LUISEZ BELLES AURORES BORÉALES !

Une rôdeuse matinale me remet un article du quotidien raciste, The Gazette, machine francophobe (très phobe). Croyez-le ou non, des nôtres, masochistes insoignables, achètent cette pourriture. Attention : ce quotidien contient d’excellents journalistes et leurs articles sont solides mais il y a ses éditeurs, chroniqueurs et même caricaturiste. Ainsi, Aislin, dessinateur émérite, a déjà publié un bonhomme se léchant l’anus (!) et mis en légende: « The patriot ! »

Ma courageuse anonyme m’offrait donc un texte sur « cinq colonnes », pissé par ce fieffé Conservateur né (et élevé) dans l’ancien ghetto « bloke » de Shawinigan Fall, un certain Peter Blaikie. Ce dernier reprend son « antienne sur l’air : « Pour les indépendantistes, c’est clair, les anglophones et les allophones ne voteront jamais en faveur d’un Québec souverain. » Grosse nouvelle hein ? Ou Blaikie joue un rôle ou bien c’est un imbécile. Ce que je ne crois pas. Tous ses reproches à Pauline Marois ( massacreuse d’anglais, n’est-ce pas ?), dette grandissante, surtaxes, bureaucratie comme lierre, attitude anti mines, Montréal tant négligé, etc.) s’appliquerait autant à Charest qu’à (ma foi) Bourassa ! Frileux sur la Loi 101, il vante (faux louangeur !) le bilinguisme merveilleux des Lévesque, Parizeau, Bouchard et même de J.-F. Lisée.

Ce braqué de Blaikie termine l’étalement par : « la langue devient obsessionnelle avec les Marie Malavoix et Cie, voici la sotte Loi 14, la folie des manuels d’histoire nationalistes, etc . » Paniqué, (même s’ils sont 300 millions sur le continent et nous 2 ?) le Hérault de The Gazete crie : « Anglos, ne nous laissons pas manger la laine sur le dos ! » On lit ce raciste et puis on va se laver, patauger dans le Rond et je revois, ce midi, sur les troncs des pins et des saules du rivage, des reflets mouvants, sorte d’aurores boréales.

C’est l’eau du lac, remué par la brise, qui m’offre ce spectacle cinétique tout à fait envoûtant. Ça repose les yeux de ces lectures francophobes. Je n’ai aucune carte d’aucun pari politique. N’en ai jamais eu. Sauf durant 15 jours, car obligé, voulant jouer le député mais des frileux à « cette grande gueule de Jasmin », pépères Parizeau, Royer, Boileau, chassèrent l’« esprit libre ». Je n’ai pas de « parti » donc, qu’une cause. Elle est naturelle. Mondialement répandue. Il y a plus de 150 nations à l’Onu. Je combattrai jusqu’à ma mort pour que notre nation aie une patrie. Mais je comprend ce que notre histoire —depuis « La défaite » (1763), la domination anglaise, les tentatives d’assimilation— a fait des aînés. Des citoyens ultra prudents, colonisés et aliénés.

J’ai grande foi en ceux qui viennent. La jeunesse québécoise ne traîne plus ces chaînes historiques, ces boulets héréditaires regrettables. Pour me détendre de ce nécessaire combat, je lis, je ris, je souris aux chansons nouvelles comme aux musiques actuelles et, hier, je ralentis rue Archambault, pour ce chat aux bizarres zébrures pourpres dont je vous ai parlé. Nous nous regardons longuement dans le fond des yeux. Je m’imagine qu’il veut me miauler : « Mon pauvre vieux patriote, tu vas mourir bientôt et tu ne verras pas ça une patrie pour les tiens. » Ça me fait de la peine et je file vers —récent cadeau au vieux papa— mon cher « Kindle » tout neuf. Où m’attendent des récits, des classiques et des nouveautés, à en oublier ces aveugles bienheureux, anglos « en ghetto », lisant ce torchon nommé « The Gazette ». Mais vous, aurores boréales qui entortillez les saules, luisez, luisez !

 

VISIONS INOUIES À VAL MORIN !

Certains font 12 heures d’avion pour aller voir ça mais moi, dimanche après-midi, invité par mon Daniel de fils unique, j’ai fait dix minutes de Honda et j’ai vu… Assis —ma canne à la main, chapeau de paille sur le coco nu— dans la chaise offerte par Lynn, ma si jolie bru, au bord de la route à Val Morin, j’étais soudain en Asie du sud ! Que de robes multicolores aux soieries toutes de rouges, d’argent et d’or, textiles d’une richesse folle, que de jupes (aux hommes les pieds nus !), à ce congrès de communautés Tamoules.

Soudain, au milieu des chants et des danses, sur une musique sonnant « araboïde » (!) s’est amené un étonnant char allégorique aux images de déesse hindouistes (?) et qui roule tout doucement, voiture-kiosque couvert de plumes de paon ($), de fleurs inconnues. Mais le sommet de cet très étrange parade : tiré par une camionnette Ford moderne avec une sorte de longue potence où, mimant un oiseau,un Tamoul en pagne, est balancé sans cesse, l’homme est suspendu…oui, oui, par la peau ! Il faut le voir pour le croire !

Quel monde exotique en plein Val Morin ! Les villageois se mêlent volontiers à ces étranges pèlerins venus d’un peu partout à chaque mi-juillet. Ne ratez pas ce cortège l’an prochain. Vous vous retrouverez comme touristes chez vous, un dépaysement garanti ! Le lieu de rassemblement se situe au haut d’une colline et Daniel me soutient pour cet interminable escalier (branlant) qui conduit à un site inconnu de moi. Val Morin contient un vaste « ashram » (?) authentique. Que j’ignorais. Une installation connu des amateurs de yoga, me dit-on où on voit une sorte d’auberge (avec piscine olympique !), divers pavillons. Dont l’un sert d’autel vénérable au fondateur avec, exposé, un petit avion de type cessna fort coloré ! C’est avec son appareil qu’il désigna jadis le lieu pour devenir cette centrale hindouiste.

Le défilé finit par y aboutir avec ses danses et ses cantiques et vous y verrez de très jolies jeunes filles, aussi des dames à cheveux blancs, des hommes recueillis à la peau bistre, aux chevelures d’ébène et tous ces fronts marqués de rectangles d’or ! Vraiment, j’étais très loin : l’Asie du sud au cœur de Val Morin. Souriants, affables, ces visiteurs végétariens (beaucoup venus de Toronto), vous offrent des platées de riz à saveurs inconnues. De joyeux enfants tamouls trottinent, dans un pavillon, il y a une sorte de gras bouddha et file de « receveurs de cendres » (!). Ailleurs encore, un haut parleur diffuse des sermons en langue tamoule. Tout un kiosque sert à remiser vos souliers, vont et viennent les « nus pieds » obligés !

Il m’a fallu redescendre le long escalier en forêt, (ça bat l’Oratoire St-Joseph) et on a perdu ma chaise ! À la terrasse de mon Daniel, bière à la main, j’ai eu envie d’évoquer mes pèlerinages en mars, Chemin de la Reine-Marie, avec mon pieux papa catholique. Nos imposantes processions de la Fête-Dieu d’antan quand toutes nos rues se couvraient de fidèles dévots en marche avec le Saint Sacrement doré, le dais vénérable, le curé catho triomphaliste, et moi dans ma belle soutane rouge d’enfant de cœur, fier comme Artaban. J’avais, dimanche, une certaine nostalgie, j’aime tant les décorums, les rituels. Où sont les défilés religieux d’antan, il n’y a plus rien, mon église a été vendue… en condos !

MAUDIT TRAIN ?

 

Haïssez les entrepreneurs cupides qui coupent sans cesse dans les dépenses en vue de profits exagérés mais n’haïssez pas les trains. J’aime les trains, moi ! À cause du tragique accident au Lac Mégantic on a lu : « le maudit train fantôme, le démentiel train fou et ce salaud de train ». N’haïssez pas les trains mais ces avides brasseurs d’affaires qui négligent la sécurité du monde. J’aime les trains, moi.

Par temps « calme », certains soirs rares, enfant, j’entendais rouler —vous savez bien, ce son si caractéristique— le convoi ferroviaire dans la rue De Fleurimont (devenue Rosemomt ) à quatre rues de chez moi. J’ai aimé tout de suite le confessionnal de Josélito Moreau à cause de son train. J’étais fou comme un balai quand papa m’amenait avec lui, en train, au chalet de Pointe Calumet. J’aimais le train, son balancement, ballottement —vous savez bien, debout, il faut parfois s’accrocher— son goguenard conducteur et sa poinçonneuse, ses appels grognés : « All aboad ! Île Bizart, Île Bigras, Ste Dorothée, Laval Links, St-Eustache ! »

J’adorais, les jours de congé, avec les copains, aller flâner à la jolie Gare Jean Talon, près de chez moi, ce bonheur de voir partir ou arriver tous ces trains dans cette sorte d’église-du-chemin-de-fer ! Mon père, lui aussi, aimait les trains qui scandaient ses heures, ayant été élevé Rang du Crochet, à Laval des Rapides. Trains dont celui « Montréal- Québec », sur lequel à 15 ans je fus serveur —« sandwiches liqueurs cafés, thés ». Mon oncle Léo y était le cantinier. Bonheur et fierté d’apprendre à rester debout quand, « à fond de train » ?— file le redoutable et fumant engin noir ! On disait aussi « à l’épouvante ».

Vivre et élever ses deux enfants, durant des décennies, dans le Vieux Bordeaux avec dans l’un des quatre horizons, cette même ligne de chemin de fer et aimer ses convois, de marchandises ou de passagers. Sursauter parfois aux brefs mais alarmants coups de sirène, sourire de sa cloche. Sorte d’horloge en effet tant les passages sont à intervalles prévus, calculés. Plaisir vif d’apercevoir qui nous faisait de vigoureux saluts, ce même frère de papa, l’oncle Léo qui vieillissait fidèle au C.P. R. Dès lors Aimer à jamais le bruit comme fatidique des trains.

Devant aller dormir à notre pied-à-terre, Chemin Bates, (où aurait dû se construire avec bon sens le CHUM) à la frontière nord d’Outremont, c’est, immanquablement, le passage à n’en plus finir des longs convois de (jadis on disait de « freights ») de vrac inconnu. Dan les soirs, ces trains roulent vers l’ouest ou vers l’est avec l’éternel « ronron » à saccades rythmées. L’hypnotique chanson à voix basse, triste litanie prévisible. Un bruitage comme un comme un coeur qui bat. J’écoute cette mélopée triste, ce cantique pesant, qui achève chaque fois de me faire sombrer dans les bras du dieu Morphée. Oui, un somnifère efficace. Écouter cette berceuse un peu acariâtre, cette musiquette d’une mémé grognonne.

Mais oui, j’aime le train, moi ! Haïr ce maudit train fou de Mégantic, non. Haïssez ces maudits harpagons funestes, ces avares égotistes qui coupent ici et là, sans cesse, pour plus de profits aux actionnaires spéculateurs. Haine aussi pour tous nos élus mollusques —« responsables irresponsables de leurs responsabilités ». Honte aux complaisants complices qui ne prévoient rien pour réguler ces escrocs publics.

Et vive les trains !

 

 

MAUDIT TRAIN ?

Haïssez les entrepreneurs cupides qui coupent sans cesse dans les dépenses en vue de profits exagérés mais n’haïssez pas les trains. J’aime les trains, moi ! À cause du tragique accident au Lac Mégantic on a lu : « le maudit train fantôme, le démentiel train fou et ce salaud de train ». N’haïssez pas les trains mais ces avides brasseurs d’affaires qui négligent la sécurité du monde. J’aime les trains, moi.

Par temps « calme », certains soirs rares, enfant, j’entendais rouler —vous savez bien, ce son si caractéristique— le convoi ferroviaire dans la rue De Fleurimont (devenue Rosemomt ) à quatre rues de chez moi. J’ai aimé tout de suite le confessionnal de Josélito Moreau à cause de son train. J’étais fou comme un balai quand papa m’amenait avec lui, en train, au chalet de Pointe Calumet. J’aimais le train, son balancement, ballottement —vous savez bien, debout, il faut parfois s’accrocher— son goguenard conducteur et sa poinçonneuse, ses appels grognés : « All aboad ! Île Bizart, Île Bigras, Ste Dorothée, Laval Links, St-Eustache ! »

J’adorais, les jours de congé, avec les copains, aller flâner à la jolie Gare Jean Talon, près de chez moi, ce bonheur de voir partir ou arriver tous ces trains dans cette sorte d’église-du-chemin-de-fer ! Mon père, lui aussi, aimait les trains qui scandaient ses heures, ayant été élevé Rang du Crochet, à Laval des Rapides. Trains dont celui « Montréal- Québec », sur lequel à 15 ans je fus serveur —« sandwiches liqueurs cafés, thés ». Mon oncle Léo y était le cantinier. Bonheur et fierté d’apprendre à rester debout quand, « à fond de train » ?— file le redoutable et fumant engin noir ! On disait aussi « à l’épouvante ».

Vivre et élever ses deux enfants, durant des décennies, dans le Vieux Bordeaux avec dans l’un des quatre horizons, cette même ligne de chemin de fer et aimer ses convois, de marchandises ou de passagers. Sursauter parfois aux brefs mais alarmants coups de sirène, sourire de sa cloche. Sorte d’horloge en effet tant les passages sont à intervalles prévus, calculés. Plaisir vif d’apercevoir qui nous faisait de vigoureux saluts, ce même frère de papa, l’oncle Léo qui vieillissait fidèle au C.P. R. Dès lors Aimer à jamais le bruit comme fatidique des trains.

Devant aller dormir à notre pied-à-terre, Chemin Bates, (où aurait dû se construire avec bon sens le CHUM) à la frontière nord d’Outremont, c’est, immanquablement, le passage à n’en plus finir des longs convois de (jadis on disait de « freights ») de vrac inconnu. Dan les soirs, ces trains roulent vers l’ouest ou vers l’est avec l’éternel « ronron » à saccades rythmées. L’hypnotique chanson à voix basse, triste litanie prévisible. Un bruitage comme un comme un coeur qui bat. J’écoute cette mélopée triste, ce cantique pesant, qui achève chaque fois de me faire sombrer dans les bras du dieu Morphée. Oui, un somnifère efficace. Écouter cette berceuse un peu acariâtre, cette musiquette d’une mémé grognonne.

Mais oui, j’aime le train, moi ! Haïr ce maudit train fou de Mégantic, non. Haïssez ces maudits harpagons funestes, ces avares égotistes qui coupent ici et là, sans cesse, pour plus de profits aux actionnaires spéculateurs. Haine aussi pour tous nos élus mollusques —« responsables irresponsables de leurs responsabilités ». Honte aux complaisants complices qui ne prévoient rien pour réguler ces escrocs publics.

Et vive les trains !

Ö CANADA, CROTTE DE CHAT !

..et on riait à dix ans dans nos escaliers en tire-bouchon, gueulant : « Terre de nos aïeux, crotte de beu ! Ton front est ceint, crotte de chien ! » On s’amusant de peu. Un voisin est moqué qui arbore notre fleurdelisé, le 24 et puis « l’unifolié » le premier juillet, multi-patriote à pluri- allégeances ? ! Pourquoi pas mettre le « Stars and stripes » le 4 juillet et le tricolore le 14 ? L’étoilé de l’ONU quand ? Or, Fête du Canada, visite à Sainte Adèle-En-Haut de l’un de mes petits-fils, Laurent. Accompagné de trois copains du temps de son UQAM en géographie urbaine. Jordan né en France, sa Paulina , née en Pologne. Et Alex , un célibatant (sic). À six sur la galerie, on cause « ad libitum ». J’en profite pour mieux connaître cette génération dite des « Y ». Lisent-ils ? Vont-ils à leur biblio, en salles de cinéma ou c’est « internet ? » Qui sont leurs équivalents des chers « Vigneault-Charlebois-Léveillée » ? Samian le rappeur, Radio-Radio ?

Les réponses ne fusent pas. Pas trop bavards ou une relative incertitude sur les goûts communs ? Pas d’unanimité, c’est clair. Pendant qu’un trio descend —en maillots— au lac, Jordan reste avec nous et il a de la jasette, se confie volontiers. Fils d’une mère qu’il juge sévèrement —l’abandonnant à deux ans— élevé tant bien que mal par un « père-célibataire » —il voyagera énormément. Bagou abondant. Il vit en basses-laurentides, à Saint-Eustache avec sa Paulina. Très politisé et informé de l’État du monde, ce brillant locuteur se découvre en pessimiste. Lucidité étonnante pour son jeune âge ! Moi, le vieil « optimiste indécrottable », je tenterai de le conforter : « Il y a l’espoir de la science face à la catastrophe écolo annoncée ? » Jordan : « Non. Pas du tout. Ce monde-là est déjà responsable de tant des malheurs actuels du monde ! »

Ce Boulay philosophe de manière articulée, avec un vocabulaire étonnant, c’est, en pire ma foi, Schopenhauer (qui fut le plus pessimiste des grands penseurs). Sa réincarnation sur notre galerie, à Sainte Adèle ! Un « Nostradamus » stoïque, nous affirmant que l’écroulement écologique) ne saurait tarder bien longtemps. Brrr…Puis, le trio baigneur avec mon « grand » Laurent (vrai géant Beaupré !) finit par remonter de la grève. La jaserie se transforme et adieu l’Apocalypse ! Je dis : « En ville, en été, quid de tous ces spectacles gratuits dont nous sommes privés en Laurentides, fameux non ? Laurent : « Bof ! J’y vais parfois ! Mais moi, les grandes foules, rester debout, tous ces haut-parleurs, hum ! » Le sachant travailleur (su site Ex-Shop-Angus) en machins électroniques —qui me dépassent— sachant ses fouilles « géos » dans l’immense grand-nord québécois, je voudrais qu’il retrace cette île parmi des milliers d’autres baptisée (par l’État s.v.p.) « La petite patrie ». Peut-il m’en offrir une photo ? Une commande, Laurent.

La Polonaise —salut Chopin !— nous cause « gagne pain obligé », étant banquière (Royal) à « St-Eustache-la-neuve ». Et ça jase…d’un logement nouveau rue Montcalm (Laurent). Aussi des cafés-terrasses aux « cinquante sortes de bières ». Parmi ce quatuor, un jeune ingénieur (et pilote) Alexandre . Lui aussi « célibatant (sic) » et qui aime pas parler pour ne rien dire », assez mutique ce « beau brummel ». .

Jeunes filles (libres) qui me lisez, pour obtenir les  coordonnées d’Alex et Laurent, adressez-vous à moi, ici, à Pays d’En Haut. « Il y aurait plusse… si affinités ».

 

 

TI-COUNE SAUVÉ À STE AGATHE UN SOIR !

Au crépuscule le lac —si joli, si vaste— du village était en beauté. Hélas, pas de temps à perdre dans ce Saint Agathe tout doux de début d’été. car Raymonde et moi avions un rendez-vous avec un ti-coune, un cacaile, un ti-coco, un ti-cul, un nono, un zozo.

Entrons dans une sorte de taverne bancale (au bon café), triste café sombre et triste d’aspect et puis vers ce théâtre aux fauteuils usés, à l’aspect vieillot, guère invitant, Le Patriote. Assis dans le noir on a laissé causer un énergumène, une sorte de vagabond mal vêtu au langage parfois grossier (*Chier, chier, chier), un jeune type énervé aux prises avec…lui-même. Voici donc pour deux heures de « jaserie folle » une sorte de dyslexique, ah oui, d’inadapté à la vie réelle. On rit. Jaune parfois. Bleu. Rouge, ça dépend. Notre ti-coune, démago ici et là ?, joue du joual et du chiac, franglais à la mode, on le sait (upgrade, level, etc.). Son esprit à mille facettes n’a pourtant pas besoin de ces faciles béquilles. Bon, ces glissades ne sont pas trop fréquentes, Dieu merci !

Moins patients que piqués au vif, le niais, le cave, l’abusé, l’imbécile quoi est inséré dans un cerveau aux lucidités renversantes, c’est tout entendu et alors on accepte volontiers d’entendre ses humiliantes bizarreries, ses honteux rêves cocasses. Il ira jusqu’à critiquer vertement… Dieu lui-même, sa création, donc, lui-même. Ce mince freluquet, tout jeune énergumène, effronté et modeste, craintif et audacieux à la fois —maigre vraiment comme un clou, au visage pâle, aux cheveux bouclés— est, en certains passages, oh oui, très drôle.

L’humoriste André Sauvé s’avance en des domaines aux audaces langagières capricieuses. Il ne patauge pas, jamais, dans le « pipi-caca », le « vagin-pénis » à la mode et si commun à tant de nos paresseux « comiques ». Que non ! Sauvé, lucide, cruel même, se psychanalyse avec franchise, se frappant l’égo douloureusement, cherchant pathétiquement un salut, une catharsis. Tous les malmenés de l’existence, les timides, les peureux, les malchanceux, les complexés se reconnaîtront vite. Sauvé (qui ira au Maisonneuve bientôt) n’hésite pas à se confesser cruellement devant tout ce monde (salle pleine au Patriote !).

Cette osseuse silhouette énergique, corps d’ado attardé, philosophe sans le savoir et son : «  être ou ne pas être » est excellent. Souple zigue à visage nerveux, à la gesticulation névrotique, avec une voix tendue —du « hight pitch »— Sauvé tente aussi, soudain, de nous initier eh oui ! à la menuiserie. Tente aussi de nouer des coq—à-l’âne fous, souvent, osant nous dévisager pour nous poser des questions existentielles intenses, tel du bon Guy Légaré d’antan). En finale, apothéose visuelle remarquable, Sauvé achève de s’humilier dans une reconstitution délirante : on le voit, imbécile, en public et bien obligé de socialiser. Allez voir la cruauté de ses lacunes. Un inadapté attendrissant, paralysé, incapable de causer comme tout le monde, inapte à la vie ordinaire. Il « fitte pas », dira-t-il. Alors, on se rappelle, tous, de connaissances, comme lui, incapables d’être à l’aise à la moindre sortie mondaine. C’est triste, pénible et hilarant. On est partagé face à ce Cré Basile », ce ti-Coune de ville, monter sur scène et l’encourager ou l’abandonner à son triste sort. Sauvé a su s’analyser et s’observer en sagace, ses tics comme ses mots d’esprit illuminent deux heures d’une sorte de « polyphonie pour un bêta crasse ». Chapeau !