VOTRE CHRONIQUEUR EN LARMES !

VOTRE CHRONIQUEUR EN LARMES !

Dans sa petite chambre d’hôpital, ce dimanche, l’ami Paul Buissonneau me raconte d’où il sort. D’abord, à son loft du  Canal Lachine, ce coma subit. « Claude, quand  je finis par me réveiller à l’hôtel-dieu,—où suis-je ?— se faufilait  dans des rideaux bleus, une étrange silhouette, cheveux longs et barbe blanche ! Effaré, j’ai peur, suis-je mort, est-ce le bon Dieu en personne, ou un elfe magique ? Eh bien, j’apprendrai que,  chaque année, un itinérant vient jouer le Père Noël pour les patients. »
Anciens-jeunes si vous aviez vu, en jaquette, dimanche, à l’Institut gériatrique  —de biais avec l’Oratoire—, le célèbre « Picolo » de la télé. Paul fut mon « premier » patron —pour La Roulotte des parcs. Mon webmestre, Marc Barrière —allez voir à   à claudejasmin.com— a mis « en ouverture du site »  votre chroniqueur sur La Roulotte en collant noir, carabine de carton en mains, qui  joue en dansant, sur du Prokofiev, « Pierre et le loup ».
D’abord Paul nous raconte son effrayant calvaire et soudain, comme lui, avec lui, j’éclate en sanglots ! Raymonde toute bouleversée devant deux vieux compagnons en « bout de piste » de la vie. Mouchoirs de papier. Merci. Calmés tous les deux, Paul ouvre un cahier et lit un de ses contes. Folle passacaille sur l’amour ! Un texte émaillé de titres de toutes les chansons d’amour connues. Un bijou ! Ah oui, mon cher Paul va mieux. Ce devenu fervent « montréaliste » fit le tour du monde, alla au « Ed Sullivan’s show » à New York, accompagna l’inoubliable Édith Piaf avec des « Compagnon de la chanson ». Paul deviendra le fondateur du « Quat’ Sous ». Son étonnant don —vrai génie visuel— pour la mise en scène fit de lui un incontournable initiateur, annonçant ces Robert Lepage. Né plus tard, c’est certain, Paul aurait été « le cœur » du triomphant et planétaire «  Cirque du Soleil » Ce bûcheur, novateur, ce rigoureux gueuleur s’est épuisé. Sachez qu’un Jean-Louis Millette ou feu Claude Léveillée, et tant d’autres, répétaient : « Paul a été mon maître ».
À 86 ans, le voilà remis sur le piton et ce dimanche après-midi, « le vieux maître » a eu des éclat de rire tonitruants. « sois attentif, mon vieux, la vie c’est précieux, formidable » ! Yeux séchés, ce sera l’album imaginaire : par exemple, sa rue Mouffetard, lui en gamin de 13 ans, ouvrier. Et Paris sous les bombes ! Guerre finie, l’adolescent est apprenti acteur-chanteur. Surdoué, ce jeune « misérable » hugolien vaincra le mauvais sort, Cinq ans de gloire. 1950, amoureux d’une Québécoise, il s’expatrie et le voilà vendeur « à 15 piastres par semaine chez Archambault » quand le directeur des Parcs, Robillard, lui confie (!)  un camion municipal, qu’il  devra métamorphoser en théâtre ambulant pour enfants des étés-en-ville. Dès 1953, « Variety »,  un magazine super-prestigieux, lui tresse une couronne de fleurs !
Dans un modeste pavillon de briques (là où se dresse le Stade Olympique) Buissonneau nous faisait répéter ses premiers spectacles, de Orion le tueur —j’y jouais quatre rôles— aux  « Oiseaux de lune ». Aussi son inoubliable « Tour Eiffel qui tue ». Paul renouvelait un art du théâtre inédit et, un  jour, il achète une synagogue (Avenue des Pins). À payer avec ses cachets du « Picolo » de la télé-jeunesse.
Viendra donc ce terrible coma puis une sale bactérie « mangeuse »… la vision du ce lutin noélesque ! Mais la joie dimanche de lq revoir blagueur, par exemple évoquant ce gourou hindouiste, Rampa, auteur  du « Troisième oeil », Un voisin malcommode à Habitat’67 et qui l’engueule ! Excédé mon Paul lui gueulera : « Lobsang, je vais t’le péter, moi, ton troisième œil ! » On rit. Fous souvenirs. Que Dieu te prête longue vie,  je veux lire tes contes d’un ordre spécial. Vous ?

3 réponses sur “VOTRE CHRONIQUEUR EN LARMES !”

  1. C’est à chaque jour qu’on se construit un passé en y inscrivant des souvenirs qui un jour nous font rire ou pleurer. C’était pour me souvenir de ce maître Picolo de ma jeunesse, qu’il y a 33 ans j’ai donné le prénom de Paul à mon premier fils. C’est le monde imaginaire qu’il a amené avec lui qui m’a permis de croire que j’avais le droit de rêver moi-aussi.
    Le lire ? Bien sûr.
    Nous sommes tous le «maître» de quelqu’un, même sans le vouloir. Il suffit d’être vrai et d’y aller. Pour les milliers d’étudiants que j’ai eu durant les 30 ans ou j’ai enseigné les arts martiaux, fut un temps (avant ce foutu accident d’auto de 2004) que je le fus pour plusieurs.
    Qu’il en fut un pour vous me réjouit.
    Prenez-soin de vous cher maître Claude, de cette manière c’est un peu de nous tous que vous prenez soin…

  2. Pendant que j’écoutais « Jasmin, père et fils à Sonia Benezra » sur Youtube …
    Conclusion de mes mes réflexions : « Le Roi est mort, Vive le Roi! »
    Ce que tout père devrait vivre, belle relation, l’héritage d’un père à son fils.
    J’aurai, un jour, à vivre ma mort et je n’y peut rien. Y aura-t-il quelqu’un
    pour clamer ce que je fus par les même paroles???

  3. Paul Buissoneau a toujours été authentique. Un modèle de stabilité
    nécessaire à l’épanouissement de la génération qui suivait. Bien sûr, je fais
    surtout référence à son personnage « Piccolo ». Maintenant nous dirions de lui
    « Alto » o « Grande ». Longue vie à lui aussi.

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