La vie est belle ?

 

Bon matin. Petit vent. Ciel couvert mais douceur de l’air. On est bien et ma vendeuse assise dehors, sous l’arche du Calumet (journaux, revues, tabacs) boit du café. J’ai vu, marchant encore vers sa drogue (vidéopoker chez Joe’s), elle, la femme-pauvre ! Mais quoi donc, dans l’air d’un certain jour, nous rend tout léger, d’une vraie belle bonne humeur et sans raison précise ?

Ma caféïnomane : « Oui, vrai, à matin, l’air est mangeable, c’est qu’il a plu cette nuit ! » Ah bon. Le Bigot faisait chanter l’immortel poète populaire Trenet l’autre matin : « Y a d’la joie…bonjour, bonjour, les hirondelles  » Mon cœur a fait boum ré-ré-entendant cette jolie ritournelle si durable; une poésie parfaite, toute modeste qui n’a rien à voir avec la majorité de nos poètes capables de rares et excentriques sonorités mais évocatrices d’auto-analyse nombriliste.

Le commode comptoir public de notre « École Hôtelière » n’est pas ouvert, alors, au lieu de faire la file une envie d’aller rouler sans but, tout doucement, sur tous les petits pics du Sommet Bleu. Revoir de si jolis pavillons, d’autres, laidement prétentieux, la plupart bâtis dans des sites souvent prodigieux. Mon bon plaisir de cette jolie géographie familière. Ici et là, entre « impasses » et « circle road ». Découvrir —qui te sautent soudain au regard— de ces panoramas idylliques. D’évocateurs contrebas à petites vallées enfouies dans des collines, d’une série de pics avec bouts de ciel nu encadrés de haut pins, épinettes, sapins, cèdres. Des images —et c’est gratuit hein ?— qui donnent aux yeux un plaisir bien vif.

Croyez-le ou non, je roule, je roule tout lentement, guetteur ravi, et bientôt, oui, à mon âge et dans mon territoire, je sais que je tourne en rond !!! « Que je suis écarté », comme on dit, mal. Je ris dans ma Honda ! Tournons en rond et pouf ! Enfin ! Miracle, soudain, l’écriteau Rue Grignon. Et puis Rue Lesage. Vite, allons acheter la —souvent bien goûteuse— bouffe des « devoirs du jour » de nos jeunes élèves en cuisine et ce cher Robert accorte, dévoué.

Pour ensuite aller à L’Excelsior, à mon indispensable baignoire —extérieure, ouverte il y a peu— chez Jacques Allard, encore ce bout de rue, Pilon et…tous ses chats en goguette. En voici un « petit » nouveau, « gros » minou aux oreilles « drettes », aux narines bâillantes, vif trotteur en caniveau. Bête nouvelle (?) au pelage mal peigné à la capricieuse toison sauvage. Distribution de touffes de raides poils noirs et de blancs. Salis. Stoppé au milieu de la rue, son œil léonin me défie. Amusé, je ralentis, le barbare, agressif, me siffle de son vent méchant ? Mais, diable, d’où sort-il donc ?

Six heures et rentrée. Cloches de l’église. L’air est encore si bon, du bonbon. Oui, la vie est belle, encore plus belle. Rentrant de ma modeste natation, voir partout —enfin— les bourgeons des lilas et la tendreté des verts jeunes feuillages. Partout, léger manteau feuillu aux arbres bien ressuscités du long hiver. Écouter un chien aboyer, jouant avec un enfant… voir André-le-jardinier, dehors, bas croisés, qui sourit sur sa chaise de retraité…examiner le tondeur savant émonder la haute haie de cèdres du nouveau voisin…Nicole, Isadora Duncan à cabriolet BMW, préparant sa vente de « cossins »… la jeune chômeuse et son vigoureux râteau, venu aider ma blonde…oui, cher Trenet, « y a d’la joie… », bonjour, bonjour la smala de canards revenus sur le lac ! Et vous, parulines, mésanges, etc., arriverez-vous demain ?

Une réponse sur “La vie est belle ?”

  1. « J’ai vu, marchant encore vers sa drogue (vidéopoker chez Joe’s), elle, la femme-pauvre »

    Certains organismes et êtres humains se font une vocation d’exploiter la faiblesse d’autrui!

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