« PRENEZ UN KAYAK »


Eh oui, première neige déposée durant la nuit. Au matin une poudre légère partout, maquillage avant-coureur de ce qui s’en vient ? Café à la main, soudain, je me frotte les yeux : qui file sur le lac ? Un jeune homme en kayak. Silhouette sombre et gracieuse : un humain tout encastré dans sa frêle barque pointue, sa rame à deux branches s’agitait en régulières saccades contre un firmament d’un beu marial. Il vente fort sur le lac et cet accoutrement tricoté serré —figure quasi mythique— disparaît vite de notre vue. Ce fut comme une fugitive vision d’un été soudain… attardé, revenu ! Image qui m’a surpris tant notre familier plan est devenu si désert en fin de novembre. Plus un chat, comme on dit, plus le moindre navigateur, le voisin Ouellet a rentré depuis longtemps son étrange voilier, Marie-ma-voisine ne se sauce plus à l’aube, ni elle, ni mon vieux Jean-Paul Jodoin, son paternel. Pas même Pauline-la-beauté pourtant pas frileuse, ni le fils de feu le juge Boissonneau, athlète à fort souffle pour qui le tour complet du lac est une randonnée légère, dirait-on.

Vrai, plus un seul chat sur le lac, et donc, soudain, cette apparition du matin intitulée : avironneur dans kayak. Deux jours plus tard, nouvelle enveloppe blanche tombée des cieux sur nos terres. Songer à —bientôt ?— ces hordes de joyeux promeneurs qui arpenteront les anneaux aménagés sur le Rond (merci m’sieur le maire Charbonneau !). Vive alors les grands bols d’air d’hiver avec ou sans chiens, avec ou sans poupons, avec ou sans vieillards à canne… Avec ou sans bonheur ? Bien…une joie diffuse, modeste, discrète habite ces habitués de plein air les samedis et dimanches sur la glace. Ils figurent évangéliquement —confiants comme ceux de Tibériade— qui, à Sainte Adèle, marchent sur l’eau ! Hum… à la condition de la savoir ben durcie, bien ferme, à l’abri de toute noyade car Jésus n’est plus guère présent en 2012 !

Je l’ai publié : je ne crains plus l’hiver et je ne me réfugierai pas en Florida, USA. Non, affronter stoïquement ces trois mois avec confiance, je le redis, bien savoir que cette saison si durement diffamée chez les frileux médisants de l’existence, va filer aussi vite que l’été. Alors qu’il vienne. Même si, à mon grand âge, j’ai abandonné depuis très longtemps le ski. Bien savoir que, pas loin d’ici, les collines sont vaporisées des nuits entières à grand coups de ces canons-dits-à-neige. Bombardement pacifique. Plein de passionnés de ce sport se risquent déjà à dévaler des côtes abruptes recouvertes d’une croûte de pâte blanche pas trop abondante pourtant ! Me contenter, moi, de rêvasser à nos expéditions de collégiens (d’André Grasset) au Nymark. Le samedi soir, nos flirts avec de belles étudiantes montréalaises, ces danses pas trop catholiques du « slow » —collés à mort— au Red Room du Montclair à Sainte Adèle. Ou encore, soirs de semaine, nous nos contentions —merci tramway— d’aller glisser en skis sur les timides pentes du mont Royal autour du « monument à l’Ange » —sculpture de Laliberté. Ou, grimpeurs vaillants, tout autour du chalet du sommet. Et dans sa « cuvette », soi-disant bouche du volcan ! Ou, à l’ouest, dans l’alentour du Lac des Castors —plus petit encore que le Rond ! À sa cafétéria, attablés avec une nymphe « à jupon de velours et pompons », la tasse de chocolat bien chaud était élixir ! « Tu habites où ? » et notre crainte que la belle aux longs bas jaunes réponde :

« Pointe aux Trembles. Ou Ville La Salle ». Merde, deux, trois tramways pour aller la reconduire !

 

LOIN DES OBUS EN LAURENTIDES !


 

Voir des savants, diplômés de Polytechnique, des ingénieurs, travestis en voleurs de notre argent public laisse pantois. Adieu la moindre éthique. Découvrir à la tribune du juge Charbonneau, tant de nos Italiens-Québécois qui s’accumulent dans ces égouts de la corruption devrait énerver les chefs de file de cette communauté. C’est leur étrange silence qui dérange. Complicité ? Fatalité : c’est dans les chromosomes de cette nation ?

Mais toute cette merde municipale n’est rien. Ces jours-ci sordide combat au fin fond de la mer méditerranée. On y tue des femmes, des enfants…Les chefs du mouvement « Hamas » (constitué de palestiniens militarisés) jouent les provocateurs diaboliques et se fichent bien des Palestiniens, ne veulent que semer le chaos à Gaza, espèrent l’hécatombe et puis, le sang palestinien coulé à flots, espérer l’intervention des « puissants », de l’ONU, des Barack, Xi, Poutine, Harper… Ils multiplient les roquettes sur Israël; petit pays sur-armé, protégé des anglos-saxons du globe : USA, Canada, Australie, etc. Hier, score fatal de cette joute ? « 100 à un » ! À vomir bien assis en face de son écran hertzien à couleurs sordides !

Ici ? Ici, une cancéreuse désespérée raconte qu’elle préfèrerait aller mourir chez elle avec les siens. Frais : zéro piastre ! Mais que l’actuel État québécois, inorganisée en soins à domicile, tient à la garder hospitalisé (HSDL). Frais : $6,000.00 ! Et que dire d’un certain monsieur Talent, un exilé du Congo, à l’existence massacrée et qui a « le talent » de se débattre pour un accueil un peu humain après avoir vécu un sort inouï.

Chroniqueur ici, suis-je une honte pour les écrivains ? Jacques Godbout ( « Salut Galarneau ! »), invité à rédiger un articles (pour un quotidien connu) lève le nez et pisse de dédain sur l’occasion. Selon le p’tit-fils d’Adélard Godbout, on ne s’abaisse pas à ce vil métier ! Un auteur des Basses-Laurentides, François Jobin, l’a plaqué conte la bande de sa noble patinoire, lui a parlé « d’écrivains-journalistes » fameux. Dont Hemingway. Bien fait.

C’est confirmé, la Chine vers 2015 surpassera les USA comme puissance commerciale et économique. Dire qu’on crachait dix cennes pour un p’tit Chinois aux écoles de ma jeunesse; que mon oncle Ernest, le missionnaire, nous écrivait de longues lettres nous narrant leur misère totale ! Les temps changent ! Le brillant Jean Barbe (J de Mtl), pas bégueule, est gêné par les écrivains soixantenaires virés en cochons libidineux. Barbe démolit ce « OH » de Phillipe Djian, aussi la ponte libidino-névrotique de Philip Roth (New York). On songe à Lolita ( à l’écriture lumineuse) de Nabukov ou à l’éthylique vieux californiquien Bukovsky.

Matraqué le 1er mai à Montréal, le jeune G. D. poursuit la police pour …une demi-million ! $$$ «  J’ai des mots de tête et je dois renoncer à écrire ma poésie ». Envie de rire. Cassivi (La Presse) est pas d’accord mais c’estlLe brillant Éric Duhaime ( J de Mtl) qui a raison : « Trop de pseudo-artistes s’accrochent aux subventions ! » Vrai : l’État devrait subventionner et promouvoir : 1- Tous les consacrés par le public, 2- Tous les débutants. Ceux, vieillis, qui n’arrivent jamais à captiver le moindre public ? Bang, fermeture des robinets !

VOL EN CLASSE… OUVRIÈRE !

 

* Le film « On the road » ( au cinéma Pine sous peu), raconte la virée en bazou par une bande de la « beat generation ». Pour apprécier ce film, lisez une autobiographe à deux voix de Ray Robertson : « Beat Vénération * ». Suis-je subjectif, ce « Beat vénération » est traduit par mon petit-fils, David. Un arrivage frais en librairies. Livre qui vous fera connaître ce descendant de « canayen-français » plein de verve et crachant son âme. En trois semaines. « On the road », au fond un reportage sauvage est un coup de tonnerre, sera trois fois réimprimé en 10 mois !

Kérouac vient de Lowell, Mass. Ray Robertson vient de Chatam, Ont. Et il est fou de Kérouac (et de Rimbaud). Ça se lit comme un roman. Ray, fils d’ouvrier, découvre donc Kérouac, ce french canadian surdoué et s’enflamme. Lui aussi vit une chétive jeunesse, père ouvrier —« papa pue le fer et la sueur » écrit-il. Il a une mère limitée. Une grand-mère maternelle (une Authier) qui est un sosie de la célèbre « moman » de Kérouac.

J’avais 35 ans en 1965 et moi aussi j’ai eu besoin d’aller en pèlerinage à Lowell. Pour voir le french ghetto de Saint-Jean Baptiste, la Merrimack sous le pont, l’énorme église Saint-Louis de France, tout; j’étais entré dans tavernes et bars tentant de faire évoquer « le grand Jack » disparu; en vain.

J’ai lu « Beat Vénération » et j’irai voir le film. Le jeune Kérouac, ex-footballeur blessé, ex-marine, sera comme assommé par ce fabuleux premier succès mais, plus tard, les insuccès vont se multiplier. Kérouac va sombrer : l’alcool à flots, aussi la drogue —speeds amphétamines. Orphelin jeune de Léo, —« papa pue l’encre et la sueur » dit-il—, le fils de la grosse veuve ouvrière (dans le cuir) devient un saoulard. Loufoque, il voyagera en Bretagne, à Paris, ira vagabonder à Tanger. Il cherche ses lointaines racines. Une marotte ?

« Il n’y a pire malheur que d’être apatride », a écrit Dostoïevski. » Voilà Kérouac, en 1967, jouant le généalogiste ? À Rivière-du-Loup ! L’accompagne partout Jos Chaput de Lowell, son inséparable  : deux avaleurs de gnole en motels crasseux, dans des bars miteux. Le voilà fier : il a dans ses branches le « Seigneur » Lévis de Kérouac de Cornouailles ! On rira de lui. Poivrot pitoyable, on peut le voir se racontant (dans son pauvre français !) à l’émission « Le sel de la semaine ». Voir sur Google. Une tristesse terrible !

Le traducteur de Roberston, mon cher David, s’est mérité des éloges; dont celles de Desmeules (Le Devoir) et de J.-P. Ferland ( du S.D. observatoire). Ray dit bien le génie fracassé qui trépigne en des ouvrages bizarres, de rares éclairs. Il reste l’odieux parasite de Gabrielle, mère économe à laquelle il s’accroche. Ce curieux couple mère-fils va déménager souvent. À la fin, terminus : St Petersburg, Florida, la fiasque à la main ! « Mémère », comme Jack l’appelle, vieillie, malade, prie son autre fils, Gérald, mort enfant. « Un saint mystique », prétend-t-elle et Jack en fera d’étonnants écrits. Kérouac, un anti-Noir patriotard, un ultraconservateur anti-Juif —tel le génial, hélas raciste, Ferdinand Céline. « On the road » reste un classique mondial.

* Texte revu le 9 novembre

**Ray Robertson, « Beat Vénération », traduction David Jasmin-Barrière.