AH ! LE TEMPS DES FÊTES

Albina Prud’homme-Jasmin, ma mémé ( côté paternel) nous attendait toute la tralée. Elle habitait Villeray comme nous. Trois coins de rue. C’était une bien « vieille » fée mais nous avions hâte de nous y rendre pour son grand repas décoré du Jour de l’An. Surtout pour les belles étrennes qu’elle nous ferait encore « la môman, (une veuve riche) de pôpa « . La seule authentique « bourgeoise » de nos modestes familles ouvrières.

Papa —endimanché, son long manteau de drap gris, son chapeau de feutre, ses belles guêtres, son foulard de soie blanche, ses gants de « kid »— sortait de la « shed » la grande « sleigt » toute blanche sur ses glisses hautes de tubes métalliques courbés. Un luxe pour les plus jeunes, Raynald et Nicole. Hâte d’abord de revoir le fabuleux grand sapin de « mémeille-la-riche. Pas peureuse comme son fils, Édouard, mon père, les lumières abondaient. Vrai éblouissement dans la fenêtre à vitraux de ion salon. Salon à la cheminée foyer artificiel — où roulait une lumière rouge sous des charbons de verre bleu ! On se pâmait face son arbre archi-décoré : boules de fantaisie, glaçons sans nombre, guirlandes variées, et un ange tenant une lumineuse étoile (de Betléem) au faîte du haut sapin. Fête visuelle ravissante pour mômes pauvres.

Au pied de l’arbre —imaginez nos regards anxieux— immenses boîtes bien scellées, aux papiers métalliques reluisants, aux rubans de soie, avec pompons fleuris. Mystère des cadeaux, toujours fabuleux chez Grand’maman Albina. Elle habitait avec son « vieux » benjamin, l’oncle Léo, cantinier au CiPiAr (C.P.R.), avec la tante Rose-Alba, statuesque —du Maillol— bonne femme. Aussi les deux rejetons, cousine Marthe-la-timide et Jacques, cousin-mutique. Dans sa salle à manger décorée de jolis rubans, c’était…un véritable banquet de gourmets. À la fin, offre de pâtisseries exotiques, inédites pour nous chaque Jour de l’an.

Alors venait un petit moment douloureux pour nous, les enfants, la maudite récitation apprise par coeur à nos écoles. Avec écoute obligatoire des adultes, les pauvres. Au boudoir comme au salon, la soirée se terminera par les inévitables « chansons à répondre » du temps. Ovila le « helper » de l’oncle-des-trains, bouffon dynamique ( sosie du maigre dans « Laurel et Hardy ») chantait (gueulait !). Il s’accompagnait avec son « ruine-babines ». Aussi sa « bombarde, une guinbarde. Oncle Léo osait des histoires un peu cochonnes, mémé fronçait les sourcils: « Voyons Léo ! Les enfants !  » Tard, endormis, on espérait rentrer car on avait hâte à demain et jouer avec ces étrennes. Moi, avec ( une année) ma longue luge (traîne sauvage) de six pieds au beau coussin vert !

Quand cette généreuse « mémeille » mourut, en 1942, le Jour de l’An sera différent, bien plus sobre, « sans arbre illuminé  » à notre logis. Et quand nous seront des « enfants partis », mariés la plupart, on parlera encore de ces fêtes chez grand-maman-la-riche. Ô nostalgie ! Maintenant ? Songer à tous les gens très âgés et solitaires parfois. Souvent « placés’ dans un HCLSD, ou quelque abri-hospice-résidence. Ils guettent une visite…qui ne viendra pas toujours ! Devoir rester seul ce jour-là à contempler des photos, à se souvenir ou à murmurer avec la radio des airs archi-connus. N’oublions pas les anciens. Certains iront à une sainte « messe », ils écouteront les cantiques usés. Ils jonglent celles et ceux (salut Jacques Brel) « qui vont et viennent, du fauteuil au lit et puis du lit au fauteuil » ? J’ai souvent illustré cette mémé-Albina, parler de nos morts c’est les faire revivre. Les ressusciter. Je m’ennuie de cette « vieille fée » ! Du temps achevé à jamais où on se faufilait entre les nombreux tramways,Du temps où on l’embrasait (en grimaçant) cette veuve « en moyens ».

Albina morte, nous avions eu droit à un chalet d’été, avec une grande balançoire, à une chaloupe « verchère » —transformée en voilier avec les draps volés à maman pour explorer les îles au large du Lac des Deux-Montagnes. J’ai pondu 80 demi-heures sur cet héritage ; « Boogie-woogie ». Une série de télé où un élève sortant de Lionel-Groulx, Marc Labrèche, incarnait avec talent « bibi », Ado rêveur. Je me questionne : « Pourquoi Radio-Canada ne passe jamais (en rafale), ce feuilleton qui raconte ces étés à ces « chalets garnis de moustiquaires anti-maringouins » et ces mères « veuves-d’été ? Fameux cadeau des Fêtes, voulez-vous écrire à la SRC ? Je vous dis «  merci », d’avance.

 

3 réponses sur “AH ! LE TEMPS DES FÊTES”

  1. Bonjour Monsieur Jasmin,

    Je vous souhaite une excellente année 2014. J’aime vous lire, j’aime quand vous nous racontez votre Montréal, celui d’autrefois comme celui de maintenant.

    Comme vous le souhaitez, je vais écrire à Radio-Canada pour demander que l’on revoit vos œuvres télévisuelles : La petite patrie et Boogie woogie.

    Portez-vous bien, santé et bonheur à votre famille.

    Renée LaHaye

  2. Permettez-moi de vous souhaiter un nouvel an rempli d’espoir,
    une santé précieuse et un bonheur espéré.

    Se souvenir du bon vieux temps révolu.
    Aujourd’hui la tourtière s’estompe, la dinde volatisée;
    dommage n’est-ce pas?

    amitiés, André, épervier

  3. Il y a des souvenirs imprégnés de merveilleux qui ne périssent jamais.
    Je me souviens d’une soirée, alors que j’avais environ sept ans: Danses folkloriques, gigues, chansons à répondre. Comme nous faissions tous partie de familles nombreuses, il y avait foule.Pour la première fois, je voyais des cousins de mon géniteurs et leurs enfants. Certains visages surgissent de ma mémoire…
    Peut-être dans la même année ou 1 an avant, l’année n’avait pas d’importance, un voyage, gravé dans ma mémoire, dans un Bombardier douze passagers, à travers champs. J’étais fasciné!
    Une autre randonnée, dans un traineau, fermé, mu par un cheval (vapeur au froid :-)), chauffé par un poêle à charbon. Ça m’avait tellement impressionné que seul le véhicule m’est resté en mémoire. Le trajet, la destination, en quelle période… pfuitttt
    Alors que nous étions cinq enfants, notre géniteur nous avait fabriqué une descente sur rail en bois qui partait de notre balcon arrière en surplombanr le ruisseau. Arrosé la veille, comme le terrain était en pente vers l’arrière, nous y faisions une longue glissade.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *