Hughette Oligny, vagabondage et Di Caprio !

 

 

Est morte, merde ! Dans la salle du Rideau Vert, il y a deux ans, Huguette est ma voisine de siège. Fin, lumières, applaudissements et la vive nonagénaire s’agite, s’écriant à des amis de l’attendre. En riant, je lui dis : « Montez sur mon dos et, en bon vieux cheval, je vous y conduirai ! » Je me penche, Huguette qui rigole s’agrippe à mes épales d’octogénaire, je sens son genou sur ma cuisse et puis «  Non, Claude, non, pas en ce digne lieu ! » On riait. Merde, elle vient de mourir !

Matin tout récent, descente en ville pour mon ophtalmo. Soudain, Avenue Greene angle Sherbrooke, me « frappent » aux yeux —menacés de glaucome— un tas de portraits, justement, « frappants ». C’est l’art très cinglant de la surdouée Goodman avec ses humains « tout écartillées » (Charlebois). Courez voir Galerie D’Este, ces corps comme écrapoutis. J’entre donc au 1329 Greene (angle Sherbrooke) et je suis transporté par ce monde ligoté et assommé. Strident ! Remuant ! Ici même, à Westmount-en-bas, en 1920, mon papa tenait boutique : « Thés, cafés, épices », je l’évoque dans mon récit « Anita… ». La galeriste Louise Leibner est fière de cette expo et avec raison.

Ce soir-là, bas-de-la-ville, au crépuscule, des filles bizarres se disant « Les sibyllines », nous invitent à entrer dans une sorte d’entrepôt abandonné lugubre. Rue Rose-de-Lima à St-Henri ! Promesse d’un vagabond délirant nous crachottant à la geule son désarroi ! On entre dans cette manufacture (?) abandonné, au sud de la rue St-Jacques, un peu à l’ouest d’Atwater. Vieux murs de guingois, plafonds écaillés, portes cochères déchiquettées, verrières sales, quelques chaises droites et bang !, surgit un SDF, un itinérant ? Durant toute une heure, sans prendre son souffle, ce jeune hobo nous arrosera de son récit de vie, avec sel et acide. Un exilé doux et fou à la fois, qui rugit ! Parfois ricane. 60 minutes haletantes et puis le noir ! Il est disparu et alors nous acclamons l’acteur surdoué Sébastien Ricard; de Loco Locass comme du film Dédé Fortin. On quitte la sordide shed où c’était « La nuit avant les forêts » de feu Koltès. On est subjugué par cette logorrhée de crachats, par la détresse d’un «  tout-nu », migrant à la dérive dans une métropole folle, New York, Paris ou Montréal .

La réalité va nous poursuivre de plein fouet à la sortie et on se sentira très loin de notre Ste Adèle champêtre. Dehors, endormis sur un caniveau, deux grands chiens « pas de médailles » et puis surgit leur osseuse maîtresse galopante entre des autos stoppées aux feux rouges de la rue St-Jacques. Silhouette sans âge se mouvant entre les bagnoles bloquées, delta de tôles multicolores descendant vers la rue Notre-Dame. Elle quête, sacoche en bandoulière, exhibant son carton marqué : « charité sioupla ».

Ouf ! Revenus ici, antipode de ce monde urbain, c’est « vive nos rues quiètes et ses terrasses paisibles, l’air pur ». Vive aussi le bon cinéma (de Tom F.) qui nous offre le remake de « The Great Gatsby ». Prière de ne pas écouter certains pisse-vinaigre car c’est un excellent récit filmique si bien fait qu’il nous a donné envie de (re)lire le roman de G.S. Fitzgerald. Le film vit surtout du jeu magnifique du célèbre acteur qui incarne Jay G. Di Caprio, séduisant gangster ( via prohibition), joue cet ex-enfant pauvre. Il veut reconquérir —éblouir— une fille qu’il a aimé et qui l’a dédaigné jadis. Ce Di Caprio-là est étonnant avec un jeun plein de nuances. Courez-y !

 

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