FUS-JE UN BON PÈRE ?


Beau dimanche chez ma fille, Éliane, belle « fête des pères »; ce rituel commercial ? Je dis toujours oui, jour commercialisé, oui, mais sans ce rituel, cette sorte d’obligation sociale, ce serait une « rencontre familiale » de moins. Pas vrai ? Alors « merci m’sieur commerce » !

Vendredi midi, à la radio d’Isabelle Maréchal: « Vous, avez-vous été un bon père ? » J’ai été franc : «  Oh non, trop laxiste. Suis tombé dans le piège commun : être aimé absolument, tout le temps, seulement.

Or, l’enfant a besoin de refus, de barrages, d’interdictions pour se forger le caractère, se préparer aux fréquents « refus » dans une vie normale; il a besoin d’apprendre à négocier, à s’amadouer, à séduire, à composer, à se battre parfois pour obtenir une faveur, un privilège, un cadeau, un « jeu vidéo » . Sinon, sans jamais aucune barrière, ce sera l’Enfant-roi !

Les temps actuels sont aux valeurs de plaisir, de bonheur, de perpétuelle joie imposée. L’enfant doit être « élevé », éduqué, préparé aux difficultés de sa future existence.

J’éprouve une sorte de compassion pour « le nouveau », futur, prochain père, celui d’aujourd’hui. Je n’ai pas eu ce terrible rival. Je veux parler de tous ces machins électroniques. Ils ont une influence certaine dans l’éducation actuelle. Ni ma mère, ni mon père, aucun des deux ne fut obligé de composer avec l’attrait terrifiant de ces machines diverses dont les fameux « jeux ». Désormais il n’y a plus, comme à mon époque, les parents et les amis. Il y a cette masse séduisante de ces mondes à écrans, à manettes.

Dans ce monde actuel surgit, survient sans cesse des aspects de société troublants. Ainsi, de jeunes élèves du secondaire qui veulent voir un assassinat et le dépeçage de cadavre et qui demande au prof de « prendre le vote ». Tout se sait désormais. Le jeune prof est au chômage et il aura un « dossier » lourd. À Francs-Tireurs, Lucien Francoeur, prof à Rosemont : «  Mes jeunes sont d’une intelligence brillante mais ils sont indifférents. Un voisin de pupitre s’écroulerait, toute de suite ils enverraient un message sur leur réseau social dans la Toile, ils prendraient une photo avec cellulaire pour faire voir le compagnon écrasé au sol. »

On frissonne.

J’entends souvent des témoignages de cette sorte. Francœur a dit qu’au secondaire, c’est « les adolescents en pleine crise », qu’il faudrait mieux payer ses profs et, surtout, couper en deux les classes de 28 ou 30 élèves, former des classes de 18 élèves maximum. Il ajoutera : «  Sans ces longues vacances d’été, je me suiciderais de stress! » Je découvre donc chaque fois que mon propre fils avait eu raison quand, après deux ans, il quitta l’enseignement dans une polyvalente de l’Est. « Papa, j’ai étudié à l’Uqam pas pour devenir police mais pour transmettre du savoir. J’abandonne ! »

Interviewé avec moi chez Maréchal, le même Francoeur, revenu de loin, vétéran d’une bamboche grave, de dérives suicidaires, dira : «  Au fond de tout, dans la vie, il n’y a qu’à aimer, oui, Il faut aimer avant tout. C’est la seule vraie affaire ».

Alors là, j’étais content. C’est si vrai et disons-le aux papas qui sortent de la « fête des pères » assez anxieux, parfois même angoissés, qui se questionnent « Comment devenir un jour un bon père ? » Il s’agit avant tout d’aimer. Avec l’amour bien des erreurs vont s’effacer d’elles-mêmes. Se relativiser. Augustin, oui le saint, a dit : « AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX » » Je voudrais que cela soit mon unique slogan, mon seul moto.

 

 

 

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