« AH ! QUE L’HIVER TARDE À PASSER » (chanson)

Comme ma mère, je chante tout le temps. Chaque fin d’après-midi dans mes « saussades » éclaboussantes sous mon petit palétuvier en serre chaude à l’auberge l’Excelsior. Je fredonne n’importe quoi. Dont ces inoubliables « tounes » qui parsèment nos vies. À mon âge, c’est devenu un vaste répertoire. Je navigue entre « la mère Bolduc » et le génial Félix, entre l’admirable Brel et le sombre Ferré; je pige dans ce sac « pop » rempli aussi de folklores en tous genres; même de ces comptines car, devenus vieux, tout remonte, la plus lointaine berceuse, de celles que nous chantonnèrent nos mômans au bord de nos berceaux de bien petits fragiles poupons. Ce que, tous, nous fument un temps, même toi le géant aux chairs abondantes.

Je tends l’oreille tendues chaque fois que j’entends un passant, un voisin, un inconnu, entonner un air. Qu’il sort machinalement de son vieux bagage musical élémentaire. Chanter en somme pour s’empêcher d’angoisser, de trop jongler, oui, on chante parfois pour oublier ? La chanson —on fait mine de l’ignorer— nous est un doux refuge, un abri chaud, un fort bien commode, un lien vital, un familier confort, un tissu sonore romantique, un oreiller de douceur. Souvent, une nostalgie bienvenue dont on a soudain besoin. Les chansons sont un calendrier illustré de mille pages remplies de brefs « bons moments ». Palliatif aux jours sombres de nos vies.

Chaque petite musique apprise par cœur —à force de répétitions— marque avec précision un moment précis de sa vie. Oui, j’aime la chanson et j’ai besoin de la chanson. Je connais des gens qui ne chantent jamais. Qui ne turlutent même pas. Pas le moindre marmottage ne sort de leurs lèvres. Une froideur, une indifférence, de la timidité, de la vanité :

« Je chante faux ! » Honte niaise. Chez ces « durs » pas la moindre ligne musicale, pas même trois ou quatre mesures. Rien ne sort de leurs tristes gosiers —gorges profonde de solitude— rien, aucune petite poésie populaire qui appartient pourtant à tout le monde. Ces personnes « sans chansons » ——comme dans « sans desseins »— me semblent à plaindre.

Apprenons aux petits enfants autour de nous à chanter, gage de bonheur ordinaire pour plus tard, banque facile d’accès. Certes, ces mutiques me sont un mystère à moi qui aime tant chantonner. Matin, midi ou soir. « J’ai pris la main d’une éphémère… », merci Ferré. Ou, Georges Dor : «  si tu savais comme on s’ennuie… ». Surdoué Rivard, « pour aller faire tourner un ballon sur son nez… »

Prise par sa trâlée, Fabienne Thibault, ma mère chantait toujours.de tout, du Jean Lapointe : c’est dans les chansons…du Vigneault : Ah ! que l’hiver… Ou Dor : si tu savais, à la manicouagn… on est des bons larrons cloués à nos amours… Oui, précieux trésor et poésie populaire de tout peuple sur cette terre. Certes les rimes sont prévisibles cher Desjardins : « aux pattes de velours… » et «  la peau de ton tambour ». Humble littérature, très utile les jours de petits malheurs ou de gros chagrins. Avec l’immortel Brel : « Quand on a que l’amour… ou : « Ceux-là sont trop maigres pour être malhonnêtes », à Orly. À dix ans, dans ma ruelle, je gueulais avec Tit-Gilles Morneau du Maurice Chevalier : «  Je chante, je chante soir et matin… ».

 

Une pensée sur “« AH ! QUE L’HIVER TARDE À PASSER » (chanson)”

  1. « la peau de ton tambour ». Humble littérature »
    100% d’accord avec ça!

    « entre l’admirable Brel et le sombre Ferré »
    Aussi sombre l’un que l’autre!

    Comme je suis célibataire et que je rencontre très souvent des jeunes femmes qui me plaisent 🙂 « Il suffirait de presque rien, peut-être dix années de moins… » Serge Reggiani.

    Le rire et la pensée positive sont deux éléments aussi efficaces et nécessaires pour la santé que les protéines et vitamines.
    Personnellement, je ris et provoque le rire tous les jours.

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