MEILLEUR CHRONIQUEUR ? MARTINEAU !

 

Tout chroniqueur a ses fanas et aussi ses adversaires. Rien à faire. Grâce à ma documentaliste —ma petite soeur Marielle— je lis des tas de « billettistes ». Eh bien, je le proclame bien haut : Richard Martineau ( Le Journal de Montréal) est le meilleur. Il est pimpant, souvent joyeux et d’une lucidité rare. Quelle pugnacité mordante avec son style désinvolte qui va jusqu’à l’impudeur.

Richard Martineau doit scandaliser « les coquins » (Le Devoir) qu’il dénude par ses violentes moqueries, alors le lecteur prude, timoré, sursaute ! Il est un esprit libre. Ce p’tit gars —dont le papa incarnait l’hilare Père Noël dans Verdun— est un vrai boxeur et fait éclater en rires libérateurs matin après matin. Un féroce purgatif ! Craint de tous les exploiteurs.

Martineau se confronte aux préjugés niais. Je tiens ce loup du clavier pour un indispensable. Clystères au poing, ô Molière !, Martineau se fait le purgeur des politiciens démagogues, danger pour abuseurs actuellement « en campagne ».

Impertinent ? Pas à peu près. Ministres, députés, juges, vedettes du jour, Martineau vise pour tuer. Dérape-t-il à l’occasion ? Eh ! Personne n’est parfait. Souvent sa prose vindicative est d’un noir absolu. Pas cynique, biaisée —ni asocial comme un Pierre Foglia. Il aime les gens ne se prend pas pour un sibyllin philosophe, ni un auteur subtil, ne jouant pas à l’écrivain racé. Satiriste efficace, s’il voulait y mettre un peu de littéraire, je le proclamerait notre Aristophane, ce comique salutaire de la Grèce classique.

Sans cesse, ce furieux rôtisseur choisit son morceau à cuire et ça sent le brûlé. Ses écrits avec drôlerie, jeux de mot, oxymorons à l’occasion, allégories fantasques, paraboles loufoques et métaphores accablantes, sont salutaires. Simple « fait divers » ou manchette du jour. Martineau ne craint jamais pas la radiologie crue. « Se faire aimer de tous » —faiblesse commune— n’est pas son genre, il ne craint pas de s’opposer « vedettes bien aimée » applaudies par des populaces irréfléchies, moins Don Quichotte rêvasseur que brave Cyrano. Moins un Rambo plumitif qu’un moderne Montaigne. Je ne crains pas de rapprocher ce surdoué billettistes (chez Quebecor) des meilleurs à Paris, à L’Express, au Marianne ou au Nouvel Obs. Un incorruptible présent aussi à LCN et aux Francs-tireurs de Télé Québec. Songeons à un modeste Rousseau, à D’Alembert, au Voltaire méchant. Ici en 2014, au Québec, il nous offre —denrée rare tant nos pleutres abondent— du sarcasme sardonique, répand du « bon sens » par ses utiles rodomontades. Son lectorat —fragile souvent— est prévenu des grossièretés des « déboussolés. Il s’oppose même aux desiderata des foules suiveuses et mal informées. Ce Martineau, cher Molière, « corrige nos mœurs en riant. » Ses effronteries scripturaires font fi des risques car, dénonciateur des fourbes est un terrible métier; batailleur nu, sans visière, ni pseudonyme, j’imagine le fort lot de protestataires, aux âmes timorées. Attention : Martineau n’a rien d’un triste « père fouettard ». C’est « un homme qui rit » (titre de Victor Hugo).

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