elle. Qui peine à chaque pas sous la pluie battante, sombre sculpture humaine aux bras levés, crucifiée dégoulinante. Je ralentis le pas, gêné. C’est bien elle. Nous rapprochant peu à peu, je distingue —personnage théâtral à tuque baissée sur le front— qu’elle tient sur son dos, les bras levés, ses sacs d’épicerie.

Être sans âge, forme clownesque au pantalon gonflé, tout mou, au blouson rabattu sur la chemise mal rentrée. Elle, cette gitane aux guenilles ruisselantes ce matin-la, que je croise et recroise. Qui fut, m’a-t-on dit, la fille d’un médecin adèlois. Qui fut estampée « pas fine fine ». Elle va et vient, on dirait, sans destination claire. Elle s’est trouvé un compagnon « de fortune », bougon mutique, jobber. Elle me voit. Je dis : « Quel temps hein ? » Elle m’a grogné un borborygme.

Rentrant du Calumet, armé de mes gazettes, je la reverrai, davantage dégoûtante, proche du « Sô Thaï » , neuf restaurant de mon  carrefour, plus mouillée que chat de gouttière. Ne pas oser lui parler. Par pudeur ? L’égocentrisme actuel ? Notre bulle. Tous on regarde dans la lucarne domestique, pour, ahuris,  voir une enfant de Chine qui se fait heurter, qui tombe au milieu de la chaussée…les passants qui ne s’arrêtent pas pour la secourir.

Ces mêmes jours voir, à Syrte, l’odieux despote libyen lynché, sanguinolent, crevant comme chien galeux. Ne plus savoir quoi penser. Le tyran aurait pu être mené au tribunal pénal international, non? En Chine, la fillette renversée va mourir, on l’a su. Et l’autre, gourou dont j’ai parlé qui souhaite la fin des nationalismes de l’univers (aussi des religions) pour l’obtention du bonheur mondial !

Au fond, ceux qui viennent s’isoleront davantage ! Avec le I-Pod de l’inventeur Steve Jobs, bien vissé aux deux oreilles. David, mon cher petit-fils littéraire se fait voler le sien en plein cœur de Bogotà ! Mon vieux matou fixe toujours l’eau du lac, je songe à la pendue à ses sacs d’épicerie, à la gamine de deux ans couchée dans la rue, au dictateur ensanglanté qu’on assassine à Syrte (où il était né). Réjean Ducharme écrivait : « Mon Dieu dans quel trou m’avez-vous mis ? » Vie quotidienne actuelle contenant aussi la douée Nathalie-à-pétrole ( de La Presse), heureuse de ses « mille chansons » au fond de son sac mais pointant —en Chine tiens— ces usines à I-Pod où un demi—million de mal payés s’échine 60 heures par semaine pour assembler la belle bébelle de feu-Jobs. Revoilà mon Valdombre qui pose son gros cul sur une dalle, s’immobilise face au lac. On dirait un bibelot chinois. Inutile.

2 réponses sur “SA CHÈRE JOLIE BULLE ?”

  1. Et le chat réchauffe le coeur de l’écrivain qui réchauffe celui de ses lecteurs. Ainsi va la vie. Tout concours à être utile. Même l’inutile sert aux verbomoteurs à verbier d’inuiles mots que d’autres s’empresseront de lapider.
    Ici, il y a ce monsieur tout-croche qui ramasse les cadavres gaspillés des bouteilles et des canettes dans les poubelles publiques. Toujours plein sourire malgré son âge et son handicap, il claudique d’un coffre au trésor à un autre. Les jeunes poussent quelques remarques, mais pas trop fort.
    Il y a 30 ans, ce monsieur tout-croche était un prospère homme d’affaire qui a tout perdu au main d’un honnête comptable qui savait bien gérer « son affaire ».
    Quand on sait de quel passé s’habille le présent, on ne juge plus, on regarde, on comprend, et on rentre dans sa bulle, car il n’y a nul endroit au monde où en mieux que dans sa bulle.
    Et c’est dans cette bulle-là, en suivant vos précieux conseils cher maître, que j’ai trouvé un certain talent pour la plume.
    Il n’est pas inutile votre Valdombre, s’il ne fait rien au soleil, il en va tout autrement de ce qui se passe dans l’ombre.

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