JE SUIS FIER DE MA RACE

Je suis fier de ma race. Moi, modeste greffe de tant de glorieux et modestes héros, je suis très fier de ma race. Moi, simple descendant de tant de nos pionniers français. Tous ces valeureux exilés remplis d’espoir. Je suis fier de descendre de ces courageux voyageurs venus de France et de les continuer. De poursuivre l’immense collectif ouvrage, îlot miraculeux dans un océan anglo-saxon. Je suis fier d’encore participer, avec tous les miens, à cette fantastique installation française qui dure depuis des siècles.

Oh oui, soyons fiers, tous ensemble, d’avoir su résister et organiser cette fabuleuse édification. Solide implantation, solide et fragile à la fois, en Amérique du nord. Sans aucune honte, montrons-nous une nation déterminée à exister, à durer, à s’épanouir en français. Des visiteurs du monde entier sont étonnés et admiratif de notre détermination d’exister, de durer, de nous épanouir en français.

Ma race n’est supérieure à aucune autre, ma race n’est inférieure à aucune autre. Ma race a son histoire qui est unique dans notre univers et, à la fois, semblable à tant d’autres sur tant de continents. Son histoire est une singulière épopée : résister. Durer. Se continuer malgré tant de tentatives de nos assimiler. Nous sommes toujours debout !

D’autres races de l’humanité ont une histoire bien à elles. Défaites et victoires. Atroces guerres, luttes injustes, grands combats héroïques. Ma race a traversé à l’occasion des temps difficiles et des temps heureux, on a été parfois fragilisés, au bord de perdre notre identité. Notre race a su triompher a duré. Et elle dure encore, je suis donc fier de ma race.

D’autres races ont de bonnes raisons d’être fiers, des motifs de grande fierté, aussi des raisons d’être assombris, quelques regrets. Chaque histoire nationale a sa fierté.

Je suis fier de ma race et d’applaudir nos créateurs,tous nos travailleurs, nos chercheurs et nos trouveurs, inventeurs parfois aux talents inouïs. Je suis fier de tous nos frères et sœurs en travaux inédits comme en simples ouvrages utiles pour nos continuités, la perpétuation pour ceux qui vont venir. Je suis fier de notre immense labeur — ordinaire ou providentiel.

Certains craignent le mot race et crachent dessus, ce sont les sans âme, les déracinés contents, allergiques aux contes, aux légendes et aux grands et petits faits historiques, des renieurs et contempteurs de notre avenir national. Ils sont masochistes écervelés et fiers de vivre sans histoire. Nous vous plaignons, froussards déguisés en « mondialistes ». Ils sont des forcenés de « l’équarrissage pour tous » et se disent « citoyens du monde ». Mais ils sont de simples consommateurs sans identité. Ah bas le déni, l’autocensure, la « rectitude politique », le mot race ne mord pas plus que le mot chien. Proclamons-nous fiers de notre race française en Amérique du nord, tout comme nous sommes fiers de tous ceux qui sortent de toutes les autres races de cette terre humaine pour venir nous joindre et nous continuer.

 

TEXTE PUBLIÉ DANS LE DEVOIR

La vie est belle ?

 

Bon matin. Petit vent. Ciel couvert mais douceur de l’air. On est bien et ma vendeuse assise dehors, sous l’arche du Calumet (journaux, revues, tabacs) boit du café. J’ai vu, marchant encore vers sa drogue (vidéopoker chez Joe’s), elle, la femme-pauvre ! Mais quoi donc, dans l’air d’un certain jour, nous rend tout léger, d’une vraie belle bonne humeur et sans raison précise ?

Ma caféïnomane : « Oui, vrai, à matin, l’air est mangeable, c’est qu’il a plu cette nuit ! » Ah bon. Le Bigot faisait chanter l’immortel poète populaire Trenet l’autre matin : « Y a d’la joie…bonjour, bonjour, les hirondelles  » Mon cœur a fait boum ré-ré-entendant cette jolie ritournelle si durable; une poésie parfaite, toute modeste qui n’a rien à voir avec la majorité de nos poètes capables de rares et excentriques sonorités mais évocatrices d’auto-analyse nombriliste.

Le commode comptoir public de notre « École Hôtelière » n’est pas ouvert, alors, au lieu de faire la file une envie d’aller rouler sans but, tout doucement, sur tous les petits pics du Sommet Bleu. Revoir de si jolis pavillons, d’autres, laidement prétentieux, la plupart bâtis dans des sites souvent prodigieux. Mon bon plaisir de cette jolie géographie familière. Ici et là, entre « impasses » et « circle road ». Découvrir —qui te sautent soudain au regard— de ces panoramas idylliques. D’évocateurs contrebas à petites vallées enfouies dans des collines, d’une série de pics avec bouts de ciel nu encadrés de haut pins, épinettes, sapins, cèdres. Des images —et c’est gratuit hein ?— qui donnent aux yeux un plaisir bien vif.

Croyez-le ou non, je roule, je roule tout lentement, guetteur ravi, et bientôt, oui, à mon âge et dans mon territoire, je sais que je tourne en rond !!! « Que je suis écarté », comme on dit, mal. Je ris dans ma Honda ! Tournons en rond et pouf ! Enfin ! Miracle, soudain, l’écriteau Rue Grignon. Et puis Rue Lesage. Vite, allons acheter la —souvent bien goûteuse— bouffe des « devoirs du jour » de nos jeunes élèves en cuisine et ce cher Robert accorte, dévoué.

Pour ensuite aller à L’Excelsior, à mon indispensable baignoire —extérieure, ouverte il y a peu— chez Jacques Allard, encore ce bout de rue, Pilon et…tous ses chats en goguette. En voici un « petit » nouveau, « gros » minou aux oreilles « drettes », aux narines bâillantes, vif trotteur en caniveau. Bête nouvelle (?) au pelage mal peigné à la capricieuse toison sauvage. Distribution de touffes de raides poils noirs et de blancs. Salis. Stoppé au milieu de la rue, son œil léonin me défie. Amusé, je ralentis, le barbare, agressif, me siffle de son vent méchant ? Mais, diable, d’où sort-il donc ?

Six heures et rentrée. Cloches de l’église. L’air est encore si bon, du bonbon. Oui, la vie est belle, encore plus belle. Rentrant de ma modeste natation, voir partout —enfin— les bourgeons des lilas et la tendreté des verts jeunes feuillages. Partout, léger manteau feuillu aux arbres bien ressuscités du long hiver. Écouter un chien aboyer, jouant avec un enfant… voir André-le-jardinier, dehors, bas croisés, qui sourit sur sa chaise de retraité…examiner le tondeur savant émonder la haute haie de cèdres du nouveau voisin…Nicole, Isadora Duncan à cabriolet BMW, préparant sa vente de « cossins »… la jeune chômeuse et son vigoureux râteau, venu aider ma blonde…oui, cher Trenet, « y a d’la joie… », bonjour, bonjour la smala de canards revenus sur le lac ! Et vous, parulines, mésanges, etc., arriverez-vous demain ?

Hughette Oligny, vagabondage et Di Caprio !

 

 

Est morte, merde ! Dans la salle du Rideau Vert, il y a deux ans, Huguette est ma voisine de siège. Fin, lumières, applaudissements et la vive nonagénaire s’agite, s’écriant à des amis de l’attendre. En riant, je lui dis : « Montez sur mon dos et, en bon vieux cheval, je vous y conduirai ! » Je me penche, Huguette qui rigole s’agrippe à mes épales d’octogénaire, je sens son genou sur ma cuisse et puis «  Non, Claude, non, pas en ce digne lieu ! » On riait. Merde, elle vient de mourir !

Matin tout récent, descente en ville pour mon ophtalmo. Soudain, Avenue Greene angle Sherbrooke, me « frappent » aux yeux —menacés de glaucome— un tas de portraits, justement, « frappants ». C’est l’art très cinglant de la surdouée Goodman avec ses humains « tout écartillées » (Charlebois). Courez voir Galerie D’Este, ces corps comme écrapoutis. J’entre donc au 1329 Greene (angle Sherbrooke) et je suis transporté par ce monde ligoté et assommé. Strident ! Remuant ! Ici même, à Westmount-en-bas, en 1920, mon papa tenait boutique : « Thés, cafés, épices », je l’évoque dans mon récit « Anita… ». La galeriste Louise Leibner est fière de cette expo et avec raison.

Ce soir-là, bas-de-la-ville, au crépuscule, des filles bizarres se disant « Les sibyllines », nous invitent à entrer dans une sorte d’entrepôt abandonné lugubre. Rue Rose-de-Lima à St-Henri ! Promesse d’un vagabond délirant nous crachottant à la geule son désarroi ! On entre dans cette manufacture (?) abandonné, au sud de la rue St-Jacques, un peu à l’ouest d’Atwater. Vieux murs de guingois, plafonds écaillés, portes cochères déchiquettées, verrières sales, quelques chaises droites et bang !, surgit un SDF, un itinérant ? Durant toute une heure, sans prendre son souffle, ce jeune hobo nous arrosera de son récit de vie, avec sel et acide. Un exilé doux et fou à la fois, qui rugit ! Parfois ricane. 60 minutes haletantes et puis le noir ! Il est disparu et alors nous acclamons l’acteur surdoué Sébastien Ricard; de Loco Locass comme du film Dédé Fortin. On quitte la sordide shed où c’était « La nuit avant les forêts » de feu Koltès. On est subjugué par cette logorrhée de crachats, par la détresse d’un «  tout-nu », migrant à la dérive dans une métropole folle, New York, Paris ou Montréal .

La réalité va nous poursuivre de plein fouet à la sortie et on se sentira très loin de notre Ste Adèle champêtre. Dehors, endormis sur un caniveau, deux grands chiens « pas de médailles » et puis surgit leur osseuse maîtresse galopante entre des autos stoppées aux feux rouges de la rue St-Jacques. Silhouette sans âge se mouvant entre les bagnoles bloquées, delta de tôles multicolores descendant vers la rue Notre-Dame. Elle quête, sacoche en bandoulière, exhibant son carton marqué : « charité sioupla ».

Ouf ! Revenus ici, antipode de ce monde urbain, c’est « vive nos rues quiètes et ses terrasses paisibles, l’air pur ». Vive aussi le bon cinéma (de Tom F.) qui nous offre le remake de « The Great Gatsby ». Prière de ne pas écouter certains pisse-vinaigre car c’est un excellent récit filmique si bien fait qu’il nous a donné envie de (re)lire le roman de G.S. Fitzgerald. Le film vit surtout du jeu magnifique du célèbre acteur qui incarne Jay G. Di Caprio, séduisant gangster ( via prohibition), joue cet ex-enfant pauvre. Il veut reconquérir —éblouir— une fille qu’il a aimé et qui l’a dédaigné jadis. Ce Di Caprio-là est étonnant avec un jeun plein de nuances. Courez-y !

 

Ö LAC !

Ne craignez rien, je ne citerai pas tout le poème de Lamartine. Ou de Musset ? Ma mémoire ! Bon, bienvenue ô (au) lac car oui, ça y est, le Rond s’est enfin dégagé de sa glace. Et puis les verts bourgeons bourgeonnent dans nos arbres et, ce midi, filant au nord, une flopée énorme de canards —huards, sarcelles, bernaches— ma méconnaissance naturaliste… ? On revient du sud (Maine) où, le long des plages, un vent froid soufflait sauvagement. Oui Ferland : « on gèle au sud, on sue au nord car, à Ste Ad, samedi, la chaleur torride !
Vendredi matin, à Ogunquit, nous petit-déjeunons au Huckleberry dans Beach Road. Un restaurant vieillot, plafond gaufré, lampes torchères, mobilier ancien à loges cuirettées, plancher de mini carreaux émaillés et plein de photos antiques aux murs époque du Rudolf Valentino, du Picasso, du Matisse, de la Gloria Swanson, tous touristes du Ogunquit d’antan. Quand s‘organisaient de célèbres courses d’autos, des régates partant de l’Anse à Perkin, à coté.
Une jolie dame qui lit Pays d’En Haut m’aborde : « Vous ! Pouvez-vous me dire ce qu’Ogunquit a de spécial pour que j’y revienne depuis 40 ans ! » Ma Raymonde trouve, lui répond : « C’est pareil pour nous, notre quarantième visite à nous aussi, c’est l’attraction des souvenirs. La force des sites familiers. Le pouvoir de la mémoire des lieux aimés. » Vrai. Plaisir curieux de revoir Wells Beach, joli bourg à jolis chalets, ou Portsmouth, ses quais. Portland, ses cafés, son musée. Les Outlets à aubaines de Kittery. Revoir en pensée René Lévesque à son cher motel Dolphin avec Yves Michaud, au poker au dessus des falaises sous les cascades bruissantes du merveilleux sentier Marginal Way. Ou Robert Bourassa et sa famille (et les bouncers !) à son cher motel Aspinquid fait de bardeaux noircis.
Début mai donc et pas de homard, c’est fermé chez Fisherman’s ou chez Lords. Chez Jacquie’s aussi. Nous reste, au dessus des barques du mini port, le classique rustre Barnacle and Billie’s. Reste aussi à admirer le vaste océan. Un jeudi matin, on est ébloui par l’infini des eaux et ses verts tendres au rivage, plus loin, vert dense comme vitre de bouteille ! Oh ! Et puis, la rivière gonflée de marée en bleus graves, si sombres. Marcher, marcher sur le sable tapé revoir ces vives frises qui rampes, moutonneuses, toutes immaculées au soleil. Héroïques surfers au large mais hélas ce vent du nord, brrr !
Un mercredi soir dans le noir du rond-point des tramways, assis à un banc, digérant les fameuses pâtes du Roberto’s, Shore Road, observer un fragile noir horizon, un phare clignotant, un ciel de lune et plein d’étoiles. Un peu plus tard, à l’est, des bleus de velours vus de la longue galerie du Norseman :la beauté ! Le lendemain, mercredi, en plein jour, étonnant ciel de roses et de jaunes, tout ce village 19 ième siècle sous une lumière romantique, faire les boutiques, nos yeux ravis. Retour donc et, samedi, ici, chaleur du nord (!). Rentrés au pays et ce sera donc le lac fluide, débarrassé, les bourgeons, de premiers oiseaux et ce flot de canards qui crient le retour du doux temps ! Vive la mer, vive les Laurentides.