UN DRAGON M’A FAIT PLEURER : Danièle HENKEL

Vous savez mon plaisir de lire « des vies ». La non-fiction, ces biographies nourrissent l’imaginaire. Il y a même une mode : des gens souhaitent publier les bonheurs et malheurs de leur parcours terrestre, des marques pour témoigner d’une existence, un besoin de se raconter à leurs enfants, à leurs petits-enfants. Une voisine, Raymonde Lagacé, l’a déjà fait et s’en porta fort bien. Raconter quoi ? Sa petite enfance, sa jeunesse, son temps d’apprentissages, la fondation de sa famille, les premiers emplois, la maturité, enfin la vieillesse. Souhaiter un maillage des générations. Ah la famille, « clan », « tribu », pas toujours « un misérable tas de petits secrets » selon André Malraux.
Ce genre d’édition, au tirage forcément confidentiel, peut être riche de sens, de révélations à la condition de ne pas servir qu’à un vain narcissisme; de tels écrits peuvent humaniser nos proches qui ignorent tous nos efforts pour se fabriquer « une vie bonne », mots de Nietzsche. C’est la question du célèbre tableau de Paul Gauguin : « D’où venons-nous. Qui sommes-nous ? Que devenons-nous ? » Eh bien, parmi toutes ces biographies lues ces derniers temps —de Ginette Reno à un Marcel Béliveau, d’un Frigon à Marcel Chaput, voilà un bouquin, signé Danièle Henkel (Éditions La Presse) et qui m’a fait éclaté en sanglots. Quelle mère étonnante elle a eu la chance d’avoir ! Je ne suis pas d’un type braillard mais la vie passée de cette millionnaire, « dragon » à la télé, amuse aussi. Ses saillies drôles, spontanées font mouche. Dans son fauteuil de « dragon » jusqu’à ses émouvants confidences, elle vous fascinera. Vous serez étonné comme moi de voir grandir cette petite fille du Maroc dont le papa —un beau militaire allemand, il y a photo— va fuir femme et fillette. « Il lèvera les feutres » comme on dit, disparaissant à jamais. Ô cette pathétique quête muette de Danièle Henkel, elle arrache le cœur !
On assiste —avec cette lecture qui prend aux tripes souvent— aux tiraillements d’une mère abandonnée et si courageuse pour tenter de vivre avec un minimum d’épanouissement. Oh, madame Henkel, que j’aime votre vaillante maman ! Avec son écriture vivante, vous saurez tout sur sa périlleuse existence; d’abord en cette Afrique du nord française, cette jeune et jolie femme est un modèle de résilience. Elle nous fait lire un exemple flagrant de courage, de ténacité totale; lisez ce récit franc, il est aussi un fameux document. Et vous, les malchanceux du sort, ce « vrai roman » saura vous consoler aussi en maints passages; surtout, vous faire « relativiser » vos regrets, vos remords. Si, comme pour moi, la vie vous a été plutôt facile, c’est instructif, cette autobiographie va vous secouer. En librairie elle coûte quelques dollars. Mais rien du tout à votre bibliothèque publique.
Merci donc à vous, Danièle Henkel, du « petit écran », où elle se présente en « dragonne » au milieu des « dragons » chaque semaine à la SRC, amusant et bizarre tribunal de juges « financiers ». J’avais remarqué l’humeur sereine, l’humanité ardente de cette « dragon », je sais maintenant pourquoi il se dégage d’Henkel une telle chaleur au milieu d’un jury forcément affairiste et « obligé de cruauté » à l’occasion. Lisez vite sa vie, découvrez une femme qui revient de loin. De très loin. Qui débutera à Montréal auprès d’un manufacturier raide, un « businessman » qu’elle saura séduire. Cette femme devenue multi-milionnaire a-t-elle, inscrit dans son héritage génétique, le don du bonheur ? Courez lire ces pages qui vont de la misère, de la détresse, à la maîtrise heureuse d’un destin, succès qu’Henkel méritait mille fois. Chapeau bas madame !

Une réponse sur “UN DRAGON M’A FAIT PLEURER : Danièle HENKEL”

  1. Monsieur Jasmin,

    Dans votre chronique du 24 avril,je crois que vous vouliez dire Danièle – et non Michèle – Henkel,la dragone.

    Merci. Je corrige.

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