ÉTAIT-CE LE BON VIEUX TEMPS ?


 

J’ai tant écrit sur mon enfance, ma jeunesse, que des gens me questionnent : «  Ah, «  La petite patrie », n’était-ce pas le vrai bon temps, tout allait bien mieux ? » Chaque fois, déception dans leurs yeux, car je dis : « Dans ce passé lointain tout n’allait pas si bien, souvent ça allait même plutôt mal. » Il est bien romantique de se convaincre que les temps anciens étaient un paradis. Que de frustrations, que de tabous niais, que d’empêchements à nous épanouir, à jouir des libertés vitales. Que de puritanisme idiot, des temps souvent frustrants.

Évidemment, des actualités font mal. Des modernismes (modes) sont bien cons et des valeurs valables (sic) furent jetées. Il n’empêche qu’il y a derrière nos frustrations contemporaines, un vrai progrès. Ici, ma spirituelle camarade Mimi (Legault) m’a bien fait rire (comme si souvent) en fustigeant les délires de nos fonctionnaires-en-éducation. Charabia, galimatias et jargon mis ensemble; un fait. Les parents d’écoliers se sentent bafoués préférant des bulletins de notes clairs, lisibles. Abus et bureaucratie tatillonne, stupide ?

Cependant foin de notre nostalgie automatique, répétons que les temps révolues ne furent pas si souvent heureux et loin d’être « parfait ». Chère Mimi, j’avais trente ans et deux jeunes écoliers à la maison, déjà je n’était plus apte à les aider (années 1960 et 1970), dans leçons et devoirs. Les systèmes

(pour français comme maths) étaient complètement changés. J’étais gêné de mon impuissance à collaborer à cette scolarité pourtant élémentaire. Ça m’humiliait. Caprice des bureaucrates en pédagogie nouvelle, fantaisies, ces « changeurs de méthodes » étaient-ils tous des incompétents ? Comment savoir, Mimi ?

J’ai toujours cru à la loyauté du monde, à l’honnêteté. Je suis un optimiste. Le cynique dira, naïf ? Je répétais à mes petits –fils : « Vous verrez, le monde est bon ». Je n’ai jamais été de ces un « professeurs-de-désespoir », que fustigeaient Nancy Huston. Avec raison. Malgré les sinistres « page-trois » des journaux, je vois la société faite surtout de gens sains, corrects pour la majorité. Tenez : à Drummondville, ces trois enfants assassinés et moi, je dis à ma compagne totalement consternée : « Tu sais, avec tant de détresses, de misères et de malheurs en ce monde, je suis étonné qu’on ne découvre pas des centaines de tués chaque jour. »

La vie vaut. Tenez, vu au TNM « La Reine Christine » la garçonne et voir l’ouvrage d’un authentique génie, François Barbeau; je me suis souvenu (1953) du grand efflanqué jeune homme, 18 ou 19 ans, lui, Barbeau avec, au bout du bras, sa machine portative Singer, à la Roulotte de Buissonneau. Vu aussi le talent de la « Cretonne » du « La p’tite vie », renversante d’émotions criées en « misérable » dans « Du bon monde », la pièce chez Duceppe. La vie vaut. Vu au cinéma Pine, la cohabitation d’un ado hindou avec un tigre du bengale, en plein océan Pacifique, en chaloupe de sauvetage, film titré « La vie de Pi. » Vu, aussi au Pine, le dernier James Bond avec ses cascades inimaginables. Par exemple sur les toits et dans le souk d’Istanbul. Dimanche, je sors de vues animées suffocantes : en province de France, une épouse cadenassée dans un « mariage d’argent », va tuer (lentement) l’ennuyeux mari ! Audrey Toutou y est très émouvante.

Malgré les fumistes et cuistres du Ministère de l’Éducation, la vie vaut car il y a aussi, tu le sais bien Mimi, tous ces livres qui nous attendent juste à côté du Tavernacle, un joli bar-café du Centre commercial adèlois.

8 réponses sur “ÉTAIT-CE LE BON VIEUX TEMPS ?”

  1. « Que de puritanisme idiot, des temps souvent frustrants. »
    Corrigez moi si j’ai tort:
    C’était très mal vu qu’une femme s’empoisonne par la cigarette en public et dans la même période la justice se vengeait des criminels en les tuant.

  2. « Caprice des bureaucrates en pédagogie nouvelle, fantaisies, ces « changeurs de méthodes » étaient-ils tous des incompétents »
    J’ai dit à ma mère, un jour: « Les parents font leur éducation de parent sur le dos de leurs enfants ». Nous ne naissons pas avec la connaissance innée, mais je savais lire avant même d’aller à l’école.
    Écrire le français en utilisant la phonétique donne des résultats lamentables. La phonétique c’est au départ: b et a ba, d et a da… etc
    Cette décision venait sûrement du ministère de l’éducation, plus précisément d’un éclair d’imbécilité plutôt que de génie.

  3. « Les parents d’écoliers se sentent bafoués préférant des bulletins de notes clairs, lisibles. Abus et bureaucratie tatillonne, stupide ? »

    Est-ce que cela vient d’un snobisme certain du milieu de l’enseignement ou, probablement plus, de la volonté de niveler les
    résultats scolaires de jeunes surdoués parmi les moins doués?
    Quelle est la réaction d’un prof de français qui, en ses temps libres, tente d’écrire un livre et qui fait face à un étudiant de 15 ans qui compose devant lui une poésie en alexandrins. Le nivelage?

  4. « Les systèmes (pour français comme maths) étaient complètement changés »
    Donner quelque chose de simple à gérer à un universitaire et ce quelque chose deviendra compliqué! En d’autres mots, donnez un
    marteau à un universitaire et il découvrira une nouvelle façon de
    s’écraser un doigt.
    Cependant, l’explication de la structure du français et la nouvelle façon de le décortiquer se rapproche plus de la réalité. Soyons réaliste, et là c’est presqu’un contre-sens, l’avènement de l’androide est plus proche que l’on croit généralement. Alors la programmation du langage utilisera la nouvelle méthode.

  5. « J’ai toujours cru à la loyauté du monde, à l’honnêteté. Je suis un optimiste. »
    Je suis un réaliste quoique mon fils me traite de pessimiste!
    Regardez le plus beau des visages qui présente une immense verrue
    au bout du nez et vous ne verrez que la verrue!

  6. « « Tu sais, avec tant de détresses, de misères et de malheurs en ce monde, je suis étonné qu’on ne découvre pas des centaines de tués chaque jour. »  »

    Les médias sont des marionnettes que gèrent des grosses têtes
    de notre société.
    Anne Roumanoff: « On ne nous dit pas tout! »

  7. « la vie vaut car il y a aussi, tu le sais bien Mimi, tous ces livres qui nous attendent juste à côté »

    Les livres: une évasion virtuelle.

  8. Ce « bon vieux temps » appartenait à ceux qui y trouvaient leur pain quotidien. J’habitait le Plateau Mont-Royal, le plateau des ouvriers, du magasin L.M.Messier ,du Centre et de l’église Immaculée Conception. Les frères enseignants de l’école St-François-Xavier veillaient sur l’âme de leurs jeunes élèves. C’était le pire des temps pour la contestation religieuse mais le plus beau des temps pour l’enseignements des sujets académiques et de la discipline dans les classes. Je baignait dans un milieu religieux contre lequel je me rebellais. Malgré tout le mal que l’on dit des religieux. ceux que j’ai connus étaient des gens dédiés et , à 68 ans, je leur doit le petit quelque chose de plus que j ‘ai sur les jeunes Cégépiens et unversitaires.
    Aujourd’hui j’habite Ste-Adèle et je transmets à la nouvelle génération la tradition spirituelle qui fut occultée par l’establishment religieux du Québec.
    http://enorus.unblog.fr/
    Dernièrement, je fis une rencontre remarquable sur banc public, près du Lac Rond,
    Un autre survivant du « bon vieux temps » Lisez  » Un sage sur un banc public »
    Monsieur Jasmin mes respects. C’est toujours un plaisir de vous lire dans le journal de la place.
    Réal Genest

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