MON VILLAGE CHÉRI !

J’aurais jamais cru cela : que je m’attacherais —après quelques décennies à Ste Adèle— à ce point; c’est rendu que je déteste retourner à Montréal, la métropole ! Vendredi dernier, bien obligé (mon éditer XYZ) d’aller Au Salon du livre. Je tempêtais dans ma Honda et mon « chauffer privé » —une femme dont je suis fou— en rigolait. Mais je sais qu’elle est comme moi et que de… «  descendre en ville » ne la réjouit plus du tout.

Ce « Saloon… » à la Place Bonaventure, ouf !, quelle belle grande fête hein ? Illusion car les gens lisent de moins en moins, hélas, une sale vérité souvent niée tant on refuse le fait. Il est têtu pourtant : le monde ne lit plus. Les cinq chers petits-fils du « grand écrivain » ( Louis Cornellier dixit) ne sont pas « des gens à livres ». Ils « très » branchés et foin du papier imprimé et relié. C’est : Vive le Web, vive le Net, google, wikipédia et cie ! Vive l’ère de l’électronique, y compris ses jeux. Quand la pub du Saloon dit : 150 000 visiteurs, comprenez bien qu’il s’agit d’un infime minorité de Québécois car de St Jérôme à St Jean Iberville, vivent 3 millions des nôtres !

À mon kiosque XYZ, néanmoins grand plaisir d’y recevoir quelques chaleureux « fans », dont pas mal d’adèlois ! Ces chaleureux sont venus me serrer la pince, bavarder et m’encourager parfois en se procurant ce « chef d’œuvre » dont parlait « Le Devoir » en début de mars: « Anita, une juive numérotée. » À ce propos, dimanche, au Saloon, Place de l’Agora, l’on m’organisait une sorte de débat entre Dame Ravary, ex-convertie aux juifs Hassidims, et l’éditeur et auteur, Vanasse. Ce dernier publie un bouquin de sa généalogie, cela jusqu’à des ancêtres juifs en Hollande (les Van Hasss), même en Pologne ! À la fin, du petit « show », une vieille dame —de confession juive— est venue aux micros pour m’agonir d’injures (si j’en crois une jolie guide qui en riait). Le malentendant que je suis devenu n’a rien compris, voulant savoir, on m’a dit que « la madame » était toute confuse dans ses griefs, peu claire dans ses horions. Mais la chroniqueuse de Journal de Montréal, Dame Ravary, doit savoir quand elle vante les meilleurs rapports désormais entre sa chère secte et nous (à Outremont sinon ici, à Ste Agathe) que je m’en attribue volontiers les mérites. En 1988, il y a 25 ans, quand tous se taisaient, rectitude de cons, j’ai protesté dans l’hebdo d’Outremont face à un vrai racisme juif. Je fustigeais l’écœurant racisme des orthodoxes juifs. La Ravary a raison, leurs chefs ont compris et ils changent assez vite, une des leurs deviendra même candidate aux élections !

En ce moment, mardi matin, je vois le lac tout proche qui va se figer. Pour des mois. J’observe de la fenêtre de mon petit bureau une virtuelle glace, c’est de l’ardoise, mi vitre, mi pierre, vaste miroir d’un noir d’enfer, recouvert d’une espèce de glauque pellicule. Ça y est, c’est l’hiver qui entre. Il va vraiment neiger. Alors, spectacle magique réjouissant, sur la glace du lac, les samedis, les dimanches ensoleillés, on viendra nombreux. Les promeneurs sur les anneaux balisés vont venir tourner dans la lumière « la plus belle de toute la planète ». Oui, la science l’affirme : au sud, ils n’ont pas cette beauté lumineuse. Ni en Floride, ni aux Antilles. C’est chez nous, par ici, la luminescence vibrante… vive le boréalisme ! Cette luminosité éclatante s’en vient donc, dire merci alors aux millions de millions de cristaux de neige qui la reflète. Ah oui, on se baignera de lumière très bientôt, accompagnés de belles compagnes. Parfois avec, en laisses, les plus jolis spécimens de la race canine. Enfant, j’aimais l’hiver, ses jeux, forts, labyrinthes, traîneaux, patins et skis— vieillard, j’aime de nouveau l’hiver, pour sa lumière.

 

 

MAINS ANGÉLIQUES SUR MON CORPS

 

Cela ne m’est jamais arrivé et à mon grand âge, ce sera une première que cette découverte de bons soins…dirais-je digitaux ? Pratique pourtant venue, je gagerais, d’un peu avant le « Homo Sapiens-Sapiens »; j’imagine que de rudes caresses de Grosse-Moignonne s’abattaient sur son mari, le Gros-Mognon. On m’offre un massage ! Par une professionnelle. J’ai osé accepter ce cadeau (pour mon anniversaire) des Allard à L’ « Excelsior ». Hésitation d’abord : scrupules, réticences d’un homme de l’âge de… pierre (moi) ? Et, cadeau accepté, je consens à m’aventurer dans une des caves de l’auberge où, chaque jour, je vais « sautiller » —c’est ma camarade-auteur, Marie-France-la-Sauterelle qui m’a appris.

Sombre couloir, en robe-de-ratine, je marche sous les torchères vers une loggia calfatée; des silhouettes blanches circulent, en blanc, sveltes « manipulatrices ». Règne une discrétion de catacombe (sans chrétienté aucune). On me guide. Une porte s’ouvre, et une vive Lucie m’accueille toute souriante : « Allongez-vous !». Je m’allonge.

Ce sera la découverte inouïe du pouvoir de mains humaines métamorphosées en mains d’ange —huilées— expertes. Ce sera « palpation » tout en douceur pour les coins et recoins de ma vieille peau, ma carcasse qui, croyez-moi, a du vécu.

Mais…c’est merveilleux.

D’autant plus merveilleux que je sortais d’une sombre querelle (rue Papineau, en face du théâtre de Latulippe). D’une soirée à La Licorne, parmi une faune décadente », une machine théâtrale. L’auteur, Steve Gagnon, illustre une querelle entre deux frères —« le beau et le laid », Aussi une « mamma » possessive, deux belles ballottée. Spectacle avec blasphèmes —une mode. Des coups résonnants dans un pavillon de banlieue démantibulée ! Le « laid » se transforme en monstre. Que l’auteur nomme « Néron » Ah, tiens ! Le « beau » se nomme Britannicus, la môman : Agrippine ! L’ex-collégien du vieux cours classique plaint M. Racine tout tripoté car Gagnon y va aux toastes, il doit « se virer et se revirer » dans sa tombe.

Pire, avant massage, je rentrais de New York, du « Met-ma-chère, où j’avais vu pleurer et se tuer la belle « Tosca ». Excellente Patricia Racette. Que de cris et tumultes. Oui, le demi-sourd apprécie l’opéra désormais. Merci Tom Fermanian pour ton cinéma « Pine » branché au satellite.

Tout ça pour vous dire : ce massage m’apaisa en diable et la « Lucie-caressante » n’avait rien, elle, ni d’une farouche Tosca, ni de cette Agrippine ( surdouée Marie-Josée Bastien). Au « local-des-bras-fermes » de l’ « Excelsior », ce fut l’Éden.

Un paradis-terrestre et je guettais l’Ange armé qui viendrait me chassant. Il ne vint point. Me relevant relaxé, léger, j’allai « sautiller » dans mon immense bain. Quel cadeau, ces mains-miracles remuant de la moindre vertèbre du cou… jusqu’aux petits orteils. Avec une huile (du Frère André ?), deux mains, dix doigts, vous parcourent des talons jusqu’aux —le croirez-vous ?— arcades sourcilières. Remué de face comme de dos. Hélas : « Maman c’est fini » ! Fin de la douce musique. Adieu donc cymbales et timbales de la belle (grasse) suicidaire Tosca. Je quitterai à regrets cette atmosphère… monacale, ces caresses apaisantes de sorcière et ma peau (de 83 ans, depuis le 10 novembre), toute émue de ces doux soins soupirait des « merci, merci ! ».

 

CHÈRE « TABLE-DE-CUISINE » !

Le lieu par excellence pour communiquer, non? Entre frigo et cuisinière. Ce meuble fut « central » longtemps dans les téléromans. Jeune, nos vies tournaient autour, un, du lit ( oh!, dormir) et, deux, de cette chère table (Ah!, manger). Manger ?, oui et aussi faire nos devoirs, étudier nos leçons. Ne pas oublier : pour jouer en famille les —toujours trop nombreux— jours de pluie. Support à quatre pattes, indispensable, avec ses chaises tout autour.

Cette cuisine, ce lieu comme sacré, si précieux pour nous « tenir » ensemble, la famiglia. Table vénéré pour les congés aux les jours de mauvais temps, tempêtes d’hiver ou jours de pluies —fines ou torrentielles. Horrible empêchement d’aller jouer dehors certains samedis ou ces dimanches tout gris aux nuages menaçants d’ondées, jours à la lumière chétive, rare.

Alors, soudain, maman nous apparaissait —sans son tablier— pour nous inviter à la table-de-cuisine. Elle avait sorti, excitation de tous, les jeux de société. Il y en avait toute une pile au haut du placard de sa chambre.

« Au jeu ! Au jeu, les jeunes ! », s’écriait-elle. Cela nous stimulait, d’abord la vue de ces « jeux de table », aux boites colorées. Ces joutes avec exclamations, cris et rires —rivalités de surface aussi— nous réjouissaient. C’était, assis en rond, des sorties bienvenues, l’échappatoire béni, des heures d’ambiances joyeuses. Vive les jeux aujourd’hui ? Venu à mon magasin de L’École de l’Hôtellerie, rue Lesage, je rencontre un ex-camarade, brillant réalisateur de télé ( Jean-Yves Laforce) et il me confia : « Difficile de réunir les enfants grandis, ce qui nous a aidé ? Les jeux de société. Nous bavardions alors, réunis enfin autour de la table de cuisine. » Laforce ajouta : « Les jeux inventés par ton fils, Daniel, y contribuaient ! » Oh, fier le « pôpa » de l’inventeur de jeux, savez vous ? Oui, je vais en profiter pour faire une annonce commerciale : Ces temps-ci, Daniel Jasmin —en prévision du temps des cadeaux des Fêtes— fait installer en magasins son nouveau jeu « Défi chronologique ». Il me l’a fait testé et j’ose: amusement garanti. Son jeu, « Défi chronologique » est aussi fort instructif et d’un récréatif stimulant.

Il y a un rival : les jeux électroniques ! Qui sont plus stressant et utilisables en solitaires bien souvent, contrairement au jeu de type « Défi chronologique ». Avec ce dernier, pas de pow-pow ni bang, t’es mort ! », nulle agressivité à prévoir à la table-de-cuisine. Juste du bon et agréable espace pour causer, pour rigoler, pour échanger potins et échos, même pour se livrer aux nécessaires confidences.

«  Défi chronologique », c’est du divertissement humain, sans monstres, sans menaçants extra-terrestres, ni mitrailleurs modernistes, ni fantassins pour totale extermination. Le jeu électronique est un redoutable concurrent certes mais il n’offre pas la —si utile, si humaine— convivialité. La chaude réunion pour les jours de mauvais temps —ou de beau temps. Ce dernier-né tout frais de mon fils a été conçu (cette fois pas pour de jeunes enfants) pour de jeunes adultes. Et aussi pour de vieux adultes (comme moi).

Évidemment, pas de comparaison entre ce jeu nouveau « Défi chronologique » et notre chéri tout simple « Parchesi » ! Ou encore avec « Serpents et échelles ». Non, beaucoup d’eau a coulé sous nos ponts depuis nos rires et nos cris de jeunesse, rue St-Denis, à la table de cuisine. Merci table emblématique s’ouvrant avec panneaux pour notre « bande des 9 ». Table magique où maman exhibait des présents à gagner grâce au vieux jeu du « Bingo ». Cadeaux à cinq cennes ! On y gagnait cinq klendakes chinois ou des négresses de réglisse, ou bien des mini outils de chocolat, des boules de coconut. Ou encore des babines, grosse prothèse de cire rouge. Ou à mâcher en gomme-baloune.

 

 

 

JANETTE BERTRAND EN DÉRAPAGE !

Sommes-nous nombreux à avoir été choqué comme je le fus face aux attaques virulentes, de Janette Bertrand à l’émission de Guy-A. Lepage ? La « vieille dame indigne » s’emporte : « toutes les religions sont des machines à dénigrer la femme » ! Quelle inculture sur le plan historique. Jadis, avant les religions, la chrétienne en particulier, le sort des femmes était autrement dégradé. Certes, des chefs religieux ont commis de graves erreurs dont les horribles feux de L’inquisition. Il n’en reste pas moins que « la » religion —quel qu’elle soit— fut d’abord et avant tout un progrès. Une sortie des barbaries. Pour les hommes et pour les femmes.

Crier devant caméras et micros, comme Janette, que tous les prêtres méprisent les femmes est une triste niaiserie, pauvre et ignare Janette. Un mensonge grossier. La laïcité sans fanatisme respecte les religions. Surtout la chrétienne qui a été tout au long de l’Histoire salutaires aux femmes et même occasion fréquente de progrès. Un féminisme débridé n’a rien à gagner en crachant sur les religions. À « Tout le monde en parle », Janette —qui dit craindre l’infirmière voilée lui raccourcissant (!) sa fin de vie, déconnait gravement.

Mais non, consolations indispensable, la religion restera indispensable à bien du monde, respectons cela. Parler de  « poison mortel pour la femme » relève d’un militantisme athée très dépassé en 2013, d’un athéisme infantile. Moi, l’écrivain agnostique —croyant sans adhérer à aucun dogme religieux— j’affirme : ma « bonne vieille religion catholique » défendait et valorisait la femme, la protégeait aussi. Chère Janette, profiter du « débat sur la laïcité » pour proférer à la radio et à la télé —agressivement— une telle sottise est d’un anticléricalisme puéril totalement écoeurant. Plus grave, c’est une injustice.

C’est sans doute le bon moment ici, de dénoncer tant de « grandes gueules » —chroniqueurs variés— qui sont mal équipés intellectuellement. C’est encombrant, aux tribunes d’opinions et l’espace public résonne de mille inepties. Ces incultes —et voyez tant de ces columnists improvisés sur les réseaux de l’Internet— comme madame Bertrand, répandent des fadaises et des foutaises insupportables. Les religions, la bonne vieille romaine catholique en particulier, a collaboré (à travers ses erreurs) au respect des femmes et à ses droits aussi. Alors, combien avons-nous été, comme moi, gênés d’entendre « la Janette nationale » diffamer et si brutalement la religion de notre jeunesse ? Ce dimanche soir là, c’était embarrassant pour qui connaît l’histoire le moindrement, cela que l’on soit devenu incroyant ou que l’on soit resté croyant. Janette, dans un hôpital, une musulmane —une femme voilée— respecte comme tout être humain, « la fin de vie » parvenue au bout d’une existence. Craindre le contraire, ma pauvre Janette, relève d’un racisme niais.

Et puis cracher et baver sur ses anciennes croyances, même si c’était souvent « religiosité candide », fait voir au fond, une sorte d’auto-mépris déplorable. Cela m’a gêné vraiment à « Tout le monde en parle » et cela m’a navré venant d’une femme courageuse sur tant d’autres plans.