LA MER RESPIRE VOUS SAVEZ

Ma chanceuse de fille me parle de beaux gros homards à très bon marché. Où ? À Cap Lumière, son camping chéri acadien. Éliane au téléphone : « Papa, ici, plein de homards vraiment pas cher, dans le 5 tomates, achetés frais péchés au quai de Richibucto. » Je lui révélais qu’au Maine, on crache 20 piastres (viande à chien) pour une bestiole à pincettes d’une livre et quart ! L’an prochain j’irai manger à ce Cap Lumière au pays de ma chère Sagouine.

Portrait d’Ogunquit ? Ce village « nouvelle Angleterre » était déjà populaire il y a longtemps. L’adonis Rudolf Valentino le fréquentait. Et Mary Pickford. Et Mae West. Cette station balnéaire —à la plage fascinante— eut la visite de fameux artistes dont Picasso et Matisse. S’y tenait une course automobile prestigieuse et de vieilles photos au HuckelBerry, (resto « style 1920 ») sur Beach Road illustrent ce lieu en vogue. À Ogunquit, plage inouïe qui, au rythme des marées, s’allonge sur plus de deux milles pieds ! Que de promenades dans l’air salin et iodé sur tout ce sable bien tapé, hypnotisé par la vue à la périphérie bleue embrassant des cieux infinis et cette mer au vert illimité et tout ce sable aux cent beiges sous les flots de parasols multicolores. Des vers de Rimbaud chantant « des plages de foules en joie » me hantaient. À Ogunquit on croise de nos compatriotes dans tous les coins, bien loin du Old Orchard commercial à motels entassés.

Vers 1988, j’ai publié (biblio publique) « Une Duchesse à Ogunquit » pour raconter et le crime d’une duchesse (de carnaval) et aussi pour décrire ce pimpant village. Dont ce célèbre Marginal Way, sentier écolo qui surplombe de jolies falaises et qui prend fin à Perkin’s Cove, lagune remplie de baraques d’artisans, aussi mini-port aux barques-à-homards dansantes.

Il faut le voir pour le croire. Tous les soirs, une cohue humaine défile comme en liesse entre cafés, restos, un cinéma, magasin de glaces, de « toffee », des boutiques, une multitude bruyante sur Shore Road, des deux cotés du carrefour, là où la Route No.1, rencontre les autres chemins et, oui, oui, où il n’y a aucun feu de circulation ! Courtoisie obligatoire ! Sur le quai de Wells le bon homard. Cher. Au sud, vers Kittery, il y a —comme jadis rue Amherst à Montréal « La grange à Séraphin »— « The Barn », où on se régale —à bon marché— de gargantuesques pièces de viande rouge.

Un midi, une compatriote : « ‘Coutez donc vous, là, êtes-vous celui qu’on pense que vous êtes, mes amies pis moi ? » J’ai acquiescé. Dans l’écume du rivage, des gamins jouent d’adresse sur des planches de bois, des ados sur des planches de plastique dans l’écume du large. Sur la plage —après cinq heures— de jeunes surfmen s’ébrouent. Les goélands quittent le toit du Norseman (sorte de « motel-paquebot » échoué), les sand-pipers s’étourdissent. Deux Hemingway installent une canne géante avec sardine en appât. Je verrai, tour à tour, la sortie frétillante de deux grosses prises. « C’est du 20 livres, ça m’sieur ! », me dit un loustic épaté.

Du matin au soir, de jolis bus rouges, déguisés en tramways, font des navettes incessantes. Partout un peuple estival, jeunesses et vieillesses mêlées, font voir le bonheur de l’été. Revenu, je m’ennuie déjà de la respiration océane. Car la mer respire et l’entendre m’est une joie.

 

 

 

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