DOUCE TERRE

 

 

Écoliers, nous apprenions : « Aucune terre n’est si douce que la terre où nous sommes nés ». Il y avait des chansons où « les petits mousses » pleuraient leur patrie perdue de vue. Où des matelots « à long cours » étaient tristes sans bon sens. On chantait, la larme à l’oeil : « Un Canadien errant… », chialeur : «  Vas dire à mes amis que je m’ennuie d’eux ! »

Je suis de ces générations, né en 1930, bien sédentaires. Le voyage était un luxe. Sans bourse, point de séjour à Paris ! Le sort de la majorité. À vingt cinq ans, je me croyais bien loin sur un joli cap nommé « Cod » au large de Boston ! Chante mon Dubois : « Le monde a changé tit-loup ! » Oh oui.

Voyez-moi au soleil, au bord du Rond, dimanche, avec un de mes cinq petits-fils, Gabriel. Lui, à vingt-cinq ans, il a bourlingué déjà pas mal : aux Fêtes, il était en Guadeloupe et là, en long congé de prof (il enseigne la musique), il me revient… d’Hawaï !

On a jasé, b’en, lui surtout ! Des beaux flots turquoises polynésiens, des montagnes aux lourdes frondaisons tropicales, des volcans, des vagues énormes de l’océan pacifique, des longues plages de sable blanc : « oui papi, comme du sucre en poudre ». Écolier, ce fils de ma fille, avait vécu, en France, (les échanges d’écoliers) sur une ferme moderne dans le Bordelais. Il y a pris, jeune, les bonnes manières de s’adapter, de s’intégrer.   « Tu sais, papi, ce fut alors « l’initiation » pour apprendre à vivre loin des siens, loin de son chez soi ».

Gabriel garde des souvenirs très heureux des guadeloupéens : « Oh oui, un monde très chaleureux, perpétuels sourires, incessantes salutations partout, offres spontanés de soutien. Que j’ai aimé cette île française. » Il me raconte les expéditions dans la nature tropicale, serpents, tortues, oiseaux, etc., aussi ces perpétuels cris des « coqs-à-combat », les déroutantes expressions en leur créole à eux, la bonne bouffe de ces « français exilés ». Bref, du dépaysement pas mal plus marquant que moi à Provincetown, Mass, en 1960.

Ainsi, je le sais bien, les nouvelles générations se remuent, déménagent à « avion-que-veux-tu » sur le globe. Comme jamais. Un voyageur me disait : «  Aujourd’hui, tu te rends n’importe où dans le monde, vraiment n’importe où, en Islande ou au Laos, et tu peux être certain de croiser un Québécois ! »

Est-ce dans notre ADN avec tant d,Ancêtres explorateurs ?

J’entend parler d’aubaines formidables via le web, de jeunesses qui consultent certain sites de la Toile où on déniche, semble-t-il, des « sauts de puce » (de ville à ville) offerts à vraiment très bon marché. Des billets d’avion à des prix incroyablement bas. Les temps changent, tit-Loup, oui. David, grand frère de Gabriel (et l’autre écrivain de la tribu ), boursier, a séjourné longuement d’abord à Cristobal (Mexique du sud) et puis à Bogotà (Colombie), —il baragouine l’espagnol. Quant à mon Laurent, « l’enfant du milieu », tiens, il rentre de Cuba !

J’avais 50 ans (1980) , moi, quand j’ai traversé l’Atlantique pour la première fois !

Quant aux deux fils de mon fils, Thomas, se trouve en Thaïlande au moment où j’écris mon billet. Là ? Là où se déroula cette lugubre histoire de deux québécoises empoisonnées, aïe, Thomas, touche pas aux cocktails ! Enfin, quoi dire « des voyages de « Gulliver-Simon », Simon, l’aîné ? Tout jeune représentant pour une machine belge (anti-pollution) Simon Jasmin trotte et est en train, ma foi, de faire le tour du monde, du Qatar à l’Argentine, du Brésil au Koweït. Un jour il est à Berlin, un autre il est en Italie ! Je le fais sourire quand je lui dis que ce « cinq heures de route » —Ogunquit-Maine— m’a fatigué !

Une réponse sur “DOUCE TERRE”

  1. Cher maître de la plume et docteur des mots, ils voyagent vous dites ? Mais vous aussi et vous nous transportez avec vous dans vos bagages. Vous nous amenez là où nos pas n’iront jamais mais là où nos aïeux ont foulé la terre pour se bâtir un pays.
    N’importe quel ti-zoune avec $ 500 peut aller loin et très loin, mais aller là où vous nous propulser ça prend de la magie et le don.
    Fils de milieu très modeste, mal aimé, violenté et rejeté, j’ai fait mon premier voyage dans votre sillon.
    Oui ils iront loin, mais jamais aussi loin que vous êtes allé. La porte ouverte de la mémoire qui nous est si importante à nous qui avons pensé à autre chose qu’à la distraction, vous la tenez ouverte et nous y allons et venons au fil de vos ouvrages.
    Elle est bien belle la montagne sur la carte postale… elle est bien claire cette eau cristalline où nagent des poissons étrangers… elle est bien blanche cette neige éternelle… et puis !
    Comme si ailleurs n’était jamais assez, aussitôt arrivés ils repartent, comme s’ils étaient incapable de goûter le doux fruit de notre terre fertile.
    Quand on a pas la mémoire, on a rien.
    À l’âge de vos fils (59 ans bientôt) je n’ai jamais encore pris l’avion, par manque d’intérêt peut-être, et puis, en suivant les conseils que vous me fîtes un jour : écrire sans fausse pudeur, avoir un style bien à moi, avoir du panache… mes mots en font voyager d’autres aussi… et puis j’entends une rumeur, le lancement de mon 4 recueils de fables inédites chez nos cousins français après les Fêtes et puis mon deuxième roman qui sera suivi d’une série de conférence.
    Monsieur Jasmin. Vous voyagez et vous faites voyagé.
    Moi qui vous considère comme un père spirituel, un parrain de la plume, un bâtisseur du Québec, un historien du terroir, en pensant à cette maison de souvenirs que vous nous construisez, j’entends Vigneault qui chante : « … mon père a fait bâtir maison, et je viendrai à sa manière, à son modèle, pour me bâtir à côté d’elle ».
    Les plus beaux voyages sont ceux qu’on fait à l’intérieur de soi.

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