UNE RÉSURRECTION !

Un jeudi soir à Ste Adèle, une pleine salle d’Adélois regarde ce « Ste Adèle en 1890 », la peinture de Grignon et, à la fin, ce sera des éclats d’applaudissements.
Ce fut deux heures de bonheur pour eux tous, et pour moi, admirant cette toute nouvelle mouture d’un long récit (radio et télé) à l’époque plutôt statique. Et souvent « prédicateur pieux ».
Vraiment étonnante, séduisante, active, cette audacieuse nouvelle version visuelle et langagière du village des Pays d’en haut, de Ste-Adèle. C’est le travail et il est épatant d’un certain Archambault, réalisateur. Il est un surdoué de la caméra, mirifique travail sur les brillants textes de Gilles Desjardins.
En bas de la fameuse côte Morin, nous étions étonnés et ravis par cette incarnation —revenue en force— du célèbre avare des Laurentides, Séraphin Poudrier et qui est montré, cette fois, en être humain. On le verra même attendri dans une scène !
Ce téléroman de Radio-Canada en pays adélois fera florès, nous en étions assurés, tous, au très ancien cinéma Pine de la rue Morin. Desjardins a su efficacement, et sans trahison aucune, faire renaitre —décors, costumes, etc.— cette saga populaire. Tous les personnages —vraiment tous— nous font voir une vitalité étonnante, nous entrainent de façon extrêmement séduisante dans cette plongée de la fin du siècle (1800). Cela avec des talents forts. Aucun doute, voyant la réaction enthousiaste des invités adèlois ce jeudi soir- là, « Les pays d’en haut » rassemblera des foules heureuses. Mon ex-petit-camarade, et ex-voisin, rue Morin, Claude-Henri, ne se retournera pas dans sa tomber tant ce Gilles Desjardins a su le ressusciter avec un immense talent. Chapeau !

Claude Jasmin
Écrivain,
Ste-Adèle.

TI-COUNE SAUVÉ À STE AGATHE UN SOIR !

Au crépuscule le lac —si joli, si vaste— du village était en beauté. Hélas, pas de temps à perdre dans ce Saint Agathe tout doux de début d’été. car Raymonde et moi avions un rendez-vous avec un ti-coune, un cacaile, un ti-coco, un ti-cul, un nono, un zozo.

Entrons dans une sorte de taverne bancale (au bon café), triste café sombre et triste d’aspect et puis vers ce théâtre aux fauteuils usés, à l’aspect vieillot, guère invitant, Le Patriote. Assis dans le noir on a laissé causer un énergumène, une sorte de vagabond mal vêtu au langage parfois grossier (*Chier, chier, chier), un jeune type énervé aux prises avec…lui-même. Voici donc pour deux heures de « jaserie folle » une sorte de dyslexique, ah oui, d’inadapté à la vie réelle. On rit. Jaune parfois. Bleu. Rouge, ça dépend. Notre ti-coune, démago ici et là ?, joue du joual et du chiac, franglais à la mode, on le sait (upgrade, level, etc.). Son esprit à mille facettes n’a pourtant pas besoin de ces faciles béquilles. Bon, ces glissades ne sont pas trop fréquentes, Dieu merci !

Moins patients que piqués au vif, le niais, le cave, l’abusé, l’imbécile quoi est inséré dans un cerveau aux lucidités renversantes, c’est tout entendu et alors on accepte volontiers d’entendre ses humiliantes bizarreries, ses honteux rêves cocasses. Il ira jusqu’à critiquer vertement… Dieu lui-même, sa création, donc, lui-même. Ce mince freluquet, tout jeune énergumène, effronté et modeste, craintif et audacieux à la fois —maigre vraiment comme un clou, au visage pâle, aux cheveux bouclés— est, en certains passages, oh oui, très drôle.

L’humoriste André Sauvé s’avance en des domaines aux audaces langagières capricieuses. Il ne patauge pas, jamais, dans le « pipi-caca », le « vagin-pénis » à la mode et si commun à tant de nos paresseux « comiques ». Que non ! Sauvé, lucide, cruel même, se psychanalyse avec franchise, se frappant l’égo douloureusement, cherchant pathétiquement un salut, une catharsis. Tous les malmenés de l’existence, les timides, les peureux, les malchanceux, les complexés se reconnaîtront vite. Sauvé (qui ira au Maisonneuve bientôt) n’hésite pas à se confesser cruellement devant tout ce monde (salle pleine au Patriote !).

Cette osseuse silhouette énergique, corps d’ado attardé, philosophe sans le savoir et son : «  être ou ne pas être » est excellent. Souple zigue à visage nerveux, à la gesticulation névrotique, avec une voix tendue —du « hight pitch »— Sauvé tente aussi, soudain, de nous initier eh oui ! à la menuiserie. Tente aussi de nouer des coq—à-l’âne fous, souvent, osant nous dévisager pour nous poser des questions existentielles intenses, tel du bon Guy Légaré d’antan). En finale, apothéose visuelle remarquable, Sauvé achève de s’humilier dans une reconstitution délirante : on le voit, imbécile, en public et bien obligé de socialiser. Allez voir la cruauté de ses lacunes. Un inadapté attendrissant, paralysé, incapable de causer comme tout le monde, inapte à la vie ordinaire. Il « fitte pas », dira-t-il. Alors, on se rappelle, tous, de connaissances, comme lui, incapables d’être à l’aise à la moindre sortie mondaine. C’est triste, pénible et hilarant. On est partagé face à ce Cré Basile », ce ti-Coune de ville, monter sur scène et l’encourager ou l’abandonner à son triste sort. Sauvé a su s’analyser et s’observer en sagace, ses tics comme ses mots d’esprit illuminent deux heures d’une sorte de « polyphonie pour un bêta crasse ». Chapeau !

CAVALIÈRE LOUISE

Réouverture de (remis à neuf) l’impressionnante auberge « Château de Ste Adèle », boulevard 117, l’autre soir. Y voir une fillette danser seule dans son coin. Les enfants dansent sans cesse. Ils se remuent. Tout jeune, « la danse » c’était steppages à l’ancienne, bras et jambes arqués, dans des tutus roses et beiges, sur des « chaussons » de bois compensés. Mode 1945 : mes sœurs aînées furent confiées au fameux « Professeur Morenoff ». Mode petite-bourgeoise vaine. À dix-huit ans, le futur Ministre de l’Éducation (sous Daniel Johnson), le beau Jean-Guy Cardinal, voisin, traversait en se dandinant en collant noir, les bras en l’air, tête levée haute, pour acheter allant du lait ou du pain chez le Pitou Lafontaine en face. Derrière les fenêtres du salon, virils, mon frère Raynald et moi, on ricanait.

Rien à voir avec Louise Lecavalier. L’autre soir, plein le Maisonneuve en ovation, bravos et cris d’admiration face à cette danseuse moderne. Elle vibrionne toute une heure sans guère reprendre son souffle. Olympien et fou à voir ! Elle fascine, son corps comme évanescent entre dans des transes folles. Miraculeuses. Sa chorégraphie (sa première), en frénétiques déplacements, hypnotise. Son comparse, le félin Frédérik Tavernini, beau « grand singe » musclé avec de très très longs bras, l’accompagne et c’est superbe. Le public de cette Louise —aérienne, voltigeuse— en reste abasourdi, oui, ébahi, je vous jure. Voyez ses incroyables jeux de pieds aux vitesses surhumaines est un spectacle qui renverse. Notre chance ? Apprécié à Tokyo comme à Berlin, « Louise-la-fulgurante » dansera ici, à Saint Sauveur. Tout prochainement. Ne ratez pas cette unique fée, elfe, magicienne, sorcière, avec ses remuements aux mouvements vertigineux et poétiques. Un must.

 

* * *

Enfant de ville, nous observions, répandus partout, sans vraiment les regarder, les « maudits » moineaux. Si communs, espèce méprisé. Un jour, cas unique, une volée de canards sauvages passa au dessus du marché Jean-Talon ! Nos cris ! On en revenait pas en la métropole, lieu vide d’oiseaux. Des pigeons, ça, oui ! À six ans, avec papa, j’avais vu au port des goélands —si blancs ! Émerveillement. Or, je découvre « Québec-Oiseaux » —(www.quebecoiseaux.org)— un fort utile et joli magazine. Très illustré. En trois numéros seulement, me voilà comme tout enfoui dans la beauté, submergé par ces petites bêtes aux plumes parfois colorées si joliment. Et qui volent ! Qui volent ! Mes chers mésanges, bicolores ou pas. Les rares grimpereaux, orioles, guiraca. Mes pics familiers ici, variés, chevelus, maculés ou à ventre-roux. J’admire les guépiers, les bruants et les grives, ces carouges à « rouges épaulettes », ces sizerins flammés, étourneaux si beaux quand « sansonnet. Photos jolies de bécasseaux, de passereaux de moucherolles. De mes parulines, orangées ou aux ailes dorées ou flamboyantes. Voir ce quiscale dit « rouilleux », oh ! Cette gélinotte huppée, ah ! Québec-Oiseaux : une revue qui jase aussi des oiseaux exotiques et aussi du si bel harfang des neiges, « notre » oiseau national. Et des tourterelles, tristes et pas tristes. Mon Dieu, quand donc reverrais-je les miennes ?

Au fait cette prodigieuse Louise Lecavalier est une sorte d’oiseau car souvent, elle s’envole !

 

 

 

Hughette Oligny, vagabondage et Di Caprio !

 

 

Est morte, merde ! Dans la salle du Rideau Vert, il y a deux ans, Huguette est ma voisine de siège. Fin, lumières, applaudissements et la vive nonagénaire s’agite, s’écriant à des amis de l’attendre. En riant, je lui dis : « Montez sur mon dos et, en bon vieux cheval, je vous y conduirai ! » Je me penche, Huguette qui rigole s’agrippe à mes épales d’octogénaire, je sens son genou sur ma cuisse et puis «  Non, Claude, non, pas en ce digne lieu ! » On riait. Merde, elle vient de mourir !

Matin tout récent, descente en ville pour mon ophtalmo. Soudain, Avenue Greene angle Sherbrooke, me « frappent » aux yeux —menacés de glaucome— un tas de portraits, justement, « frappants ». C’est l’art très cinglant de la surdouée Goodman avec ses humains « tout écartillées » (Charlebois). Courez voir Galerie D’Este, ces corps comme écrapoutis. J’entre donc au 1329 Greene (angle Sherbrooke) et je suis transporté par ce monde ligoté et assommé. Strident ! Remuant ! Ici même, à Westmount-en-bas, en 1920, mon papa tenait boutique : « Thés, cafés, épices », je l’évoque dans mon récit « Anita… ». La galeriste Louise Leibner est fière de cette expo et avec raison.

Ce soir-là, bas-de-la-ville, au crépuscule, des filles bizarres se disant « Les sibyllines », nous invitent à entrer dans une sorte d’entrepôt abandonné lugubre. Rue Rose-de-Lima à St-Henri ! Promesse d’un vagabond délirant nous crachottant à la geule son désarroi ! On entre dans cette manufacture (?) abandonné, au sud de la rue St-Jacques, un peu à l’ouest d’Atwater. Vieux murs de guingois, plafonds écaillés, portes cochères déchiquettées, verrières sales, quelques chaises droites et bang !, surgit un SDF, un itinérant ? Durant toute une heure, sans prendre son souffle, ce jeune hobo nous arrosera de son récit de vie, avec sel et acide. Un exilé doux et fou à la fois, qui rugit ! Parfois ricane. 60 minutes haletantes et puis le noir ! Il est disparu et alors nous acclamons l’acteur surdoué Sébastien Ricard; de Loco Locass comme du film Dédé Fortin. On quitte la sordide shed où c’était « La nuit avant les forêts » de feu Koltès. On est subjugué par cette logorrhée de crachats, par la détresse d’un «  tout-nu », migrant à la dérive dans une métropole folle, New York, Paris ou Montréal .

La réalité va nous poursuivre de plein fouet à la sortie et on se sentira très loin de notre Ste Adèle champêtre. Dehors, endormis sur un caniveau, deux grands chiens « pas de médailles » et puis surgit leur osseuse maîtresse galopante entre des autos stoppées aux feux rouges de la rue St-Jacques. Silhouette sans âge se mouvant entre les bagnoles bloquées, delta de tôles multicolores descendant vers la rue Notre-Dame. Elle quête, sacoche en bandoulière, exhibant son carton marqué : « charité sioupla ».

Ouf ! Revenus ici, antipode de ce monde urbain, c’est « vive nos rues quiètes et ses terrasses paisibles, l’air pur ». Vive aussi le bon cinéma (de Tom F.) qui nous offre le remake de « The Great Gatsby ». Prière de ne pas écouter certains pisse-vinaigre car c’est un excellent récit filmique si bien fait qu’il nous a donné envie de (re)lire le roman de G.S. Fitzgerald. Le film vit surtout du jeu magnifique du célèbre acteur qui incarne Jay G. Di Caprio, séduisant gangster ( via prohibition), joue cet ex-enfant pauvre. Il veut reconquérir —éblouir— une fille qu’il a aimé et qui l’a dédaigné jadis. Ce Di Caprio-là est étonnant avec un jeun plein de nuances. Courez-y !

 

THÉÂTRE, Ô CHER THÉÂTRE !

Comme tant d’autres aspirants— aspirant-quoi ?— dans ma cour, enfant, je montais des « séances ». Ah, se déguiser, improviser, mimer la vie par des clowneries ! Un virus car devenu jeune homme, j’écrivais pour le « Téléthéâtre » e Radio-Canada, 1- « La mort dans l’âme » sur un jeune drogué (François Tassé si bon), 2- «  Blues pour un homme averti » sur un « bum » mythomane (Jacques Godin si parfait), 3- « Tuez le veau gras » sur un « revenu de Paris » tout tiraillé (excellent Benoît Girard).

Bon. Je reviens d’examiner « sur qui » on écrit maintenant. J’ai vu.
1- « Avec Norm » sur un aliéné total ( Benoït McGinnis fantastique).
2- « Ce samedi, il pleuvait » sur quatre banlieusards amochés.
3- « La Fureur… », avec sept belles érotomanes en cages, incarnant sept Nelly Arcan, une « écrivante » surdouée, trouvée pendue, hélas.

Quand c’est bon, il n’y a rien pour battre cela, le théâtre. Tant pis pour ceux qui n’y vont jamais. Vrai aussi: quand c’est « plate » sur scène, rien de pire. Un navet sur film est moins assommant qu’une pièce ratée.

À la fin de cette « Fureur. au théâtre « Go » dimanche, sentir un terrible embarras. C’est un « show » de la brillante Marie Brassard. Terrifiante sa « cérémonie des adieux » à sept autels vitrés. Un hommage lugubre renversant en sept appartements cloisonnés, sept « cases » d’une BD funèbre pour illustrer l’obsession du « paraître » « jeune et sexy ». Voyez la part hallucinante jouée par la « disloquées » Sophie Cadieux parlant par saccades, comme électrocutée. Inoubliable !

Aller rue Chabot coin Everett, dans ma « Petite patrie », et voir se débattre ce quatuor familial tordue de St-Bruno-banlieue, oh ! Sinistres récitations revanchardes écrites par une surdouée, Annick Lefebvre. C’était un samedi soir et cette bizarre démonstration s’intitulait « Ce samedi, il pleuvait… » !

Il ne pleuvait pas ! Et allons d’abord manger. Oh ! là, à l’ombre de ma bonne vieille église italienne « Madonna della difesa » rue Dante, coin Henri-Julien. Mon bonheur de replonger dans ce quartier de mon enfance. Même rue pour faire halte à la « très » fréquentée « Pizzeria Machin ». Endroit vivant, bruyant et avec un bon chef. Raymonde et moi avons connu ce genre « resto pop », répandu en Italie, à Grosseto, en 1980, on se rapprochait de Rome. Lieu sans chichi, convivial, familial, service à bousculades, des mets servis en criant et sous un éclairage puissant. Ici c’est « apporter votre vin ». Avec « dépanneur » l’autre bord de la rue.

Après, dur pour l’estomac, rue Chabot, aux Zécuries (sic), quatre banlieusards (papa maman et les jumeaux) qui se collent à un immense tableau noir pour, avec des craies de plâtre, se tracer en contours,, comme font en « scène de crime » les policiers ! Théâtre mortifère qui lutte pour vivre. J’ai donc vu « sur qui » on rédige en 2013, par ici : trois textes captivants et je le redis, quand c’est bon au théâtre il n’y a rien pour battre ça,

MINUIT ET TRENTE ET ÇA PUE !

Nous avons dans nos murs des gens corrects. Ça fait deux fois que je peux entendre à la radio des courageux qui dénoncent ce film étatsunien tout récent sur la capture du chef arabe Ben Laden. « On assiste à la valorisation d’un acte « criminel » et on fait voir avec complaisance des scènes de torture ! », disent des chroniqueurs lucides des USA. Vérité.

Le film montre que ces soldats de Washington surgissaient chez le pape d’Al-Qaïda, à « minuit et trente », —en langue codée, ZERO DARK THIRTY, le titre du film— dans son appartement où vivaient de ses parents et des gardes pas pour le capturer. Pour l’assassiner. Le meurtre d’une crapule reste un meurtre. Ce film rend donc hommage à des meurtriers; car les tueurs de la CIA au Pakistan, cette nuit-là, commettaient une exécution, telle une mafia ! CIA-pègre quoi ! L’exécution pure et simple (pas une bavure) d’un ennemi.

Hitler s’étant flingué, à Berlin, en 1945, les alliés organisaient en toute légalité « Les procès de Nuremberg » pour les chefs nazis en montrant l’honorable visage des civilisés. Cela malgré certaines louches protections en faveur de certains nazis dont les Étatsuniens avaient besoin. Rien n’est parfait. De là à nous inviter à visionner un «  bourrage de crâne » puant, wow !Triste de voir une cinéaste (Bigelow) surdouée et une actrice talentueuse — héroïne toute hébétée à la fin— acceptant de fabriquer et montrer cette burlesque manipulation des publics. J’ai entendu que durant une demi heure de ce film, on fait entendre les (vraies) lamentations des victimes des deux tours à Manhattan, qu’en même temps, on assiste aux cris des Arabes torturés ! Tenter ainsi de nous déculpabiliser est une summum de démagogie, grotesque. Ces torturés, sur ce continent,mais aussi, on l’a appris, dans des pays d’Europe-de-l’Est où l’on tolère ces horreurs. Or, de nombreux experts affirment que la torture (condamnée partout dans le monde civilisé) est futile, vaine et nulle. Qu’elle ne fait naître que mensonges, inventions, qu’elle conduit donc ces questionneurs sauvages vers des fausses cibles (qu’ils torturent en vain). Avouer n’importe quoi pour faire cesser la douleur.

N’allez pas, je vous en prie, à ce cinéma qui nous méprise ? Une telle histoire, réelle hélas, c’est « honneur au meurtre politique ». C’est certain que personne de censé n’est d’accord avec ce fils de multi-millionnaire saoudien désaxé. On dit que Ben Laden n’a pas imaginé ces bombardements de Manhattan. Il en fut ravi ben sûr. On l’a donc assassiné, ce responsable idéologique et ce film de grossière propagande fait honte à un art que l’on estime tant. Des putes, j’y reviens, et cette cinéaste douée et cette actrice très talentueuse. Ce « crime policier » est genre « exécutions policières » faites à un Richard Blass, à Val David ou à un Jacques Mesrine, en plein cœur de Paris. Triste de savoir que cette « exécution » fut autorisées par Barak Obama ! Lui, espoir de tant de gens, en criminel fasciste, tels ces dictateurs archiconnus de l’Histoire. J’en reviens pas alors qu’on pouvait amener Ben Laden, vivant, par exemple au tribunal de La Haye.

ÉMU DANS UNE SALLE OBSCURE

 

Rue Valiquette, les yeux dans l’eau, mais oui, je compatissais aux malheurs des « misérables » de Victor Hugo, mon illustre camarade. Bilan d’un cinéphile, octogénaire : ai-je vu 3000 films dans ma vie ? Ou bien 5000 ? Ou encore 10 000 ? Je ne sais pas. Chez moi, jeune, il n’y avait comme lecture que des annales pieuses, « L’almanach du peuple » de Beauchemin et les exploits des « comics » achetés cinq cennes la brochure. La culture pour les gens de mon époque, de mon quartier, c’était… les « vues ». Gamins, au coin de ma rue Bélanger et St Denis —c’était avant l’air conditionné— on se faufilait (à la barbe des placeurs) par les sorties d’urgence. Sans payer. La belle vie : savourer les films made in France (au Château), ou made in USA, au Rivoli.

Le cinéma a nourri ma jeune imagination et quand j’ai publié mes premiers romans ( Et puis tout est silence, La Corde au cou, Délivrez-nous du mal, Éthel et le terroriste) nos critiques littéraires décrétaient : « Jasmin fait une littérature avant tout cinématographique. » Bien vrai. Tout ça pour dire mon plaisir quand je descend « d’en haut » vers nos salles, rue Morin, rue Valiquette et dire aussi mon bonheur de pouvoir, à 5 minutes de chez moi, « aller aux vues », comme quand j’étais resquilleur.

En passant : ce « Bye-Bye 2012 » à la télé, mode actuelle déplorable, ne fut constitué que de « brefs tableaux ». Parfois « ultra-brefs ». Pourquoi singer les  commerciaux ? Vite, vite, vite, des « flashes », des furtives évocations et refus de bâtir des sketches solides, qui dureraient un peu. Mépris du monde ? « Les gens sont incapables de se concentrer plus d’une minute. » donc sauf un ou deux sketches, parage pressée, défilé d’urgence, policiers qui fessent, mafia et Libéraux corrupteurs, le tout, superficiellement. C’est regrettable quand on constate (et apprécie) les habiletés « inouïes » des créateurs : maquilleurs, perruquiers, prothésistes, costumiers.

Pour fin 2013, prière de revenir, comme souvent jadis, à des tableaux consistants, un peu élaborés. Plus facile de briller par courtes apparitions ? En tos cas le fatras visuel est vite oubliée. Bousculade, cavalcade échevelée. Qui se souvient d’une parodie un peu élaborée ? Qui aurait duré au moins 3 à 4 minutes, sinon 8 ! « Nous, le peuple… » on n’a eu droit qu’à de brillantes caricatures esquissées, aussitôt oubliées,. Mauvais signe cela. L’immortel, anthologique donc, sketch du soldat de la Crise d’octobre, (joué par Guimond), écrit par Gilles Richer, durait plus qu’une minute et demi, non ?

J’y reviens… Redire le plaisir d’aller « aux p’tites vues ». Mon grand bonheur d’être plongé en salle obscure face au grand drap blanc tendu, comme pour une cérémonie chaque fois. Rien à voir avec l’écran de vitre de télé au salon. Voyez ce vaste album à images, « Les misérables ». Très efficace mélodrame hugolien, palpitant récit de la deuxième révolution française, celle de 1848, montrant des gueux galériens, de sombres forêts, une manufacture sordide, un carrefour à putains rivales. Surtout une barricade meurtrière.

À la fin, milliers de figurants, c’est Paris insurgé, affamé, révolté, vues inouïes d’un enterrement solennel (un ministre bien-aimé) qui déclenche l’émeute historique de 1848. « Les misérables », ma foi, c’est pas moins qu’une trentaine de chansons. Jamais vous n’oublierez Jean Valjean chantant en implorant Dieu de laisser vivre le beau Marius blessé. Plus tard, l’audacieux gamin Gavroche. Vous oublierez encore moins Fantine, la voix déchirante de Fantine, misérable (!) mère-célibataire de Cosette. Fascinante Fantine qui agonise en une « chanson criée », pour l’impossible rêve. Courrez-y et apportez vos mouchoirs de papier. Tout autour de moi, les larmes des jeunes filles coulaient à flot. Les jeunes gens, eux, se retenaient. Des gars hein ?

ÉTAIT-CE LE BON VIEUX TEMPS ?


 

J’ai tant écrit sur mon enfance, ma jeunesse, que des gens me questionnent : «  Ah, «  La petite patrie », n’était-ce pas le vrai bon temps, tout allait bien mieux ? » Chaque fois, déception dans leurs yeux, car je dis : « Dans ce passé lointain tout n’allait pas si bien, souvent ça allait même plutôt mal. » Il est bien romantique de se convaincre que les temps anciens étaient un paradis. Que de frustrations, que de tabous niais, que d’empêchements à nous épanouir, à jouir des libertés vitales. Que de puritanisme idiot, des temps souvent frustrants.

Évidemment, des actualités font mal. Des modernismes (modes) sont bien cons et des valeurs valables (sic) furent jetées. Il n’empêche qu’il y a derrière nos frustrations contemporaines, un vrai progrès. Ici, ma spirituelle camarade Mimi (Legault) m’a bien fait rire (comme si souvent) en fustigeant les délires de nos fonctionnaires-en-éducation. Charabia, galimatias et jargon mis ensemble; un fait. Les parents d’écoliers se sentent bafoués préférant des bulletins de notes clairs, lisibles. Abus et bureaucratie tatillonne, stupide ?

Cependant foin de notre nostalgie automatique, répétons que les temps révolues ne furent pas si souvent heureux et loin d’être « parfait ». Chère Mimi, j’avais trente ans et deux jeunes écoliers à la maison, déjà je n’était plus apte à les aider (années 1960 et 1970), dans leçons et devoirs. Les systèmes

(pour français comme maths) étaient complètement changés. J’étais gêné de mon impuissance à collaborer à cette scolarité pourtant élémentaire. Ça m’humiliait. Caprice des bureaucrates en pédagogie nouvelle, fantaisies, ces « changeurs de méthodes » étaient-ils tous des incompétents ? Comment savoir, Mimi ?

J’ai toujours cru à la loyauté du monde, à l’honnêteté. Je suis un optimiste. Le cynique dira, naïf ? Je répétais à mes petits –fils : « Vous verrez, le monde est bon ». Je n’ai jamais été de ces un « professeurs-de-désespoir », que fustigeaient Nancy Huston. Avec raison. Malgré les sinistres « page-trois » des journaux, je vois la société faite surtout de gens sains, corrects pour la majorité. Tenez : à Drummondville, ces trois enfants assassinés et moi, je dis à ma compagne totalement consternée : « Tu sais, avec tant de détresses, de misères et de malheurs en ce monde, je suis étonné qu’on ne découvre pas des centaines de tués chaque jour. »

La vie vaut. Tenez, vu au TNM « La Reine Christine » la garçonne et voir l’ouvrage d’un authentique génie, François Barbeau; je me suis souvenu (1953) du grand efflanqué jeune homme, 18 ou 19 ans, lui, Barbeau avec, au bout du bras, sa machine portative Singer, à la Roulotte de Buissonneau. Vu aussi le talent de la « Cretonne » du « La p’tite vie », renversante d’émotions criées en « misérable » dans « Du bon monde », la pièce chez Duceppe. La vie vaut. Vu au cinéma Pine, la cohabitation d’un ado hindou avec un tigre du bengale, en plein océan Pacifique, en chaloupe de sauvetage, film titré « La vie de Pi. » Vu, aussi au Pine, le dernier James Bond avec ses cascades inimaginables. Par exemple sur les toits et dans le souk d’Istanbul. Dimanche, je sors de vues animées suffocantes : en province de France, une épouse cadenassée dans un « mariage d’argent », va tuer (lentement) l’ennuyeux mari ! Audrey Toutou y est très émouvante.

Malgré les fumistes et cuistres du Ministère de l’Éducation, la vie vaut car il y a aussi, tu le sais bien Mimi, tous ces livres qui nous attendent juste à côté du Tavernacle, un joli bar-café du Centre commercial adèlois.

VOL EN CLASSE… OUVRIÈRE !

 

* Le film « On the road » ( au cinéma Pine sous peu), raconte la virée en bazou par une bande de la « beat generation ». Pour apprécier ce film, lisez une autobiographe à deux voix de Ray Robertson : « Beat Vénération * ». Suis-je subjectif, ce « Beat vénération » est traduit par mon petit-fils, David. Un arrivage frais en librairies. Livre qui vous fera connaître ce descendant de « canayen-français » plein de verve et crachant son âme. En trois semaines. « On the road », au fond un reportage sauvage est un coup de tonnerre, sera trois fois réimprimé en 10 mois !

Kérouac vient de Lowell, Mass. Ray Robertson vient de Chatam, Ont. Et il est fou de Kérouac (et de Rimbaud). Ça se lit comme un roman. Ray, fils d’ouvrier, découvre donc Kérouac, ce french canadian surdoué et s’enflamme. Lui aussi vit une chétive jeunesse, père ouvrier —« papa pue le fer et la sueur » écrit-il. Il a une mère limitée. Une grand-mère maternelle (une Authier) qui est un sosie de la célèbre « moman » de Kérouac.

J’avais 35 ans en 1965 et moi aussi j’ai eu besoin d’aller en pèlerinage à Lowell. Pour voir le french ghetto de Saint-Jean Baptiste, la Merrimack sous le pont, l’énorme église Saint-Louis de France, tout; j’étais entré dans tavernes et bars tentant de faire évoquer « le grand Jack » disparu; en vain.

J’ai lu « Beat Vénération » et j’irai voir le film. Le jeune Kérouac, ex-footballeur blessé, ex-marine, sera comme assommé par ce fabuleux premier succès mais, plus tard, les insuccès vont se multiplier. Kérouac va sombrer : l’alcool à flots, aussi la drogue —speeds amphétamines. Orphelin jeune de Léo, —« papa pue l’encre et la sueur » dit-il—, le fils de la grosse veuve ouvrière (dans le cuir) devient un saoulard. Loufoque, il voyagera en Bretagne, à Paris, ira vagabonder à Tanger. Il cherche ses lointaines racines. Une marotte ?

« Il n’y a pire malheur que d’être apatride », a écrit Dostoïevski. » Voilà Kérouac, en 1967, jouant le généalogiste ? À Rivière-du-Loup ! L’accompagne partout Jos Chaput de Lowell, son inséparable  : deux avaleurs de gnole en motels crasseux, dans des bars miteux. Le voilà fier : il a dans ses branches le « Seigneur » Lévis de Kérouac de Cornouailles ! On rira de lui. Poivrot pitoyable, on peut le voir se racontant (dans son pauvre français !) à l’émission « Le sel de la semaine ». Voir sur Google. Une tristesse terrible !

Le traducteur de Roberston, mon cher David, s’est mérité des éloges; dont celles de Desmeules (Le Devoir) et de J.-P. Ferland ( du S.D. observatoire). Ray dit bien le génie fracassé qui trépigne en des ouvrages bizarres, de rares éclairs. Il reste l’odieux parasite de Gabrielle, mère économe à laquelle il s’accroche. Ce curieux couple mère-fils va déménager souvent. À la fin, terminus : St Petersburg, Florida, la fiasque à la main ! « Mémère », comme Jack l’appelle, vieillie, malade, prie son autre fils, Gérald, mort enfant. « Un saint mystique », prétend-t-elle et Jack en fera d’étonnants écrits. Kérouac, un anti-Noir patriotard, un ultraconservateur anti-Juif —tel le génial, hélas raciste, Ferdinand Céline. « On the road » reste un classique mondial.

* Texte revu le 9 novembre

**Ray Robertson, « Beat Vénération », traduction David Jasmin-Barrière.

 

NATURE DE SANGS ET D’ORS !


Parlons automne. Ma marche rituelle autour du Rond et halte au joli parc publique de la rue Chantecler : le noir des grands sapins contraste avec le scintillement du lac au soleil et l’étincelant des érables d’octobre, décor de sangs et d’ors ! Admiratif, tu bénis la vie par ici. Et tu puis tu entres pour des rôties avec de la bonne confiture de ma chère École Hôtelière et tu ouvres ton journal puisque « être informé c’est la liberté ». Alors l’horreur reprend son cours : les mauvaises nouvelles, ON CACHE LES BONNES ?, pas ici à Pays d’en haut. Les reportages sur les gourous des Malboeuf et Vailles ( La Presse) : « d’ la vra marde », chanterait la Leblanc ! « Faux curés » (gourous) des détresses humaines, crapules, ici, dans nos collines, à Prévost, à Trembant. Ces «  curés laïcs » parfois charismatiques, existaient jadis. Existeront dans l’avenir. Soudain, mots de la fin, on lit : « Les professionnels de la santé admettent que cela (les bons) peut aider » ! Comment trier les bons des fumistes ! Autre point, Dame Justice (les polices) est impuissante car il y a, hélas, consentement et aucune violence exercée. En 2012, qui sont donc ceux qui gobent ces poutines ? Des gens fragilisés, proies don t la cervelle est comme annihilée ?

Marche mon vieux, marche et regarde encore le noir de sapins contrastant avec les scintillantes feuilles en sangs et en ors, le lac étincelant au soleil d’octobre. Le temps s’obscurcit et tu vas au cinéma. Merde: bien peu de public pour « Inch’Allah », de la brillante cinéaste québécoise, Anaïn Barbeau-Lavalette. Un magnifique film illustrant la Palestine murée par Israël. L’histoire d’une kamikaze, avec sa bombe dans son sac à dos, qui commande un café à une terrasse de Tel Aviv et « boum ! » Encore moins de monde pour « Rebelle », un film effrayant sur les enfants-soldats enrôlés pour tuer au Congo ! Lysiane Gagnon (La Presse) en est scandalisée et moi je crains le découragement du proprio du Pine, le cinéphile Tom, à faire venir de tels excellents films ! Oui, nation nigaude et qui me désespère.

Parlant de Lysiane Gagnon : courageuse elle vient d’oser condamner ces Juifs orthodoxes « à natalité galopante » —les Hassidims d’Israël. Majoritaires dans Jérusalem et aussi écoeurants que les fanatiques de l’Islam, pire que ces Salafistes d’Égypte, qui méprisent les femmes. Ces Juifs religieux détraqués (les Haredims) sont un fléau là-bas. Le corps de la femme c’est le mal. Nétanyahou est obligé de composer avec ces « fous furieux de HYAVEH ! Sophie Durocher défend la vaillante reporter du « Journal de Montréal » (Émilie Dubreuil) qui a bien fait de fustiger les écoles juives de Montréal où on oblige les enfants à n’étudier que Thora et Talmud, les destinant à un avenir bouché.

Nos taxes contribuent à payer ces écoles d’embrigadement. Ce con de rabbin, Allan Nader (dans The Gazette) en fut fou de rage. C’est l’intelligent Gershom Gorenberg —historien et journaliste en Israël— qui passe pour un « traître ». Il a osé publier « La démolition d’Israël ». « Des années d’études vaines et nulles, dit-il, qui ne préparent pas à la vraie vie. » Lendemain, faire face au lac scintillant, aux arbres étincelants de sangs et d’or. Je me console de ces sombres actualités.