« AVEC LE TEMPS, VA »

Mon titre est celui de la chanson nommée « la plus belle de toutes » dans un sondage; Léo Ferré la chante avec cœur. On regarde, ces soirs-ci (archives des guerres) les grandes tueries en Europe; les horreurs du siècle qui vient de finir. On s’incline devant ça, pas par respect, par envie de vomir !

Je me demande : que pensent les jeunes de ces époques à fous furieux (Hitler, Mussolini, Staline) aux manettes de commande. Ici, autour de moi, de nous tous, le monde continue; tenez, ma fille fraîchement rentrée de Floride est bousculée : actions de bénévolat à reprendre. Mon fils, Daniel, plongé en traitements pour de satanés maux de dos. Marco, gendre idéal, tient sa nouvelle voiture, doit vendre la vieille. Thomas, un petit-fils, prépare aux HÉC un stage au Brésil.

Ainsi va le monde, n’est-ce pas ? Du trouble, des énervements. « Le temps, le temps et rien d’autres », chante ma radio, oui, le temps ! Qui se sauve de nous en ricanant. Quoi ? Chanceux, les étendus dans des hôpitaux ? Certes non. Il reste, oui, le temps passe trop vite. Alors je cours me cacher de lui et, sifflotant, le nez en l’air, je baigne dans la piscine d’eau chaude extérieure à L’Excelsior. Chacun dans son coin vit la bousculade familière des éphémérides inévitables.

Brève halte pour regarder passer, ému, le grouillant défilé écolier allant à la plage, reliés par un cordon à la monitrice. Et à la vie. Hélas, voir d’autres visages d’enfants dans le journal. Voir la détresse en Afrique noire, Moyen Orient. Voir un maigre gamin aux yeux intelligents mendier à un coin de rue de Bangkok. Oh ! Pas loin d’ici, dans un taudis des Appalaches (Maine), d’autres miséreux. Mon Dieu, dans quels sales trous avez-vous mis tant d’humains ?

Fin donc des « Guerres Mondiales » mais, toujours la persistance des conflits régionaux. Des enfants armés, enrôlés ! Jadis, on savait rien; à 15 ans, courant les filles —de Villeray— sur mon vélo, alors qu’à Paris des bombes pleuvaient, tu me l’as raconté cher Paul Buissonneau; à Londres, à Berlin, à Rome, des enfants couraient aux abris. 2014 et, désormais, on voit tout dans votre salon. Un Sadam Hussein, sortant de sa cachette, seul et se faisant farfouiller la gueule comme un malpropre. Nous ? Non, on voyait peu le dément Hitler ou le despote tyrannique, Mussolini. Ou ce «  tueur en séries » Staline —un temps notre allié ! Assis au salon, on a vu ce « saudit » Oussama Ben Laden se faire assassiner par la Cia. Meurtriers autorisés par Washington ! Encore ? Assis dans un bon fauteuil, voir, couvert de crachats et pissant le sang à pleine gueule Kadhafi, colonel —vénéré à l’Élysée un temps.

Sainte-Adèle dort sur ses deux oreilles. Chantons « Le temps, le temps et rien d’autre » ou le Trenet de « N’y pensez pas, n’y pensez pas trop »…à ces écolières (au Nigéria) enlevées par des « Fous d’Allah ! Mahomet, détestait-il l’instruction autant que ces cons de Juifs Hassidims tordus de Ste Agathe à Outremont ? Ô pauvres prophètes, pauvre Jésus voyant la vieille catholique dégueulasse Espagne de la sordide « L’Inquisition ». Pauvres évangiles, pauvre bible (Thora), pauvres épîtres (Talmud), vieux grimoires interprétés par des tarés. Bon. Assez. Il y a le quai à « remenuiser », la clôture à redresser, le BBQ à dégraisser juste dire que ceux qui se plaignent, ici, en contrées tranquilles, mériteraient de crever. Un scandale de des braillards râler pour vétilles et broutilles. Des ingrats car nous avons un devoir, privilégiés d’occident : sourire à la vie.

UN-JAR-DIN-EX-TRA-OR-DI-NAI-RE ( chanson de Trenet)

C’est une géniale chanson que ce « jardin », un air si enjoué, que je turlutais il y a peu en regardant du balcon, mon jardin. Jardin ? Tout petit domaine, enfin libéré vraiment de l’hiver. On a besoin de pas grand chose au fond pour un peu du bonheur. J’ai eu l’envie subite d’aller inspecter mon « petit arpent du bon Dieu » (bon roman d’Erskine Caldwell). Bien petit jardin, terrain banal au fond, mais, mes voisins confirmeraient : petits lots qui font notre joie !

Depuis des décennies que je m’y frotte, que je redresse ceci ou cela, que je dégage un arbre nain ou que je déménage au soleil un bosquet contrarié. En y arrivant —juin 1973— il n’y avait dessus qu’un érable au pied de la galerie. Un mini prunier, bizarrement stérile après sa floraison; aussi très un vieux pommier à mi-côte. Sur la berge, deux vieux saules (pas pleureurs du tout). J’y descend : tout de suite le cher lot de lilas et devoir émonder, éliminer les parties comme tombées au sol depuis une certaine tempête. Ensuite éclaircir cet « arbres à bleuets » dont le nom m’échappe toujours et qui nous est une volière fantastique, la mangeoire appréciée d’oiseaux divers.

Aller marcher à gauche et craindre la pousse rapide des cèdres, songer à un barbier drastique. Et puis marcher vers le fantôme du beau bouleau, hélas, tombé malade, puis admirer le sorbier pétant de santé et marcher sous la mini sapinière —mini-épinettière— du milieu du jardin. Mini-boisé de haut et sombre bouquet éclairé d’érables —si colorés en octobre ! Voir des flèches, des clochers, nichoirs de geais bleus. Aussi hélas de criardes corneilles ces temps-ci ! Revoir en pensée notre si vieux pommier (Claude-Henri Grignon, gamin, y grimpait) tombé raide mort l’an dernier ? Revoir aussi toute cette zone du jardin mis en jachère de force, par ordre de la municipalité. À « fin écologique » ? Y planter quoi ? Des « sauvageries », consulter un jardinier expert, mon neveu Sylvain V. l’expert  de Saintt Eustache ?

Dans les haies du bord de l’eau, revoir de ces jeunes érables camouflés sous le myrics baumier. Arracher ? Craindre le lac bientôt caché à notre vue ? Oui. N’oublier jamais —à chaque printemps— d’étêter tous ces chèvrefeuilles, un lierre connu, utile et commun—aux baies jolies à l’automne. Une vulgaire végétation synonyme de « clôture », de « barrière ».

Je passe à l’autre coté de notre modeste jardin et c’est soudain forêt avec tous mes sapins plantés en 1973, devenus des géants. Une joie des yeux et ma fierté candide. Ces arbrisseaux, nains résineux, arrachés au domaine public. À présent des « pattes d’éléphants » gigantesques ! Aussi des fournisseurs d’ombres —appréciés durant les canicules.

Par ici, sous ces pachydermes, c’est « adieu pelouses » ! C’est devenu un tapis acide de mini épingles et aiguilles. Entre ces colonnes de gris, tronc en colonnes naturalistes, sont apparus de grasses jolies fougères. Qui font accroire à un coin de forêt ! Bon : examen ici, d’un rocher tout moussu, là, de quelques roches veinés. Immobiles monuments anonymes, symboles de nos ingrates terres-à-cailloux, de nos Laurentides. Pour finir, examen des parterres. À cueillir, de gros sacs au bord du chemin. « Fin du ramassage » des cadavres moches : branches tombées, feuilles mortes oubliées, cartons, bouts de papier ou de toile. Restes effilochés de plastique, canettes jetées, le jeune vaillant Jean-François a collaboré et voici donc un jardin, oui bonhomme Trenet : extraordinaire. Jardin banal pour le passant mais c’est le nôtre, alors il n’est pas ordinaire. Anciens citadins, nous voilà fiers comme Artaban, heureux, comblés… pour un simple « carré » de nature, pas beaucoup plus grand qu’une placette, qu’un square en centre-ville… mais qui nous paraît bien vaste, si vaste !

IL FAUT TUER LE PÈRE ?

Deux jeunes ados au parc Aubert du bord du lac : l’un : « Moi, mon père ». L’autre ; «  Mon père , moi… » J’vous dis que ça y allait. Caché, j’écoutais. Classiques premiers échanges de jeunes amoureux ? Oui. Il y aura aussi la mère qui…et la mère que…L’amour nouveau des enfants grandis s’ajuste, se compare, se discute. « On fera mieux que nos vieux » et c’est cela la vie. La jeunesse :assurances d’un bien plus grand bonheur, d’une meilleure réussite. Illusions inévitables. Oui et depuis les débuts du monde sans doute.
J’ai détesté mon père, jeune, à vouloir le tuer parfois. Ma foi oui ! Symboliquement ben entendu. Le génial Freud le proclamait et André Malraux, émérite penseur, lui aussi, prétendait que c’était classique. Qu’à trop vénérer le père, on ne grandit pas, on reste dominé, figé en enfance. Comme je regrette maintenant nos noires vilaines querelles, c’est qu’il était si pieux, si prudent, conventionnel, tellement conservateur. En ce temps-là, je me voulais au moins trois choses : agnostique, socialiste, indépendantiste. Ce dernier trait achevait de le désespérer et de me maudire !
Je vais aujourd’hui consoler un peu les ados révoltés. Je n’ose dire : on en revient de ces fréquentes chicanes terribles pourtant, oui, avec l’âge, on comprend mieux et on finit par pardonner. Par oublier même. J’ai joué souvent avec le mot papa, j’ai composé le roman d’une parisienne venue au Québec pour son papa vétérinaire, et qui « tombera » (dès les barrières à Dorval), amoureuse folle d’un beau gars de la Cöte-Nord. Le titre ? « Papa papinachoix ». J’ai, il y a peu, signé un ouvrage de non-fiction : « Papamadit ». Pour raconter en riant les lubies de papa, un fou des stygmnatisées catholiques ! Voilà que, récemment, c’est au tour de mon propre fils de me harceler avec des griefs ; fondés hélas pour la plupart. Quel père est parfait ? Ses reproches (mon Daniel l’ignorait) se mêlaient, à mes actuelles. Lectures ! Deux biographies « Père-fils », celle d’Amédée Papineau, en chicane avec son père, le chef des Patriotes. Je lis aussi ( « Le moine et le philosophe ») la bio d’un savant, Ricard, qui quitte tout pour devenir le chantre du Dalaï Lama ! Imaginez le monde séparant Revel, papa journaliste et le métaphysicien réfugié au Népal !
Quand Louis-Joseph Papineau (ex-condamné à mort) a le droit de rentrer d’exil —il a fui aux Etats-Unis où le Président Grant refuse de l’aider, puis à Paris où ce sera le même refus d’aide—« le père » se réfugiera dans son tranquille manoir seigneurial. Scandakisé. Choqué, le fils fera tout pour le remettre aux combats nationalistes. Rien à faire, Amédée enragera de voir ce « Papy-Louis-Joseph » abandonner l’action politique démocratique. Ce fils aîné, le célèbre tribun en avait fait son jeune secrétaire, l’avait amené partout aux tumultueuses assemblées des années 1930, avant les Rébellions armées.
Les motifs de mésentente entre mon fils et moi sont bien légers face à cet intéressant récit de Francine Lachance (Boréal). C’est un livre bien documenté, fort instructif sur cette époque terrible, maudite, quand La « Couronne royale » nous infligea d’abord (1840) cette union forçée, « L’ Acte… » Comme ( en 1867) cette fausse Confédération (si chère à Harper), un machin diabolique pour nous mieux diluer, une patente infâme afin d’augmenter cette dilution, la domination et avec la collaboration du clergé catholique soumis à la monarchie d’Angleterre. Et Amédée Papineau ne tua pas son père.