ÉCARTÉS COMME DES ENFANTS !

Il y a trois jours, encore une fois, une envie de rouler à l’aveugle nous a pris. Sous un bien beau soleil, lumière de juillet si invitante, la nature enfin tout épanouie, traverser des paysages laurentidiens, jamais vus peut-être. Un goût d’aventuriers mais confortables assis dans un moderne carrosse d’aujourd’hui. Aucune audace, il est loin le temps de nos aventuriers, des coureurs des bois. Eh bien, oui…Oui, on a fini par nous perdre, on a fini par plus savoir comment rentrer …dans nos terres !
Évidemment, nous évitions systématiquement de prendre les routes connues. Par jeu, en riant d’abord, c’était le plaisir de nous engager dans des petits chemins secondaires, vers des sites inconnus. Qui portent des noms brefs : Chemin X, Lac Y, Montée Z, Mont W, Ruisseau V… Il nous arriva même de rouler sur ces anciens chemins-de-sable. De terre battue. Adieu asphalte !
Allez-y, entrez à votre tour dans ces zones dépeuplés, bien loin de St-Sauveur ou de Ste-Adèle et vous découvrirez des territoires, parfois pas mal étendus, vraiment sauvages où se succèdent forêts denses et boisés légers, champs en jachère, et monts chenus… ou grosses montagnes aux verts sombres. Soudain, une rivière anonyme ou des ruisseaux capricieux, un lac tout vert, couvert d’herbiers ou un lac clair, un autre aux eaux noires, un bleu ciel.
Bon,. Ça suffit. Où étions-nous ? Nous voulions revenir à la civilisation. Perdus et ce n’était pas une série de télé ! Incroyable ? Non ? Soudain, avoir l’impression de rouler en danger, une vraie crainte d’aboutir à une indéchiffrable impasse. Un de ces culs-de-sac sans solution et nous retrouver sans aucune voie d’issue. Bien seuls au bord de l’un de ces chemins à moitié… dépavé. « Le petit poucet » du conte de Perrault ou les pauvres Hansel et Gretel…en juillet 2014 ! Un léger malaise nous recouvrait maintenant.
À un moment donné, carrément, la peur de finir vraiment perdu, en une fin de route dans la forêt anonyme de pins, de sapins, d’épinettes. Devoir virer, oui, revenir sur nos pas alors qu’on venait de rouler des heures, pas bien vite, sur un très long lacet troué d’une maigre route pleine d’innombrables « nids de poules » ! Oh misère, Robert Charlebois : « tout écartillés dans Paris » ça passe. Mais tout écarté dans ton arrière-pays, c’est moins amusant. Parfois, vue soudaine d’un mystérieux luxueux chalet ! Plus souvent d’une cabane, « shak » misérable et chaque fois, pas un chat, personne ! Ralentir et alors écouter le silence. Pas âme qui vive ? Des refuges de pégrieux, des cachettes de bandits ? Rêvons en romantiques finis. Retraites pour braves petits bourgeois misanthropes ?
Soudain, enfin, enfin, enfin, annonce d’un lac : « St-Joseph » —priez pour nous St-Joseph— un bien grand lac, bien beau et puis un placard annonce qu’on approche de St Adolphe. (lâchons vite ce « D’Howard » de colonisé d’antan). À un carrefour de ce joli paysage où s’étalent maintes vivifiantes marinas avec embarcations d’une stimulante variété, on lit : « Ste Agathe ». Flèche à l’ouest. «  St-Sauveur ». Flèche à l’est. Rentrons. Séchons nos pleurs Hansel et Gretel perdus. On roule. Rassurés enfin. Une bretelle à droite : invite rassurante : « Le Patriote ». Et « Autoroute 15 ». Ah, chère large ruban autoroutier familier, viens vite sous nos pneus fatigués par des heures d’errance en vilains chemins, de bardassement. Ouf et re-ouf ! Maillot enfilé, je marche vers mon modeste petit Rond. Au rivage, bien installé sur notre quai, le si rare grand héron gris et qui me regarde comme avec ironie. « Quoi, quoi ? On a voulu voir du pays ».

Une réponse sur “ÉCARTÉS COMME DES ENFANTS !”

  1. L’évasion virtuelle. Briser la routine. L’extase, devant la beauté de dame nature. Le rêve tout éveillé. Quand on pense à ceux qui ne vivent que pour l’argent, la réussite sociale! Quelle tristesse! La vrai vie est une suite de petits plaisirs. Un de mes patrons, dans le passé, est mort d’une crise cardiaque provoquée par une perte financière de $100,000 dollars alors qu’il était multimillionnaire. Quelle connerie! Quelle société! Peu de possibilité d’en sortir. Heureusement qu’il nous reste les choses simples de la vie et la sagesse d’en profiter!

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