SALUT À TOI, CHER MARS !

Ouf !, mars et du temps un peu plus doux, malgré tes giboulées habituelles, viens cher mars, installe-toi ! Mais frissons quand je lis mon camarade Foglia : « Quand je me souviendrai plus de mon nom, ni de celui de mes enfants, quand je ne saurai plus quel jour on est, en quelle année, si c’est l’été ou l’hiver, qu’il faudra me faire manger à la petite cuillère, que je passerai mes journées devant la télé, sans être conscient que je la regarde, quand il faudra me mettre une bavette, des couches …j’aimerais qu’on m’aide à mourir ! »

Lire ça et,oui, frissonner si tu as 83 ans. Voilà mon toubib —à qui j’ai donné du sang et de la pisse— au téléphone : « Bravo, j’ai reçu tes résultats; « Impeccable ! » Impeccable mes deux fesses cher Saint-Pierre qui ignore mes satanées courbatures chaque matin. Ensuite lire le brillant cinéaste Costa-Gravas : « Plus de film en marche, non, je tiens à consacrer du temps à mes petits-enfants; tout va tellement vite maintenant et personne ne sait trop où va le monde ni quel genre de vie auront ceux que j’aime qui grandissent aujourd’hui. » Des « papis » inquiets pour ceux qui viennent, je connais bien ça.

Frissonner encore face à ces enfants juifs qui grandissent dans leur ghetto juif sinistre., ici, à Sainte Agathe comme à Montréal où l’État soutient —avec notre argent public— ces misérables « abuseurs liberticides d’enfants juifs impunis. État mou, le Québec, face à ces rabbins juifs fanatiques et irresponsables.

Ai raté, hélas, l’acteur surdoué, Guy Nadon, ses angoissants trous de mémoire face à tout. Face à l’informatique envahissant, dans « Tu te souviendras » d’ Archambault. Et quoi encore ? Voilà l’État (via Hydro) qui veut raser les arbres d’une jolie colline à Saint Adolphe (lâchons ce « d’Howard », Seigneur) pas loin d’ici. Et à St Faustin du Lac Carré (Mont Kaaikop), vouloir détruire une sapinière (de 68 hectares !) raser des arbres de 90 ans ! » Saloperie d’État, d’Hydro !

Me calmer ? Viens beau mars ! Des gens dans mon genre (dont la précieuse Frédérique David) jamais d’accord « avec tout le monde », hein ? Déjà, collégien, quand tout le monde autour de moi (et mon pauvre père) vénérait ce despote, Duplessis, moi et mes amis on le détestait à mort ce tyranneau catholicard aux favoritismes dégueulasses. Aussi avoir voulu m’exiler, à vingt ans, à Pittsburg-la-céramique. Plutôt avoir choisi d’aller divertir les enfants des parcs (de Claude Robillard) avec mon cher Paul Buissonneau; 37 piastres par semaine.

Maintenant, en mars 2014, bien conscient de notre américanisation galopante… brrr ! À notre français « bin magané ». Débat actuel, avec Denise Bombardier, le chroniqueur Benoit Aubin, l’auteur Jacques Godbout, de quoi donc ? Cela : est-ce toujours la faute des « maudits anglais », notre pitoyable français ? Ou bien « NOTRE » faute : crasse paresse, parents et éducateurs mollassons, indifférence suicidaire, ignorance de notre Histoire (enseignée ?) des luttes passées, du bafouement de nos résistances historiques ? Ou ce monde dit « numérique et « mondialiste » ?

Maman jadis nous répétant déjà : « Parlez donc français comme du monde » ! En 1940, le mal était dans le fruit et cela se poursuit : nos humoristes —et autres vedettes du jour— émaillent leurs propos de « tabarnak-d’hostie-de ciboire-de calice ». Démagogues vicieux. Pour faire rire la foule. Je frémis, vous ?

Bon, étale tes jours mon cher mars pour calmer ma douleur.

 

 

LES ENTREPRENEURS, UN MYSTÈRE ?

Avec une liseuse électronique c’est le vaste choix de lectures et moi qui ignore tout du monde commercial, des affaires, j’ai lu trois « récits de vie » en ce milieu. Cela m’a plu. Je ne veux pas mourir idiot, je lis sur tout, sur la science souvent, je lis même les cahiers «  Affaires ». Ah ! « la vie » de trois célébrités « affairistes », ce fut passionnant.

D’abord Marcel Chaput, fier millionnaire et qui va virer un jour en ultra populaire conférencier; de type jovialiste ! Chaput —un p’tit gars de la rue Masson à Rosemont— m’a captivé par sa franchise, ses succès et aussi ses échecs. Paresseux collégien (chez les Eudistes)et puis, brièvement, élève aux HÉC (édifice situé rue Viger, devenu magnifique biblio des Archives Nationales), le tout jeune Marcel obtiendra d’étonnants succès. Vieilli, il m’a ému : une générosité inouïe pour ses grands enfants entreprenants, un cœur immense.

J’ai lu aussi la biographie de l’un des « Dragons », une étonnante émission de télé, Gaétan Frigon. Des capacités renversantes. Le succès. Il se raconte : d’abord un « p’tit gars » de Saint Prosper (région Trois-Rivières) où le classique « magasin général » de son papa sera son lieu heureux pour s’initier au commerce. Ce gamin surdoué s’y montrera un brillant collaborateur. Apprécié par le papa-proprio. On sait que Gaétan Frigon sera « un as administrateur ». D’abord, en matière de supermarchés —« Provigo »—, puis à la SAQ, machine d’État qu’il transformera radicalement. Frigon ira aussi gérer la « Loto-Québec ». Comme Chaput, il sait raconter avec une verve enjouée et son livre en devient un vrai roman.

Ma troisième lecture : la découverte d’une Gaspésienne hors du commun. Une certaine Cora. Qui ne connaît pas ce prénom célèbre inscrit en lettres solaires aux marquises de plus d’une centaine de restaurants –qui sont de joyeuses échoppes pour « sains » petits déjeuners. Et « goûteux ». Cora est une battante rare. D’abord jeune mère monoparentale, sans aide aucune, d’une résilience exemplaire, Cora débute avec un petit caboulot de 29 places ! Beaucoup d’amour, des talents de cuisinière, une volonté d’acier, rapidement ce sera deux, puis cinq, puis neuf « Cora » qui s’ouvrent.

Lire sa prose enjouée stimule, cette grouillante « mamma » fera aussi les éloges de ses rejetons grandis. Devenus des adjoints précieux. Cette Cora de la Gaspésie est une captivante histoire-de-réussite.

Non, je ne mourrai pas idiot et mes trois bouquins (merci Kindle) m’ont appris sur le réel, le « terre à terre », un monde. Parlant « business », je fais « un appel à tous ». Près de moi, David Jasmin Barrière —petit-fils de votre chroniqueur préféré— se cherche un emploi.  David a étudié la traduction et l’histoire et est fou de poésie. Il a séjourné en Colombie et au Mexique. Son dernier recueil de poésie terminé, il a besoin d’un salaire. Comme recherchiste, rédacteur, traducteur, n’importe quoi. Ami lecteur, engagez-le!  M’envoyer un petit mot à claudejasmin@cgocable.ca. Merci.

 

 

MIKE MORT ?

 

 

 

C’est fou, je l’imaginais immortel ce vagabond céleste, de l’Avenue du Parc, Mike. Un « guenillou » pédaleur étonnant, un chiffonnier en vélo et toujours accompagné de son pauvre chien dans le panier, y ajoutant un chat ou deux à l’occasion ! Mike est mort dans la nuit du 11 février, merci à votre chroniqueure d’en faire un événement, merci Rima Elkouri. « Un trou dans le cœur » disent ceux qui l’aimaient. Dès mon installation dans la rue Querbes, à mes courses, j’avais bien remarqué ce maigre nabot ineffable triporteur. La peau et les os. Mike sillonnait sans cesse le quartier à la recherche de poubelles généreuses, des rues du grand Parc Jeanne-Mance jusqu’au bout du Mile End à l’est. J’ai voulu mieux le connaître, impossible. Deux, trois mots, deux fois, et Mike — Domenico Meduri— se sauvait ! Un sauvage ? Elkouri a appris qu’il fut surnommé, à McGill, Socrate. Qu’il fut jadis boulanger et qu’une « fiancée » avait rompu cruellement. Qu’il avait fui à jamais.

En 1987, je décide de produire une émission pour l’entendre philosopher en patrouilleur des misères, excité, je rêve de faire parler ce voltigeur en pauvreté. C’est Richard Martin —cet inoubliable super actif chef-des-dramatiques à Radio-Canada— qui me donne carte-blanche. Budget adéquat et je fonce à sa familière station-service, coin Mont–Royal, son abri, son refuge. Patatras !, je découvre que Mike baragouine à peine le français, quelques borborygmes ! Dépit et abandon du projet forcément. Adieu le rital en vélo, —à chien et à chats— dans l’Avenue du Parc. Adieu !

 

Claude Jasmin

Écrivain, Ste Adèle.

 

LE TANGO DE LA MORT

« Faut être deux pour danser le tango », dit l’axiome connu. Vrai. Ici, au village, juste en bas de la côte, pour danser un horrible « tango de la mort », des enfants —mal élevés, mal grandis— assassinent notre concitoyen paisible, un retraité, placide pharmacien, M. Kenneville. Imaginez : un soir, tu as rangé ta vaisselle, tu regardes la télé dans ton fauteuil préféré et tu ignores que tu es épié, qu’un jeune voisin désaxé reluque dans ton logis par sa fenêtre à lui et constate que tu vis seul, que ce serait facile de traverser chez toi, de te menacer, te torturer pour obtenir ton numéro secret de guichet automatique.

Il y a la jeep du pharmacien retraité derrière le logis et la banque est pas bien loin. Il a sa bande de jeunes, il dit : « Les gars, on irait au soleil, dans le sud, au Mexique » !  L’adolescent détraqué excite d’autres déboussolés. Ce sera donc ce soir-là, à l’ombre du « Petit chaudron », à l’étage du magasin naturiste de la chaîne Vogel, le tango sordide. Celui de la mort, une danse macabre, sans vraie musique, l’enfer dans une mise en scène de gamins pour le docteur Kenneville.

Des garçons qui allaient à l’école-du-coin en culottes courtes il y a pas bien longtemps. À force de coups, l’adèlois est mort dans son sang. On en revient pas, un monde de « bas fond », de pègre, de tueurs, de bandits…avec des silhouettes juvéniles ! Dans notre paisible village. Par des enfants bien mal élevés, très mal grandis. Que la police a dépisté rapidement et vite mis en prison. Nos jeunes voisins adèlois vont vivre, pour très longtemps, une sinistre existence toute entravée. Misère !

En ce monde de jeunes tarés, aux tangos-de-mort, deux choses : du fric à voler ou des questions de « triangles amoureux » contrariés. Affaires sexuelles quoi. Il y a peu, une autre danse macabre, à Trois-Rivières, encore des enfants mal élevés. Chroniqueur, on frissonne comme vous tous. Envie de communiquer notre effarement. Ne pas trop savoir quel sujet de scandale choisir ? Une jeune retraité de Blainville, Hélène Couët, jette son désarroi dans un journal : « J’ai mal au coeur », clame-elle. Elle n’est pas seule. Haro sur les J.O. et je lui dis : bravo ! Cette folle course aux « performances » —si loin du sport nécessaire— ces milliards d’argent public dépensés vainement. Mal au cœur chez les gens de bon sens ? Tu parles que oui. Hélène l’écoeurée dénonce aussi l’argent public « volé au peuple » par des chefs syndiqués pourris, des ingénieurs corrompus par de gros constructeurs corrupteurs. Le nir défilé devant la juge Charbonneau. Autres morbides tangos funestes !

Les journalistes font un bon boulot, pourtant j’ai des connaissances qui ont tourné le dos au monde des actualités. Je résiste. Moi aussi, j’ai souvent envie d’ignorer ces turpitudes —celles des « enfants » tueurs, celles des « adultes » avariés, en yachts luxueux. Pour ma bonne santé mentale. Pour pouvoir le cœur léger mieux admirer ces geais bleus dans mes épinettes, ce cardinal éperdu sur la galerie, ce fouineur masqué s’acharnant au bac noir, ces deux chats gambadeurs en congères, rue Chamonix, ce beau chien blanc obèse, aux yeux si doux, qui vient tourner avec sa jeune maîtresse dans un anneau du lac. Ah oui, quitter à jamais les enfants tueurs, leurs tangos de mort et aller admirer de simples bouts de toile agrandis par des gestes aux couleurs mirifiques. Fuir la marde, celle des garçons mal grandis, rejoindre plus souvent les coeurs généreux en de petits paradis humains, si facilement joignables, là où l’amour règne. Vivre en paix quoi.

Tiens, allez écouter la géniale poésie de Jean Racine (Bérénice, Andromaque, etc.). À « L’Espace go », rue Fullum, ou lisez Racine sur Internet (pourquoi pas ?). Pour de terribles « triangles amoureux » mais en des tangos inoffensifs et pourtant inoubliables.

 

PARLER CHINOIS RUE MORIN ?

 

Quoi, des langues disparaissent ? Êtes-vous au courant que l’Empire des Romains a sombré ? Que celui, tout aussi puissant, des Grecs anciens aussi ? Que la Perse connut la puissance et la perdit ? Que dire de l’Angleterre, puissance toute rétrécie et que dire de cette France puissante colonialiste jetée à terre ? Pensons aux Arabes musulmans, puissants envahisseurs d’Afrique, installés jusqu’en Espagne.

Ainsi, furent réduits, démolis des empires fabuleux, l’un après l’autre. Les petits pays (Québec) dominés, accrochés à ces puissances, se retrouvent-ils chaque fois plus libres ? Un célèbre penseur Allemand, Stephan Zweig, visita le Québec en 1911. Dès son retour, il confia au journal de Francfort, son admiration : « Ces Français d’Amérique du nord sont admirables de ténacité. Ils mènent une lutte héroïque. » Zweig ajouta : « On doit prévoir qu’ils seront assimilés par la culture anglo-saxonne qui est dominante sur tout le continent. » Bang !

En 2014, on peut dire que ça y est, que ça vient et vite. Observez bien la galopante attirance pour la culture populaire toute puissante, musique pop, variétés, télé et cinémas. Pas vrai ? Observez la jeunesse livrée volontariste à cette sauce impériale-USA. Cent ans plus tard, la terrifiante prédiction de Zweig va s’accomplir. À moins d’un sursaut (improbable) on peut compter les années avant l’assimilation aux USA (et ses satellites, Australie, Nouvelle Zélande, Angleterre, Canada-anglais. Le français est méprisé, bafoué en métropole, sous le séduisant joug d’un « vouloir vivre » à la sauce USA ! Résistance ? Nenni et plein de journalistes publicisent et louangent cet univers du puissant voisin. Si tu protestes, ces demi-assimilés diront « vieux schnock ».

Mais attention: les Américains ne sont pas coupables et méchas, non, non, « ils sont ». Jusqu’à leur chute, comme Grecs, Romains, Perses, Arabes, etc. Nos mollusques, carpettes et demi assimilés —les Cormier, Brunet, Elkouri, Cassivi, Dumas, etc, etc.— publicitaires serviles servent de simples « courroies de transmission » à l’actuelle puissance, hélas voisine, USA. L’assimilation est enclenchée et la fatale prédiction du Zweig se concrétisera. Attention : pas de panique, personne ne va en mourir ! Juste une tristesse infinie. « Toutes les civilisations sont mortelles », a dit Paul Valéry.

Lâche et molle comme Montréal, à Paris aussi on se vautre allégrement dans « l’anglo-way-of-life », parlant franglais avec complaisance, pâmé des produits made in USA. Tout comme ici, résistance zéro. Consentement joyeux, une sotte vanité, idiote acceptation. Un signe ? Voyez les Najari, les cinéastes du tout récent film titré ARWAD (une ville en Syrie). Arwad fait voir la détresse de l’assimilation. Dont, je le répète, on ne meurt pas. On y voit : Des parents exilés ayant conservé leur culture, leurs enfants qui parlent à peine leur langue et les petits enfants ? Ah, c’est fini. Douleur d’une grand-mère (en visite) qui ne peut plus communiquer avec les siens ! Ça va nous arriver collectivement. Une question de temps. Certains se moquaient d’un film (saboté) de Lise Payette au thème dérangeant : « Disparaître ». Rire jaune garanti. Dans peu de temps. Ce sera la victoire de nos « collabos », Brunet, Hugo Dumas, etc. Écoutez ce jargon mou des jeunes, voyez le web des « réseaux » dits sociaux, pénible créole. Avec des expressions « in english », mode illustré par un Marc-Labrèche. Alors, en quelle année l’extinction complète, je ne serai plus là.

Plus tard, règne-USA exclus, entendra-t-on rue Sainte-Catherine —ou rue Morin à Ste Ad— parler mandarin chinois ? N’en doutez pas car viendra le tour de la Puissance-Chine.

MORT DU DESSINATEUR DE RENÉ LÉVESQUE

 

 

Diplômé de l’École du Musée, fils unique d’un commis-voyageur (en trophées), Guy Gaucher, mon « petit » camarade (il n’était vraiment pas grand) de Villeray était un fou de dessin. L’ami vient de mourir. Condoléances à ses proches. Gaucher avait été l’infatigable caricaturiste à la télé naissante, entre autres émissions pour « Point-de-Mire ». Au service d’un brillant jeune vulgarisateur —en « affaire publiques »— nommé René Lévesque.

Du temps des La Palme, Berthio, Normand Hudon ( un voisin, rue Christophe-Colomb), Gaucher avait sa place à lui, son style reconnaissable et sa pugnacité graphique. Aussi le restaurant de la SRC —« Chez Miville »— a su illustrer à grands panneaux muraux sa manière. Mon ami Guy fut un joyeux drille à ses heures, très disert, chaleureux, je l’ai installé dans mon roman « Anita, fille numérotée ». Dès 1953, Gaucher fut un pionnier du trépident « Service des graphiques » à Radio-Canada avec les Gilles Carle, René Derouin, etc.

Il y a quelques années, un soir, j’ai revu mon « Tit-Guy » déambulant un peu perdu, errant au bord de la rivière des Prairies à Laval, en pyjama et pantoufles ! Le cœur lourd, je l’avais reconduit à sa résidence de retraités. Toute fin de janvier, l’inépuisable dessinateur s’est éteint. Paix à ses cendres !

Claude Jasmin