UN ANGE EN SKI, UN SOIR

Du haut d’une colline, par temps clair, un bel après-midi récent, je voyais au loin de minces  silhouettes mobiles qui sillonnaient le paysage saintsauverien, dévalant des côtes toutes blanches et j’ai pensé….
Adolescent, citadin de Villeray, nous allions skier aux Hirondelles, bien modeste site à colline du nord de Montréal, à quinze minutes de chez moi en tramway. Que d’efforts épuisants là où il n’y avait nul remonte-pente. Plein-air souhaité par tant de jeunes collégiens désargentés, épuisés de latin et de grec ancien à maîtriser.
Notre autre grand pôle d’attraction ? Évidemment, le mont Royal. On s’y rendait sans cesse l’hiver, les mardis et jeudis après-midi de congé (Collège Grasset oblige). Prendre le tram St Denis, au coin de la rue Bélanger, heureux, munis de nos lourds longs skis de bois —avec stell edges— les attaches à lourds fermoirs à spring, nos pauvres bottines usagées, nos lunettes googles plastifiées, la tuque de laine tricotée par nos mères. Point de ces casques sophistiqués modernes des enfants d’aujourd’hui. Au sommet, proche du grand chalet —dix sous le chocolat chaud— au dessus du Montréal de bas de la ville, nous nous jetions dans la cuvette. On nous disait « vestige d’un ancien volcan » ! Nous risquions —l’audace des jeunes— de nous rompre les os dans les golleys (le petit et le grand). Active recherche de pentes plus raides encore, ô les casse-cous intrépides à quinze ans !
Des enfants choyés, dont les pères possédaient des autos,  nous parlaient de vraies splendides excursions en ski…dans les Laurentides. Lointaines en ce temps-là. J’écoutais ces chanceux autour du petit Lac des Castors, là où il y avait un rude câble en guise de remonte-pente. Au chalet de ce bassin artificiel il y avait aussi du chocolat à dix cennes le grand gobelet.
Longtemps, par la fenêtre de mon bureau, j’ai admiré les mouvantes silhouettes de jeunes aux joyeux habits de ski d’un multicolore ardent. Un jour le Chantecler fermait hélas à jamais cette partie skiable aux pentes douces— d’en face de chez moi.
À quinze ans, les filles commencent à nous envoûter. Ayant su qu’il s’en trouvait de bien jolies sur les pentes douces du « pied du mont Royal », de la rue mont Royal à l’Avenue des Pins, je décidai d’y aller fleureter. Un beau soir sous la magie des lampadaires : la féerie des jeunes demoizelles glissantes dans la nuit douce de fin février. Je ne serai pas déçu. Ayant élu une ravissante skieuse dans sa combinaison moulantes aux tons de roses, je m’y attachai. Bout de conversation innocente  —« il fait doux hein ? C’est beau la nuit hein ? J’aime les couleurs des pompons de ta tuque ! Quel est ton nom ? Tu étudies où ? — et je la suis partout. Voici qu’une lente neige à flocons immaculés se met à tomber, nous admirons les rideaux d’une voilure romantique dans les lueurs des réverbères. Nos coeurs en émoi s’agitent. Elle a enlevé ses mitaines et va s’asseoir sur un rocher, je veux toucher ses doigts, elle consent et nos visages se rapprochent. Premiers baisers, c’est si bon, je vois la beauté d’un ange. Tellement plus vivant que l’ange de bronze du monument voisin. Une quasi voisine car elle habite rue Saint Valier, 6970, chanterait Beau Dommage. Deux cœurs en fête iront prendre le même tramway.

Une réponse sur “UN ANGE EN SKI, UN SOIR”

  1. La colline aux Hirondelles … oh la la …. 50 ans déjà … plus de traineau, pente trop courte pour des skis. Nous glissions sur nos bottes.
    De la paroisse Notre-Dame de la Merci, nous nous y rendions à pieds.
    Simple souvenir, sain et agréable. Notre rue, de la terre battue.
    En 1955, le feu couvait encore, dans la savane, sous la neige, à St-Michel.

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