« Monsieur Fortin est tombé… »

 

C’était un midi plein de soleil. Encore une fois, monsieur Fortin était monté à Sainte-Adèle. Le peintre, encore peu connu, aimait les Laurentides. Il y dénichait ses fameux grands vieux arbres. Ce jour-là, il avait faim, il avait hâte d’ouvrir son lunch et il pédalait, pas mal à bout de souffle, sur le boulevard « d’en bas » de ce temps-là. C’était avant la guerre de 1939-1945. Maintenant cette vieille route populaire est devenu un important chemin royal verts Sainte-Agathe. Il ne sait pas encore que, dans quelques instants, le crue destin, un fatal destin, va foncer dans sa vie d’artiste, va cogner très fort, va frapper durement. Cet accident ! Cette infirmité qui va changer sa vie. Cette jambe gangrenée qu’il faudra lui couper ! Oh ! Lui ! Fortin le marcheur de Sainte-Rose, le pédaleur infatigable ! Oh !

Ce midi-là, monsieur Fortin y était arrivé, à ce pays de collines qui l’enchante, de Prévost à Val David. Arrivé à ce carrefour bien connu de Sainte-Adèle, il allait s’installer comme chaque fois, dans ce vaste tertre plein d’arbustes. Ce lieu boisé sera un jour nommé « Parc de la famille ».

Le méconnu barbouilleur, aux pinceaux fixés sur sa barre de vélo, aux toiles blanches attachées dans son dos, aux tubes de couleur dans ses deux mallettes accrochées au cadre, le reconnu « tard » génie des arbres peints, veut tourner à sa gauche. Il n’a pas, qui fonce, silencieuse machine, cette grosses voiture d’un gros touriste distrait…et bang !

Monsieur Fortin est tombé, renversé, couché sur le bitume. Il grimace. Il sent une douleur lancinante dans une de ses jambes. On ramasse sa bécane, heureusement intact. Ses toiles gisent sur le pavé de la 117. Nommée la 11 en ce temps-là. Il a mal, pas un mal grave lui semble-t-il, il se dit qu’il a été chanceux. il voit mal ce ciel si bleu. Il entend mal, il y a eu des cris, des bruits, on court pour ramasser tout, cet homme barbu, cet attirail défait, toiles, brosses et le reste. Son lunch aussi ! Vite, l’aider, si il le peut, à se relever, on lui offre de le conduire à un bureau de médecin, d’appeler la police. Il refuse et dit qu’il n’a rien.. Ou alors une ambulance pour l’hôpital de Saint-Jérôme. «  Non, non, laissez-moi tranquille, je n’ai rien ! » C’est tout lui. Se débrouiller seul. Ne gêner personne. Déjà il y a tout un attroupement. Marc-Aurèle, le génie reconnu bien tard, tente de rassurer, de calmer ces braves gens. Il insiste, il répète qu’il n’a rien. Et marche à côté de sa bicyclette vers le chemin qui mène à Sainte-Marguerite et où se trouve une station à essence. Aller s’assoir sur ce vieux banc bancal dehors, retrouver son calme et, enfin, …rentrer à Sainte-Rose.

Ce grand garçon, viré bohème, ce fils qui déçoit un chic « docteur » de la place natale, celui qui deviendra pourtant un « rare trésor national », aux tableaux collectionnés, recherchés, hors de prix —pour un vingt piastres, il vous en donnait deux— celui qui deviendra une gloire unique, une étoile vive de notre patrimoine artistique commun, ce célèbre génie des couleurs, au naturalisme unique, au dessin inouï, remonte, ce jour-là, sur son vélo et rentre prudemment chez lui.

On sait la suite, il y a gangrène, on lui coupera comme à Rimbaud, une jambe. Plus tard, l’autre. On a vu au dans un excellent film —Jacques Godin le personnifie avec grand talent— l’homme renversé de Sainte-Adèle ! Ce cul-de-jatte malheureux, ce pauvre infirme, peindra encore, couché dans son pauvre lit, avec, autour de lui, et même sous son drap, ses chers pinceaux.

Allez regarder ses grands arbres fantasmés (Google),vous reverrez une lumière absolument unique !

 

Texte publié originellement  dans le magazine  Traces

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« QUI QUI SKIE ? »

Ci haut, vous lisez paroles d’une chanson de potache pour des collégiens partant skier …« dans l’nord ! » Le bus —UNE PIASTRE ALLER-RETOUR EN 1945— il y a plus d’un demi-siècle ! Je songe à ce passé en observant les collines encore vides en face. Il y aura des anneaux bientôt (marcheurs et skieurs) sur le lac. Je jette un regard à Jambe-de-bois, écureuil éclopé et facétieux; il m’observe. Le vrai début du frette et je reverrai le vilain chasseur d’oiseaux, Valdombre. Le vieil homme prend conscience. Fini de s’insérer dans cette nature à collines; ô nostalgie. Pourquoi avoir cessé de skier ?,la peur ! Fini aussi le vélo l’été, la natation quotidienne, adieu aux modes naturels d’exercice ?

Chante : « Que reste-il… de nos amours, de ceci et cela ? » Ces belles années sur nos pentes… avoir jeté mes vieilles planches de bois vernis du ski d’antan, où sont aller ces rudes câbles de remontée —il fallait agripper, à s’en arracher les bras. Fou de ces côtes no. 68, 69, la terrible 70. La longue 71. On avait 17 ans, collégiens à tout « petit petit » budget. Luncher au Nymark pour « une piastre ». Dévaler des heures dans cette sauvage nature, nous les jeunes venus d’« asphalte sous gadoue ». Ces joyeuses pauses pour boire un chocolat bien chaud à cette gargote au milieu d’une colline : La vache qui rit ! Un jour, fin des études, séparation d’avec les camarades, devoir te dénicher une blonde steady, alors aller fleureter aux salles de danse. Plus tard, aux pistes des clubs de nuit, cher Normandy Roof ! Soirs d’été aux parcs publics, à kiosque à fanfare. Oser le vaste mont Royal. Un jour : l’amour ! Salut Cupidon ! Bienvenue Saint Valentin ! Fuir la maison des « vieux » ! Mariage. Trouver un job steady. Les bébés… à élever, à protéger. La vie, la vie.

Ensuite, tu as 30 ans, les enfants grandis te ramènent au ski en Laurentides. Des enfants…alors prudence. Opter pour La Marquise en plein cœur de à Saint-Sauveur. Ou bien le Mont Olympia. Avila. Belle Neige. Un temps, ce Mont Sauvage. Puis tu as trop vieilli : samedis matins avec tes ados mais tu t’installes en cafétéria, ben au chaud aux pieds des côtes 40-80 de Sainte Adèle. Lire tes chers cahiers arts et spectacles. Tu détestais tant ces longues attentes au bas des côtes. À cette époque pas de ces sièges modernes, ces téléphériques à cabines.

Tes enfants sont partis en « apparts ». Le temps passe vite. Cheveux gris.

Et puis, déjà, blancs ? 85 ans, je m’ennuie de skier et j’admire cette voisine, 86 ans, toujours folle de skier. Ou le voisin, 79 ans, partant le matin aux pentes raides. Songer à y revenir parfois. Mes os fragiles, danger, fractures…procrastination. Souvenir : le mont Royal, des sentiers fous, lieux à se rompre le cou, des passages abrupts, flammèches de steel hedges sur des rochers nus ! Nos folleries, risques et retour au tramway, rue Mont-Royal. La faim. La

soupe de moman ! Des soirs au clair …des réverbères, sous les ailes de cet ange de bronze ! Soirs de mars à fleureter des étudiantes accortes. Baisers volés et idylles romantiquesqui duraient un bref février. « Donne-moi ta photo, voici la mienne ! » Images iconiques dans nos portefeuilles d’étudiants cassés. Premières caresses sous les lourds cèdres, meringues d’ouate immaculée. Bon, assez, guetter la sortie de Donalda, ma loutre de la rive. Viens bel hiver blanc, viens !

Publié dans le magazine Traces

« Angela, ma Petite-Italie » le plus récent Jasmin en librairie

Vous, habitués au blogue de Claude Jasmin, en avez lu le premier jet au fur et à mesure de sa rédaction. Vous voudrez lire la version finale. Bien imprimé, sur du beau papier ou en version numérique, le voilà! « Angela ma Petite-Italie » est maintenant en librairie.

Le webmestre

Je veux revoir cette apparition. Je cours prendre ma bicyclette, je serai rue Drolet dans deux minutes. Je pédale à toute vitesse, contourne la rue Bélanger, au coin, derrière le cinéma Château, le buandier chinois sort de sa boutique avec un grand sac de toile. Je file vers Jean-Talon tout rempli d’espoir. Mon Dieu, merci! J’ai de la chance, elle est sur le trottoir devant chez elle. Ses longs cheveux soyeux tombent sur ses épaules, elle se penche sur une voiturette de poupon. Je ralentis, m’approche lentement, très lentement. Comment l’aborder? Comment bien paraître, surtout ne pas passer pour un voyou effronté? Quoi lui dire? Comment ne pas l’effaroucher? Je ralentis encore, stoppe ma bécane, pose un pied sur le bord de son trottoir.
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Après Anita, une fille numérotée, puis Élyse, la fille de sa mère, Claude Jasmin termine sa trilogie sur ses amours de jeunesse. Le jeune Claude va avoir dix-sept ans, mais qu’il lui tarde de pouvoir mener sa vie comme il l’entend!

Et surtout ses amours…
Une nouvelle famille emménage dans le quartier. Claude voit avec ravissement l’arrivée de ces nouveaux voisins, surtout leur plus grande fille qui a le même âge que lui. C’est le coup de foudre! Mais il a du mal à s’approcher de sa belle, surveillée de près par son père, un Italien qui fera tout pour éloigner le soupirant. On menace même l’amoureux de faire intervenir la mafia! Et Claude a beau fanfaronner en disant à ses copains que tout est sous contrôle, au fond, il n’en mène pas large.

Mais qu’est-ce qui lui fait le plus peur? La mafia ou Germaine, sa mère, qui se mêle de prévenir la petite voisine que son fils est un don Juan de ruelle?