« Monsieur Fortin est tombé… »

 

C’était un midi plein de soleil. Encore une fois, monsieur Fortin était monté à Sainte-Adèle. Le peintre, encore peu connu, aimait les Laurentides. Il y dénichait ses fameux grands vieux arbres. Ce jour-là, il avait faim, il avait hâte d’ouvrir son lunch et il pédalait, pas mal à bout de souffle, sur le boulevard « d’en bas » de ce temps-là. C’était avant la guerre de 1939-1945. Maintenant cette vieille route populaire est devenu un important chemin royal verts Sainte-Agathe. Il ne sait pas encore que, dans quelques instants, le crue destin, un fatal destin, va foncer dans sa vie d’artiste, va cogner très fort, va frapper durement. Cet accident ! Cette infirmité qui va changer sa vie. Cette jambe gangrenée qu’il faudra lui couper ! Oh ! Lui ! Fortin le marcheur de Sainte-Rose, le pédaleur infatigable ! Oh !

Ce midi-là, monsieur Fortin y était arrivé, à ce pays de collines qui l’enchante, de Prévost à Val David. Arrivé à ce carrefour bien connu de Sainte-Adèle, il allait s’installer comme chaque fois, dans ce vaste tertre plein d’arbustes. Ce lieu boisé sera un jour nommé « Parc de la famille ».

Le méconnu barbouilleur, aux pinceaux fixés sur sa barre de vélo, aux toiles blanches attachées dans son dos, aux tubes de couleur dans ses deux mallettes accrochées au cadre, le reconnu « tard » génie des arbres peints, veut tourner à sa gauche. Il n’a pas, qui fonce, silencieuse machine, cette grosses voiture d’un gros touriste distrait…et bang !

Monsieur Fortin est tombé, renversé, couché sur le bitume. Il grimace. Il sent une douleur lancinante dans une de ses jambes. On ramasse sa bécane, heureusement intact. Ses toiles gisent sur le pavé de la 117. Nommée la 11 en ce temps-là. Il a mal, pas un mal grave lui semble-t-il, il se dit qu’il a été chanceux. il voit mal ce ciel si bleu. Il entend mal, il y a eu des cris, des bruits, on court pour ramasser tout, cet homme barbu, cet attirail défait, toiles, brosses et le reste. Son lunch aussi ! Vite, l’aider, si il le peut, à se relever, on lui offre de le conduire à un bureau de médecin, d’appeler la police. Il refuse et dit qu’il n’a rien.. Ou alors une ambulance pour l’hôpital de Saint-Jérôme. «  Non, non, laissez-moi tranquille, je n’ai rien ! » C’est tout lui. Se débrouiller seul. Ne gêner personne. Déjà il y a tout un attroupement. Marc-Aurèle, le génie reconnu bien tard, tente de rassurer, de calmer ces braves gens. Il insiste, il répète qu’il n’a rien. Et marche à côté de sa bicyclette vers le chemin qui mène à Sainte-Marguerite et où se trouve une station à essence. Aller s’assoir sur ce vieux banc bancal dehors, retrouver son calme et, enfin, …rentrer à Sainte-Rose.

Ce grand garçon, viré bohème, ce fils qui déçoit un chic « docteur » de la place natale, celui qui deviendra pourtant un « rare trésor national », aux tableaux collectionnés, recherchés, hors de prix —pour un vingt piastres, il vous en donnait deux— celui qui deviendra une gloire unique, une étoile vive de notre patrimoine artistique commun, ce célèbre génie des couleurs, au naturalisme unique, au dessin inouï, remonte, ce jour-là, sur son vélo et rentre prudemment chez lui.

On sait la suite, il y a gangrène, on lui coupera comme à Rimbaud, une jambe. Plus tard, l’autre. On a vu au dans un excellent film —Jacques Godin le personnifie avec grand talent— l’homme renversé de Sainte-Adèle ! Ce cul-de-jatte malheureux, ce pauvre infirme, peindra encore, couché dans son pauvre lit, avec, autour de lui, et même sous son drap, ses chers pinceaux.

Allez regarder ses grands arbres fantasmés (Google),vous reverrez une lumière absolument unique !

 

Texte publié originellement  dans le magazine  Traces

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« QUI QUI SKIE ? »

Ci haut, vous lisez paroles d’une chanson de potache pour des collégiens partant skier …« dans l’nord ! » Le bus —UNE PIASTRE ALLER-RETOUR EN 1945— il y a plus d’un demi-siècle ! Je songe à ce passé en observant les collines encore vides en face. Il y aura des anneaux bientôt (marcheurs et skieurs) sur le lac. Je jette un regard à Jambe-de-bois, écureuil éclopé et facétieux; il m’observe. Le vrai début du frette et je reverrai le vilain chasseur d’oiseaux, Valdombre. Le vieil homme prend conscience. Fini de s’insérer dans cette nature à collines; ô nostalgie. Pourquoi avoir cessé de skier ?,la peur ! Fini aussi le vélo l’été, la natation quotidienne, adieu aux modes naturels d’exercice ?

Chante : « Que reste-il… de nos amours, de ceci et cela ? » Ces belles années sur nos pentes… avoir jeté mes vieilles planches de bois vernis du ski d’antan, où sont aller ces rudes câbles de remontée —il fallait agripper, à s’en arracher les bras. Fou de ces côtes no. 68, 69, la terrible 70. La longue 71. On avait 17 ans, collégiens à tout « petit petit » budget. Luncher au Nymark pour « une piastre ». Dévaler des heures dans cette sauvage nature, nous les jeunes venus d’« asphalte sous gadoue ». Ces joyeuses pauses pour boire un chocolat bien chaud à cette gargote au milieu d’une colline : La vache qui rit ! Un jour, fin des études, séparation d’avec les camarades, devoir te dénicher une blonde steady, alors aller fleureter aux salles de danse. Plus tard, aux pistes des clubs de nuit, cher Normandy Roof ! Soirs d’été aux parcs publics, à kiosque à fanfare. Oser le vaste mont Royal. Un jour : l’amour ! Salut Cupidon ! Bienvenue Saint Valentin ! Fuir la maison des « vieux » ! Mariage. Trouver un job steady. Les bébés… à élever, à protéger. La vie, la vie.

Ensuite, tu as 30 ans, les enfants grandis te ramènent au ski en Laurentides. Des enfants…alors prudence. Opter pour La Marquise en plein cœur de à Saint-Sauveur. Ou bien le Mont Olympia. Avila. Belle Neige. Un temps, ce Mont Sauvage. Puis tu as trop vieilli : samedis matins avec tes ados mais tu t’installes en cafétéria, ben au chaud aux pieds des côtes 40-80 de Sainte Adèle. Lire tes chers cahiers arts et spectacles. Tu détestais tant ces longues attentes au bas des côtes. À cette époque pas de ces sièges modernes, ces téléphériques à cabines.

Tes enfants sont partis en « apparts ». Le temps passe vite. Cheveux gris.

Et puis, déjà, blancs ? 85 ans, je m’ennuie de skier et j’admire cette voisine, 86 ans, toujours folle de skier. Ou le voisin, 79 ans, partant le matin aux pentes raides. Songer à y revenir parfois. Mes os fragiles, danger, fractures…procrastination. Souvenir : le mont Royal, des sentiers fous, lieux à se rompre le cou, des passages abrupts, flammèches de steel hedges sur des rochers nus ! Nos folleries, risques et retour au tramway, rue Mont-Royal. La faim. La

soupe de moman ! Des soirs au clair …des réverbères, sous les ailes de cet ange de bronze ! Soirs de mars à fleureter des étudiantes accortes. Baisers volés et idylles romantiquesqui duraient un bref février. « Donne-moi ta photo, voici la mienne ! » Images iconiques dans nos portefeuilles d’étudiants cassés. Premières caresses sous les lourds cèdres, meringues d’ouate immaculée. Bon, assez, guetter la sortie de Donalda, ma loutre de la rive. Viens bel hiver blanc, viens !

Publié dans le magazine Traces

« Angela, ma Petite-Italie » le plus récent Jasmin en librairie

Vous, habitués au blogue de Claude Jasmin, en avez lu le premier jet au fur et à mesure de sa rédaction. Vous voudrez lire la version finale. Bien imprimé, sur du beau papier ou en version numérique, le voilà! « Angela ma Petite-Italie » est maintenant en librairie.

Le webmestre

Je veux revoir cette apparition. Je cours prendre ma bicyclette, je serai rue Drolet dans deux minutes. Je pédale à toute vitesse, contourne la rue Bélanger, au coin, derrière le cinéma Château, le buandier chinois sort de sa boutique avec un grand sac de toile. Je file vers Jean-Talon tout rempli d’espoir. Mon Dieu, merci! J’ai de la chance, elle est sur le trottoir devant chez elle. Ses longs cheveux soyeux tombent sur ses épaules, elle se penche sur une voiturette de poupon. Je ralentis, m’approche lentement, très lentement. Comment l’aborder? Comment bien paraître, surtout ne pas passer pour un voyou effronté? Quoi lui dire? Comment ne pas l’effaroucher? Je ralentis encore, stoppe ma bécane, pose un pied sur le bord de son trottoir.
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Après Anita, une fille numérotée, puis Élyse, la fille de sa mère, Claude Jasmin termine sa trilogie sur ses amours de jeunesse. Le jeune Claude va avoir dix-sept ans, mais qu’il lui tarde de pouvoir mener sa vie comme il l’entend!

Et surtout ses amours…
Une nouvelle famille emménage dans le quartier. Claude voit avec ravissement l’arrivée de ces nouveaux voisins, surtout leur plus grande fille qui a le même âge que lui. C’est le coup de foudre! Mais il a du mal à s’approcher de sa belle, surveillée de près par son père, un Italien qui fera tout pour éloigner le soupirant. On menace même l’amoureux de faire intervenir la mafia! Et Claude a beau fanfaronner en disant à ses copains que tout est sous contrôle, au fond, il n’en mène pas large.

Mais qu’est-ce qui lui fait le plus peur? La mafia ou Germaine, sa mère, qui se mêle de prévenir la petite voisine que son fils est un don Juan de ruelle?

À DIX SANS, VOULOIR COMBATTRE ?

À cette époque, souvent, je racontais à David, l’ainé de mes cinq petit-fils, la guerre en ex-Yougoslavie. Il en était captivé, il avait 10 ans, par là et je lui racontais ces effrayants snippers, —planqués dans les collines— qui mitraillaient les combattants d’en bas, dans Sarajevo. David en était tout démonté et, scandalisé, s’écria : « Si tu savais papi comme je voudrais y aller, tu sais, avec mon avion, je tirerais sur ces « écoeurants » de snippers ! » Amusé, je dis : « Mais ces snippers te fusilleraient mon David ! » Mon intrépide djihadiste s’écria : « À quoi tu penses, j’aurais mon siège éjectable et mon parachute, papi ! » David, les yeux luisants, les poings fermés, triomphait avec un regard illuminé. Courage enfantin.

Ainsi, de très jeunes gens, des adolescents souvent, filent aux aéroports, rêvant d’aller s’entrainer en Syrie. Un idéalisme candide ? Je me suis souvenu encore, à 12 ans, de mon vif désir d’aller combattre les affreux nazis. Pouvoir me rendre un bateau vers la France muselé. Plus tard, 14 ou 15 ans, c’était de m’engager (soldat-enfant ?) pour tuer ces terribles fascistes Japonais ! Fatale attraction infantile ? Jouer les fiers chevaliers. Au Grasset, avec des amis collégiens, nous fomentions —un de notre trio possédait un révolver hérité de son parrain— un complot. Braves libérateurs, nous monterions clandestinement en train vers Québec pour assassiner ce dictateur infâme, ce maudit despote, ce dictateur conspué sans cesse par nos intellectuels (Filion, Laurendeau et Cie). On rêvait d’aller tuer Duplessis !

Voilà, le désir d’action, jeunes. De jeunes cégépiens Québécois et aussi de nombreux enfants d’émigrants musulmans pourtant nés au Québec, ont ce juvénile désir classique. Une quête d’idéal, un besoin… chevaleresque ? Naïve jeunesse qui ignore qu’en débarquant là-bas, ils pourraient bien servir de « chair à canon » aux mains des djihadistes enragés. Vite, mieux les renseigner !

 

VIENS DONC BEL AUTOMNE !

Le temps s’avance… le si beau vitrai des feuilles mourantes vient, le froid d’octobre vient lui aussi et ne plus pouvoir nager jusqu’au quai de l’ami. Fini de commérer et de…radoter (?) sur habitus, us et coutumes observés des laurentidiens (sic) des alentours. Cet autre voisin et ses yeux si malades, la jeune femme d’en haut de la côte qu’on entend pleurer sobrement car elle a perdu son emploi, ce gaillard musclé qui part concourir avec espoir, cet enfant —pas noyé au rivage de la mer Égée mais— hospitalisé, à cinq ans ! Cette fillette adoptée qu’on a vu rire hier matin les bras chargés de jouets neufs. La vie, la vie…
Le temps s’avance…Ce cher vieux voisin « à quai », 89 ans, toujours admirateur fou de nos collines, qui perd la voix on dirait, qui cligne des yeux et qui me confie : « J’ai eu une belle vie, mon Claude, et ça me fait rien de m’en aller ! » Pars pas Jean-Paul ! Avec qui irais-je jacasser ? À qui j’irais me confier. À propos d’un frère cadet soudain disparu de nos radars, mystère, qui ne veut plus parler (ni voir) avec personne de ma petite tribu. De ma grande —et vieille— soeur, notre deuxième mère, rue Saint-Denis dans La petite patrie, devenu inapte à tant et qui refuse d’aller en Résidence. Petit drame courant…n’est-ce pas ? Aimer tant notre village ici que ma compagne de vie et moi éprouvons la même hantise: il faudra bien y aller un de ces jours, non ? Oh merde !
Le temps s’avance… les neiges vont redescendre du ciel et nous reverrons ces hordes de jeunesses glissantes, bâtons sous les bras, vêtus d’habits multicolores. Il y a un plus d’un demi-siècle, nous n’avions, enfants Montréalais, que le Mont-Royal —tramway à sept cennes pour un aller-retour, que la Côte des Hirondelles à l’est d’Ahuntsic.
Le temps s’avance, nos testaments sont faits, tout est en ordre pour « ceux qui viennent » mais je garde l’espoir de mourir…à cent ans, riez ! Ou même un peu plus, quoi ?, les nouvelles médicales sont si prometteuses dans nos gazettes, pas vrai ? Un parent cher et très proche —60 ans— m’écrit qu’il s’arrangera pour « partir », avec sa dulcinée du même âge, rendu à 70 ! Oh, ma peine ! J’ai vite expédié un long courriel : « …que je te vois pas, mon sacripant, tu verras, la vie livre encore de sacrés bons moments, malgré tout, malgré les douleurs de dos, ou le souffle devenu rare, où ce coeur qui bat des chamades bêtes, ou l’arthrose qui s’épand partout…et le reste. Oui, l’existence ne cesse pas de nous épater tout jeune ou devenu tout vieux. Des riens : un beau matin clair, un étonnant soir de lumière rare, un petit resto gouteux découvert mal caché entre deuz de nos collines, un oiseau qui reste encore avec nous. Cardinal, hier, ce matin colibri et deux tourterelles tristes. Aussi : un ami oublié qui surgit, un livre épatant ou un film de grand talent, un documentaire étonnant à la télé, à la radio, hier, entendre, surprise, une musique exotique enchantée…
Le temps s’avance… face aux horreurs, réfugiés sans nombre en Proche Orient, au Moyen Orient, face à ce célèbre gamin noyé, non, pas le droit de toujours chialer, de râler. C’est une insulte grave à tous ces malchanceux du sort (géographique) de jouer l’accablé… pour des sottises. Je me suis promis, j’ai pris la résolution de rester optimiste, d’afficher l’appréciation de vivre par ici, de tenter de partager ma joie de vivre avec tout le monde.
Quoi ? Mais oui le temps d’avance et il en est ainsi pour tous, pour l’ado dans sa petite détresse, pour le bambin inconsolable d’un jouet cassé, pour ce vieillard cacochyme qui peste, ne trouvant plus sa belle canne ciselé à pommeau d’ivoire ! Face au bambin couché à jamais sur la grève…silence au moins —pudeur, une p’tite gène essentielle— silence les grogneurs perpétuels ! Vos gueules !

RESTÉ UN APATRIDE, PARIZEAU S’EN VA

 

Je le croisais plus souvent quand, dans Outremont, son « bureau » me rejeta brutalement en 1994. On a bien fait de craindre un type qui aurait bafoué « la ligne du parti ». Je rencontrais, toujours très animé, inspiré, volubile, à jamais enthousiaste, un vrai chef. On avait envie d’accompagner cet homme dynamique. Le temps passa et sa bonne santé le lâchera. Il y avait chez cet homme « sur instruit », une flamme inextinguible, dirait-on, un feu sacré. En 1995, ce chef des indépendantistes, campagne intelligente, habile, rassurante aussi… obtenait la quasi-victoire. 50, 000 voix (manquantes) et il y aurait eu « une patrie ». Un pays pour cette nation vaillamment résistante depuis plus de deux siècles —seule nation française dans les trois Amériques !

L’homme en mauvaise santé est mort, ce premier soir du mois de juin et nous sommes des millions de québécois en deuil. Jacques Parizeau fut d’abord un jeune élève —brillant des plus « grandes écoles » ( Londres, Paris). Un surdoué, pas un insignifiant « fils à papa », non, un très grand bourgeois, un « fils de famille » comme on dit. Un richard pas comme les autres car, jeune, il fut vite conscientisé, politisé. Et, fait rare, un « altruiste ». Il va prendre des risques, sera incapable de se taire, incapable de ne pas désirer « un pays ». On imagine le lot de ses adversaires, ceux « sans aucune fibre patriotique », les déracinés volontaires du genre « citoyen-du-monde ». Masque qui signifie : béate soumission à l’empire-USA. Ce Parizeau qui savait compter fut donc haï et combattu par nos « énerveurs » économiques de jadis.

Désormais retiré et sage, heureux en ménage, amateur de vignoble, « monsieur » menait une vie calme mais on le verra, dans une entrevue télévisée troublante, grande sombre auguste, silhouette imposante dans une allée d’arbres…Oh ! Dérangeantes images d’un ex-batailleur —de la cause sacrée. Un militant las, visiblement affaibli et… un peu amer. Les images de la toute fin de ce vidéo sont terribles : Parizeau s’enfonce dans son hiver, muet, vouté, seul, si seul ! Ce référendum perdu, 1995, très, très indigeste ! Échec qui lui a fait très mal. Le grand Dostoïevski, un temps exilé, déclara : « Être apatride est le pire des maux sur cette terre. » Pour plusieurs « la patrie » n’est qu’un « Costco » pas loin, avec un « Walmart », un « McDo » et un gros en vue !

Parizeau est mort, allons-nous guetter longtemps encore l’arrivée d’un tel brillant tribun, à la fougue chaleureuse ? Ce jeune Péladeau est une bonne promesse.

Un temps, je le voyais souvent « ce grand mort » dans son resto favori, au nord de la rue St-Laurent, entouré des fervents et fou de bonheur comme un vieux gamin. Certains jours en prêcheur de philosophie, militant respectueux entier en faveur de la démocratie. Oui, certains adversaires l’aimaient et me le disaient. Je l’ai vu aussi, les yeux trempés de larmes à la « Centrale » de la rue St-Hubert, abattu, déçu, accablé. À la mort de sa première compagne de vie —ma camarade écrivaine, Alice Pozsnenska— j’ai pu un homme très digne, plié de détresse, tête basse, avec le regard perdu au cimetière. Le temps passait et trop vite. Parizeau est donc parti encore et toujours apatride. En 1995, si proche d’une victoire, hélas, il démissionnait; peut-être qu’il a regretté cette grave erreur rendu si proche d’une patrie bien à nous !

Paix à ses cendres !

Claude Jasmin

écrivain, Ste-Adèle

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ABRUTIS, DÉFENDEZ-VOUS ?

 

On nous méprise ? Oui. Ainsi, on regarde le téléjournal et « bing bang » on se fait jeter (à chaque deux minutes), des criards abrutissants dont « Brault et Martineau ». Les commerciaux, une plaie ! Cette jungle et ce CRTC, payé (par nous tous) ne bronche pas. Quel impuissant émasculé que ce surveillant des ondes ! Un pleutre, un couard poltron, son président, Jean-Pierre Blais, dort au gaz.

L’excellent chroniqueur Guy Fournier, se joint aux protestataires, comment diminuer le nombre des criards aux diverses stations ? Nos diffuseurs, assoiffés de fric, sont des mercantiles de nos ondes. Pourtant « Domaine public ».

Finira-t-on par calmer ce répugnant tintamarre à la télé ? Ne me voyez pas comme un puriste, le commerce est nécessaire en combattant le chômage. Dans les imprimés on est libre de passer outre à ces annonces mais pas à la télé ? Nos entrepreneurs (de tout acabit) ont le droit de payer pour s’annoncer à la télé mais avec mesure, civilité. Ce CRTC ne fait pas son travail, il tolère la sauvagerie « sonore et visuelle ». C’est inacceptable.

Téléspectateur, n’es-tu pas écoeuré de ces « ultra-fréquentes » interruptions, de cet incessant vacarme grossier. Au beau milieu d’un bon reportage ou d’une excellente série dramatique, foncent ces appels à acheter. Pollution. En début et en fin d’émission, okay, mais assez, M. Blais, de ce dévergondage agressif. C’est une insulte à nos intelligences.

Se formera-t-il bientôt un comité de salut public, un mouvement « anti-pubs-sans cesse » ? Les gens du CRTC vont-ils nous mépriser, encore longtemps ? Refus scandaleux du CRTC que de jouer leur rôle essentiel, cela doit être dénoncé. Ce M. Blais, son président, est-il aveugle et sourd ? N’est-il qu’un mou complice, un veule démissionnaire ?

Comptez bien —vous n’en reviendrez pas— comptez les interruptions sauvages, c’est —aux six ou sept minutes— deux minutes avec quatre messages (4) de 30 secondes ! Ou bien huit de 15 secondes (8). Orgie marchande grotesque et à tue-tête (le son est « compressé ») le magasin dans votre salon, des voyous criailleurs. Ce CRTC ? Une « Maison de tolérance ». Ce laxisme est improductif au fond. On en vient à haïr les « Brault et Martineau », alors les marchands y gaspillent donc leurs belles piastres !

On fait quoi ?

Envoyez un mot raide à : CRTC, P.O. BOX 56067. MINTO PLACE. Ottawa, Canada. »

C’est « poste gratuite », pas besoin d’y mettre un timbre, tout comme pour écrire à son député fédéral. Envoyez une simple carte postale marquée : « CRTC : CESSEZ L’ABRUTISSEMENT ! »

UNE COURSE POUR UN CHEF !

Des fées existent ? Oui. Dans mon village, surgit soudain une fée —Annie Depont— qui me dit: « Venez à Traces, Jasmin, parlez sur la patrie à faire advenir. » Je ne rêvais pas ! Alors, de mon balcon, j’inaugure ma neuve chronique ouvrant des bras gaulliens : « Vive, le Québec… libre ! » J’avais 30 ans, au RIN en 1960, nous n’étions pas bien nombreux. Mais en 1995 nous étions 60 sur 100 pour une patrie. Soixante sur cent des électeurs. Si on écarte les Anglos francophobes, des néos en masse et… 40 de nos branleurs. Au soir de cette quasi-victoire du « Oui », Jacques Parizeau, qui devait crier « On y est presque ! On remet ça dans six mois », eh bien non, il démissionne ! Si vous le croisez à Saint-Adolphe —avec ou sans sa Lisette— dites-lui que ce fut une erreur funeste.

Maintenant, la ferveur a diminué car les fédérats sont ultra-prudents. En hypocrites, ils ne font rien pour nous provoquer. Cette archi-prudence fédérate éteint la ferveur, éloigne nos jeunes des hustings pour la « cause sacrée », une patrie. Trop de jeunes se taisent, dégriffés, muets et immobiles. Ces silencieux suivront-ils la course, écouteront-ils ceux qui veulent devenir chef du parti-des-indépendantistes ? Au nouvel essai, L’Écosse —pas encore libre— deviendra-t-elle exemplaire, partout la peur est-elle cette liberticide matraque ? On doit se souvenir des fortunes dépensées par des Libéraux fédérastes — cette dégueulasse inondation en publicité du pays. Et ce juge Gomery, lucide pour condamner mais, hélas, nul pour punir.

Jeunesses, écoutez les propos d’un solide entrepreneur —conseillé par Landry. Un jeune millionnaire désire devenir chef du « parti des patriotes ». Il sait compter les avantages de notre liberté. Je vote pour ce compétent Pierre-Karl Péladeau, le digne fils de mon ami feu Pierre Péladeau —du Chemin Sainte-Marguerite à Sainte–Adèle. Et foin des anciennes peurs. Bien finie la frousse via les convoyeurs de la Brink’s, terminé d’exploiter l’ancienne fragilité car, désormais, des preuves « économiques » reluisent dans le monde entier —de Bombardier à Lavalin, etc. À la prochaine, tous nos intellectuels, vont se lever, avec tous nos artistes, écrivains, tous ceux qui pensent et qui ont la fibre libertaire. Ils ne feront pas comme trop de mes camarades « taiseux », grands peureux de 1980-1995, qui craignaient de perdre en « voyages aux frais de la Princesse-Ottawa », à Banff (salut la Petrovski!), ou à Knotte-le-Zoutte. Cachés et trembleurs, ils furent muets en engagement en 1980, en 1995, ma honte de ces pairs écrabouillés pisseux. Malgré l’aplatissement intéressé (ô subventions !) de proprios de certains médias (La Presse et Cie), examinons bien cette actuelle course et ayons l’espoir d’un vrai chef, vrai meneur en vue d’une normalité. Car l’ONU l’affirme toute nation a droit à une patrie.

(fin)

Projet pour l’automne…

Cher webmestre :

Voici un projet. Pour mettre sur notre site peut-être, tu décideras. Il s’agit d’une ponte fraiche, une jonglerie récente.

Mais d’abord mettre aussi cette facétie de Roland Devos, celui de «  À « quand » le train pour « Caen ? » et : « La mer est démontée ? À quelle heurte, ils la remontreront ? »

Voici :

– L’OUÏE DE L’OIE DE LOUIS-XII A OTÙ 

-ET QU’A DONC OTÙ L’OUÏE DE L’OIE DE CE LOUIS ?

-ELLE A OTÙ CE QUE TOUTE OIE OÏT !

-ET QUOI DONC QUEW C’RE ST QU’OïT L’OIE ?

-TOUTE OIE OÏT, QUAND LE CHIEN ABOIE DANS LES BOIS, DES « OUAh ! OUAh » !  

FOU HEN ?

BON : Corrigeant mon manuscrit « Angela » (sortie cet automne) il me prend une fringale nouvelle, me voilà parti dans un projet fou : un premier ouvrage de « SF », de l’anticipation avec du parascientifique.

Je nagerais dans ces toutes neuves notions apprises ici et là, glanées dans mers lectures diverses récentes. À SAVOIR : Les trous noirs. La physique quantique. Les drones. La biologie-électronique. Le fameux et dangereux Système « HAARP » (attaques climatiques) Ce mystérieux « GAKONA »( voir Google ). ENFIN : l’intelligence artificielle.

Et j’y introduirais ce célèbre MICHAEL TALBOT, aussi cette fameuse voyante-médium : YAGUEL DIDIER.

Tu vois ma soupe ?

De la S.F., te disais-je, oui, et une première expérience chez Jasmin. Ça se passerait en 2055 ? Hum…Je verrai. Ou bien ce sera une série-télé en 8 épisodes, eh !

LE SUJET ? En cours de déroulement, on constate que l’univers, le monde entier, la planète quoi, est devenue une sorte de « SUPER- ONU ». Avec siège à Montréal. Ou à Zurich. Et qui fonctionne cette fois. Bien mieux que l’ONU actuelle.

Fin des patries, des nations (états-nations), il n’y a plus que cette MACHINE-ONU. Avec en partenariats, d’immenses « corporations », gigantesques compagnies qui entretiennent des armées de « MERCENAIRES ».

L’écriture a disparu. Les livres aussi, journaux etc. Il n’y a que l’audio-visuel. Des bandes. Il y aurait une sorte de langue universelle, sorte d’ESPÉRANTO nouveau, avec, par exemple du Chinois certes et beaucoup d’expressions en anglais (des USA).

Parvenu au siège suprême, mon (ou mes) héros conduisant « l’enquête des enquêtes » ( devoir trouver le sujet) découvrira qu’en bout de piste, au sommet des sommets, il n’y a… personne absolument personne !

Il n’y a qu’un super-ordinateur !

Une intelligence artificielle quoi, comme Grand souverain, empereur, roi, président, gouverneur général !

On sait qu’une machine battit le célèbre champion d’échec, Kasparov, en 1997. C’est donc le triomphe total (totalisateur !) de la machine. Avec sa toute petite équipe qui la nourrit, qui obéit, est aux ordres de l’ordinateur suprême !

Et voilà, cher Marco.

Bon… je m’y jetterai quand ? Hum, pas en belle saison, tu le sais je n’écris toujours (mon livre annuel) que octobre ou novembre revenu.

Saluts,

Claude J.

MORT DE RÉGINALD, JUGE EN CHEF

Il n’y a plus guère de ces critiques à la réputation redoutable, les Éthier-Blais, Marcotte et …Réginald Martel, hélas, mort lundi dernier.

Réginald, avec ses proses sobres et intelligentes, savait excellemment juger d’un ouvrage littéraire chaque samedi dans La Presse.

Il était craint avec raison, en un paragraphe Martel pouvait assassiner un roman nouveau né ou, pour longtemps, lui donner des ailes. J’ai eu la chance d’obtenir le plus souvent des « papiers » élogieux.

Réginald était discret, fuyait les « chapelles », se dévoua durant trois décennies, avec gravité, à son difficile métier. Pas du tout du type rigolo ou blagueur, il semblait une sorte de prêtre dans le milieu des livres. Son métier délicat, parfois cruel, lui était un vrai sacerdoce. Quand je lui ai dit un jour que ses articles —brillants, documentés, intellectuels— n’invitaient guère son lectorat à courir chez le libraire, il me rétorqua : « Tant pis, je tiens que « écrire et publier » est une affaire grave et importante, que ça mérite tout mon sérieux ».

Les écrivains de ma génération, nous le respections et, retraité soudain —parti dans sa chère campagne du Bas du Fleuve, nous le regrettions.

Nos condoléances à ses proches et à tous ceux qui l’aimaient.

Claude Jasmin
Écrivain, Ste-Adèle