MIKE MORT ?

 

 

 

C’est fou, je l’imaginais immortel ce vagabond céleste, de l’Avenue du Parc, Mike. Un « guenillou » pédaleur étonnant, un chiffonnier en vélo et toujours accompagné de son pauvre chien dans le panier, y ajoutant un chat ou deux à l’occasion ! Mike est mort dans la nuit du 11 février, merci à votre chroniqueure d’en faire un événement, merci Rima Elkouri. « Un trou dans le cœur » disent ceux qui l’aimaient. Dès mon installation dans la rue Querbes, à mes courses, j’avais bien remarqué ce maigre nabot ineffable triporteur. La peau et les os. Mike sillonnait sans cesse le quartier à la recherche de poubelles généreuses, des rues du grand Parc Jeanne-Mance jusqu’au bout du Mile End à l’est. J’ai voulu mieux le connaître, impossible. Deux, trois mots, deux fois, et Mike — Domenico Meduri— se sauvait ! Un sauvage ? Elkouri a appris qu’il fut surnommé, à McGill, Socrate. Qu’il fut jadis boulanger et qu’une « fiancée » avait rompu cruellement. Qu’il avait fui à jamais.

En 1987, je décide de produire une émission pour l’entendre philosopher en patrouilleur des misères, excité, je rêve de faire parler ce voltigeur en pauvreté. C’est Richard Martin —cet inoubliable super actif chef-des-dramatiques à Radio-Canada— qui me donne carte-blanche. Budget adéquat et je fonce à sa familière station-service, coin Mont–Royal, son abri, son refuge. Patatras !, je découvre que Mike baragouine à peine le français, quelques borborygmes ! Dépit et abandon du projet forcément. Adieu le rital en vélo, —à chien et à chats— dans l’Avenue du Parc. Adieu !

 

Claude Jasmin

Écrivain, Ste Adèle.

 

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