MAINS ANGÉLIQUES SUR MON CORPS

 

Cela ne m’est jamais arrivé et à mon grand âge, ce sera une première que cette découverte de bons soins…dirais-je digitaux ? Pratique pourtant venue, je gagerais, d’un peu avant le « Homo Sapiens-Sapiens »; j’imagine que de rudes caresses de Grosse-Moignonne s’abattaient sur son mari, le Gros-Mognon. On m’offre un massage ! Par une professionnelle. J’ai osé accepter ce cadeau (pour mon anniversaire) des Allard à L’ « Excelsior ». Hésitation d’abord : scrupules, réticences d’un homme de l’âge de… pierre (moi) ? Et, cadeau accepté, je consens à m’aventurer dans une des caves de l’auberge où, chaque jour, je vais « sautiller » —c’est ma camarade-auteur, Marie-France-la-Sauterelle qui m’a appris.

Sombre couloir, en robe-de-ratine, je marche sous les torchères vers une loggia calfatée; des silhouettes blanches circulent, en blanc, sveltes « manipulatrices ». Règne une discrétion de catacombe (sans chrétienté aucune). On me guide. Une porte s’ouvre, et une vive Lucie m’accueille toute souriante : « Allongez-vous !». Je m’allonge.

Ce sera la découverte inouïe du pouvoir de mains humaines métamorphosées en mains d’ange —huilées— expertes. Ce sera « palpation » tout en douceur pour les coins et recoins de ma vieille peau, ma carcasse qui, croyez-moi, a du vécu.

Mais…c’est merveilleux.

D’autant plus merveilleux que je sortais d’une sombre querelle (rue Papineau, en face du théâtre de Latulippe). D’une soirée à La Licorne, parmi une faune décadente », une machine théâtrale. L’auteur, Steve Gagnon, illustre une querelle entre deux frères —« le beau et le laid », Aussi une « mamma » possessive, deux belles ballottée. Spectacle avec blasphèmes —une mode. Des coups résonnants dans un pavillon de banlieue démantibulée ! Le « laid » se transforme en monstre. Que l’auteur nomme « Néron » Ah, tiens ! Le « beau » se nomme Britannicus, la môman : Agrippine ! L’ex-collégien du vieux cours classique plaint M. Racine tout tripoté car Gagnon y va aux toastes, il doit « se virer et se revirer » dans sa tombe.

Pire, avant massage, je rentrais de New York, du « Met-ma-chère, où j’avais vu pleurer et se tuer la belle « Tosca ». Excellente Patricia Racette. Que de cris et tumultes. Oui, le demi-sourd apprécie l’opéra désormais. Merci Tom Fermanian pour ton cinéma « Pine » branché au satellite.

Tout ça pour vous dire : ce massage m’apaisa en diable et la « Lucie-caressante » n’avait rien, elle, ni d’une farouche Tosca, ni de cette Agrippine ( surdouée Marie-Josée Bastien). Au « local-des-bras-fermes » de l’ « Excelsior », ce fut l’Éden.

Un paradis-terrestre et je guettais l’Ange armé qui viendrait me chassant. Il ne vint point. Me relevant relaxé, léger, j’allai « sautiller » dans mon immense bain. Quel cadeau, ces mains-miracles remuant de la moindre vertèbre du cou… jusqu’aux petits orteils. Avec une huile (du Frère André ?), deux mains, dix doigts, vous parcourent des talons jusqu’aux —le croirez-vous ?— arcades sourcilières. Remué de face comme de dos. Hélas : « Maman c’est fini » ! Fin de la douce musique. Adieu donc cymbales et timbales de la belle (grasse) suicidaire Tosca. Je quitterai à regrets cette atmosphère… monacale, ces caresses apaisantes de sorcière et ma peau (de 83 ans, depuis le 10 novembre), toute émue de ces doux soins soupirait des « merci, merci ! ».

 

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