Petite histoire derrière « Anita, une fille numérotée »

Une jolie jeune fille (Sarah), vive, piquante, intelligente, une bonne amie de mon petit-fils Gabriel, se trouve à une fête au beau jardin d’Éliane, ma fille, un dimanche à Ahuntsic. Ce fut un choc !, et la voyant s’animer, observant chez elle tant de grâce et de bagout…je me suis souvenu d’il y a plusieurs décennies, d’une autre jolie jeune Juive, Anita fille numerotee_C1Anita. Ma « première blonde », une camarade de cours en céramique.
J’y pense comme ça parfois, car j’éprouve des remords de l’avoir rejetée.
Elle état juive elle aussi, et, bien plus grave, réchappée du premier et du plus grand camp nazi polonais, Auschwitz
Je l’aimais très fort et elle aussi m’aimait, cela dura une dizaine de mois —j’étais interdit d’entrer chez elle, rue Clark et St-Viateur, mystère.
D’autre part tout mon entourage (parents, voisins, amis) me déconseillait de la fréquenter. Race, religion.
À cette époque (1948) un antisémitisme « soft » régnait au Québec comme ailleurs.
J’ai coupé avec elle. Bêtement.
Lâchement même.
Mon livre, « Anita, une fille numérotée » me sert de honte avouée, de défouloir, de regrets. De confession aussi sur ce temps maudit.
J’en ai profité pour narrer « la bohème » de ces années d’avant la Révo Tranquille.
Aussi pour faire connaître cet art méconnu, la céramique. Pourtant métier vieux comme le monde.

 


UN VIEUX DÉLINQUANT, MOI ?

Incroyable, on m’a arrêté vote aimable chroniqueur et il a été condamné à payer une amende $135 ! Éric Nicol, mon jeune patron à « Pays d’en Haut », va-t-il mettre ce billet en « page 3 », en « faits divers-police. ? Attention, pas de menottes ni SQ à mes trousses. La vraie histoire ? Ce fut fait discrètement. Merci à la jolie cheffe bibliothécaire.

Je vous ai avoué mon enfance délinquante dans les ruelles de Villeray, on ne change guère. Mon arrestation et mon humiliation ? Méritées. Délinquant ? Oui, hélas. Rendu à mon grand âge, je n’ai jamais pu me retenir d’ajouter des petites notes dans des livres appartenant à la communauté. Preuves sous les yeux, j’ai plaidé coupable, non, « J’ai pas tué j’ai pas volé », (Bécaud), j’ai barbouillé. Dans de la propriété publique et collective.

C’est plus fort que moi, parfois juste noter « bravo ! », Ou : « formidable !», « bien dit ! » et même, à l’occasion, inscrire en marge : « Erreur ! » Je ne suis pas fier de moi et j’espère que les enfants adèlois ne liront pas tout ceci.

Quoi ajouter ?

Évidemment, avec « mes » livres achetés à St-Jérôme —Renaud-Bray, le bien gréé— j’y vais encore plus librement. Des amis, à qui je prête un de mes livres «payés », me disent : « J’ai beaucoup apprécié tes notes ! » Admirez ma franchise, d’autres : « De grâce, abstiens-toi d’ajouter tes propres commentaires ! » C’est maniaque —et depuis très très jeune— ce besoin, comme pour faire savoir : « un jour, j’en rédigerai moi itou des bouquins ».

J’étais donc «barré,  persona non grata » à ma propre biblio. Le bandit démasqué s’est fait morigéner : « Bon, écoutez bien, nous avons délibéré sur votre cas, voici la sentence. Une fois acquittée l’amende de $135, on vous acceptera de nouveau dans nos murs mais plus pour 10 livres gratuits comme à tout le monde, à l’avenir que trois livres à la fois ».

Verdict accepté car, contrit, je l’ai admis volontiers, on ne trace pas de signes, même brefs, dans un livre prêté par les payeurs de taxes municipales de Sainte Adèle, vous tous. Faut dire que —c’est pas une excuse— je traîne constamment un stylo sur moi, comme Hugo, Flaubert, Zola et Laferrière. Que mes journaux, chaque matin, se couvrent de mes annotations —toujours intelligentes (?). Ma Raymonde s’en désole et, quelques fois, elle en rit car j’y injecte ironie fine, humour gras et des sarcasmes. Cela dit, que je ne vous voie pas venir fouiller dans mon bac bleu pour collectionner ces inédits du « grand auteur ». Enfin, consolation : la sévère cheffe m’a dit : « Avec vos 135 piastres versés —eh viande à chien !— vous pourrez rapporter chez vous cette dizaine d’annotés, ils vous appartiennent. »

Post scriptum : il y a bien des années, j’ai fait don à notre biblio d’un lot de cartons bourrés de mes livres ( qui s’humidifiaient dans ma cave mal chauffée). Enverrai-je une facture ou est-il trop tard ?

AMBIANCE, AMBIANCE !

 

J’écoute souvent, pour l’ambiance, la radio de Radio-Canada le samedi après-midi. L’acteur Girard y fait jouer les bonnes vieille tounes illustrant l’ancien cinéma. Raymonde et moi aimons écouter… soudain Perry Como ! On sourit. Défilent Sinatra, Dean Martin, Crosby, Judy Garland. Une jeune, Lisa Minelli ! Et je me suis souvenu, ambiance, d’un surlendemain soir de Noël à Miami. Nous entrions à l’hôtel Fontainebleau. Juste y déguster un cocktail en son chic cabaret, y respirer l’ambiance des Sinatra et, tiens, Perry Como ! Nous savions que les stars de la chanson passaient au Fontainebleau à tour de rôle. La vie n’est-elle pas meublé d’ambiances ?

Ô l’incrustation des mélodies musicales ! On a donc revécu, samedi, un autre moment d’ambiance. J’ai songé ensuite à la table de la cuisine, à un album de photos, à tante Maria, sœur de maman, veuve « en moyens ». Ambiance : cette tante à l’aise passait des vacances d’été au bout de monde et nous, modeste trâlée de Germaine, c’était inaccessible. L’hiver venu, Maria, nous montrait ses photos. Pour les prendre, il avait fallu des heures et des heures de train! Où donc ? À Old Orchard !

« Voyez mes enfants ces plages de sable à perte de vue ! » Old Orchard était une villégiature huppée à cette époque —sans tous ces motels à bon marché, tassé. La marmaille jasminienne était épatée par ces vues : un long pier —quai sur pilotis— en plein mer, des kiosques, des homards partout, on ne savait pas ce que ça goûtait. Ici, des autos tamponneuses, là, une Grande roue ! Tante Maria nous offrait des klendakes salés, disant : « c’est fait à l’eau de mer ». On se pâmait ! On en revenait pas de voir, en noir et blanc, à perte de vue ces vagues immenses, voir dans l’océan, notre tante tenir pour nager notre cousine Madeleine : « Mais, ma tante, les requins ! » Maria riait. On admirait ce grand hôtel et son annonce : The Normandy. Y aller un jour, oui, mais pas avant 1960. 25 ans plus tard. « À Old Orchard —Maria prononçait à l’anglaise pour épater— on rencontre beaucoup de canadiens-francais. » Le Maine, c’était si loin et y séjourner et devait coûter « les yeux de la tête », c’était un rêve plus grand que la panse. »

Ambiances ? Jeunes enfants, une autre sœur de maman , Pauline, avait pris pays. Où ? « Dans le grand nord », disions-nous. On l’imaginait proche du pays du père Noël. Elle tenait, avec mon oncle Paulo, « Le Montagnard », hôtel au cœur de Saint-Donat. Jamais nous n’avions grimpé si haut, en 1935, nous imaginions mal ce pays de montagnes. Ambiance. Tante Pauline venait parfois nous visiter certains dimanches. Et elle aussi avait toujours, en noir et blanc, de neuves photos. On était étonné de voir ces grosses motoneiges de Bombardier qui servaient en 1940, de navettes pour les touristes à skis. Je crois que « Le Montagnard » existe toujours, en 1995. Tante Pauline, pour nous presque une Esquimaude, exhibait des ours captifs, des têtes d’orignaux et aussi —nos cris— des portraits d’Indiens du lieu :« Oui, ce sont de vrais sauvages ! Et très gentils ! » Nos films de cowboys tueurs d’Amérindiens en prenaient un coup ! « Oh, ma tante, le père Noël, là-haut, vous ne l’apercevez jamais ? » Elle riait : «  Il a tant d’ouvrage, comprenez-le, les sueurs l’aveuglent ! »

J’ignorais que je deviendrais un adèlois, habitant des collines en 1978, et si heureux d’y vivre auprès de ma blonde, Raymonde.

 

 

JEUX INTERDITS ?

 

Joli dimanche au soleil tamisé et suis amusé d’observer tous ces enfants au rivage du lac gelé. La beauté et la gaieté dominicale avec ces glissades : tant de traîneaux, de luges. Et de patinage. Bonheur brut de l’enfance. Que de modernes « machins de glisse » divers. De ces objets gonflables colorés des temps nouveaux si inventifs.

Parmi mes chroniqueurs préférés, il y a Stéphane Laporte quand il narre des péripéties de son enfance. Il stimule, fait nous souvenir. Il y a 30 ans ?, allant visiter mes deux « vieux » bien aimés et dont je m’ennuie tant, une envie me prend : sortir pour revoir, 25 ans plus tard, ma ruelle, là où j’ai joué durant tant d’années, hivers comme étés (Bélanger et Jean-Talon). J’y vais. Personne ? Pas un chat et pas un bruit ! On ne tire plus ni ne tue ! Pas même une ombre qui court, qui tombe, qui saigne aux genoux. Ou qui frappe une balle, une rondelle. Qui casse une vitre, qui fuit la police dans l’entretoit des Vincelette !

Étonné, je rentre : « Maman ! Il y a plus d’enfants dans notre ruelle ? » Les temps changeaient ou il y avait tellement moins d’enfants ? Je sais : il y a eu de ces moniteurs salariés dans les parcs, des excursions organisés. Et mes petits fils allèrent à ces « camps d’été ». Totale liberté là ? Comme dans nos libres et sauvages ruelles ? Hum ! Comme Laporte ma stupéfaction quand je lis que des « vieux » plaignants font détruire une patinoire d’enfants dans une ruelle ! Faut publier le nom du fonctionnaire imbécile obéissant aux chialeurs, non ?

Ah ces empêcheurs d’enfance ! Tel notre « M’sieur Turcotte », vêtu de sa noire redingote, qui nous imposait, au milieu de notre ruelle, cent pieds de silence absolu. Les petits cow-boys, durant deux minutes, se changeaient en anges muets le long de ses salons mortuaires. Dès les premiers cris et « tow-tow » d’un funeste combat « western », mamzelle Laramée rentrait son chat de haut pedigree et le populaire gros docteur Mancuso rentrait vite dans sa cour ses débordantes poubelles… d’urine, de sang… et autres fluides. La belle noiraude Sylvana sortait gruger du raisin, toute décolletée, langoureusement pendue à sa barrière de jardin, offre d’une énamourée ! Pur gaspillage ! Un jeune guérillero du far west n’a pas une minute à perdre à contempler une fille !

J’ai été jusqu’ à 12 ans un petit voyou, un fracasseur de carreaux chez Colliza, chez Ambrogi, au hangar de la veuve Décarie. À 13 ans ? Illusion paternelle : je devais faire un prêtre et on a jeté le vivant voyou chez les « Messieurs de Saint Sulpice » (nommés : les supliciens  ), au Grasset. Fin des jeux sauvages e t, vu les congés à des jours différents, la lourdeur des devoirs, ce sera la fin de mes amis et de la ruelle. Adieu donc à mes fidèles, Deveau, Moineau, Malbeuf (leurs vrais noms). Ici, dans mes collines, en mon village sans ruelle, où donc crient et jouent les gamins insolents ?

 

 

 

 

Ô LUNE DE STE ADÈLE !

La lune, je ne l’ai jamais tant vu depuis que je vis « dans l’nord ». Je ne compte plus les soirs, les nuits — et sur les quatre saisons où la charmeuse m’a montré ses charmes, sa blanche lumière. Pourtant la lune se montre partout. Eh bien, mystère, je l’ai vu bien rarement quand, plus jeune, j’ai habité ma vieille rue St Denis, Ahuntsic et puis Bordeaux, enfin, rue Cherrier et rue Querbes. C’est rue Morin que je peux la contempler tant que je veux. Le ciel fascine, c’est entendu et j’ai eu un télescope qu’hélas je n’ai jamais su manœuvrer !
Plus loin que la lune, accès au cosmos bientôt ? Oui et j’i hâte. Écoutez bien ça : il n’y a pas très longtemps, des hommes de science viennent d’envoyer un message vers… Disons, le lointain. Expédié de Porto Rico (à côté !), notre message est parti vers trois soleils proches dans cette constellation. Pourquoi cet envoi ? C’est que nous avons reçu un message, nous, d’abord et, on ne savait pas trop comment réagir, impolis que nous sommes ! Ce message sonore nous arrivait de la constellation du Sagittaire ! Clair que c’est bien éloigné de ma chère lune ! Ce signal venait de gens —humains de quelle sorte, êtres vivants évolués de quelle espèce ?— qui vivent donc hors des planètes de notre galaxie. Un astronome, Jerry Ehman, prof à l’université de l’Ohio, dit que le message a duré 72 secondes. C’est bref mais, attention, Ehman dit qu’il état trente fois (30 ) plus fort que tous les signaux du cosmos de jadis.
Restons aux aguets bien que ce signal envoyé va mettre entre 50 et 150 ans avant de parvenir chez « madame Sagittaire » ! De quoi est-il fait ? Trois choses : 1- 10,000 Twitts, 2- des documents de Geographic magazine, 3- des vidéos de vedettes d’Hollywood ! Afin que nos amis inconnus sachent que ce stock est « intelligent », il ont encodé à répétitions. De ces trois soleils en Sagittaire, il faut savoir que les astrophysiciens —télescope Arecibo— ont pu cibler des planètes habitables comme la terre. Vu ce fort signal de 72 secondes, certains savants espèrent que cette nouvelle tentative —notre 10 ième— sera la bonne. Un rabat-joie parle d’un message venu « d’un trou noir », issu donc d’une collision entre galaxies. Zut
Amis lecteurs, vous avouer que de 1970 à 1975, je fus grand amateur de mondes parapsychologiques. Une passion brève qui m’apportait du plaisir. Le peu de matière « en cette matière »…car on raconte sans cesse les mêmes phénomènes m’éloigna de ces curiosités. Ce signal reçu —hors-notre-galaxie— de 72 secondes, c’est pas rien, m’a comme réanimé un brin ! En attendant un écho venu de Sagittaire, dans nos jolies collines, je me couche très rarement sans regarder le ciel pour saluer dame-lune dans mon coeur, tout reconnaissant pour sa lumière envoûtante. Elle m’est un vrai baume quand un ami meurt. Tel, cette semaine, l’époux de « la grande Françoise », mon vieil ami du Lac Marois, Jean Faucher. Que « La lumière des Lumières » reçoive son âme !