« LE » CHAT DE SAINTE ADÈLE

Un de ces jours, vous pourrez l’apercevoir à l’angle des rues Pilon et Archambault, pas bien loin des ex-Côtes 40-80. Il est bizarre, il rôde sans cesse juché sur les rampes des maisons, la tête bien haute, ou, soudain toute basse, le dos arqué, la queue en l’air, les oreilles dressées hautes, enfin, le regard brillant et méfiant. Il va et vient.

Allant chaque jour à mes baignoires… spadiqes (sic) de mon cher Excelsior, je peux donc le croiser presque chaque fin d’après-midi, solennel raminagrobis, musclé, souple, fort agile à l’occasion; il inspecte ses alentours dirait-on, lestement, sautant —très circassien— d’une balustrades l’autre. Dans ma ruelle de Villeray, il y avait de ces minous communs, sans collier aucun, errants sous les nombreux hangars de nos cours —démolis depuis, toutes nos « sheds ». Excités, aurait-on dit, par ces expositions de linges à sécher, les jours d’étendages ( les lundis) nos minounes se livraient à des jeux d’acrobates sur les clôtures partout. Nous avions des tout noirs, des tout blancs. Quelques laiderons « orangés », et, surtout, surtout, des tigrés. Qu’on nommait « chats marcou », vieux mot venu des bas-fonds de Paris.

Le mien, celui de la rue Pilon est de ceux-là : un marcou. Pauvre tigre, léopard de pacotille, faux lynx qui ne fait peur, même la nuit nuitamment, à personne. Même pas aux rats et aux souris. Mais on sait ben qu’à Sainte-Adèle il n’y a ni souris et encore moins de rats, c’est un village si propre, hum ! « Le » chat donc : je stoppe parfois en bordure de la rue Archambault —rue vêtue de jolis cèdres— pour le voir évoluer, chat si fier, un snob…ou « une », il s’avance sur la rampe de son balcon bien plus arrogant que ce François Premier à son balcon du Vatican en marbre de Carrare ! Il y a comme ça des félins domestiques qui ont… quoi donc, de la classe. Un comportement digne, noble, fier. Les gènes ? L’adn ? J’ai dit marcou mais pas vraiment, si vous l’examiner, rue Pilon, vous verrez des nuances, zones de poils aux teintes d’une pâleur bizarre et, ailleurs, des touffes aux tons plus sombres. Oui, un marcou à mettre à part. Ma voisine, j’en a déjà jasé, en possède un de chat avec des lueurs de pourpre ! C’est spécial, mais lui, « le chat de la rue Pilon », c’est autre chose.

Un aveu : plus jeune, je ne l’aurais pas vu, aux âges de l’Homo activus, on n’a pas le temps d’observer un luxueux marcou fier comme un roi Louis 14 —tiens, courez voir le très beau jeune Louis 14 de l’acteur Dufour, chez Duceppe (842-8194) qui se débat entre sa maman, Monique Miller en Anne d’Autriche, encore belle « cocue libertine » espagnolisante et son « papa-boss », —père caché ?—un vieux cardinal (excellent Dumont en Mazarin) agonique !

Bon, oui, donc être vieux et avantage : celui de mieux observer, on prend volontiers le temps de tout examiner. Avant-hier, la terre se réchauffant, je rentre de ma piscine excelsorienne et, rue Pilon, oh ! soudain !, voir mon marcou-de-luxe avec, dans la gueule, un frémissante proie ! Quoi, un rat à Sainte Adèle. Je m’approche, ouf, non, c’était une taupe. Ou dit-on, un mulot ? L’honneur du village en est sauvé !

 

Une réponse sur “« LE » CHAT DE SAINTE ADÈLE”

  1. Très vrai. En vieillissant, on voit mieux !
    Un mulot est un rongeur genre souris. Une taupe est aveugle, mange des insectes et vit dans la terre noire fertile qu’on a recouvert de sphat.
    Y en avait plein à Montréal-Nord près d’la track avant que toute vie animale sauvage disparaisse. Une fois, j’ai marché à partir de la track, à travers champs, longtemps longtemps, au-delà du Trou d’Fée, jusqu’à ce que j’arrive à une rue en terre où il y avait une ferme d’élevage de chevaux… c’était la rue Jarry. Quel voyage!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *