LA VIE, L’AMOUR, LA MORT !

L’autre soir j’ai pris un siège pour regarder le très tragique défilé du manque d’amour. Rue Sainte-Catherine, j’ai passé ma soirée au bord de la mer, à Cuba. Ö les magnifiques décors de Richard Lacroix ! Allez vite assister à une atroce corrida humaine. J’ai vu vivre sous mes yeux un homme sorti cul par dessus tête de sa jeunesse. En quinquagénaire ravagé d’angoisse, désemparé devant la jeunesse  —Michel Dumont y est fantastique. Voyez son épouse farouche, cynique batailleuse qui est incarnée « à la perfection » par Marie Michaud.

Sur cette terrasse fragile vous observerez la séduction d’une jeune visiteuse, jolie comme un cœur, partant vous verrez la performance impeccable de Bénédicte Décary. Qui veut séduire cet « homme-à-cheveux-blancs » qui est aussi un créateur égocentrique. En panne d’inspiration.

Allez vite chez Duceppe assister à ce combat effroyable, à cette effrayante empoignade d’un couple chancelant. La compagne-de-vie, Mary Hemingway, ricane et puis tremble, son écrivain, « à pilules et alcools », va-t-il succomber ? Vraiment cette actrice, Décary, joue cette Adriana, « groupie » romantique, de façon éblouissante. Un spectacle captivant, son auteur, Stéphane Brulotte, a assemblé ses tableaux avec une justesse totale et son texte est d’une vraisemblance redoutable, avec des répliques assassines d’une cruauté insupportable. Brulotte utilise les mots qui tuent, choisit des poignards acérés.

Michel Dumont y déploie l’éventail de ses dons en jouant ce déboussolé qui espère un dernier sursaut, une dernière chance, un salut. Il est un pathétique désespéré, la vie en lambeaux. Ah oui, au Théâtre Jean-Duceppe, c’est l’arène, c’est un match d’une fatale boxe. Arbitre involontaire, Marc Legault incarne un pilote, témoin impuissant du massacre. Enfin, Linda Sorgini, réussit à souhait cette mamma dont l’enjeu est son  Adriana. Mère jouant l’entremetteuse non sans réticence. Allez voir ce « Dans l’ombre d’Hemingway », … » fait de fameux passages biographie d’Hemingway. Après cette éprouvante rencontre italienne, il écrira « Le vieil homme et la mer ». Ouvrage dernier et symbolique que cette finale excursion en mer. Avec cet espadon péché (marlin) qui, arrivé à quai, n’est plus qu’épave, squelette dévoré par les requins. Chez Duceppe, ce quintette offre une pavane, danse macabre. Un homme assommé d’impuissance et c’est nous, jeunes ou âgés qui devons marcher à la mort. Dès le lever de chaque jour, nous nous débattons : botox, chirurgie des plasticiens, nos soins, coiffures et maquillages, au fond prouvent notre amour tenace pour la vie. Même plus ou moins bonne. Cela m’émeut comme vous serez très émus par cette capitale démonstration de Brulotte.

« POING À LA LIGNE » …

À LIRE POUR PAS MOURIR IDIOT

 

« POING À LA LIGNE » …est un bouquin captivant du Norman Lester ( Intouchables, éditeur) Vous lirez :

1-que le juge Gomery n’a fait mettre en prison AUCUN politicien libéral pourtant mêlé aux « Commandites »; pas un seul

2-que les « Truthers-à-complots » affirment les chefs de la CIA ont versé 700 millions ($) à Al Qaïda pour septembre 2001

3- que nos policiers dirigent souvent une entreprise privée en plus de leur job de flic

4- qu’il y a « une maffia amérindienne » à Akwasasne, nous privant de 2 millions et demi ($) de revenus en impôts

5- qu’un demi-million de francos hors-Québec ne font rien pour combattre à nos côtés (pour le français en péril)

6-qu’au Pentagone —où l’on aurait  initié l’Internet et le GPS— des scientistes planchent sur un avion capable aussi de naviguer sous la mer, aussi à « comment réussir à hiberner »,  avec essais actuels sur des cochons

7- que l’on taisait qu’il y a quatre ans, le frère de Mitterrand, africaniste, Jean-Christophe fit 90 jours de prison pour fraudes

8- que ces Grecs paressent et détestent payer des impôts, victimes « gâtés-pourris » de la longue domination par les Ottomans,

9- qu’Israël, jadis, vendait des armes ($) aux racistes de l’Afrique du Sud solidifiant ainsi leur racisme

10-que l’Ontario (et la Colombie) deviennent bilingues… mais « Anglais-Chinois ! »

11- que des 20 villes les plus polluées,16 sont en Chine

12- que les Mohawks d’Oka, originaires du nord de New York, n’ont pas de « terre ancestrale », installés là par les Messieurs de Saint-Sulpice

13- qu’il y a une milice armée Mohawk, les Warriors, des vétérans du Viêt-Nam souvent et que la population les déteste

14- qu’à Outremont on trouve vingt synagogues juives (20 !) et que seule la ville de  Jérusalem en aurait autant

15- que désormais la police peut vous espionner à volonté via les Blackberry et Cie, ces machins comme centrale d’écoute

16- qu’une fois les Marines partis en Irak—après un demi million de civils tués— il y aura alliance ( des Chiites) avec l’Iran; ainsi la ruineuse « guerre de Bush « …un gaspillage favorisant l’Islamisme

17- que Lise Payette a commis une énorme bêtise en 1978  avec sa « no fault law », des tueurs » au volant riches se retrouvent avec rien à payer en dommages

18- qu’au Rwanda, le protégé des USA, Kagamé, a lui aussi commis un génocide avec l’aide de Congolais

19- que le reporter Bob Woodward (Affaire Watergate) révèle dans son livre « VEIL » :  dès 1984, sous Reagan, la CIA enseigna le terrorisme anti-Urss à de futurs Talibans

Ah oui, lisez ce « Poing à la ligne » révélateur et vive Norman Lester qui fut congédié de Radio Canada quand il fit éclater le scandale des « Minutes du Patrimoine » propagande avec Guy-R. Scully. Ajoutons : cher Pierre-Karl Péladeau, la CBC-SRC mérite du questionnement, c’est plus de 999 millions ($) par année de notre fric public.

 

VOIR UN FAMEUX LÂCHE !

Toutes les mères monoparentales vont aller chez Duceppe voir l’acteur Robert Lalonde (formidable)  en gars qui a fui ses responsabilités ? Et tous ces lâches qui ont levé les feutres (comme dit Paul Arcand)face à l’enfant qui va naître oseront-ils y aller ? Je sors d’un spectacle, bien mené par Michel, avec un entrain rare. J’ai eu moi-même, comme tant d’autres, à prendre une décision grave à vingt-deux ans. Je ne me suis pas sauvé. J’ai fait face et j’ai pris épouse. Dans ma famille il y a eu une de mes soeurs qui, hélas, fut la victime d’un tel salaud, un fuyard, pleutre, couard. J’ai pleuré pour elle un certain matin, ayant appris la fuite du lâche.

Allez-y; vous verrez, dans un loft, un fascinant décor de  Olivier Landreville, où vit Tobias, une ex-vedette vieillissante. Oh le jeu fascinant de Lalonde ! Un jeune couple s’y amène . Elle —une Marie-Chantal Perron d’un grand talent— se dit une intervieweuse.  Lui, policier dans la vie, son mari, se dira son assistant. Mais c’est un piège tendu à cet ex-illustre  chorégraphe. Mike —excellent Alexandre Goyette— croit que le vieux danseur est… son papa. Qui a fui. « Un sale läche », va-t-il s’écrier. Oh, grand silence dans la salle chez Duceppe, je vous jure ! Imaginez la tension. Imaginez les péripéties en découvrant les questions piégées du couple et les réponses vaseuses de ce « père-fuyard ». Allez entendre et voir le désarroi de ce fils qui cherche son père, orphelin de mère maintenant, qui va crier sa haine à cette star d’antan ayant choisi « la carrière ». Au diable, ses responsabilités.

« Ma mère, seule, s’est échinée 40 ans durant pour se débrouiller et assurer ma vie ». L’auteur, Stephen Belber, nous a tricoté un suspense qui conduit à des scènes émouvantes. La jeune épouse de ce « fils sans père » se fait volontiers complice de son jeune mari — car sa quête du père pourrit sa vie. La violence habite ce garçon abandonné à la naissance, « ma vie sexuelle est abolie », va-t-elle avouer au carriériste hédoniste. Menteur, l’ex danseur-étoile va tout faire pour taire la vérité, parlera des années folles de 1960 et ’70, du hippisme, des mœurs libres, de la  bisexualité à la mode en son milieu, etc. Peu à peu, ce bohémien new-yorkais —qui conserve ses ongles coupés dans un vase !, qui se tricote des chandails colorés !—  ce fuyard de toute paternité se fera démasquer. Le vieil homme, en fin d’interrogatoire torturant (ils en viennent aux coups !), demandera pardon, sera vraiment navré, se montera absolument désespéré. Un irresponsable (mères monoparentales, oui, ils le sont tous !) qui regrettera amèrement l’abandon jadis de cette belle jeune danseuse, partenaire de danse et amante.

Comme la majorité des gens, je préfère le cinéma au théâtre. J’y suis entraînée régulièrement par une compagne de vie très « théâtreuse », mais,  je dois l’avouer, lorsque c’est bon au théâtre, il n’y a rien, absolument rien, pour battre ça. Tenez, seulement cet étonnant jeu corporel, inouï, de Robert Lalonde (le papa indigne), est une merveille. Lalonde s’est composé une silhouette frétillante, d’une trépidance cocasse, la souplesse d’un chat effrayamment madré. Son « Tobias » fait montre durant tout le spectacle d’une souplesse (un ex-danseur renommé n’est-ce pas ?) qui émerveille.

Je suis sorti du Théâtre Duceppe songeur. J’ai bien fait de ne pas fuir, une petite fille adorable a enchanté ma vie de jeune homme. Ma sœur abusée a bien raison d’être encore très fâchée de B., « son » cavalier fuyard. Il a bouleversé sa jeune vie. Il l’a obligé à donner son tout petit enfant à la « célèbre » jadis, Crèche d’Youville… tant il y avait de lâches à cette époque. Et de nos jours ? Allez voir ce MATCH chez Duceppe, je vous en prie.

 

FORTES FEMMES EN CANOT !

Dans mon canot, aviron en mains, je fais le tour du lac Je me sens bien bourgeois quand je me compare à tant de nos ancêtres, intrépides canoteurs. À notre bibliothèque, un livre renversant : « Elles ont fait l’Amérique » par Bouchard et Lévesque (Lux éditeur). Ce bouquin raconte les renversantes aventures de femmes pionnières dont les prouesses sont oubliées par l’histoire officielle.

À un bout du lac, j’observe le parc, sa jolie plage, à l’autre bout, un rivage préservée où le lac prend sa source. Je chantonne en hommage à ces découvreuses « Envoyons de l’avant nos gens… » Lisez ce livre fascinant, lisez sur cette Mina qui canote en baie sauvage d’Ungava. Qui explora le Labrador, y fit des cartes, des photos et publia des récits au pays des Naskapis. Retraitée d’aventures, Mina (Benson-Hubbard)  ira faire des conférences, à Londres, Paris, Rome. Elle  sera une vraie « coqueluche » pour des auditoires étonnés. En canot, en kayak, vêtue de peaux de caribou, Mina étudie les Esquimaux (les Inuits désormais). Vieillie, cette « hors du commun » discutera avec les Bernard Shaw, Henry James et un jeune colonel nommé Winston Churchill ! Notre savant Jacques Rousseau, épaté, s’en fera une confidente.

Pas moins renversante : Esther (Wheelwhrigt). Vers 1705-10, des Abénakis attaquent ces lieux où l’on va en vacanciers : Ogunquit, Kennebunk, York et c’est à Wells qu’Esther se fait enlever. Mode de prendre des otages Blancs pour exiger des rançons. Élevée en forêt du Maine parmi les « sauvages », canoteuse sur les rivières, elle est une indigène —au visage enduit de boue contre les moustiques. Conduite à Bécancour pour transiger, Vaudreuil acceptera de payer. Fusils, couteaux et rhum. Plus 40 écus. Esther sera conduite au pensionnat des Ursulines, le papa Whellwrigt est introuvable. Instruite, brillante, cette sauvageonne deviendra la directrice des Ursulines ! Lors de la défaite de 1760, Esther —une anglaise— sera le chouchou des Anglais. Ils accepteront de reconstruire le couvent qu’ils venaient de bombarder.

Il y a Elisabeth, devenue Isabelle, une Montour, une métis farouche, fameuse en canot canoteuse elle aussi. Elle est un  « truchement » fameux , une interprète, car elle parle plusieurs langues amérindiennes. Cette Montour ira explorer aux Grands Lacs, la région de Chicago, Détroit, villes pas encore fondées. Elle rencontrera le chef Pontiac, héros de la Grande Paix amérindienne de 1701, aussi le fameux Radisson. Aussi un jeune officier du nom de George Washington ! Madame Montour, dite la « Mal engueulée », fut une « coureuse des bois » respectée. Devenue très vieille, on la voit encore canoter, monter à cheval, se tenant très droite, devenue aveugle mais pouvant encore guider jusqu’en Ohio,  —terres vierges encore.

Hélas, pas l’espace pour Susan Laflèche-Picotte qui finira dans le show business avec Buffalo Bill. Ni pour Marie Dorion, refaisant l’expédition de Lewis et Clark, amie du célèbre Toussaint Charbonneau, fondant en Californie du nord, un village de Québécois ! Ni pour Émilie Fortin, Saguenayienne, unique « chercheuse d’or » au Yukon ! Ni pour cette Marie-Anne Gaboury, qui canotera de Lachine —où on met vingt canots à l’eau— naviguant l’Outaouais, les lacs, jusqu’au Manitoba pas encore fondé. Sans parler —partie de Sept-Iles et canotant dans la baie d’Hudson— de cette Maude (Maloney-Watt), dite « La mère Castor », nourriture des Cris. Femmes, vous devez lire ce livre ?

LA GROSSE FEMME D’À COTÉ EST ENCEINTE

À côté ? Oui, pas bien loin, à Oka, en Basses Laurentides.

Cette grosse dame est aussi la plus belle femme de nos cantons et se nomme Francine Allard. Elle fut la fille, à Verdun,  d’un modeste vendeur —magasin-de-fer. Douée, la jeune Francine alla à des cours de chant, de danse, de théâtre, de beaux-arts, allouwette ! Une gamine polyvalente quoi. Il y a un toubib, Michel Cardin, qui a bien de la chance, sa ronde blonde est enceinte en effet. Et que Michel Tremblay se le tienne pour dit.

Dans un joli boisé d’Oka, Francine façonne de jolies choses  inutiles et peint des images surréelles parfois bien lumineuses. Un jour elle surgit sur mon I-Mac en se disant une fan de mes livres. J’ai pas perdu une minute et l’ai nommé « présidente » de mon fan club; il y a deux membres, Francine et moi. De nos échanges, l’éditeur Triptyque de la rue Rachel en sortit un bouquet d’entretiens, il y a cinq ans, « Interdit d’ennuyer ».

Une nouvelle exclusive ? Voilà que débordée de tant d’activités et pourtant jeune grand-maman dévouée, Francine Allard souhaite un modeste « salon du livre » par chez elle, à Oka, paresse ? Bien, les énergiques compulsifs sont aussi des fainéants, j’en sais un bout là-dessus et c’est un mystère.  Le souvent émouvant jeune Beauchemin, auteur de Saint Anne des Lacs, en serait son président. Je lui ai dit que j’irais à La Trappe (le lieu de l’expo)  volontiers cet automne (car elle a gagné un « oui » de Québec) si on y entendait de la musique grégorienne, si on y allume des cierges, si on y sert une liqueur abbatiale et si on y offre du fromage de moines comme, jadis, celui des Trappistes (déménagés dans Lanaudière). Celui si bon, qui puait à mort !

Ma belle grosse toutoune (elle a publié « La reine des toutounes », un grand succès chez Alain Stanké il y a longtemps ), j’y viens, est vraiment vraiment enceinte. Comme on disait, « par dessus les yeux ». Son Michel a-t-il trop butiné cette jeune mémère d’une gracieuse petite Amélie ? Mais non. Francine d’Oka est enceinte d’écritures, d’ouvrages divers à venir. Elle n’est pas du genre  « grande auteure » constipée « au livre aux dix ans », que non !

Écoutez bien ça, non seulement poursuit-elle sa populaire saga de « La couturière », mais, cet automne, Francine Allard  va mordre à vif son vieux papa le quincaillier, où ?,  chez Victor-le-Matamore son éditeur barbu de Trois-Pistoles. Titre aimable : «  Écrire pour faire damner mon père ». Et c’est pas fini, chantait une beauté : éditions de poèmes chez Art Le Sabord, en 2012, chez Marcel Broquet de Saint-Sauveur, sortiront d’autres tomes de ses « Petits ours… », livres-jeunesse, aussi un CD enfantin chez Planète Rebelle pour la jeunesse, enfin, cette année aussi, un roman se situant rue Saint-Urbain à la vieille École des Beaux-arts ( c’est un site qui n’est pas la propriété du québéphobe enragé, le très doué raciste juif —francophobe menteur— Mordecaï Richler.)

Qu’en dites-vous ? Ça c’est « enceinte » en livres. Pis pas à peu près, dit le populo. En attendant ces nouveautés, Francine Allard d’Oka en maigrira gravement ma foi du bon yeu, elle va partir bientôt pour lire de ses écrits au fond et au bord de la Bourgogne ( le pays originaire de ma chère Colette) puis elle sera présente au prestigieux Salon du livre de Paris…. Enfin, Francine d’Oka finira par relaxer aux Îles de la Madeleine à la fin du printemps. Ouf !

La pauvre Nana, la grosse femme du Plateau à Montréal, ne sortait guère de sa rue Fabre, elle. Les temps changent.

 

UN GOÛT AMER… DE CERISES ?

Je m’assois « posant les mains sur les genoux » (Claudel). J’ai une bonne place, je peux tout voir. Un certain malaise tout autour de moi, d’autres  témoins gênés face à ce drame qui s’étale en pleine rue Sainte-Catherine, pas loin de Saint-Laurent. On voit d’abord, si fragile, un vieillard qui se traîne sur un long tapis orientalisant, marchant presque à genoux ! Un hallucinant fantôme qui  trottine vers une immense armoire, l’ouvre Il en sort des fauteuils tapissés, une lampe, des petites chaises d’enfant. Un cheval-de-bois à la crinière folle. Cette loque en habit noir marmonne, nous prévient que son « monde mondain » s’en vient. On les voit surgir, folle famille, en tête la fougueuse proprio qui rit et qui pleure. Déclin, fatalité : obligation de vendre manoir et sa cerisaie. Dettes impayées.

Sa grande fille rêve debout, son frère, dandy mou, dénie, et se camoufle. Voulez-vous assister à une fin d’un monde ? Des silhouettes surgissent et nous, voyeurs intimidés, nous agrandissons les yeux, ouvrons les oreilles. Écoutez, si vous voulez voir ce que moi  j’ai vu ce soir-là, allez-y, émotions garanties ! Ces gens-là, exhibitionnistes fameux, se plaisent à jouer à « crever » en public, rue Ste Catherine.

Découvrez un homme-cheval en fou hilare ou ce névrosé adolescent jeune qui délire en brandissant son inséparable pistolet, ou bien cet « éternel étudiant » sentant venir une révolte. Ou encore ce fils de paysan pauvre, enrichi, ébloui par sa vengeance. Voyez, ébahis, un cruel « démontage » d’existences. Assistez à la fatale disparition d’une « belle » société. Tragique et loufoque. Bon, assez, donnons le chemin clairement : l’ahurissant spectacle se nomme « La cerisaie » et c’est chez Jean Duceppe. La terrifiante histoire est racontée par un certain monsieur Tchekhov et le panorama troublant est agencé avec des talents inouïs par Yves Desgagnés (petit-fils et fils de caboteur du Saint-Laurent). Je vous prie, vous supplie,  d’aller voir cela dont vous sortirez enrichi d’humanité. Ce « petit vieux » agonique, agenouillé est une création inoubliable de Gérard Poirier. J’insiste, une silhouette inoubliable dans sa déchéance. Il y a Pierre Collin absolument renversant dans le cuir tanné de l’homme-cheval. La talentueuse « dispatcher » du téléroman « Toute la vérité », Maud Guérin, anime d’un cœur fou cette dévastée propriétaire du domaine. Guétin dessine avec acuité cette volage assommée par cette « fin de son monde ». Vous verrez aussi Catherine Trudeau, célèbre Janine-la-pas-fine de la télé, qui illustre à la perfection cette gérante du territoire « à vendre »; trousseau de clés à la ceinture, on va tous la voir, émus, bouleversés, se faire « jeter » avec tout le reste. En 1904, pas loin de Moscou, déjà, comme aujourd’hui c’est « PLACE AUX CONDOS ! » L’acteur (qui mûrit en talents forts) Normand D’Amour triomphe en ex-moujik de basse extraction. Enfin, il y a le superbe Gaev, gaillard infantile,  séducteur frivole, maintenant ruiné, qui sera bientôt tout petit commis. C’est très brillamment que Michel Dumont —en long manteau de cow-boy de Léone— campe ce symbole des « bien nés ». Dire aussi que ce Daniel Fortin est un « costumeur » surdoué. Courez-y, j’ai vu des larmes couler à des yeux voisins. (En homme, je me retenais.) Courez-y… toute cette soirée j’ai songé à l’amie ex-laurentienne, Françoise Faucher, assise pas loin. Elle vient de vivre semblable « séparation », à Sainte Anne-des-Lacs, quitter à jamais sa mini cerisaie. Entendez-vous grincer Jacques Brel : « ..mais vieillir, vieillir » !

PARTIES-DE-FESSES CHEZ DUCEPPE !

Je sors de chez Duceppe. Aimeriez-vous savoir ce que pense un Vieux Shnock comme moi des spectacles actuels ? Okay. Imaginez un loft petit-bourgeois, visite d’un prof retraité ( très excellent Gérald Tassé), voisin de palier. Apéros bus, il va forniquer comme une bête avec la jeune voisine d’étage  (formidable A,-C.Toupin). Une grande blessée. A perdu un premier bébé. Il y a aussi l’épouse de ce retraité ( toujours mieux qu’excellente Monique Miller ), endeuillée elle aussi encore d’un enfant mort jadis, psychosée qui tient à montrer son fond de culotte au jeune mari du loft ( très, très bon, David Savard). Quoi encore chez Duceppe ? Il y a le fils du couple sexoliste, un ado retardé ( étonnant surdoué Éric Bernier). Il forniquera tout comme son vieux papa avec cette voisine névrosée, vêtue de fantasmes. Ça se suce jusqu’aux doigts de pied, mes dames et messieurs, voyeurs, garrochez-vous y !

L’auteure parvient à faire planer de troubles atmosphères. C’est de « Rosemary’s baby » 2 ! Admirable sur ce plan ce « À PRÉSENT » de Anne-Catherine Toupin. Aucun moment poétique. Pas une seule ligne pour nous élever, nous faire rêver. Le brutal « constat » de l’individualisme-21 ième siècle ? On est loin d’un Garcia-Lorca, d’un Pierre Perrault, du riche Pirandello. Du théâtre de ma jeunesse.

Cette « cérémonie », « burlesque » au fond montre des réalités bien éloignés d’un Gratien Gélinas qui illustra le tragique orphelinat d’un bâtard (« Tit-Coq ») ou le désespoir de l’innocent abusé ( « Bousille et les justes »). Ce troublant « À présent » est loin aussi du Michel Tremblay  poignardeur, ouvreur des ventres du pauvre monde de l’ancien  Plateau Mont-Royal.

Plus de place désormais pour la poésie, mépris inconscient ?« Le monde n’en veut pas de la maudite  poésie ». Mépris de soi au fond. L’ intrigue de ce « culs par dessus tête » ouvre sur un égout. Ce théâtre québécois dure depuis le Meunier de « Les voisins »; des abrutis, de feu-Robert Gravel avec « Il n’y a plus rien » au nihilisme total, du Boucher au sinistre « Douze poses ». Après ce lubrique jeu bestial (brillante direction de Frédéric Blanchette) verra-t-on un jour une pause  dans ce ultra-réalisme sur des bourgeois détraqués ? Viendra-t-il une (ou un ) auteure capable d’insérer des moments de lumière avec des phrases d’une espérance minimum. Assez de ces machines-à-rébus, du « constat » chirurgical, de la complaisance supra-réaliste, « art pompier ». Tchekhov, même Arthur Miller, font voir des lueurs de beautés au sein des misères. La très évidente intelligence de Madame Toupin va-t-elle un jour s’allier (oui, je le gagerais) à une humanité dramatique hors les parties-de-fesses ?