BARBEAU, UN GÉNIE NOUS A QUITTÉ

En 1950, au parc Henri-Julien, rue du même nom, se présente un jeune et haut gringalet avec sa petite machine à coudre portative sous le bras. Moi et Paul Buissonneau, fondateurs de l’ambulant théâtre « La Roulote », aménagions des vieilleries pour les décors. «  Je me cherche de l’ouvrage, je suis costumier », dit le tout jeune François Barbeau, regard bleu et intense. On sent un feu sacré, on l’engage à 30 piastres par semaine.
Ce gars surdoué vient de mourir, hélas. Feu Barbeau ! Cet élancé farfadet, si imaginatif et débrouillard, en quelques décennies était devenu cet indispensable habilleur d’artistes, un bonhomme « très » hors du commun. Ce filiforme garçon, souvent méditatif, à la mince voix de fausset, aux sautes d’humeur surprenantes, a rapidement imposé ses étonnants talents partout dans tous nos théâtres, souvent au cinéma, parfois à la télé.
On a vu, amateurs de nos scènes, des reines et des putains, des coquettes et des nonnes travestis d’éblouissante manière grâce aux ciseaux de fer de ce Barbeau incomparable assembleurs de mille et un tissus les plus divers, rares ou communs. Ce jeune camarade de La Roulote est devenu vite un magicien. Vous lui donniez un petit tas de vieilles « guenilles » et Barbeau les métamorphisait en luxueux pourpoints, en robes de bal, en bures de prophète, de ses costumes uniques et originaux !
Dieu —il existe, n’est-ce pas ?— devait accorder vie éternelle à pareils génies. Le ciel existe, pas vrai et Saint-François-des-costumes, avec ses sourires sardoniques —avec ses usuelles craques et ses horions moqueurs— coud et pique toujours aux spectacles des « immortels ». Tous les élus l’apprécient, applaudissent encore ses fabuleuses créations. Barbeau a reçu une machine à coudre toute neuve et on peut l’entendre encore, les doigts remplis de coton, de soie fine, de satin rare : il tempête encore là-haut.

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5 réponses sur “BARBEAU, UN GÉNIE NOUS A QUITTÉ”

  1. Je suis toujours sous le charme de vos écrits… Vous nous faites vivre des choses du passé……cela nous enrichi…..continuer à nous faire rêver….

  2. Nous naissons et mourrons. Seulle l’Énergie qui nous habite nous survit. Alors sous une autre forme, peut-être aurons-nous la chance de se revoir.

  3. Merci pour le bel hommage. Il est parti a 80 ans en faisant ce qu’il aimait le plus; raconter des histoires a travers ses costumes.

    La releve a de biens grands souliers a remplir….

  4. Cher Monsieur Jasmin,
    Merci de ce beau témoignage à Francois Barbeau qui fut mon Maître à l’Ecole Nationale de théâtre du Canada de 82 à 86. Un homme exceptionnel et je suis d’accord avec vous, un Génie !
    Je suis le fils de Pierrette Morneau et le neveu de Gilles et Roland du même nom et j’ai beaucoup apprecié les Romans biographiques « La petite Patrie  » et  » Sainte Calumet Boogie woogie  » comme un témoin touchant de vos enfances et adolescences à tous…

    ma mère nous a quitté en 2012 mais ses frères Gilles et Roland sont heureusement toujours avec nous….
    Amitiés et gratitudes,
    André Barbe

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