OÙ EST-CE QU’ON IRAIT B’EN ?

Désormais, à Los Angeles ou à Paris, à Montréal ou à Sainte-Adèle….le jeune oisif ( en congé des Fêtes ou en congé des vacances) n’a qu’à presser des boutons sur une manette et il trouve de quoi se divertir. Sans oublier la navigation « universelle » ma foi, sur les innombrables réseaux d’Internet.

Je suis devenu ado après la guerre de 1945, c’était le désert. Les samedis —mais souvent à quinze ans on détenait un p’tt job mal payé— les dimanches surtout dans ma bande c’était un lamento, l’antienne inévitable avec les mains au fond des poches (jamais bien garnies de sous ) : «  Qu’est-ce qu’on ferait b’in ? Où est-ce qu’on irait, donc ? »

Alors, nous allions au cinéma. On nous laissait entrer —« les interdits »— par exemple là où c’est un magasin de meubles, au p’tit Boiler ( on y bout, hein tit-Yves?) sur Saint-Laurent, coin Beaubien. En s’y rendant, à ses vitrines, on admirait les légers vélos importés d’Italie chez Baggio (qui vient de fermer). Ou bien on se rendait au cinéma Empire —le gérant « Passez vite »— juste en arrière de la Gare Jean-Talon.

Chanceux, en belle saison, nous avions souvent ces concerts de musique « live » —de fanfare, de cirque aussi. Bancs offerts tout autour du kiosque du cher Parc Jarry; avec bonnes brises souvent et, pas moins souvent, à fleureter, bien jolies filles de Villeray !

« Qu’est-ce qu’on ferait ? » C’était un si beau si chaud samedi de juin ! Sauvé ! Voici encore une troupe de baladins, pour un show gratis au milieu de la cour de l’orphelinat St-Arsène, rue Christophe-Colomb (et devenu le Patro-Le-Prévost). Grande joie de voir tant de trapèzes, de cerceaux en feu, d’échelles mobiles, de bêtes sauvages, de fouets agités, d’anneaux suspendus et tant de costumes bigarrés.

Bien entendu, il y avait parfois …flâner. Rien faire. Traîner. Nos mères : «  Vos leçons sont bien apprises, vos devoirs…? » Merde, cette scie ! Zut, ces remontrances ! Comment, fuir ces mégères ? Sans hâte, retourner voir les rares animaux empaillés, les vitrines d’insectes —toute cette mort animale— plus que modeste « musée naturaliste » des Clercs de Saint Viateur. Au grenier de l’Édifice pour « Les sourds et muets », rue St-Laurent et De Castelnau; depuis peu devenu un bloc de condos neufs.

Parfois on tentait —vainement— d’entrer au Rivoli (devenu un Jean-Coutu), au Château, au Plaza (devenu studio de télé), au Ritz ou au Beaubien. Difficile : la peur des inspecteurs chez les gérants froussards, que nous maudissions. La biblio publique, hélas, restait fermé les dimanches, point de B-D. Où aller ? Aller sneequer aux funérailles grandiloquentes fréquentes —orphéons bruyants, pleureuses— de nos Italiens du quartier nous lassait. Fiole de rouge pas cher à la neuve Casa Italia ! Y étions « personna non grata » ! Cette Casa voisine de l’église « orthodoxe » où se rendait notre camarade René Angélil (de St-Vincent-Ferrier). Nouvelles tentatives à cette Casa où Mussolini trônait en immense médaillon doré à l’entrée mais le maître d’hôtel bloquait le passage arrière : « Pas de vino, non ! No, les tits-culs et ouste ! »

Maudit verrat où aller ? Redire qu’en ce temps-là, ni web, ni net, pas même de télé Rien !Tiens, « egg-rolls » en vente chez « Vénus » sur la Plaza (pas encore baptisée). En y allant, apercevoir dans la vitrine du libraire Raffin —en 2014, Raffin y est toujours— un nouvel album : « Lucky Luke ». Achat en bande et départ pour lire ça sur le balcon à l’étage chez Tit-Yves. On se retrouve comme dans les branches d’un peuplier géant, forêt au dessus de chez l’actrice Melle. Theasdale qu’on entend à la radio.

 

 

 

Une réponse sur “OÙ EST-CE QU’ON IRAIT B’EN ?”

  1. Bons souvenirs m’sieur Jasmin, merci.

    Oui y avait des boutt plates quand on avait rien pour s’amuser. Maudit dimanche, pas l’droit de s’salir, des pantalons qui piquent, la messe pendant que le sermon m’endormait, dans la douceur et la bonne odeur de la manche du manteau d’fourrure de ma mère qui me relevait d’un bon coup d’coude, genre, tiens toé d’vant l’monde..
    L’après-midi, des fois j’allais au Parc Lafontaine, mon père avait jamais l’argent pour qu’on fasse un tour de chaloupe! Souvent j’écoutais le silence dans la ruelle De La Roche, la rue des trowleys silencieux, pis des fois, au loin j’entendais les cloches de St-Sacrement. Une marche sur Mont-Royal avec père, mère et ma soeur dans l’carosse à regarder les devantures des magasins fermés et surtout, pas l’droit d’courir dans les entrées sinon, katlow en arrière d’la tête. Mon père riait pas avec la discipline, pas plus que plus tard, le préfet de discipline du Collège de Montréal, l’abbé Lafortune, un tough.
    Un jour quand j’étais en pré-classique, j’ai visité, une seule fois, une chambre fermée à tous, pourquoi j’étais là…m’en rappelle pu, où j’ai vu des centaines d’animaux empaillés, des lynx, loups, coyotes, daims enfin, tous les animaux du Québec. Cé resté dans ma mémoire et tous les livres de James Olivier Curwood et ses semblables ont occupé ensuite mon adolescence.

    Pour en revenir au dimanche, l’ado que j’étais allait voir avec les chums, 3 vues pour une piasse su’l boul’vard Goin près de Ste-Gertrude; une vue de pape et d’épée, une vue d’pirate pis des fois, Eddie-elle-embrasse-comme-une-saucisse-Constantine dans un thriller policier! Après, un hot-dog au snack-bar d’à côté…avec un coke king-size.

    Le dimanche comme jeune ado à Mtl-Nord fut moins ennuyant parce que 1…j’avais un chien et 2, la nature de la campagne, car je marchais pendant des heures à travers les champs séparés par des clôtures de roches, remplis de couleuvres, de mulots, de taupes, de fleurs sauvages et la végétation d’alors, sans rencontrer personne, des enfants comme moi des fois, j’arrêtais souvent au trou-d’fée que j’ai visité…mon chien aussi.
    La nature au naturel, d »Industriel à Jarry qui était encore en terre battue, où il y avait une ferme de pension et d’élevage de chevaux.

    Maintenant, au Mexique en hiver, je suis, comme vous, un drogué de l’Internet, le monde à la portée des caniches comme kekun dirait…!
    Bonne Année 2014 et bonne continuation

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