UN JOUR D’HIVER DE 1945 : DÉCOUVERTE DE SAINT-SAUVEUR !

Nous voyez-vous tous, tel le gang d’apôtres d’antan, nous amenant à l’heure du lunch, à un resto de Bordeaux ? Tous nous avons 82 ans, des p’tits vieux » qui furent de jeunes collégiens du Grasset. Ce « repas annuel » est un rituel installé par le dévoué Jean-Guy Cadotte, diplômé en sacerdoce. Ce vendredi récent donc, nous n’étions plus qu’une quinzaine ! Un temps, nous étions 35, puis 25…La mort….faucheuse sans pitié.

Pouvez-vous imaginer le flot des bavardages, aussi du radotage; mais quoi ?, on aime se re-re-remémorer des moments chéris, des profs aimés —« bons Messieurs de Saint-Sulpice »— d’autres « moines », les sévères et méchants. Confidences graves car certains regrettent leur orientation, Des aveux d’une voix cassée. Amers regrets d’un pharmacien, un ingénieur. Même un « missionnaire d’Afrique » !Silences, malaises. Soudain, au dessert, mon « petit camarade » l’avocat Roger R., nous fait nous souvenir du ski à Saint-Sauveur. À 15 ans ! L’autobus loué. La journée « de rêve » dans les Laurentides bien loin des rues cimentées, des tassements serrés des maisons de briques rouges. C’était la découverte d’un monde nouveau et ce vendredi-là nous nous souvenions de la beauté du vaste ciel et des innombrables collines.

Aussi du câble, rugueux « remonte-pente », nous conduisant au haut des pistes, 68, 69, 70. Ces ciels dômes infinis chers garçons de l’asphalte répandu partout, du macadam. J’ai rappelé à mes commensaux certaines de nos ballades hors pistes, loin de « La vache qui rit » à mi-côte. On s’aventurait dans des sentiers où les conifères se garnissaient de magnifiques meringues à la blancheur aveuglante.

Émus, on s’en est rappelé de ce silence, de cette solitude qui donnait une envie de prier et le goût du sacré. Ainsi, ce vendredi midi, soudain des yeux un peu mouillés, nostalgie de l’hiver de 1945. Nous, jeunes impatients au coin de la rue Saint-Hubert et Crémazie et l’autobus loué qui surgit enfin, joie folle, on monte pour Saint-Sauveur ! Okay, maintenant, voyez-moi, un samedi tout récent, et encore à Saint-Sauveur. Votre chroniqueur, mis sur son 36, déguisé en « officiant » mandaté par le « Ministère de la Justice », sérieux, je vais célébrer des noces. Celles du frère de ma bru, Murray Lapan (un prof et frère de ma bru). Ah ! moi qui voulait faire un « prêtre » à 10 ans, j’étais servi. La mariée (Claire Brossoit) inventa un « cérémonial géologique » en parallèle à « ma » grand’messe laïque » (air-terre, eau et feu). Soudain, au moment des vœux éternels, de l’échange des anneaux, du baiser rituel, j’ai levé les yeux du jardin du bout de la Montée du Lac Millette et… j’ai revu les côtes de ski de Saint-Sauveur, revu en cet hiver de 1945, la découverte fascinée des collines, des sentiers de sapins recouverts de jolis meringues.

Enfin, courez voir la surprenante, fascinante, envoûtante surdouée Hélène Bourgeois-Leclerc, chez Duceppe (« Vénus de vison » ). Toute la salle était éblouie jeudi soir … et vendredi midi, la faim, aller s’asseoir au cher vieux « Petit Chaudron » de Sainte-Adèle. Redevenu le même. Comme en hiver ’45. Très goûteuse soupe au chou, puis l’omelette au fromage « bien baveuse », de fraîches frittes. Dessert : leur tarte au sucre d’antan. Yam !

2 réponses sur “UN JOUR D’HIVER DE 1945 : DÉCOUVERTE DE SAINT-SAUVEUR !”

  1. Bien que 30 ans plus jeune, j’ai aussi vécu des moments inoubliables lorsque j’étais patrouilleur de ski pour l’Ambulance Saint-Jean. Bénévole aux pentes 40-80 le jour, je partais ensuite au ski de soirée à Saint-Sauveur les samedis soirs. Deux ans plus tard je devenais directeur régional et responsable de 14 centres de ski et 200 patrouilleurs, j’allais découvrir un endroit fort sympathique à Sainte-Marguerite du Lac Masson: l’auberge du Lac Lucerne. Endroit chaleureux et bucolique, avec de petites chambres d’une autre époque, des  »T-Bar » rustiques, une chenillette digne d’un musée…en face, le petit Lac Lucerne avec ses pentes plus à pic et la maison du  »Sainte-Marguerite Ski Club », petit bastion d’anglophones aisés. Il fallait être attentif lorsque l’on venait au secours d’un petit blessé car la plupart de ces messieurs étaient avocats ou médecins…

    Ce n’est qu’après la faillite de l’auberge que j’allais découvrir l’extraordinaire histoire de cet endroit, l’arrivée d’Émile Cochand et de ses descendants, l’histoire du  »Chalet Cochand », le fait que le petit télésiège du côté de l’auberge était un des premiers à être en opération au Canada, le parcours fascinant du fils Louis, véritable leader du ski alpin, gestionnaire pendant des années du Chalet, skieur et moniteur émérite, ouvreur de pistes de ski de fond en compagnie de  »Jack Rabbit » Johanssen, pilote de  »Spitfire » pendant la guerre. Son fils Charles qui est maintenant avocat près de Londres, a publié un livre que je vous recommande fortement,  »Those Fabulous Skiing Cochands ».

    La prochaine fois que vous roulerez dans le coin, une fois passé le Snowy Owl, surveillez le lac Lucerne à droite et la clairière à gauche avec des clôtures: l’auberge s’y trouvait autrefois. Et il faut vraiment savoir qu’un centre de ski a déjà existé puisque la nature a repris ses droits, on ne devine plus du tout les pentes du côté du lac, plusieurs maisons ont été construites sur les pentes. Par contre on voit qu’il y a encore quelques Cochand qui habitent les maisons du coin et une rue porte même le nom d’Émile.

  2. « À 15 ans ! L’autobus loué. La journée « de rêve » »

    À 15 ans, je ne pouvais même pas sortir de la cour arrière. Règle instaurée par mon géniteur-nourricier. Découvrir quelque chose tenait de l’imagination. Pour longtemps, il a fait de moi un attardé social! Pas un attardé mental…je suis plutôt doué de ce côté.
    Alors les Mont-Tremblant, St-Sauveur et compagnie…
    J’ai exploré, dès mon arrivée sur le marché du travail, tous les paysages environnants, approfondi les contacts humains dans mes relations de travail… J’ai, depuis, repris le temps perdu. 🙂

    Mes journées de rêves?
    À cinq ans, je rêvais en regardant la forêt toute proche derrière chez moi avec, l’hiver, une étendue de neige invitante pour glisser, mais hors d’atteinte par la fameuse règle. Mon évasion, depuis toujours ou presque: les livres! Eh oui, je savais lire avant de commencer ma première année d’école. Je lisais surtout la Bible.

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