MICHEL TREMBLAY BIEN VIVANT !

Mon jeune —de dix ans— camarade Tremblay s’est sorti de « la maudite camargue » deux fois. Une tumeur, plus tard, un cancer ! Courrez chez Duceppe, je l’ai fait vendredi, pour entendre ses terrifiantes, bouleversantes réflexions sur la mort proche. Vous verrez l’acteur Raymond Bouchard, son jeu impeccable, se débattre au seuil de la démence. Victime révoltée de cette  funeste maladie : « perdre sa mémoire ».

Tremblay fait entendre des réflexions d’une écriture intense. Frissons garantis ! Je voudrais bien obtenir le texte pour relire des phrases à l’humanisme désespéré et incomparable. Tremblay s’avance dans la force de l’âge avec, désormais, une intelligence, une sensibilité extrêmement profondes. Courrez admirer aussi le travail du talentueux Denoncourt, brillant « métronome » (rythme et calcul du temps). Il vous a organisé une étonnante chorégraphie, un ballet mortuaire hallucinant de cruauté avec les deux enfants grandis et l’ex-épouse, vengeresse. Tous venus au chevet de ce Monsieur Noël, pour l’accabler, ce très célèbre neurochirurgien mais qui fut aussi un parfait égocentrique, inapte à « la famille ».

L’auto-euthanasie plane chez Duceppe, tentation fatale. Je répète, vives émotions garanties et, parfois, un silence de mort » (c’est le cas de le dire) dans la salle, un public atterré, comme hypnotisé. Vendredi j’ai repensé au film —à voir au cinéma Pine— « Carnage » de Polanski qui montre le ravage, le naufrage dans deux familles. Avec « L’Oratorio de Noël », son auteur affirme hors de tout doute qu’il s’est construit « une oeuvre ». Pas seulement du divertissement. Le grand André Malraux, Calafarte, Milan Kundera, Cioran même, en conviendraient tous. Voyez donc de l’écrit qui compte.

Les fantastiques monologues de Bouchard ( au début et à la fin) vont vous amener au bord des larmes. Pourtant le metteur-en-scène, Denoncourt —il aurait pu— évite absolument le facile mélodrame. Terminé le cycle ( le cirque ? ) brillant du « joual » bellesoeurisantes. Voyez vite chez Duceppe —et bravo au directeur Michel Dumont—,  oui, vite, allez assister à ce fascinant lamento, un « tombeau » dédié aux carriéristes ambitieux, à un homme savant mais dur, fermé. À un professionnel qui a « oublié de vivre » une vie affectueuse. C’est rédigé —au scalpel, tiens !— avec des accents d’une vérité qui vous fera réfléchir longtemps une fois sorti de chez Duceppe. On veut remercier la providence d’avoir épargné (tumeur et cancer) ce dramaturge québécois surdoué.

À, bientôt, 70 ans, Michel Tremblay annonce avec son ORATORIO, musique de Mozart dans la salle), qu’il  fonce dans un nouveau cycle. Ce premier « opus » sera joué partout et encore dans 50 ans. Prédiction facile à faire. Même si vous n’êtes pas vraiment un amateur de théâtre, sachez qu’un texte de cette qualité, de cette profondeur humaine ne court pas les rues. Il vaut la peine d’aller l’entendre. Ce sera une date à graver (février 2012), dans ce qui se nomme notre « mémoire », collective, cela justement que personne ne veut perde, n’es-ce pas ? Voyez vite un acteur prodigieux, Raymond Bouchard, qui se débat, qui vacille et qui nous crie « Au secours ». L’homme est rendu aux portes des limbes. De ce « trou noir » (ses mots répétés), qui s’accroche dans sa jaquette bleue d’hospitalisé. Il nous secoue, nous émeut. Bouchard  nous gueule que la vie est un don précieux et on sort de chez Duceppe en se jurant de mieux vivre,  d’être plus humain. Merci à l’ancien p’tit gars venu de la rue Fabre. Merci Michel !

3 réponses sur “MICHEL TREMBLAY BIEN VIVANT !”

  1. @2e envoi, cette fois-ci, j’ai attendu une semaine, avant de réitérer.

    2Maurice Lalancette
    En attente de validation.

    ===Voyez vite un acteur prodigieux, Raymond Bouchard===
    D’accord à 150%… je l’ai vu à l’oeuvre dans « La Grande Séduction »

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