VAILLANTE JANINE SUTTO

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Mar 312017
 

 

     Va, tu peux t’en aller Janine Sutto. 

     Va-t-en maintenant. 

     Tu te livrais sans cesse, trop généreuse, grande âme, âme grande ouverte avec tes inoubliables si doux sourires. On voyait —un peu— maintenant, ta fatigue de vivre, toi l’intensité incarnée, on voyait ton épuisement. Depuis si longtemps ton zèle pour jouer cent et tes visages à cent, à mille angles, t’arrachaient des silhouettes si vivantes !  Tu étais présente partout, veilleuse intense, et entre tes doux beaux yeux, sur ce visage fragile, on découvrait tes incessantes admirations, et, parfois, oui, oui, top franche, des soupirs d’insatisfaction.

      Janine Sutto, tu as beaucoup fait dans tous nos parages scéniques, ou à la télé. Janine Sutto, tu étais partout, tu as joué partout, ici ou là. On entendait les soirs de « premières », tes petits cris de souris, tes grands rires d’emballement. Mille fois, mercis, oh toi, la  si généreuse et si attentive observatrice du « théâtre » qui se fait.  

      Nous n’oublierons pas, jamais, tes cris de joie, de bonheur ou tes grands éclats rires, avec tes gestes d’animatrice. Et aussi, parfois, tes sévères critiques d’exigeante parmi les exigeantes. 

      Oh toi, notre Janine Sutto « nationale » qui courait  partout, partout, tu as vraiment beaucoup donné. Étonnés, nous te regardions aller si vite derrière tant de rideaux de velours, rouges, gris ou noirs. Subjugués on arrivait mal à te suivre, car tu voulais tout voir. Tu espionnais le talent, on dirait, partout et sans cesse, aux coulisses de tous nos théâtres, les yeux agrandis, les mains ouvertes, tes bons sourires à tes lèvres juste avant les compliments…ou les sévérités. 

     Tu étais cette enfant venue de France, qui allait vivre à toutes les métamorphoses , ici, dans notre métropole et toute sa vie.  Au beau milieu des personnages inventés par les dramaturges divers, tu faisais feu, Janine Sutto, et flammes, et flammèches, vives étincelles pour illuminer tous les boisés de nos alentours, Janine Sutto c’était une actrice vraie. 

Et pas de complaisance, avec la Sutto, oh non, jamais. Pas avec cette sorte de femme, pas quand on a, comme innée, cette intelligence « des planches », voici maintenant des « planches » moins amusantes, les fameuses planches sur lesquelles il faut bien accepter un jour d’aller s’allonger…à jamais. Merci pour tout chère Janine Sutto.

Claude Jasmin

Sainte-Adèle

Mars 2017. 

  

Fév 102017
 

 

Il y a déjà presqu’un demi-siècle, un soir de 1968, une bombe éclate en pleine Avenue des Pins. Sur cette petite scène du théâtre de Quat’Sous, Avenue des Pins, éclate donc de neufs jeunes talents. Show avec des chansons effrontées (la torrentielle Louise Forestier) des dialogues fous (le grand démonté Robert Charlebois) et un culoté fort insolite qui soliloque ( l’efflanqué Yvon Deschamps).

Le public est sur le cul, éloigné très brutalement des vieux classiques (TNM, Rideau Vert, etc.) et va naître un curieux nouveau « classique » : Ostidshow. 1968 et je venais de publier, (chez le Parti-Pris de Gérald Godin) en patois jargonnique bien d’ici : « Pleure pas Germaine ». Bang !, critiques négatives très raides partout pour ce roman qui deviendra pourtant un « classique québécois ». Sera réédité sans cesse (chez L’Hexagone). Québec en « révolution tranquille » se poursuivra partout et vint donc cette bombe que fut l’ « Ostidshow ». Alors, le triste orphelin de Gélinas (« Fridolin ») ne régna plus seul, le vieux « Séraphin » de Grignon était distancé, ce pauvre livreur à vélo, (Raymond Lévesque), ce timoré « Médé » de Marcel Dubé, serait vengé.

Les héros nouveaux vont s’assumer, vont parler cru, blasphèmeront parfois car ce Canada-Français voulait s’épivarder, s’affranchir, se libérer à jamais et il le fera, carrément se révoltera. D’abord au petit « Quat-Sous », dans ce texte devenu aussi un classique. L’Ostidshow fut un cruel miroir, très gênant, une franche glace sans tain braquée sur nos catholiques populations intimidées.

Ce misérable gringalet de St-Henri (Yvon Deschamps), va nous « cracher à la figure » toutes nos « aliénations nationales », il va se démasquer du « colonisé québécois » dominé. Cette virulente catharsis nous sera bénéfique. Ostidshow, oh oui; ou « ainsi débuta notre délivrance ».

30

Nov 042016
 

Écouter  la remise des prix du mercredi 9 novembre 2016 

 

Québec, le 4 novembre 2016. – Le ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française, M. Luc Fortin, et la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Inno2016-11-04-13_38_51-communique-devoilement-pdq-2016-final-pdf-adobe-acrobat-provation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Mme Dominique Anglade, sont heureux de dévoiler les lauréates et lauréats des Prix du Québec dans les domaines de la culture et de la science.

Le prix Athanase-David, qui couronne l’ensemble de la carrière et de l’œuvre d’un écrivain québécois, est accordé à Claude Jasmin. Romancier, essayiste, poète et scénariste engagé, il reçoit ce prix pour une carrière et une oeuvre qui ont profondément marqué la littérature québécoise. Le nombre d’ouvrages de M. Jasmin dépasse aujourd’hui la cinquantaine, un bilan auquel il faut ajouter ses nombreuses collaborations journalistiques, médiatiques, dramaturgiques et cinématographiques. Véritable homme-orchestre de sa profession, il a donné avec une égale maîtrise dans l’essai, le journalisme, la critique et la scénarisation.

Par cette haute distinction, le Québec reconnaît le parcours d’exception de personnes qui, par leur créativité et leur savoir-faire, sont demeurées à la fine pointe de leur discipline.

« La remise des Prix du Québec est un moment privilégié pour remercier les artistes et personnalités émérites qui ont forgé et propagé la culture du Québec. Par leur engagement et la force de leur oeuvre, ils font rayonner le Québec au-delà de ses frontières. Les lauréates et lauréats sont des modèles de réussite pour notre collectivité et plus particulièrement pour les jeunes qui leur succèderont », a déclaré le ministre Fortin.

« Je tiens à féliciter et à remercier les lauréats des Prix du Québec qui, par leurs découvertes, contribuent à façonner et à enrichir notre société. Il s’agit de personnes remarquables qui ont travaillé avec passion et persévérance afin de faire évoluer leur domaine respectif. Grâce à leurs réussites exceptionnelles, le Québec continue de se distinguer par son savoir et sa grande expertise », a ajouté la ministre Anglade.

La 39e cérémonie des Prix du Québec sera animée par Sébastien Diaz. Elle sera diffusée en direct le 9 novembre sur le Web et en différé le soir même à la télévision au Canal de l’Assemblée nationale.

 

Avr 022015
 

Il n’y a plus guère de ces critiques à la réputation redoutable, les Éthier-Blais, Marcotte et …Réginald Martel, hélas, mort lundi dernier.

Réginald, avec ses proses sobres et intelligentes, savait excellemment juger d’un ouvrage littéraire chaque samedi dans La Presse.

Il était craint avec raison, en un paragraphe Martel pouvait assassiner un roman nouveau né ou, pour longtemps, lui donner des ailes. J’ai eu la chance d’obtenir le plus souvent des « papiers » élogieux.

Réginald était discret, fuyait les « chapelles », se dévoua durant trois décennies, avec gravité, à son difficile métier. Pas du tout du type rigolo ou blagueur, il semblait une sorte de prêtre dans le milieu des livres. Son métier délicat, parfois cruel, lui était un vrai sacerdoce. Quand je lui ai dit un jour que ses articles —brillants, documentés, intellectuels— n’invitaient guère son lectorat à courir chez le libraire, il me rétorqua : « Tant pis, je tiens que « écrire et publier » est une affaire grave et importante, que ça mérite tout mon sérieux ».

Les écrivains de ma génération, nous le respections et, retraité soudain —parti dans sa chère campagne du Bas du Fleuve, nous le regrettions.

Nos condoléances à ses proches et à tous ceux qui l’aimaient.

Claude Jasmin
Écrivain, Ste-Adèle

Déc 292014
 

Joli lundi du 29 déc.

(suite chap 9(?)

(angela-chimère)

* * *

Notes : Je m’énerve d’avoir voulu raconter cet amour premier…pas facile. Chaque fois que je monte à l’ordinateur, je me dis que je devrais peut-être abandonner ce récit. Trouver une autre histoire vécue. Rédiger sur un amour plutôt romantique et assez platonique à cause de nos âges, me semble un défi. Et puis je m’encourage soudain, ce défi est intéressant. Courage. Ce sera moins banal, en fin de compte, que la narration d’un amour de maturité. J’en viendrai à bout. Je n’ai qu’à bien…mieux, me plonger dans cet âge candide. Si rempli d’espoirs naïfs, de souhaits flous. De vœux fous. Oui, courage, bonhomme écriveur ! En avant…fonce. Souviens-toi mieux, creuse…Creuse…

Notes : Hier soir, on a visionner « IDA », 90 minutes d’une histoire un peu bizarre. On se fiait aux critiques. Une jeune religieuse catholique polonaise, orpheline jeune, cherche les dépouilles de ses parents, découvre qu’elle est juive. Elle veut retrouver les dépouilles de ses parents tués par un antisémite. « IDA », est en noir et blanc, d’un minimalisme total. Pas banal du tout. J’ai eu des nouvelles (courriel) de mon cher David, le poète avant-gardiste, il va enseigner le français à des migrants. Ouf , et enfin car i il est plus que réticent, à 32 ans, à se dénicher un job (Plate forcément ) dans la vie réelle aux offres si souvent dénués d’intérêt. Je le reconnais volontiers. Il a un don très fort pour les mots, je le lui ai dit il y a longtemps et cela lui a-t-il monté à la tête ?

Souper dans le clan des Boucher à Duvernay. Colette : un as aux fourneaux ! Régal.

Denise LaPan, 89 ans, la mère de ma jolie bru Lynn, hier, tombée encore… Ambulance…l’hôpital de St-Jérôme…Merde ! Avant le Jour de l’An ! Merde !

 

un ensoleillé vendredi 19 déc (Angela « rides again ») chap 8 (?)

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Déc 192014
 

 

(notes : j’achève « Chroniques martiennes » de Ray Bradbury, jamais lu ce pionnier de S.F., Je saisis sa grande réputation, Bradbury y jette du littéraire, habilement, ces très belles et ses imaginatives descriptions ( les étranges paysages sur mars) et cela sans « faire littéraire », ni cuistre, ni rien. C’est du fort et du bon.

Je lis sans cesse, rejette la télé. Ma liseuse (kindle) s’amaigrit, mon webmestre Marco va y voir.

À 6 h.p.m. ou le lendemain à midi, je m’amuse ferme à revoir à ARTV (au 28 en Laurentides) mes sketchs dramatiques pour « La petite Patrie », quelle candeur en 1945…quelle naïveté en ce temps-là. Frissons, oui, quand je revois ma mère ou mon papa mort en mai 1987, (dont je m’ennuie si souvent), le revoir vivant fantôme dans son caboulot, ce Jacques Galipeau, sosie véritable de papa.

Encore de bien noires nouvelles et toujours sanglantes (Australie, USA, Afrique, et ce Moyen-Orientaux mille misères (religieuses à las base). Et ici aussi…du sang à la une ! Brrrr…Dans mes gazettes, chaque matin, « la mort » toujours.

Quelle bonne paix, et bien peu appréciée, dans nos Laurentides ! Ce matin, encore un vacillement, eh oui, je titube (et bien à jeun ) durant un instant appuyé pourtant sur ma canne, à la porte du Boni Soir. Merde ! J’ai une neuve pataugeoire à eau chaude dans une clinique de physio et à 5 minutes de chez moi. Heureuses baignades de 45 minutes chaque fin d’aprè-midi.

Je note sur un calepin ouvert pour continuer Angela, carnet ouvert sur ma table à café, je ne faisais jamais ça (prendre des notes) quand j’étais jeune. C’est que ce nouveau récit d’auto-fiction m’énerve, une crainte bizarre car je suis bien content jusqu’ici. Mon admirateur précieux du Devoir (le critique des essais et de la non-fiction), Louis Cornellier, publiera-t-il encore : « Chef d’œuvre de Claude Jasmin », comme il l’a fait pour mon « ANITA » ? Je touche du bois…

Bon, à l’ouvrage pépère écrivailleur impénitent ! )

Oct 032014
 

D’abord mes excuses, pas Hyppolite pour Cartier mais Georges-Étienne, merde !) Saint-Sauveur a ses attraits (et ses « critiqueurs » aussi, « trop de monde ». Il y a là grand choix de restos et des boutiques. Ici le petit centre commercial a l’air « périclinant » et puis pour le ski (même la nuit !), c’est champion. Certains, pour leurs raisons affectionnent Sainte-Marguerite, ses lacs, sa tranquillité. D’autres, Saint-Adolphe (lâchez-moi le Howard !). Ou Sainte-Agathe, son côté « urbain », pratique, d’autres chérissent Piedmont ou tous ces bourgs dedans et autour du bien joli Lac Marois.

« Ou bin où encore ? »

Reste qu’il y a comme une « magie-Sainte-Adèle ». Elle tient à quoi ? Mystère. Certes, il y a eu « les mythes cocasses » que le père Grignon étala en longues confitures, via radio et télé. Légendes pittoresques plein ses ( souvent tristes) Belles z’histoires. Sait-on, à ce propos, que le terme Pays d’en haut désignait jadis les vastes territoires bien plus au nord-ouest ? Pays perdu du u temps des trappeurs, des « voyageurs intrépides. On doit ce déplacement aux écrits « feuilletonnesques » du boulimique, ce scripteur infatigable, Grignon.

On a l’impression parfois que tous nos artistes célèbres

Vécurent (au moins un certain temps) à Sainte-Adèle. Tenez, j’ouvre une biographie de Félix Leclerc et, boum!, lui aussi, le géant Félix, a vécu ici ! La liste serait longue. De Jean-Pierre Ferland à qui donc ? Notre voisin, le surdoué Charlebois m’a dit dans le hall du cinéma Pine « aimer lire notre hebdo », l’aimable.

Cette bonne réputation vient de loin. Du grand prestige culturel des années 1950 quand la dynamique Pauline Rochon , fille du docteur, animait « Le Centre d’Art », à teneur culturelle rare avec expos, concerts, théâtre, etc. À cette époque Sainte-Adèle brillait fort et était envahi de maints créateurs, artistes en tous genres. Des foules de métropolitains cultivés grimpaient à Sainte Adèle. Tenez, au curling du Chantecler, se tenait un salon du livre ! Il y eut, audacieuse initiative du brillant caricaturiste qui habitait une rue près de l’église, le réputé Robert LaPalme, qui fit naitre une étonnante fresque peinte par les étudiants sur tout le macadam de la fameuse Côte Morin,. De bas en haut. Une murale si étonnante et qui sera reproduite et vantée partout dans le monde. Photo dans, oui, le « New-York Time » ! M’sieur le maire, je m’engage (pour mai 2015 avec nos écoliers d’ici), à vous fournir, gratis, ma maquette d’une telle fresque. Pas cher, faite avec la « peinture municipale », donc en jaune et blanc (et noire avec le macadam). J’y mettrai des marguerites en masse !

Un jour, notre amie et hôte, (qui joua si souvent ici) osa nous dire : «  C’est devenu « Morte t’Adèle », ici, maintenant ! ». Raymonde et moi, nous avions protesté. Allons, une certaine magie persiste encore, non ? Il y a des galeries d’art rue Morin, un théâtre dit d’été, et, désormais, cette Maison des citoyens, pas vrai ? Je frotte mon épée-canne : « Que la magie soit toujours avec toi ma belle Adèle, mon cher village !

Août 122014
 

La semaine de « la fierté gaie » s’est terminé et on peut voir le film «  Yves St-Laurent », couturier célèbre, avec droit à mainte séances « physiques » entre des défilés de mode. Les temps changent. Les homos, c’était tabou il y a pas longtemps. EN 1956, Rentrant (pour trente ans ! ) à la scéno de Radio Canada, deux choses. 1-c’est une mini-ONU : deux Russes (dont Nicolas Sologoub qui vient de mourir), deux Allemands, un Hongrois, un Roumain, un Polonais. 2 : J’y découvre une quinzaine d’homosexuels (souvent surdoués) et s’ensuivent des amitiés. Avec confidences, aveux, confessions. Dès 1960, je rédige « le roman d’une passion homosexuelle et je le titre : « Délivrez-nous du mal » —toujours trouvable en biblio.

Je ne suis ni André Gide —« Coriolan »— ni Marguerite Yourcenar —« Mémoires d’Hadrien »— mais je lis dans une revue parisienne, Arcades : « Enfin un tout premier roman franchement homosexuel et, étonnante surprise, il est signé par un jeune canadien-français-catholique du Québec ! »

Les critiques, dont les deux « papes du temps » —J.Éthier-Blais et G.Marcotte— le louangent fort mais l’éditeur René Ferron se désole de voir revenir des boites « non ouvertes » avec : « Nous ne vendons pas cette sorte de littérature ! »

Avant publication, des journaux ébruitent : « Un roman de Jasmin portera sur la question homosexuelle ». Aussitôt des camarades s’inquiètent : « Merde, qu’est-ce tu oses raconter sur nous ? ». Je les rassure. Mon manuscrit fut offert d’abord à Pierre Tisseyre, mon éditeur de « La corde au cou ». Ce dernier le refusa. « Ah non Jasmin !, non, c’est à réécrire, il n’y a pas de chair, on ne les voit pas vraiment en action ! » Étonnement vu que ce Tisseyre « paraît » son jury —oui, oui— d’un aumônier.

« Délivrez-nous du mal » connut un fort bon succès. Tellement qu’un tout jeune cinéaste —Jean-Claude Lord, avec hélas des moyens de fortune en fit un (bien) long métrage Ses deux homos ? Yvon Deschamps —oui, oui !— et Guy Godin. Plus tard, Alain Stanké le rééditera « en poche ». En 2014, « Délivrez-nous du mal » relu, il semblera très éloigné du « brutal » actuel, du vulgaire scandaleux de tant de « quasi-pornos » à la mode. Cela au ciné comme à la télé. Les amateurs de crudités le jugeront trop nuancé car mon roman n’a rien à voir avec le « hard » et fait plutôt voir des sentiments humains avec nuances et délicatesses. Oui, les temps changent.

Dans ma jeunesse, il y avait des sortes de « grandes folles ». Certes rares. Dans mon quartier Villeray un bizarre travesti, au coin de la rue Bélanger, habitait derrière le cinéma Château, un certain Julien dit Juju. Il faisait des « sorties » fulgurantes tous les dimanches après-midi, ricanant, se dandinant dans les files de spectateurs, ultra maquillé, vêtu d’une robe rouge, d’un chapeau rouge, de souliers rouges, muni d’un sac à main… rouge. Silhouette rubescente, toute écarlate et cramoisie et qui surprenait grandement les loustics rue St Denis. Mon père l’avait comme fidèle client de sa gargotte. Je l’entendis un jour, paternaliste naïf : « Juju, Juju, qu’est-ce que ça vous donne de vous déguiser en femme comme ça ? Rien ! Promettez-moi d’arrêter ça, ces folies-là. » Et j’entendis la fausse femme : « Vous avez raison, m’sieur Jasmin, ça me donne rien et on rit de moé, m’en va vous arrêter ça, c’est promis ! » Et le dimanche suivant il remettait ça bien entendu. Oh !, dire encore sur ce sujet, qu’au cinéma Pine, les deux acteurs jouant le couple homo parisien emblématique (dont Galienne en Pierre Berger) dans le film biographique,  « Yves St-Laurent » est vraiment, mais absolument, extraordinaires.

MORT D’UN CINÉMATOGRAPHE PIONNIER : PATRY

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Juin 182014
 

Des gens me demandaient où l’ex-cinéaste Patry état allé se cacher ? Mystère. Pierre a été un ferment étonnant. Il n’y avait presque rien comme cinéma québécois en 1960 alors que le tout jeune Pierre Patry quitta « un bon boss et un job steady » à l’ONF. Avec Roy et d’autres camarades audacieux. Patry tenta l’aventure risqué de faire du long métrage de fiction, hors-documentaires. Il fonda Coopératio, loua un modeste local rue St-Hubert coin St-Zotique, accepta volontiers le fric du riche J.A. DeSèves. Il s’activa alors comme démon en eau bénite !

Jeunesses, vous auriez dû le voir se démener avec fougue sur ses plateaux sauvages improvisés. Je me souviens —été de 1965— dans l’église de St-Scholastique, le jeune Pierre dirigeant la surdouée Denise Pelletier, le doyen Jacques Auger, l’imposant Henri Norbert, la si belle Andrée Lachapelle et le prometteur jeune Guy Godin; avec, à la main, mon roman La corde au cou. « Claude, pas besoin de scénario, ton roman en est un ! » On disait que sa belle cape « de réalisateur » avait appartenu à nul autre que le grand Abel Gance, dénichée dans un Marché-aux-puces parisien; légende urbaine ?

Le lendemain, l’église passait au feu ! Surcharge pour les puissants réflecteurs du jeune cinéaste ?, silence et fuyons !

Son mécène radin, le proprio de « France-Film » (qui allait fonder « votre canal 10 », lui prêtait son yacht luxueux, sa maison, n’importe quoi. Premiers films —d’allure un peu bancale souvent— et la critique fut sévère. Ses films n’attiraient pas de grandes foules. « J.-A. » l’abandonna, TVA lui coûtait cher. Patry abandonna sa passion et deviendra, dans l’anonymat, un des actifs directeur d’un vaste Centre-Jeunesse, à Vaudreuil. La jeune industrie du film, hélas, oublia ces pionniers culottés. C’est la dure loi des hommes ! Adieu Pierre Patry, candide et courageux pionnier, tu l’as vu, tu l’as su, notre cinéma existe mieux désormais. Il va bien, enfin, pas trop mal. Tu dois être content.

Claude Jasmin

Écrivain

Ste-Adèle, juin 2014.

Avr 152014
 

L’ancien clown, farceur du groupe « Rock et Belles oreilles » a mué. On s’incline devant cette mutation car « Tout le monde en parle » est une réussite. Voilà donc un jeune bouffon (très applaudi) métamorphosé avec les années en animateur. Mieux, en excellent « questionneur ».

Encore humoriste à l’occasion. Guy-A Lepage —qui passe tout de suite après les lassantes grossièretés du monde de Serge Chapleau— est devenu un confesseur —très laïc— et extrêmement courageux. Le talk-show ordinaire exige son bavardage mondain, léger, Lepage dépasse ce rôle convenu en efficace informateur surdoué. Il domine donc tous les dimanches soirs, sans orchestre, sans chœurs, sans danseuses. La télé Lepagienne n’a rien à voir avec la facile concurrence du monde « la variété », zone clinquante. Où il est facile de rassembler. Chapeau donc à ce talent qui sait amener parfois des moments d’une forte émotion ! Ses tableaux dominicaux étonnent sans cesse, un carrousel plein de vie, des vues imprenables sur une société en mouvement.

Certaines séquences hertziennes dérangent les conservateurs, les prudes. Bref, les bien-pensants car Lepage est capable de propos d’une raideur féroce ! C’est un esprit libre et on doit féliciter son diffuseur —la SRC, une télé publique— qui lui accorde cette liberté inégalée. Certes, il y a —rarement—des moments de dérapage, personne n’est parfait. Soudain, un zest de démagogie. Une vulgarité inutile. Une boutade inappropriée, Lepage reste pas un fort efficace « résumeur ». Un « livreur de bilans semestriels ». Ses récentes entrevues avec le candidat Couillard et puis ma chère « Pauline » sont des modèles parfaits. Revoyez-les, ce sont des morceaux d’anthologie télévisuelle. Il dure ! C’est un record de longévité dans les annales ! Il faut lui lever notre chapeau, je lui lève tous les miens de chapeaux : de romancier, de columnist (ici à « Pays d’en Haut »), de critique d’art et même de dessinateur ! On a dit : «  la nouvelle grand’messe populaire ». On pourrait dire aussi  l’indispensable « pow wow » nationale ou « la place publique face à l’église » mais de tout un peuple. Reste un fait singulier : voici un hâbleur de cirque qui a su se changer en « Grand Reporter », en un journaliste fécond. « Simple bonimenteur », diront de méchants contempteurs ? À ce haut niveau de popularité, Lepage doit en avoir. Eh bien, ses facéties —gags ou horions— sont des condiments bienvenus; si vous n’êtes pas du genre « fesses serrées ». Lepage peut faire illusion car il fait ses devoirs (d’information) et il est appuyé par une équipe fiable dont son indispensable complice (venu des « Belles Oreilles »), Maître Ducharme et cette mystérieuse et emblématique « Manon ». Celle qui semble gérer tout le flux des images. Quel plaisir de reconnaître un éclatant succès ! Tenez, sans chauvinisme, on a le droit de déclarer Lepage bien supérieur à ce farfelu de Paris, Therry Ardisson. Non ? Lepage peut être féroce, il n’est jamais méchant mesquinement. Ni méprisant. Il est hors cliques, hors chapelles. Sans préjugé. Nous avons la chance d’avoir ce causeur —pas salonnard du tout. Ah oui, chapeau, très bas !

 

 

 

 

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