DIRE ADIEU ?

Soudain elle a eu les yeux —comme on dit— pleins d’eau. J’étais mal. Je regrettais mes paroles. Il y a que… ça ne cesse pas autour de moi : « Vous ne pouvez pas rester encore bien longtemps ici ». J’en parle. « Raymonde, combien de temps encore ? » Elle : « Tais-toi, je ne veux pas m’en aller d’ici ? » J’ai dit : « On jase là », en Guy Lepage. J’ai songé à toutes ces « vieilles personnes » obligées un jour de « casser maison ». Tout quitter de ce qui fait notre décor quotidien, nos choses à soi, amis, voisins. C’est qu’il y a l’entretien —pelouses l’été, la neige l’hiver. Si vous voyiez ma cave : un capharnaüm !
Quoi, toute vie a ses cruelles échéances. « Sort humain » répétait un personnage de Mia Ridez. Je pense à tant de « déménagés » malgré eux dans tant d’hospices. Notre tour approche : devoir quitter où nous sommes heureux depuis 34 ans. Ne plus revoir certains voisins, tourner le dos à nos commerçants familiers. Devoir oublier nos arbres, plantés souvent de ma main —j’ai eu 45 ans une fois ! Adieu fleurs, oiseaux, écureuils-acrobates fous. Adieu marmotte à qui je jette du pain si souvent. Adieu cocasses rats musqués, adieu si jolie famille de canards. Adieu anneau de neige, cirque archi lumineux au soleil pour balader humains et chiens…
« Écoute, chérie, on s’essouffle à rien, non ? » La compagne proteste, gestes du refus. Nous en aller dans un condo en ville et fin des soucis ménagers. Vivre comme à l’hôtel. Terrasse, piscine, resto. Vie d’ hôtel ! Bientôt faudra vendre « le char », adopter le commode transport-en-commun. Et taxis. Revoir nos stations du métro. « On ira au théâtre plus souvent, toi qui aime tant ça ». Le temps ! Juin 1973 et ma compagne —enfant de la rue Rachel— découverte d’une aubaine, notre maison à 25,000 dollars ! Pour Raymonde, c’est « le chalet » car, la semaine, c’était boulot. Réalisation des Dubois, Chaput-Rolland, Payette, longtemps, de Lévis-Beaulieu. « Le chalet » cette grande cabane en déclin gondolant, cinq chambres à l’étage. Puis, retraitée comme moi, ç’est le « home sweet home », le statut de « villageoise. Alors, tu y  songeras :  nous en aller où il y spectacles divers, cinéma dit de répertoire, mille restos, aller enfin à ces festivals —jazz, humour, films. « Non, jamais de la vie,  impossible. » La voir si triste : « Okay,  on y repensera. » Tenir…Un an ? Deux ans ? Ne plus aller marcher Avenue Chantecler, ni faire « le tour du lac ». Dire adieu à mon « Calumet-journaux-magazines », Ne plus rigoler avec les postières, ni avec le boucher ? Dire adieu à Fusion aux ses appareils modernes, adieu à ma piscine de l’Excelsior ? A mon École Hôtelière, à l’hebdo Pays d’en Haut ? Bon, on oublie ça, on fera appel à des gaillards juvéniles. Le printemps dans… deux mois et on reverra les mésanges, des pics noirs, le rouge cardinal, nos tourterelles tristes. Rester, facile à dire. Rêvons qu’on ne vieillira plus ! L’on s’attache, à ces collines, jolies. Une « petite patrie » ? Exactement cela.

3 réponses sur “DIRE ADIEU ?”

  1. Tous, nous naissons, avec l’épée de Damoclès au dessus de nos têtes.
    Quelqu’un à dit, à quelque part en Asie, quelque chose comme suit : Nous
    pleurons à la naissance probablement parc que nous savons, pour un court
    instant ce qui nous attend.
    Je crois que ce qui compte est ce que nous avons vécu.
    Lorsque la richesse que nous possédons ne se compte pas en billets de
    banque, alors, nous laissons des traces réelles dans le coeur des gens que
    nous avons touchés. Cette richesse nous l’emportons dans l’au-delà.
    Celui ou celle qui aura travailler à la possession des biens de ce monde, ne comptera que du vide – l’autre bord -.
    Soyez donc, Claude et Raymonde, heureux du bagage que vous emportez
    et de l’héritage que vous laissez.

  2. Rien ne sert d’agir en pharaon. Vouloir tout emporter dans sa tombe.
    Après y avoir réfléchi, le détachement progressif me semble la méthode
    à adopter.
    Exemple : payer un jeune pour tondre le gazon…. etc
    Donner de temps, donner à quelqu’un de plus jeune que soi, un objet
    auquel se rattache plus de souvenirs que d’utilités. Ce quelqu’un pourrait
    être lié ou non, au dit objet, par des souvenirs communs.
    Se défaire de son auto . . . . aĩe .. aĩe .. aĩe .. me parait le plus pénible.
    Personnellement, je ne suis attaché qu’à ma région et j’ai vécu de Montréal
    à St-Adolphe d’Howard. De Pointe-Calumet à Mascouche depuis 57 ans.
    Avant j’étais très jeune et ça compte plus ou moins. Conséquemment, je
    crois qu’il me sera plus facile d’aplliquer ce que je préconise.

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