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L'un des auteurs québécois parmi les plus connus, Claude Jasmin est (ou a été) céramiste, acteur, marionnettiste, critique d'art, professeur d'histoire de l'art (moderne), pamphlétaire, chroniqueur de radio et de télé, peintre (aquarelliste), illustrateur, scénographe de télévision, etc.

Photo Éliane Jasmin

Claude Jasmin fait tout d'abord des textes dramatiques pour la radio, puis pour la télé et pour le cinéma. Il a fait beaucoup de journalisme et il publie un livre nouveau chaque année. Depuis 1960, Jasmin a donc publié plus d'une cinquantaine de livres, des romans et des récits surtout.

Jasmin poursuit encore et toujours l'expérience d'écrire avec ses journaux intimes chaque semaine en publiant depuis plus de sept ans un blogue (carnet) dans son site Web . On trouve ici son avis, ses opinions sur les actualités, des critiques de spectacles, de théâtre, de films ou de télé. En somme, il raconte son quotidien. Il parle de lui mais aussi des autres. Jasmin ne laisse personne indifférent, admirateurs ou contempteurs.

Ici, un grand nombre de textes publiés au fur et mesure: lettres ouvertes, projets de romans, humeurs, portraits, extraits... Voici un raccourci vers la liste de tous les textes publiés dans ce site Web. Vous pouvez aussi laisser traces, les commentaires sur les textes de Jasmin sont acceptés et publiés en autant qu'ils s'en tiennent au sujet et demeurent respectueux.

De passage sur cette page ou de retour, pour le plaisir ou pour le travail (l'école), bonne lecture et bonnes découvertes!

1-Tout | 15 avril 2010

« OSTI DE FIF ? »

C’est le titre d’un livre de protestations d’un comédien, M.Jasmin Roy. Il publie un bouquin de lamentations complaintes racontant sa détresse, écolier efféminé moqué. Ses petits compagnons d’école l’ont rendu très malade. Au fond d’une dépression. Tempérament ultrasensible, un caractère extra délicat ? Qui, enfant, n’a jamais eu à subir les horions et les piques de ces gamins effrontés qui ont besoin de caricaturer, de cogner aussi parfois. Des frustrés souvent battus dans leurs grossiers foyers inamicaux. L’enfant un peu solide (pas nécessairement fort),déjà bien à l’aise dans ses contours, passera outre à ces tracasseries infantiles. Je ne compte plus les fois où des voyous en cour de récréation, rue De Gaspé dans Villeray, me traitèrent de « fifi ». Ça ne me touchait guère, je connaissais mes faiblesses et mes forces. Chance de posséder déjà une identité bien assise ? Ces jeunes insulteurs ne m’importunaient pas vraiment puisque je possédais un solide bon début d’identité. Ces matamores n’aimaient pas « mon genre », tant pis, riez, tiraillez-moi, j’allais mon chemin (des écoliers) devinant —comme pour toujours— qu’il y a des rivalités, des fossés, qui séparent la foule enfantine aux études primaires.

J’étais de ceux qui rêvassaient. Dans la lune. Nous étions peu nombreux mais pas si seuls en fin de compte. J’étais pas « fou de  baseball », ni du hockey. J’ai senti, enfant, que je ne ferais jamais partie de « tous les autres ». Je n’en étais ni heureux, ni fier. C’était « ma » réalité, je l’assumais. Je ne serais jamais un « vrai » gars ! Combien sommes-nous ? Encore aujourd’hui, je sens, je devine que mes bonheurs ne font pas partie des valeurs appréciées des majorités, on me moque encore à l’occasion. Pis après ? À dix ou à douze ans, dans ma cour, le samedi, je préférais organiser une séance bouffonne plutôt que d’aller (au Parc Jarry) affronter l’équipe de baseball des petits Irlandais de Holy Family. Je ne lis jamais le « cahier-sports ». Il faut accepter une (relative) solitude, cela qui énerve tant de gens. J’aimerais mieux faire partie intégrante « des autres », j’ai comme tout le monde, un instinct grégaire. Combien de fois, enfant, je me suis senti « pas comme les autres ». Ainsi, je ne vais jamais fêter à « La Cage aux sports » et je ne vais pas me conformer. À bas le conformisme. Nous ne sommes pas —« ma mère : « ne lis donc pas tant, mon p’tit gars ! »— nombreux à apprécier un paysage subtilement étonnant, qui dérange. Alors on s’éloignera de vous. Affaire de culture, de niveau d’instruction ? Pas du tout, je connais de savants universitaires (de Poly ou de Héc) indifférents à des beautés trop insolites et je connais des ouvriers (qui n’ont pas eu la chance des longues études), très capables d’apprécier des choses hors du commun.

Je ne souffre pas de cette sorte de solitude mais il m’est arrivé pourtant de souhaiter être « tout à fait » comme tous ceux qui m’entourent. Que j’aime. À mon grand âge, je ne peux plus espérer me fondre dans « mon monde », ma nation que j’aime tant. Le petit Jasmin Roy, enfant, s’en rendait malade ! Pas facile d’être « le p’tit gars au fond de la cour » qui ne joue jamais au ballon-captif ( je détestais ça), préférant observer cette grosse femme qui étend du linge dans une ruelle ! Mes compagnons se gaussaient de mon refus d’un gant-de-baseball, bafouaient mon livre de Jules Verne écorné; dans mes poches, aucune carte de vedettes du hockey, aucune photo de Gene Autry ou de Roy Rogers, cowboys aimés. Comment nommer mon indifférence aux ricanements ? Parents, maîtres, soutenez mieux « l’enfant pas comme les autres. » Parents, ne vous contentez pas d’encombrer de vos plantes des dirigeants, ces derniers ne peuvent empêcher « le règne de la bêtise » (salut Jacques Brel), oui, ces « crieurs de noms » aux petits garçons « pas comme les autres. »

1-Tout | 11 avril 2010

LE PAYSAN DE SAINTE-AGATHE

Nous étions des jeunes métropolitains impatients, aspirants en tous domaines artistiques. On se demandait qui était cet orignal, frais sorti de communauté, descendu du Nord. Noiraud à mâchoire carrée, nommé Gaston Miron, ce défroqué mal vêtu, mal nourri, harangueur inlassable, nous paraissait un rejeton d’agriculteur naïf. Miron déambulateur infatigable, fut, pour sa pitance, commis de librairie ou zélé faiseur-de-paquets chez des éditeurs cathos. À nos yeux de citadins fiers-pet, cet hurluberlu nous semblait pas mal « habitant », mot injurieux en zone bohémienne, autour du Carré Saint-Louis.

Miron, fils de petit menuisier descendu de son village des Pays-d’en-haut, rêvait comme nous. Méfiance d’abord. ce verbeux Miron semblait « trop » Action catholique, un dadais mal dégrossi. Bon gigueur et bon joueur d’harmonica, gueulard animateur façon campagnarde, il nous captiva. Enfants-de-ville assez prétentieux on ne se moquait plus de lui en ces années 1950. Ces provinciaux « descendus-en-ville », se multitpliaient. Un Lapointe du Saguenay (relire « Le vierge incendié »), un Gilles Carle d’Abitibi, un Claude Caron de la vallée de la Gatineau. Au début, fier Miron, corbeau criard dans son sombre manteau ou imper noir, se démenait sans cesse partant vendre — « une piastre » l’exemplaire— des plaquettes de poésie, frappées « L’Hexagone ». Debout des heures dans le tramway-Saint-Denis, du Terminus-Viger aux confins de Montréal-Nord.

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1-Tout | 5 avril 2010

Pâques dans Villeray

Je connais du monde qui va comme en pèlerinage là où ils ont né. Les uns montent loin, au Saguenay ou en Abitibi. D’autres filent vers l’est, notre Finistère à nous, Québécois, la Gaspésie. Certes, il y a, pour nos migrants, de bien longs voyages, revoir l’Italie ou le lointain Vietnam ! Certains n’ont pas [...]

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LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES, Souvenirs | 26 mars 2010

ALICE ET LES SEPT ÉGLISES !

Gens des Laurentides, nous sommes si attachants que même le froid, merde, s’attache à nous. « Aimez-moi moins », disait une réplique molièresque. N’empêche, ça y est, le printemps est là, et voici le congé pascal si bienvenu, comme tout congé. Agréable ponctuation dans le morne écoulement des journées ouvrables. À moins que des accommodements racistes effacent même nos dimanche de Pâques ! Je sais que vont apparaître tous ces trous creusés dans les pelouses de nos jardins, ouvrage de mulots ? Chaque printemps c’est le retour de cette entreprise de tunnels. Parlant tunnel, j’ai vu le film de Burton, « Alice… », en son pays merveilleux avec sa grande fille tombée dans un vaste tunnel. Récit un peu assommant à effets truqués (Avatar bis !) où seul le chapelier a un rôle consistant; Johnny Dep y fait florès.

Les jeunesses actuelles, jeudi, n’auront pas à « faire-les-sept-églises ». Un rituel catho de jadis pour le jeudi-Saint, pour évoquer les 7 plaies du Christ à veille de revenir de sa bizarre visite.« Est descendu aux enfers », dit le « Je crois en Dieu ». Dans un village, s’agissait-il d’entrer et de sortir 7 fois de l’église ? En ville, c’est pas les églises qui manquaient. Le grand auteur Mark Twain, en visite à Montréal, écrit : « Il y a tant d’églises dans cette ville que si vous lancez une pierre, vous êtes certain de casser un vitrail ! » N’empêche, naguère, c’était congé, le doux printemps revenu et pouvoir marcher en souliers sur le macadam enfin nu. C’était de « se mettre propre » et d’étrenner parfois une pièce de linge, d’aller « faire ses 7 églises ». Un moyen aussi de fleureter. Avec, pour sa joie à lui, l’élue choisie ou, pour elle, le bel adonis. Sur un des sept porches, arrêt, cœur qui bat, l’échange de son « portrait ». Une des 4 poses (pour 25 cents !), de la machine photomaton. Bonheur « trop » humain, n’en déplaise à ce Jésus qui, dimanche, sortait de la mort.

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Portraits | 19 mars 2010

« BONHEUR, ES-TU LÀ ? (Yvon Deschamps, philosophe )

On a dit : « Trop grave, la guerre, pour la laisser aux mains des militaires de carrière. »Alors ? « Trop grave, la sagesse, pour la laisser aux mains des philosophes diplômés ? » Oui. Iconoclaste venu de Saint-Henri, un Deschamps fut un fameux prof de philosophie. Ce bonheur que nous cherchons tous (depuis même avant Platon), ces temps-ci, il est dans toutes nos collines aux arbres bourgeonnant en millions de boutons verts. J’ai un fils ( pas du tout en colère, cher Félix Leclerc) en paix, qui se nomme Daniel et, ses deux gars partis du foyer familial, il rassemble ses notes en vue d’un bouquin populaire. Sur quoi ? Le bonheur. J’y crois —et pour paraphraser le psy Guy Corneau, je pourrais dire : « Père anxieux, fils calmant ».

Daniel a souvent rasséréné « son vieux papa » qui, on le sait, est d’un tempérament pressé, stressé. Le fils du père peut se faire père, le saviez-vous ça ? Me répétant que :« plus que force ou rage…(Lafontaine) calme et patience viennent à bout de tout », il disait vrai. Daniel n’était qu’un adolescent quand il inventa une douzaine de récits de science-fiction ! Sorti de l’Université de Montréal, Daniel signait deux courts métrages qui furent diffusés à Télé Québec et à la SRC. Puis il fit du journalisme, à Quebecor et puis « de compagnie », à Bell. Rentrant de New York, il ouvrit un jour une « Galerie du Néon », dans le Mile-End. S’ajoutant un diplôme de l’Uqam, il se fit « maître d’école ». Enfin, être ludique, il y a presque deux décennies, Daniel trouve sa vocation : concepteur-producteur de jeux-de-société. Je pense qu’il en est à son septième, qui sera publié en fin d’été. « Bagou », qui s’amusait du vocabulaire, sa première invention est encore actif.

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1-Tout | 12 mars 2010

TÉLÉ RARE :MARC LABRÈCHE

Ce comédien est étonnant. Originalité indéniable. Il a débuté avec un talk show à TVA (un show sournois..) qui n’était pas piqué des vers mais montra son culot à TQS (la fin du monde…). Puis, muni de partenaires fidèles, de collaborateurs doués, il fait montre chaque semaine, à la SRC, le soir, tard, d’un zest de génie. Je pèse le mot. Son feuilleton caricatural sur l’amour-en-haute-bourgeoisie, avec ses silhouettes enflées, sa galerie de portraits loufoques —si souvent inénarrables— a bien servi à illustrer les talents de Labrèche.

Maintenant à son faux talk-show hebdomadaire, c’est « le lieu » du surréalisme. Un monde rare dans la bonne et jamais surprenante sauce psyclologique qui envase nos émissions ordnaires. Labrèche est sur un mode apprécié des jeunesse. Rencontrant à La Moulerie un de ses chroniqueurs (Brassard), je lui ai dit qu’André Breton, le « pape », comme le dadaïste, Tristan Tazara, seraient fiers d’eux. Il a souri. Labrèche, alias « l’incontrôlable », offre aussi dans ses hilarantes apparitions comme incarnations, hélas ! des cochoncetés gratuites. Aussi des tirs « bas-de-ceinture ». Infantilisme ? C’est la rançon à payer —pauvres voyeurs de nous— pour obtenir les forts moments. Pas bégueule de nature, j’estime autant le vaudeville que le burlesque mais… le grotesque ! Méprisable. Et méprisant envers le public. Ça va vite un spectacle par semaine. Et puis le « bon jugement » est toujours une denrée rare. Il lui sera beaucoup pardonné à cause de ses trépidations visuelles, répétons le mot, « géniales » Non, pas facile de montrer tant d’éclats chaque semaine. Marc Labrèche le fait.

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LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES | 9 mars 2010

MARS ET VOIR FILER L’EAU VIVE !

Voici le printemps dans dix jours, voici venir le temps des fontes totales et dernières. Sans être obsédé d’ondinisme, avouer le plaisir à prendre d’aller voir l’eau filer, rugir ici, gémir là, courir à toue épouvante, se déchaîner. Aller voir les folles ,le excitées cascades en aval du Lac Raymond, celles Chemin du Mont Sauvage, au bord de la 117, ou derrière une jolie berge plus au nord, échevelé, folles.

Quelle chance nous avons par ici. Pas loin, proche de la Cabane à Eddy, grimper un peu, deux minutes, et découvrir ces flots rageurs, toute cette eau énervée. Le bonheur non ? Marcher à l’ouest de Mont Rolland et admirer les fous remous si vivants dans la Doncaster. Ou bien, rouer à l’est, y revoir les flots inouïs, panaches fantastiques, fluides du déchaînement proche de l’ex-usine Roland. Les oreilles bien remplies des vacarmes des fons, bruits de la délivrance finale. L’eau comme cri de liberté !

Oui, quelle chance. Tant d’endroits sur cette terre où les gens n’ont aucune chance de voir les eaux printanières s’écrier « vive la vie vive » et se jeter, les chevelures blanches dans l’air sur des lits de rochers inégaux. J’aime. Certes il y a l’inestimable Chute Montmorency (plus haut que le Niagara, mais oui) juste à l’est de Québec. Site désormais fort bien aménagé —avec pont, passerelle, parc, escalier— beauté rare qui fut peinte tant de fois par notre premier vrai artiste québécois, l’exilé allemand surdoué Cornélius Krieghoff !

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1-Tout | 26 février 2010

BLANCHES GIBOULÉES

La Jocelyne « météo » Blouin était heureuse ce mercredi soir : « demain ?, tempête ! » Elle nargue parfois son Pat Roy à l’heure des nouvelle, le soir. On jurerais qu’elle aime les CIEUX (oui, comme dans « Notre Père qui êtes…) qui surprennent. « Demain, ça va tomber » et elle en a les dents sorties. Cette pythonisse doit habiter en condo dans un bloc, la démone, pas de pelle à manier !

« Mais où sont nos neiges d’antan? » Silence les Ronsard, les Villon, on les a eu ! En fin de février et de ces giboulées-de-mars. Ce jeudi laurentidien tout enfoui de lourde ouate. Nos paysages en immaculée conception ! La veille, tu montes à ta chambre pour tenter de t’endormir —malgré ce « 24 h. chrono » qui énerve— coup d’œil dans la nuit et, oh ! sous les réverbères, la belle beauté ! À l’aube, ce sera époustouflant. Il n’y a plus de bas et de haut, ni firmament, ni sol !

Gigantesques meringues. Ma mini sapinière qui s’affaisse sous une charge de blanc-manger ! D’une fenêtre —qui encadre— le tableau d’une fabuleuse ancienne gravure japonaise ou un tableau du cher Yéronimus Bosch, vous savez bien, « Le Jardin des délices ». Lautrec chantait : « Le soleil est parti… », il reviendra ? Quand ? On fige devant le troupeau de ces blanches hermines et belettes et martres, mille milliers de blanches fourrures suspendues ! Voici Dieu à son haut-parleur : « Oyez l’Humanité, c’est votre dernière vision d’hiver ! » Hum, avant l’arrivée d’avril on ne sait jamais.

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LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES, Souvenirs | 23 février 2010

« QUEL BEAU DIMANCHE MAMZELLE GERMAINE »

Un matin, réveil, il est déjà neuf heures ! Paresse, rester étendu. Ouvrir un œil et puis les deux : sur le mur, dans mon rideau de fenêtre, ça bouge.Dehors, du vent dans les branches des cèdres ? Ça bouge beau ! Cinéma libre et gratuit. Les plus beaux jeux d’ombres et de lumières sont souvent donnés ! Savoir voir. Imiter Renoir. Jeux de lignes, nids tricotés, des bizarreries… de toute beauté, des images graphiques, elles d’une fine dentelle de deuil, dentelle bien noire.

Le soleil s’amuse de tout ? Plus envie de sortir du lit ce matin-là, captivé, comme hypnotisé par ces fins mouvements, silhouettes découpées si délicates, si finement..

Puis tu vas marcher sur les eaux comme un Jésus laïc. Sur le lac gelé, entendre des craquements, la petite peur, enfantine, comme jadis, à quatre ans, le soir, quand tu craignais l’ombre au fond d’une garde-robe, quelque chose bougeait ou bien tu entends des soupirs, non, des craquements. Sur le lac, au soleil, ce dimanche-là, s’il fallait, hum… si la glace s’ouvrait sous tes pas, très soudainement, un malchance, non ?, une faille, oui ?, on sait jamais. Tu as entendu un vrai craquement cette fois, tu avances et,crac, il te semble, tu rêves pas, un autre « crac » feutré, encore.

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LES BELLES HISTOIRES LAURENTIENNES, Souvenirs | 21 février 2010

SE PERDRE…

Je me suis déjà perdu, en plein hiver, dans les bois derrière Sainte-Adèle. Je n’étais plus un enfant pourtant. Tout jeune, nos entendions parler d’enfants, comme nous disions, « qui s’étaient écartés. » La peur. Partant, la prudence. Ne pas top s’éloigner de notre environnement familier. « Éloignez-vous pas », était le cri des parents nerveux. « Oui, je m’étais t’écarté » à Sainte-Adèle, à 20 ans. Enfant, on y jongle, l’horreur : se perdre dans une forêt épaisse. Comme dans le conte de Perrault, « Le petit poucet », ou bien comme « Hansel et Gretel » chez le célèbre conteur Grimm.

Il y eut une première fois. En plein été. À la campagne. Nous étions une bande, tous âgés entre 10 et 12 ans. Derrière les maisons de la seule rue principale —en 1942— de ce lieu de villégiature (Pointe-Calumet), il y avait la nature touffue, avec plein d’arbres et des bosquets sauvages, au sol des fougères en masse. Et des grenouilles ! Pas de soleil, un ciel bien gris, donc pas de nos habituelles baignades, ni nos plongeons des radeaux, dans le lac des Deux Montagnes. Nous sommes partis, avec des bâtons, et des sacs, safari aux grenouilles !

Nous marchions librement allant vers l’ouest, du côté « forêt dense ». Mini tarzans, nous aimions sembler nous enfoncer dans une jungle. Marche, marche… plus d’une heure s’était écoulée, nos poches de jute se remplissaient de nos prises batraciennes. Cinq cennes la cuisse en ce temps-là chez les Vaillancourt, les Defoy-Legault, les Laurin ou chez ces Allemands du chalet-à-tourelle dans l’est de la Pointe.

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