MASSAGE AU SIROP D’ÉRABLE !

Mon fidèle lectorat sait où me trouver (entre 5 et 6) en cas d’audiences publiques, jouant « le sage à la barbe blanche aux longs poils frisants » ( chanson de Trenet), ici, tout le bureau d’accueil de l’hôtel Excelsior est de belle et bonne chaleur; saluts à Joan, Anne-Michelle et Maria, accortes dames aux sourires réceptionnistes de chaude cordialité. À demi-nu, m’y sentir —comme dans le génial film du génial Fellini— l’acteur Marcello Mastroïani en un harem, sultan choyé aux bains à vapeurs !

Exorcisant (sic) ma hanche opérée, plongé en chaud tourbillonnant jacuzzi, je lis sur un lutrin : « Massage au sirop d’érable ». Eh b’en ! J’ignore tout au domaine des « jeux de mains, jeux de vilain ». Une des souriantes buralistes me déniaise : il y a au menu de l’Excelsior : des « enveloppements » à l’argile verte, ou au thé vert et, oui, au chocolat ! Elle me vante : « sablage » aux sédiments marins ou bien « gommage » au raisin, à la vanille ou aux cristaux de sel. Un monde et me sentir un vieux dinosaure.

À cet hôtel et, sans doute, comme ailleurs (Mont Gabriel ou autres « Polar Bear-Ours Polaire ») je devine offres de : mécanothérapie (?), de balnéothérapie (?). De «  Vaporium » ? Dans les caves aux torchères, je lis : algologie (?), accumassage local (?), sauna finlandais(?) bain flottant hypersalin (?) Une voix me dira : « Vieil écrivain, massage facial ou bien « substituer F et G par pressothérapie » ? J’en reste baba car je viens d’un temps bien maigre sur le sujet et ma vieille religion fut peu ouverte sur ces… plaisirs du corps. Ma maman —ses 21 repas par jour à servir, nous étions neuf à table— ignorait ces soins.

Je suis d’un autre temps. Ça me gênerait, ces habiles mains me tripotant les chairs. Une pudeur ? Scrupuleux ? Je regarde circuler silhouettes en sarraus blanc et je résiste. J’y vois comme une sorte de « péché », on nous a tant enseigné « le mépris du corps », ce vil objet de péché. Cajolerie physique conduisait « drette » en enfer. Nos curés anciens verraient ces soignantes aux mains savantes comme instruments de Belzébuth-Satan.

Manicures oui, pédicures parfois, furent tolérés tard et mes cinq sœurs s’y adonnèrent…mais tard. J’en ris aujourd’hui et vive la « paraffine », le « vernis français », le « facial aux pierres chaudes », les soins « tenseurs bio-restructurants ».

Prévision : verrais-je un jour : « Tatouages remis à neuf. » Suis si étonné de voir autour de mes baignoires de ces beaux gaillards musclés, parfois, pères de famille (!), aux peaux décorées de jolies fioritures végétales, de figurines mythiques. Jadis, des signaux mâles pour sombres motards. Mon voisin de Saint-Adolphe-en-arrière, Claude Dubois chantait : « Les temps ont changé tit-Loup, les temps ont changé ! » Ces caresses sophistiquées et « la chair est si faible ». Okay, « les temps ont changé », un de ces après-midis, je sortirai de ma piscine et, porte-monnaie à la main, je quémanderai… un massage au sirop d’érable !

 

Une réponse sur “MASSAGE AU SIROP D’ÉRABLE !”

  1. « ——Je regarde circuler silhouettes en sarraus blanc et je résiste.—— »

    Les sarraus blancs créent une bien mince frontière.

    tripot: « Maison de jeu, cabaret où l’on joue »
    tripoter: « Remuer, manipuler, sans soin, diverses choses »
    La frontière est le « sans soin ». Frontière, encore une fois, bien mince.

    Les décennies, les siècles passent, le spirituel disparait progressivement, pour laisser la place au charnel, au vénal: c’est une évidence
    On ne peut nier les bienfaits d’un massage. Ça aussi est une évidence.

    Considérant les progressions et régressions de tout ce qui nous entoure en ce monde, je vous laisse imaginer.
    En ce monde de macho, les femmes, il y a moins de cent cinquante ans, ne laissaient même pas voir leurs chevilles.
    En quelques endroits (mal femmés :-), mal famés), maintenant, on peut les voir toutes nues.

    En conclusion, je considère que le massage est un acte médical et qu’il devrait être prodigué en milieu hospitalier.
    Alors il n’y aurait plus de perceptions tordues.
    Je prétends avoir un esprit large et je sais encore distinguer les frontières fragiles du plaisir et de l’acte médical.

    « ——Ça me gênerait, ces habiles mains me tripotant les chairs—— »
    Moi aussi

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