IL FAUT TUER LE PÈRE ?

Deux jeunes ados au parc Aubert du bord du lac : l’un : « Moi, mon père ». L’autre ; «  Mon père , moi… » J’vous dis que ça y allait. Caché, j’écoutais. Classiques premiers échanges de jeunes amoureux ? Oui. Il y aura aussi la mère qui…et la mère que…L’amour nouveau des enfants grandis s’ajuste, se compare, se discute. « On fera mieux que nos vieux » et c’est cela la vie. La jeunesse :assurances d’un bien plus grand bonheur, d’une meilleure réussite. Illusions inévitables. Oui et depuis les débuts du monde sans doute.
J’ai détesté mon père, jeune, à vouloir le tuer parfois. Ma foi oui ! Symboliquement ben entendu. Le génial Freud le proclamait et André Malraux, émérite penseur, lui aussi, prétendait que c’était classique. Qu’à trop vénérer le père, on ne grandit pas, on reste dominé, figé en enfance. Comme je regrette maintenant nos noires vilaines querelles, c’est qu’il était si pieux, si prudent, conventionnel, tellement conservateur. En ce temps-là, je me voulais au moins trois choses : agnostique, socialiste, indépendantiste. Ce dernier trait achevait de le désespérer et de me maudire !
Je vais aujourd’hui consoler un peu les ados révoltés. Je n’ose dire : on en revient de ces fréquentes chicanes terribles pourtant, oui, avec l’âge, on comprend mieux et on finit par pardonner. Par oublier même. J’ai joué souvent avec le mot papa, j’ai composé le roman d’une parisienne venue au Québec pour son papa vétérinaire, et qui « tombera » (dès les barrières à Dorval), amoureuse folle d’un beau gars de la Cöte-Nord. Le titre ? « Papa papinachoix ». J’ai, il y a peu, signé un ouvrage de non-fiction : « Papamadit ». Pour raconter en riant les lubies de papa, un fou des stygmnatisées catholiques ! Voilà que, récemment, c’est au tour de mon propre fils de me harceler avec des griefs ; fondés hélas pour la plupart. Quel père est parfait ? Ses reproches (mon Daniel l’ignorait) se mêlaient, à mes actuelles. Lectures ! Deux biographies « Père-fils », celle d’Amédée Papineau, en chicane avec son père, le chef des Patriotes. Je lis aussi ( « Le moine et le philosophe ») la bio d’un savant, Ricard, qui quitte tout pour devenir le chantre du Dalaï Lama ! Imaginez le monde séparant Revel, papa journaliste et le métaphysicien réfugié au Népal !
Quand Louis-Joseph Papineau (ex-condamné à mort) a le droit de rentrer d’exil —il a fui aux Etats-Unis où le Président Grant refuse de l’aider, puis à Paris où ce sera le même refus d’aide—« le père » se réfugiera dans son tranquille manoir seigneurial. Scandakisé. Choqué, le fils fera tout pour le remettre aux combats nationalistes. Rien à faire, Amédée enragera de voir ce « Papy-Louis-Joseph » abandonner l’action politique démocratique. Ce fils aîné, le célèbre tribun en avait fait son jeune secrétaire, l’avait amené partout aux tumultueuses assemblées des années 1930, avant les Rébellions armées.
Les motifs de mésentente entre mon fils et moi sont bien légers face à cet intéressant récit de Francine Lachance (Boréal). C’est un livre bien documenté, fort instructif sur cette époque terrible, maudite, quand La « Couronne royale » nous infligea d’abord (1840) cette union forçée, « L’ Acte… » Comme ( en 1867) cette fausse Confédération (si chère à Harper), un machin diabolique pour nous mieux diluer, une patente infâme afin d’augmenter cette dilution, la domination et avec la collaboration du clergé catholique soumis à la monarchie d’Angleterre. Et Amédée Papineau ne tua pas son père.

 

 

Une réponse sur “IL FAUT TUER LE PÈRE ?”

  1. « « L’ Acte… » Comme ( en 1867) cette fausse Confédération (si chère à Harper), un machin diabolique pour nous mieux diluer, une patente infâme afin d’augmenter cette dilution, la domination et avec la collaboration du clergé catholique soumis à la monarchie d’Angleterre »

    200% d’accord.
    Quand on pense à toute la merde que les fils de Luther ont fait dans le monde…
    Le pire c’est qu’ils continuent dans le présent siècle. La dilution, c’est encore très actuel. Demandons à M. Parizeau!
    Tant d’hypocrisie!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *