DES ÉCRANS AU TNM ? (une maudite mode)

En janvier, au TNM, il y aura, hélas, des « vues » aussi ! Vous avez lu l’article-annonce de la venue, en janvier, d’un nouvel « Icare ». Où ? Au cher vieux théâtre de la rue Sainte- Catherine. Pas encore ça ? Oui, il y aura sur la noble scène des Gascon-Roux-Groulx, des écrans de projection. Une maudite mode et, « littéralement », déplacée. Hue et sus !

Ohé, les Pilon et Lemieux de ce monde : allez donc faire du cinéma ! Débarrassez le théâtre ! Le théâtre est « le » lieu de la pensée et de la parole.

À l’aide de ces écrans, sorte de cinéma (mineur) « décoratif », ce genre de créateur —pas à sa place— montre qu’il méprise l’imagination des spectateurs. Installant son écran sur les planches théâtrales, il fait voir, impose, « son » imaginaire à lui. De tels créateurs, prétentieux et dominateurs, empêchent le libre imaginaire du public, qu’ils bafouent au fond.

Vous jouez dans la mauvaise cour, vous tous, les Lemieux et Pilon. Verrait-on, s’étant rendu dans un salle de cinéma, surgir soudain un pan de décor réel, des acteurs en chair et en os venus se mêler aux propos tombés d’un écran aux images ? Une bêtise, non ?

 

Claude Jasmin,

Écrivain, Sainte-Adèle

ADIEU LE PLANTEUR D’ARBRES !

Exclusif

 

ADIEU LE PLANTEUR D’ARBRES !

 

Fou, on l’imaginait « pas tuable » mais Frédéric Back est « parti ». À jamais. Le discret graphiste —30 ans dessinateur émérite à la SRC— avec sa voix enrouée, ses gestes de prestigitateur, son doux regard de mouton, s’en est allé. Pour toujours. En un paradis promis j’espère, qui sera couvert d’arbres, sa passion.

Duplessis-Sauvé congédiaient le prof de peinture révolté Borduas quand les élèves de L’École du Meuble (et de céramique) virent arriver —de son Alsace natale— ce jeune surdoué. « Vous pouvez m’appeler « Fred »; il était à peine plus âgé que nous. Peu pédagogue, on veut le terroriser :

« L’hiver est effrayant par ici, on sort par les fenêtres tant il y a de la neige. » On ricanait. Fred dit : « Oh, vous savez, jeune, il fallait aller à l’école en ski. »

Ce qui nous fit taire vraiment : ce jeune prof dessinait comme un dieu ! Oh, tous ceux qui l’aiment auraient voulu qu’il reste en vie, qu’il voit un jour l’écologie gagner tous ses combats. Revoir alors ce sourire ineffable qu’il arborait sans cesse. Un dimanche ensoleillé, j’aperçois près d’Oka mon camarade radio-canadien qui sort de sa petite caravane grise. Avec épouse, enfants et ses longues luges. « Fred, tu vas pas dans le nord ? C’est mieux, non ? » Mais lui : « Ah non, trop loin et trop de monde ! »

Oh, si vous l’aviez vu, circassien, rampant en acrobaties au dessus des grilles des studios de télé avec ses poupées étonnantes, les mains pleines de fils, des agrafes au bec pour décorer de grandes « Heures du concert » !

Parti pour toujours, notre génial Fred ! Il se fracassa un œil accidentellement par audaces et imprudences. Resté visionnaire, ce grand zigue borgne se mit à crayonner en milliers de dessins colorés et, avec son producteur admiratif, la SRC permettra à Fred Back de déployer tous ses dons. Ce sera des dessins animés uniques dans l’univers et des lots de prix. Images mouvantes qui lui vaudront —deux fois— la célèbre statuette californienne; dont l’inoubliable « Homme qui plantait des arbres ». Adieu cher Frédéric Back !

Claude Jasmin (écrivain)

 

 

 

 

 

AIMONS L’HIVER ?

Daniel, mon fils le valdavidien, à qui je dis  : « Pas jaloux de ta sœur, partie six mois à Palm Beach ? », me dit : « J’aime bien l’hiver, moi, pour la beauté des paysages, pour le ski dans nos collines, pour ses airs de fêtes, pour cette variété saisonnière illuminante. »

Je lui sonne raison. Daniel est en meilleure santé que ma fille un peu fragile, Éliane. Que dorlote son Marco qui est mon webmestre.

Moi ? Je balance Tenté de m’exiler car il y a mon grand âge. Suis pas trop friand froidures. M’envoler alors avec nos oiseaux, hum, ma Raymonde ? Une totale aversion de l’avion. Mon gendre nous parle de « mettre l’auto sur un train », ce qu’il fait, lui. Il y a aussi la crainte de certaines privations, us et coutumes d’ici, s’en passer six mois ? De 1978 à 1988, nous allions en Floride, le temps des Fêtes. Vite, on s’ennuyait, nous étions contents de « remonter ». Pourquoi ? Ma radio, ma télé, mes chers journaux et magazines —d’ici et de France. Avec raison, Marco rétorque : « Désormais il y a l’ordinateur qui apporte tout ça et en quelques clics ». Mais chez nous, l’ordinateur… pas top ! Francophiles ardents nous avions songé à « l’hiver en France-du sud ». Mais des connaisseurs du « midi » disaient : « Où ça ? À Menton, proche de Nice ? Pas bien chaud », là où des adèlois de nos connaissances hivernent. Nous songions au sud-ouest, Cacassonne, Perpignan ? Ces connaisseurs : « Ne rêvez pas. Il faut se couvrir d’une bonne grosse « laine » dès la mi-après-midi. Il y a aussi ce terrible « mistral. Frais et assourdissant ! » Il y avait aussi cette peur atroce de l’avion chez ma dulcinée. Bon, faire aveu :depuis une décennie, nous ne craignons plus l’hiver.

« Avec le temps », cher Léo Ferré, l’hiver ne nous semble plus si long, est « endurable ». Il doit y avoir pas mal de monde qui ne déteste pas l’hiver québécois, non ?

« Hier encore… »…cher Aznavour, j’admirais ce luisant soleil faisant reluire, étincelantes, nos région laurentidiennes. Et on sait bien désormais se vêtir chaudement. Ce matin, j’écoute, stimulé, ravi, sonner de ces « Jingle bell » et tant de bien jolies chorales nous égaient. Entendant au 98, 5, —salut à toi, l’ ex-camarade Paul Arcand !— l’inévitable « a-des-té-fi-dé-les », j’ai chanté avec ma radio et me suis souvenu de ma mère qui, au logis de ma rue St Denis, suspendant haut son fer-à-repasser, écoute les yeux mouillés « La Charlotte prie Notre-Dame », incroyable mélo larmoyant de Marie Dubas (écoutez ça à google).

« Ma bonne mère », cher Pagnol, malgré sa trâlée d’enfants, chantait toujours, oui, Fabien Thibault ! Ma Germaine n’avait pas le droit de songer à la chaude Florida, vissée qu’elle était à son modeste logis.

En passant, suis ébahi (un enfant ?) de tant de lumières multicolores dans nos arbres —merci m’sieur l’maire !— aux façades des commerces, de nos demeures. En 1940, rue St Denis, m’sieur le riche notaire Décarie avait, lui seul, dans son parterre un bel arbre de lumières ! Je me suis rappelé aussi, à Miami, à Fort Lauderdale, de ces fausses neiges de plastique aux fenêtres avec leurs « joyeux Noël », en français. Ô nostalgie cocasse de nos exilés!

En profiter chers lectorat pour vous souhaiter un très beau jour de Noël !

MES «’TITES » BÊTES ET LES LUMIÈRES NOËLLESQUES

Avec les premières neiges sont tombées, on découvre parfois des pistes. Allant couper des branches (de cèdre) apercevoir des traces fraîches… on se sent redevenir chasseur, coureur des bois, sauvages à l’affût. J’en vois partant du dessous du long escalier qui s’allongent sur notre terrain vers le vieux saule du rivage. Ma marmotte ? Elle dort pas alors ? Mystère. Ou est-ce le passage d’un lièvre, d’un renardeau ?

L’autre matin allant vers nos boites postales de la rue Richer, encore des pistes filant de ma rue Morin ( nommée jadis « Route Rurale No.Un »), vue de pistes chez Simony ! Ma mouffette ? Pourtant disparue de sous le perron d’en avant ? Tout jeune et amant tant écrire, j’avais composé une nouvelle :« Où vont les « ch’faux » la nuit ? » Je suis d’un temps, cher Azanavour, que les jeunes de moins de 20 ans ne peuvent comprendre » car il y avait des tas de chevaux. Laitier, boulanger, épiciers, etc. Tout se livrait avec un cheval !

En tous cas, on le sait tous, les chats n’hibernent pas comme les ours, aussi mon joli «  noiraud », vif comme panthère, rôde derrière le IGA-Jasmin. Vagabond frénétique que je frôle —à faillir l’écraser, à, chaque périple —aprèsmidien— vers mes piscines de l’Excelsior. Autour de l’École Hôtelière, d’autre quadrupèdes m’apparaissent comme éclairs poilus : maigre chat gris, obèse marcou tigré, désossée chatte orange toujours enceinte ! Mon somptueux angora, lui, semble me guetter quand je descend vers la 117 de la rue Archambault… Ah cette rue, chaque fois, je tente de me remémorer où habitait le poète et ambassadeur, Robert Choquette, aussi feuilletoniste à la télé (« La pension Velder »). Ce zélé souteneur du « Centre d’art d’été » animé par la fille du docteur Rochon me tutérisait. Y étant engagé, il m’offrait des baignades chez le multimillionnaire Bronfman (toujours parti en croisières). Il avait la précieuse clé du grand bain. Sa précieuse fille s’amourachant de moi, ce fut la fin des baignades. Crainte que sa belle héritière aille trop loin avec ce vulgaire « fils-du-peuple ». Rions-z’en !

Je ris aussi en découvrant que mon amour n’abandonne pas un certain romantisme noëllesque car la voilà qui m’implore : « Sors les décorations de la cave, sors nos jeux d’ampoules multicolores, fais-moi un peu de décoration. » Docile, j’ai installé la couronne à la porte d’entré et puis des jeux de lumières au sapin du jardin. J’ai mis aussi des mini-ampoules dans des maisonnettes d’argile trouée sur un buffet. Enfin, me voyez-vous, à mon grand âge, juché sur un escabeau pour garnir cadres de portes de branches de cèdre munies de ces p’tites lumières ? Il y eut étourdissements et danger de chute —ma hanche opérée se re-casserait ?— mais quand on aime hein ? Avant de monter au dodo, c’est son « Oublie pas mon chou de fermer toutes « tes » lumières ! » Ouaille !

Ce matin, de nouveau, émerveillés tous les deux par cette brillante lumière solaire sur la petite plaine blanche, le lac. Bientôt m’sieur le maire ordonnera à ses services la pose des anneaux circulaires, pour marcheurs, skieurs de fond, aussi les deux patinoires, aussi de ces bancs sur l’eau gelée, pour nous tous, la Secte des adorateurs de l’Astre!

Pas moins romantik-cul-cul q’elle, je me surprend à entonner les sempiternelles musiques du temps des Fêtes : Beau sapin, Petit tambour, Sainte Nuit et je songe à Germaine, ma mère morte, chantonnant « Petit papa Noël » avec son cher Tino Rosi. Chez moi, mon papa, membre du Tiers-Ordre, archi-pieux et peureux, ne permettait aucune lumière : « Danger d’incendie ça ! » Pas l’arbre « des lumières du nouveau solstice », nous n’avions au salon qu’une vaste crèche avec tout le monde nazaréen peinturluré; « Peuple à genoux » et attend ton rédempteur ! »

DE TOUT ET DE RIEN ?

Par hasard, je viens de lire une bio (Charles Aznavour) et je découvre des tas de faits très intéressants et qui concernaient Linda Lemay ou Diane Tell, Isabelle Boulay ou Garou… des infos captivantes que j’ignorais et dont, hélas, nos journaux ne parlèrent pas ! Nos commentateurs, ces « demi-assimilés » n’aiment que la culture pop des USA.

Ma lecture de cette bio est un fait patent, une preuve flagrante. Les « échotiers » de nos médias sont à la solde « exclusive » de la culture US, comme dans dollar US. Lisez les cahiers « spectacles-culture » de « La Presse » pour seul exemple : ses chroniqueurs, courroies de transmission dociles, y jouent les scripteurs-esclaves de l’Empire anglo-saxon. Paresse, inconscience. Qui conduit à davantage d’assimilation. Un lècheculisme au mépris de la culture francophone qui nous concerne.

Je me souviens : années ’90, chroniqueur à Verdun (CKVL) je co-animais des « midis-arts-et-spectacles. Y collaborait un aimable bavard blondinet. Girouard. Sans cesse, il ne faisant écho qu’aux potins et nouvelles des USA. Je l’avais dénoncé en ondes : « Pourquoi, Girouard, aucun écho d’Europe, de France, de Paris et toujours seulement Holywood ? Le Girouard en fut enragé, très furieux et me couvrit de bêtises. Cette attitude « masochiste  » participe à l’actuelle et galopante « colonisation » anglo-saxonne. Ce qui est « la tragédie des Anglais d’ici » ( à cause de la langue commune, ces derniers sont étranglés net par USA) est stimulé par tous nos cons finis.

Parler de tout et de rien ? C’est qui ça au juste que ce « mort vivant » —Pierre, Comte de Saint-Germain ? Paraît que ce mort du temps de Versailles (!), revit ici, entre Ste-Lucie et Val David et converse par la bouche d’un certain Pierre Lessard qui s’entoure de zélotes fidèles, dont Guy Corneau, un populaire psy. Ce Lessard grand confident du zombie St-Germain sent la bonne vieille sauce « Esprit-es-tu-là ? Frappe deux coups ! ». Cette soupane a sévi à la télé un temps. Pour se ridiculiser. Parapsycholgie ? « Canalisation ? » Allez à Google pour M. le Compte. S’agit-il d’une sorte de secte ?. Qui questionnera le docteur Corneau, « un professionnel » du monde de la santé ? (En passant, lecture captivante que son récit d’un cancer guéri). Qui voudra nous renseigner sur « le csanal-Lessard ?

Jaser de rien et de tout ? Causer de vivre en paix par ici et entendre des braillards aux futiles lamementations, la bouche et le ventre plein…quand les actualités racontent la pauvre Kiev en flammes, en Ukraine. Ou la Syrie fumante, les quartiers de Damas en feu, les enfants ne sachant plus où se cacher ! Ou au Caire, en Égypte, où les bombes tombent sans cesse, u à Bangkok, en si joli pays asiatique avec ses rues pleines de pièges soudain. Partout l’orage des obus erratiques, des bombes lacry, les bombes sonores et les matraques à casser le os ! Alors lire avec joie ce Simon Lacombe. Il écrit aux journaux qu’il a 47 ans et deux enfants, composte ses restes, loue des films un peu quétaines, tente d’oublier les grandes causes humanitaires, qu’il marchande rue Mont-Royal autour de chez lui et qu’il ignore les Costco et autres Wallmarde…bref, dit qu’il a changé. Ce modeste bobo, avec talent, raconte sa mue mutation : jeune, étudiant en communication, très idéaliste, il crachait sur tout, n’adorait que les avant-gardistes et bavait sur le commun des mortels. Il fit, ironise-t-il, un seul film. Simon s’auto-juge : « C’était bien entendu génial et ce fut ignoré, écarté, oublié. » Désormais plongé dans la masse du monde ordinaire, il jette de francs beaux cris… du cœur. Enfuient tous ces rêves de jeunesse ! Vieilli, on a mal ? Mon Dieu quel hymalaya, que nos révoltes et illusions juvéniles, n’est-ce pas tout le monde ? Lacombe dit « j’accepte ce jovial Maire Coderre et je plains les Bergeron. J’affirme que la belle cité de Brasilia est froide et plate quand « la sale » Rio de Janeiro, qui pue, est si vivante et si chaude. » Ah oui, sa lettre ouverte (La Presse) m’a fait mal et m’a réjoui à la fois. Ah ! nos jeunesses candides.