Le samedi 7 décembre 2002

[fin de Journées nettes, page Web originale]

1-
Adieu. Et au revoir ? Demain, le 8 décembre, il y a un an, je partais. Dans cette aventure que constitue un journal. Toute une année déjà ? Incroyable. Le chanteur : « On ne voit pas le temps passer ». Si vrai. Hier soir, bonne bouffe au « Afghan », rue Duluth coin Saint-Hubert –apportez votre vin—, avec soupe et entrées (delicioso !) afghanes, tendre mouton sur trois riz afghans, thé afghan. Délicieux repas. Petit restau où nous conduisaient sans égfaillir (ils savent les bons « spots ») Pierre-Jean « Cuire-Air-Riez » et sa « filiforme » —non filigrane— Ca(sse) role, la psy.
En après-midi, j’étais en studio (pré-enregistrement pour le 31) avec le tandem disproportionné, le nabot Paul Houde et l’échassière Dominique Bertrand. Tentative risquée et folichonne de les faire bricoler une ménagerie avec mes bonbons. On a ri de mon échec…relatif. Geneviève Saint-Germain, dont je tente de retracer les origines, proteste faisant fi du passé, des souvenirs et de la nostalgie. La belle rébarbative aux racines me déconcerte. On sait ma manie de la généalogie. Un allié de mon goût : ce Pierre-Jean. Marchant vers sa voiture, rue Saint-Hubert, me voilà ravi quand il m’indique la maison-école de la fameuse prof de diction, Madame Audet, l’escalier où les élèves attachaient les vélos, le soupirail de la cave-studio « c’est mon père, dit-il, qui avait rénové cette cave ».
Avant d’arriver à la rue Roy, je lui montre le garage derrière un petit manoir, jadis propriété des Prud’homme, quincailliers en gros, un oncle riche, où se vivait le « Studio XV » de l’animateur de théâtre Gérard Vleminck. Adolescent, enthousiaste j’y avais vu, de Lorca, « La maison de Bernarda ». Pierre-Jean : « On marchait souvent, Serge Turgeon, Yves Corbeil, d’autres, jusqu’à ma rue Leman, dans Villeray ». Je dis : « Diable, vingt coins de rues non »? Le temps, l’espace, comptaient pas, dit-il, on refaisait le monde »! Nos jeunesses trop vite enfuies. Les Saint-Germain riraient de nous si heureux de nos réminiscences.
2-
Hier, dans le noir du soir, au coin d’Hutcheson et Mont-Royal, sortant de chez Cuir-Air-Riez, revoir, pas loin, le petit édifice tout blanc au pied du mont Royal : je me suis revu, collégien sortant de cet ex-terminus des trams avec mes vieux skis, les soirs de congé en hiver. Loisir adoré où de si joies filles skiaient vers l’ange de bronze juché en l’air sur le monument à Louis-Phil Lafontaine, signé Laliberté. À notre thé afghan, plus tôt, nous jasions sur le grand rassemblement « des vétérans » de la télé mercredi soir, soudain Aile qui pleure abondamment. Notre désarroi. Elle racontait des remords. D’avoir revu —vingt ans plus tard, vingt ans trop tard— une fidèle amie, scripte qui sombrait dans la dépression à répétition. Cette H.L., qui, mercredi, la regarde muette, semblant lui reprocher son abandon… La douleur et voilà Aile inconsolable, se croyant avoir été très lâche. Carole, psy, a les bonnes paroles pour la consoler, la rassurer. Grand malaise et puis le calme revenu enfin.
3-
Ici m’empêcher de sombrer dans les phrases solennelles parce que je quitte le journal. Non. Continuer comme j’ai commencé. Tenez, cahier littérature du Devoir lu tantôt : la « une » consacrée encore à des auteurs étrangers. Le racisme inverti sévit. Je me tairais si je savais qu’en France —ou en Belgique, n’importe où dans le monde— les journaux consacraient des « unes » à nos livres. N’en croyez rien, bien entendu. Eux ne sont pas des colonisés jouant les « internationaux », pétant plus haut que le trou.
En sixième page du cahier, bon papier de Biron sur le tout récent Poulin lu : « Les yeux bleus… » J’ai aimé ce bref roman se déroulant dans le Vieux-Québec. Honneur au mérite, comme on disait dans nos écoles jadis. Microbes, virus ? Ce matin j’ai jeté à la poubelle tout le stock de friandises apporté aux maladroits bricoleurs de « Tous les matins », étalées sur la table du studio, tripotées par toutes ces sales mains de salisseurs, de salauds —ils se sont bien moqués de ma tentative. À la fin mon Houde qui me lance : « Bon. Était-ce l’essentiel de votre topo, oui? Croyez-vous devoir être payé pour ça » ? Le saligaud !
La Sodec et Téléfilm versaient, les yeux fermés, sept millions de notre argent public sur un scénario de Louis Saïa, « Les dangereux ». Le film est classé partout (radio-télé-journaux) le « pire navet jamais tourné dans nos murs ». Unanimité noire : « Les dangereux, c’est de la merde »! Ces jurés anonymes qui scrutent les projets à subventionner —avec notre mazoune— sont-ils des « bouchés des deux bouttes »? Des bornés pathologiques ? Eh oui !
4-
L’ami-réalisateur Castonguay, alias Tit-Cass, au téléphone à l’instant : « Claude ? Salut ! Ce soir, ton film belge « Pleure pas Germaine », montré à neuf heures et demi, à Télé-Québec ». C’est bien noté. Lui qui appréciait tant mes lettres ouvertes d’antan, je lui apprend s qu’il y a mon journal à claudejasmin.com, s’il a envie de me lire. Surpris il me dit : « Ah bon, je vais tout de suite aller voir ça ». Mon Tit-Cass lira donc l’avant-dernière entrée !
Mél : invitation pour conférencer à Sainte-Thérèse en… février, j’y reviens, c’est loin. Dire « oui » sans être certain d’y être. Voyage obligatoire imprévu ? Maladie grave ? Accident fatal, euh… décès ? Eh, personne n’est immortel. Donner son accord et croiser les doigts.
Aile me récitait le lot des atrocités habituelles glanées dans les gazettes de ce matin. Elle est revirée. Assassinats, scandales sexuels, un savant pédiatre complètement tordu à l’hôpital de Drummondville, un père, loque humaine, dénaturé, un jeune instructeur de loisirs pervers, pédophilie crasse chez des enfants amérindiens, l’ouvrage satanique d’un bon père Oblat en haute mauricie, meurtres crapuleux, détournements néfastes d’argent public… Une montagne, que dis-je, une chaîne de montagnes de malhonnêtetés.
Moi, furetant dans une grosse bio de Queneau, je dis : « Eh oui, voilà d’où sort le cynisme de nous tous, notre méfiance. On devrait cesser de lire tous les matins ces listes d’horreurs, c’est démoralisant, désespérant, déstabilisant. Surtout démobilisateur, non ? Aile, comme se sortant d’un bain de boue, dit : « Oui, oui ». Mais demain matin, nous lirons la suite de ce « carnaval des animaux ». Animaux ? Non, n’insultons pas les bêtes, non !André Pratte, dans La Presse de ce matin, justement, dresse sa liste des monstruosités : 1-députés voulant doubler les retraites pourtant déjà bien payantes, 2- grands bureaux luxueux pour des PDG de l’État, 3- favoritisme éhonté —et bien politicien— tous azimut, 4- millions mal gérés (loi sur armements). Pratte est d’accord. Le résultat : le cynisme. Avec, forcément, le désintérêt des citoyens écœurés pour la démocratie élective. Danger très grave.
5-
Étonnant de lire la charge anti-fédérale d’une Lysiane Gagnon ce matin. Elle commente le centralisme effarant du projet fédéralisateur du sieur Romanow, ajoutant qu’il se cherche un bon job en suggérant l’invention —dans son rapport centralisateur— d’un BMS, Bureau mondial de la Santé. J’ai ri : la Gagnon n’oserait jamais publier (chez le père Desmarais): « Vive le Québec libre, libre du « tout à Ottawa ». Comme on dit « tout à l’égout ». À gauche de cette lysiatanie, la droitière ouimessie (M. Ouimet) bafouille en sa colonne sur « Vie de fou », cherchant qui blâmer sur « maman au travail », « papa absent stressé », une farce. Bien enfoncée dans sa presse consommationniste (à outrance ) elle fait mine de philosopher. Causerie à vide.
Le Gérald Tremblez (sic) abolit la coutume chrétienne du grand sapin illuminée (hôtel de Ville). Pour pas gêner nos nouveaux-venus. Lettre ouverte de Caroline Dupuis pour se moquer : les autres cultures, c’est sacré, faut pas les offenser. « On ne voit pas ce reniement nulle part au monde » dit-elle, ajoue : « imbéciles colonisés ». À ses cotés, Khuong V Thanh : « Au Vietnam, mon pays bouddhiste à 90 %, Noël était fêté comme dans tout l’univers. Niaiserie que cette idée de ne pas offenser les autres cultures ». Une émigrante étonnante, Marie-Rose Bacaron, dit clairement que l’émigrant n’a pas à se sentir mal là où il a choisi de s’installer, mais à s’adapter. Elle livre son aversion de nous voir, collectivement, nous rapetisser, nous écraser par complaisance. Laisser s’écraser nos traditions, us et coutumes par « colonialisme » (son mot) . Elle regrette les ghettos qui encouragent à la non-intégration, elle note que tchador, kirpan, turban, hijab, s’installent hardiment. Son désaccord est courageux, il fait honte aux « trembleurs » de service un peu partout, toujours disposés à s’effacer de leur propre histoire. Comme les enragés de la laïcité —tel ce petit Baril-Tonneau des Droits de l’Homme en tête de ce cortège au neutre bien gris— s’énervant des croix chrétiennes en places publiques, héritage historique renié.
Même « tribune des lecteurs », un ironiste doué, Daniel Savard de Belœil (même sujet), dit qu’il installera sous son palmier à cocos lumineux dans son salon, pas une crèche à paille, mais un igloo, pas d’âne mais un phoque. Un morse à la place du bœuf et, enfin, au lieu d’un enfant Jésus, un ourson… polaire. J’ai ri.
6-
J’avais 33 ans, c’était 1964, j’écrivais dans ma cave les premières lignes de « Pleure pas Germaine ». Cela se passe dans Villeray, le chômeur « au loyer pas payé », Gilles Bédard, râle face aux policiers de la rue Jarry, des paresseux incapables de trouver le meurtrier de sa grande Rolande. Il y a le laid viaduc du boulevard Métropolitain derrière sa caboche d’ivrogne.
Un soir de l’an 2000, au Festival du film, je voyais un autre Gilles Bédard, flamand francisé, qui gueule lui aussi. Le laid viaduc d’une banlieue de Bruxelles proche de sa maison modeste. Il va partir à la recherche de l’assassin de sa Rolande avec sa Germaine qu’i aime toujours. Et les quatre enfants qu’il va mieux découvrir. Je regardais avec un vif plaisir la version filmique de « Pleure pas Germaine » par le jeune cinéaste Alain de Halleux. À Télé-Québec, ce soir, je regarderai encore ce film sans aucune cascade, ni effets spéciaux, rien de « dangereux », être ému encore quand le Gilles va s’écrier : « Débarrassez-vous de moi, partez sans moi, vite, laissez-moi ici, allez-vous en, à quoi je sers Germaine, à quoi je suis bon ? À rien » !
7-
Dernière entrée donc. Oui, adieu et au revoir. À quoi je servais avec ce journal ? À rien ? Non, non, j’ai reçu des messages chauds comme du miel, j’ai entendu des commentaires, bons comme du bon pain. Merci. Adieu et au revoir !

JOURNÉES NETTES – 7 décembre 2002

1-

Adieu. Et au revoir ? Demain, le 8 décembre, il y a un an, je partais. Dans cette aventure que constitue un journal. Toute une année déjà ? Incroyable. Le chanteur : « On ne voit pas le temps passer ». Si vrai. Hier soir, bonne bouffe au « Afghan », rue Duluth coin Saint-Hubert –apportez votre vin—, avec soupe et entrées (delicioso !) afghanes, tendre mouton sur trois riz afghans, thé afghan. Délicieux repas. Petit restau où nous conduisaient sans égfaillir (ils savent les bons « spots ») Pierre-Jean « Cuire-Air-Riez » et sa « filiforme » —non filigrane— Ca(sse)role, la psy.

En après-midi, j’étais en studio (pré-enregistrement pour le 31) avec le tandem disproportionné, le nabot Paul Houde et l’échassière Dominique Bertrand. Tentative risquée et folichonne de les faire bricoler une ménagerie avec mes bonbons. On a ri de mon échec…relatif. Geneviève Saint-Germain, dont je tente de retracer les origines, proteste faisant fi du passé, des souvenirs et de la nostalgie. La belle rébarbative aux racines me déconcerte. On sait ma manie de la généalogie. Un allié de mon goût : ce Pierre-Jean. Marchant vers sa voiture, rue Saint-Hubert, me voilà ravi quand il m’indique la maison-école de la fameuse prof de diction, Madame Audet, l’escalier où les élèves attachaient les vélos, le soupirail de la cave-studio « c’est mon père, dit-il, qui avait rénové cette cave ».

Avant d’arriver à la rue Roy, je lui montre le garage derrière un petit manoir, jadis propriété des Prud’homme, quincailliers en gros, un oncle riche, où se vivait le « Studio XV » de l’animateur de théâtre Gérard Vleminck. Adolescent, enthousiaste j’y avais vu, de Lorca, « La maison de Bernarda ». Pierre-Jean : « On marchait souvent, Serge Turgeon, Yves Corbeil, d’autres, jusqu’à ma rue Leman, dans Villeray ». Je dis : « Diable, vingt coins de rues non »? Le temps, l’espace, comptaient pas, dit-il, on refaisait le monde »! Nos jeunesses trop vite enfuies. Les Saint-Germain riraient de nous si heureux de nos réminiscences.

2-

Hier, dans le noir du soir, au coin d’Hutcheson et Mont-Royal, sortant de chez Cuir-Air-Riez, revoir, pas loin, le petit édifice tout blanc au pied du mont Royal : je me suis revu, collégien sortant de cet ex-terminus des trams avec mes vieux skis, les soirs de congé en hiver. Loisir adoré où de si joies filles skiaient vers l’ange de bronze juché en l’air sur le monument à Louis-Phil Lafontaine, signé Laliberté. À notre thé afghan, plus tôt, nous jasions sur le grand rassemblement « des vétérans » de la télé mercredi soir, soudain Aile qui pleure abondamment. Notre désarroi. Elle racontait des remords. D’avoir revu —vingt ans plus tard, vingt ans trop tard— une fidèle amie, scripte qui sombrait dans la dépression à répétition. Cette H.L., qui, mercredi, la regarde muette, semblant lui reprocher son abandon… La douleur et voilà Aile inconsolable, se croyant avoir été très lâche. Carole, psy, a les bonnes paroles pour la consoler, la rassurer. Grand malaise et puis le calme revenu enfin.

3-

Ici m’empêcher de sombrer dans les phrases solennelles parce que je quitte le journal. Non. Continuer comme j’ai commencé. Tenez, cahier littérature du Devoir lu tantôt : la « une » consacrée encore à des auteurs étrangers. Le racisme inverti sévit. Je me tairais si je savais qu’en France —ou en Belgique, n’importe où dans le monde— les journaux consacraient des « unes » à nos livres. N’en croyez rien, bien entendu. Eux ne sont pas des colonisés jouant les « internationaux », pétant plus haut que le trou.

En sixième page du cahier, bon papier de Biron sur le tout récent Poulin lu : « Les yeux bleus… » J’ai aimé ce bref roman se déroulant dans le Vieux-Québec. Honneur au mérite, comme on disait dans nos écoles jadis. Microbes, virus ? Ce matin j’ai jeté à la poubelle tout le stock de friandises apporté aux maladroits bricoleurs de « Tous les matins », étalées sur la table du studio, tripotées par toutes ces sales mains de salisseurs, de salauds —ils se sont bien moqués de ma tentative. À la fin mon Houde qui me lance : « Bon. Était-ce l’essentiel de votre topo, oui? Croyez-vous devoir être payé pour ça » ? Le saligaud !

La Sodec et Téléfilm versaient, les yeux fermés, sept millions de notre argent public sur un scénario de Louis Saïa, « Les dangereux ». Le film est classé partout (radio-télé-journaux) le « pire navet jamais tourné dans nos murs ». Unanimité noire : « Les dangereux, c’est de la merde »! Ces jurés anonymes qui scrutent les projets à subventionner —avec notre mazoune— sont-ils des « bouchés des deux bouttes »? Des bornés pathologiques ? Eh oui !

4-

L’ami-réalisateur Castonguay, alias Tit-Cass, au téléphone à l’instant : « Claude ? Salut ! Ce soir, ton film belge « Pleure pas Germaine », montré à neuf heures et demi, à Télé-Québec ». C’est bien noté. Lui qui appréciait tant mes lettres ouvertes d’antan, je lui apprend s qu’il y a mon journal à claudejasmin.com, s’il a envie de me lire. Surpris il me dit : « Ah bon, je vais tout de suite aller voir ça ». Mon Tit-Cass lira donc l’avant-dernière entrée !

Mél : invitation pour conférencer à Sainte-Thérèse en… février, j’y reviens, c’est loin. Dire « oui » sans être certain d’y être. Voyage obligatoire imprévu ? Maladie grave ? Accident fatal, euh… décès ? Eh, personne n’est immortel. Donner son accord et croiser les doigts.

Aile me récitait le lot des atrocités habituelles glanées dans les gazettes de ce matin. Elle est revirée. Assassinats, scandales sexuels, un savant pédiatre complètement tordu à l’hôpital de Drummondville, un père, loque humaine, dénaturé, un jeune instructeur de loisirs pervers, pédophilie crasse chez des enfants amérindiens, l’ouvrage satanique d’un bon père Oblat en haute mauricie, meurtres crapuleux, détournements néfastes d’argent public… Une montagne, que dis-je, une chaîne de montagnes de malhonnêtetés.

Moi, furetant dans une grosse bio de Queneau, je dis : « Eh oui, voilà d’où sort le cynisme de nous tous, notre méfiance. On devrait cesser de lire tous les matins ces listes d’horreurs, c’est démoralisant, désespérant, déstabilisant. Surtout démobilisateur, non ? Aile, comme se sortant d’un bain de boue, dit : « Oui, oui ». Mais demain matin, nous lirons la suite de ce « carnaval des animaux ». Animaux ? Non, n’insultons pas les bêtes, non !André Pratte, dans La Presse de ce matin, justement, dresse sa liste des monstruosités : 1-députés voulant doubler les retraites pourtant déjà bien payantes, 2- grands bureaux luxueux pour des PDG de l’État, 3- favoritisme éhonté —et bien politicien— tous azimut, 4- millions mal gérés (loi sur armements). Pratte est d’accord. Le résultat : le cynisme. Avec, forcément, le désintérêt des citoyens écœurés pour la démocratie élective. Danger très grave.

5-

Étonnant de lire la charge anti-fédérale d’une Lysiane Gagnon ce matin. Elle commente le centralisme effarant du projet fédéralisateur du sieur Romanow, ajoutant qu’il se cherche un bon job en suggérant l’invention —dans son rapport centralisateur— d’un BMS, Bureau mondial de la Santé. J’ai ri : la Gagnon n’oserait jamais publier (chez le père Desmarais) : « Vive le Québec libre, libre du « tout à Ottawa ». Comme on dit « tout à l’égout ». À gauche de cette lysiatanie, la droitière ouimessie (M. Ouimet) bafouille en sa colonne sur « Vie de fou », cherchant qui blâmer sur « maman au travail », « papa absent stressé », une farce. Bien enfoncée dans sa presse consommationniste (à outrance ) elle fait mine de philosopher. Causerie à vide.

Le Gérald Tremblez (sic) abolit la coutume chrétienne du grand sapin illuminée (hôtel de Ville). Pour pas gêner nos nouveaux-venus. Lettre ouverte de Caroline Dupuis pour se moquer : les autres cultures, c’est sacré, faut pas les offenser. « On ne voit pas ce reniement nulle part au monde » dit-elle, ajoue : « imbéciles colonisés ». À ses cotés, Khuong V Thanh : « Au Vietnam, mon pays bouddhiste à 90 %, Noël était fêté comme dans tout l’univers. Niaiserie que cette idée de ne pas offenser les autres cultures ». Une émigrante étonnante, Marie-Rose Bacaron, dit clairement que l’émigrant n’a pas à se sentir mal là où il a choisi de s’installer, mais à s’adapter. Elle livre son aversion de nous voir, collectivement, nous rapetisser, nous écraser par complaisance. Laisser s’écraser nos traditions, us et coutumes par « colonialisme » (son mot). Elle regrette les ghettos qui encouragent à la non-intégration, elle note que tchador, kirpan, turban, hijab, s’installent hardiment. Son désaccord est courageux, il fait honte aux « trembleurs » de service un peu partout, toujours disposés à s’effacer de leur propre histoire. Comme les enragés de la laïcité —tel ce petit Baril-Tonneau des Droits de l’Homme en tête de ce cortège au neutre bien gris— s’énervant des croix chrétiennes en places publiques, héritage historique renié.

Même « tribune des lecteurs », un ironiste doué, Daniel Savard de Belœil (même sujet), dit qu’il installera sous son palmier à cocos lumineux dans son salon, pas une crèche à paille, mais un igloo, pas d’âne mais un phoque. Un morse à la place du bœuf et, enfin, au lieu d’un enfant Jésus, un ourson… polaire. J’ai ri.

6-

J’avais 33 ans, c’était 1964, j’écrivais dans ma cave les premières lignes de « Pleure pas Germaine ». Cela se passe dans Villeray, le chômeur « au loyer pas payé », Gilles Bédard, râle face aux policiers de la rue Jarry, des paresseux incapables de trouver le meurtrier de sa grande Rolande. Il y a le laid viaduc du boulevard Métropolitain derrière sa caboche d’ivrogne.

Un soir de l’an 2000, au Festival du film, je voyais un autre Gilles Bédard, flamand francisé, qui gueule lui aussi. Le laid viaduc d’une banlieue de Bruxelles proche de sa maison modeste. Il va partir à la recherche de l’assassin de sa Rolande avec sa Germaine qu’i aime toujours. Et les quatre enfants qu’il va mieux découvrir. Je regardais avec un vif plaisir la version filmique de « Pleure pas Germaine » par le jeune cinéaste Alain de Halleux. À Télé-Québec, ce soir, je regarderai encore ce film sans aucune cascade, ni effets spéciaux, rien de « dangereux », être ému encore quand le Gilles va s’écrier : « Débarrassez-vous de moi, partez sans moi, vite, laissez-moi ici, allez-vous en, à quoi je sers Germaine, à quoi je suis bon ? À rien » !

7-

Dernière entrée donc. Oui, adieu et au revoir. À quoi je servais avec ce journal ? À rien ? Non, non, j’ai reçu des messages chauds comme du miel, j’ai entendu des commentaires, bons comme du bon pain. Merci. Adieu et au revoir !

Le jeudi 5 décembre 2002

1-
Mon Dieu, excitation chez moi ! Avant-dernier fion scripturaire du journalisant ? Ou deux entrées ? Je le répète : ma fierté. d’avoir tenu le coup durant 365 jours !
Pleins paniers de notes disparues dans mon bac à recyclage. Le 9 : liberté totale.
À part mon hebdo : « Poing comme… » et…ce drôle de roman sur mon Exilé !
Hier, en ville, suis allé chercher une demi-douzaine de livres chez « Robert-Bourassa » (rue Saint-Just à Outremont). Sur le Mexique, sur le Coran, sur le bouddhisme, sur la Thora…et un petit dico français-espagnol.
Je devrai, plus tard, me trouver des textes sur François (d’Assise) et sur Thérèse ( d’Avila). Sur ma lancée, mon projet de livre, mardi matin, à « Tous l;es matins », au moment du générique, j’ai recommandé aux grands-parents de parler aux enfants, pour Noël s’en venant, de Jésus. Eh ! C’est sa naissance que l’on célèbre, non ? Pas Père-Noël-Coca-Cola, ni consommations effrénées, pas vrai ? Que l’on soit croyant ou non, ais-je dit, c’est ce plus grand des prophètes ( ou « sages ») qu’il faut saluer le 25. Le premier à crier « amour et paix » quand, en son temps, tout était bien pire que chez les agressifs Talibans de l‘Afghanistan. Un fait.
B’en, en studio, j’étais fier de moi.
2-
Hier soir, une assemblée « monstre » qui nous a ému, Aile et moi. Des milliers d’ex-travailleurs du réseau français de la CiBiCi se retrouvaient pour cet anniversaire du « 50 ans » de la télé publique. Certains ex-camarades pas revus depuis presque deux décennies. Nous avions quoi?, 25, 35 ans quand nous entrions « bosser » pour cette télé débutante. Cheveux blanchis sur toutes les têtes dans couloirs et studios (vidés) du sous-bassement, rue René-Lévesque. Buffets, musique, bars. Étreintes. Souvenirs grattés. Oublis aussi. Nous cherchions un nom, des prénoms. Les uns en bonne forme, d’autres…oh la la ! Cannes, fauteuil roulant, parkinson, début de la saudite Alzaimer (malheureux C.D.), jambe coupée ( mon pauvre Peter F.), pacemakers cousus sur certaines poitrines, cher Roland G. On a ri de nos anciens projets fous, de nos déceptions, de nos bons coups.
On a revu d’ex-camarades avec qui on a eu de laides querelles. Éponges passées ! Oubliées ces chicanes des « productifs » anxieux d’antan. Hier soir, nous étions tous, un verre de rouge au fond de la main, « hors-circuit » désormais, mains tendues partout, accolades, baisers sur les joues.
Les employés actuels de la SRC étaient invités avec nous, les vétérans. Cela était bien. Jeunes visages croisant sans cesse des visages ridés, plissés, des regards mouillés. Ah oui, une réunion singulière. Chocs nombreux ! Revisiter ce grand studio 42 où je plantais tant de décors pour tant d’émissions de variété. Un frisson ! Un défilé cocasse : rappel d’anecdotes. Une étonnante veillée du « vieux poêle » mais trop de monde, trop de bruits, difficile de jaser à cœur ouvert avec d’anciens collaborateurs. Hélas, moi le demi-sourd, réduit à opiner du bonnet mécaniquement pour ne pas faire se répéter de trop des confidences… à voix trop basse. Il y a eu des cris aussi : cris de surprise et blagues du genre : je te croyais exilé à Paris (Maurice D.) !,je pensais que tu étais mort ( Raymond D.) ! Gros pow-wow chaleureux en fin de compte : un 5 à 8 qui nous a fait mesurer…le temps qui file. Tous, nous ne serons pas là au 75 ième anniversaire. On le sait. On n’y pense pas. C’est la vie, sa dure loi d’airain. Chantons : « Mais nous, nous serons morts, mes frères » !
3-
Pour les fédérats nous ne formons pas une nation, nous ne somme pas différents, et il n’y a qu’un pays (imposé) : le Canada. Aussi, ces fédérastes enrageaient hier que le Mexique fasse du Québec, « L’hôte d’honneur » (après Cuba cette année) à leur fameuse Foire du livre mexicaine de décembre 2003. Qu’ils en mangent une « sciau » ! Cependant que l’on voit (de là-bas) en « latins du nord », hum… Hélas non, nous sommes dans l’américanéité des choses et nous vivons dans le froid —la neige et la glace— six mois quasiment par année. Alors… latins du Nord… Ouengne, faudrait pas exagérer !
J’avais lu jadis des écrits du fameux Graham Green et je le jugeais « parano sur les bords » avec sa suspicion, « les gens de la CIA, disait-il, l’encerclaient ». Eh bien, hier matin, entrefilet de gazette : oui, le cher dissident britannique était sur la black list de la CIA ! Je lis « qu’on le suivait à la trace au FBI ».Amoureux de l,’Amérique latine ( lire : « Le pouvoir et la gloire ») Green fessait fort sur les ambitions impérialistes des USA. « Ingérence détestable », gueulait-il. L’article dit que Graham G. fréquentait et applaudissait les Fidel Castro et les Daniel Ortega. « Persona non grata » notaient les ambassadeurs de Washington. On fit un film de son roman; The end of an affair », c’était un bon film calqué sur un maudit bon roman. Il est mort en 19991, exilé toujours inquiet sur sa chère Côte d’Azur, là où il enquêtait en journaliste libre sur un maire de Nice magouilleur dangereux et craignait toujours —il publia un petit bouquin sur cette pègre française— une noire action de la mafia nicéenne.
4-
J’ai commencé jeudi dernier le deuxième chapitre de ce jeune missionnaire « éxilé » (mon titre de travail). au Mexique parmi des créoles, des métis et des « indiens » Très inquiet. Énervé même. C’est toujours ainsi. J’aime cette vulnérabilité d’écrire sans plan, de me laisser aller à me raconter à moi-même une histoire. C’est merveilleux, excitant, de ne pas savoir ce que va devenir mon héros et ses entourages. Cela peut avorter. C’est arrivé souvent. Pas grave. Soudain, besoin de savoir (il est temps) si, à Pont-Viau, les P.M.É avaient des gens en mission au Mexique ! Ah, j’ai Internet. Je pitonne… plein de mots mais… Rien. Pas moyen d’apprendre. Déception de cet Internet. J’irai fouillé, à la cave, dans de vieux tomes d’annales de ce séminaire qui formait l’oncle Ernest parti, lui, en Chine, vingt ans.
Le building de la cour arrière, Chemin Bates, s’élève tranquillement. Deux roulottes à « power machin » ronronnent bien fort en face du Phénix. Merde ! Ce bruit…les résidents qui endurent cela sans cesse. Oui, merde! Nous, on filait, à jeun, vers la Laurentie dès ce matin.
La Marie-tous-les-matins au téléphone : « Prêt pour nous revenir demain, vendredi, pré-enregistrement pour le 31 »? Oui, prêt, chère Marie-Claude. J‘aurai mon sac de « bonbons à ménagerie » ! Tous, en studio, ils vont bricoler. Un mél de Sainte-Thérèse : « on vous veut pour jaser « littérature » en février ». Je clique « oui ». Serais-je toujours vivant en février ? Je note toujours en réponse à ces invites : « Si Dieu me prête vie jusque-là ». L’on proteste chaque fois mais, au fond des choses, c’est une réalité. La mort ne m’a jamais fait peur. Jamais.
Marielle ma quasi-jumelle : une nouvelle lettre tantôt. Noirceur de sa vie, désespérance. Comment la réconforter ? Effet de ce temps des fêtes sur les « sans-enfants » ? Je ne sais trop. J’ai douze ans, rue Saint-Denis, un voyou l’a frappée, je cours chercher l’ignoble, venger chevaleresquement cette petite sœur humiliée, Marielle comptait sur ce grand frère. Là, devant moi, sa lettre si sombre et me voilà, le vieux, comme moins capable de la venger.
5-
Mon Marcogendre et webmaestre, avec Éliane, partis pour un week-end-hôtel à Saint-Jovite et… panne sur l’autoroute 15 ! Il a dû bifurquer —planer comme le commandant Picher— habilement de la voie extrême-droite à l’extrême-gauche. Danger ! Frissons ! Maudit moteur pété. Du pognon à verser, remorquage et garagistes. Adieu le séjour de repos. Ouash ! Ils nous invitent à souper dimanche alors que nous ramènerons de son concert philharmonique (à Terrebonne) le musicien de la famille, leur benjamin Gabriel.
Demain soir; souper avec les Cuillièrier, l’ex-réalisateur Pierre-Jean et sa filigrane Casserole. Tantôt, téléphone d’arrangement. Moi : « Dis-donc, tu étais pas là au grand pow-wow hier soir ? » Lui : « Oui, oui mais vous étiez au studio 43 avec les « vieux », pas moi » ! Le saligaud. Je vais lui secouer les cuillères demain soir.
La frétillante Pétrovski a rencontré la veuve active du grand Riopelle, l’abitibienne venue d’une grosse famile, Hughette Vachon. Deux décennies … ne les séparaient pas. Elle veillait sur son vieux hibou, oie noire dans son île. Elle a mis une série de « conditions » à cette interview ! On peut faire cela ? Pas question de parler
de l’héritage, des problèmes avec Iseult, la fille dévouée du peintre. Eh b’en ! Ainsi, Nathalie nous apprenait que le torchon brûlait donc ! On sait que cette « infirmière hors du commun » est « pour » le prestigieux déménagement de la fameuse sculpture (comme la fille Iseult) alors que des amis de Riopelle s’y opposent. Il y a un « dévédérom » sur celui qui dit en ouverture : « Je suis un oiseau sauvage, je ne me fixe jamais nulle part ». Ce qui n’erst pas bien vrai. Pas vraiment un nomade le Riopelle, allons ! Paris très longtemps —New-York pas longtemps— Sainte-Marguerite et puis son Île aux Grues. C’est tout. Légendes, mythologie, le cours normal des embellissements.
Justement, vu un bon docu (Artv) sur le sculpteur Charles Daudelin avant hier. J’ai toujours aimé ce gaillard d’en arrière de Dorval, au sud de Ville Saint-Laurent. Jeune , on le voyait à ses marionnettes, puis comme étalagiste aux vitrines de la SRC, hôtel Ford. Plus tard, la sculpture publique. Aussi de l’art sacré : belle chapelle de religieuses, le maître-autel si baroque de la chapelle du Sacré-Coeur, dans l’abside-est de l’église Notre-Dame. Surpris du peu de soins accordés à ses ouvrages, on a pu le voir rouspéter avec raison sur le .désintérêt des propriétaires de ces sculptures extérieures.
Nathalie la trotteuse, cette semaine, raconte son expédition chez le « maire » officieux des Trois-Pistoles, nul autre que mon éditeur actuel, V.-L. B. L’avantage d’avoir (si bien) illustrer un coin de province : là-bas, il est le chouchou. Et moi ? Rien pour mon Villeray (si bien ?) illustré. .Mais moi je n’ai pas fondé un centre d’art dans mon quartier natal. Eh ! Ça m’apprendra. Fou, lisant l’amour bien chaud porté à cet enfant du lieu, je me suis imaginé tenancier-animateur d’un vibrant « café d’art » rue de Castelnau dans Sainte-Cécile. .Des vieux comme moi y viendraient tisser des souvenirs, je rêve…des jeunes boivent nos paroles… Et puis, je me suis réveillé.
Ainsi, au grand caucus radiocanadien hier soir, rencontre avec le nouveau patron D. Gourd, rejeton des grouillants Gourd abitibiens, il me lance : « Ah, mon cher Jasmin, vous nous avez donné de si jolis feuilletons dans les années ‘70 et ‘80, il faut nous préparer vite une nouvelle grande histoire vécue, vous avez le don des réminiscences enjouées… » Daniel Gourd cause, cause, me fait rêver d’aise
et…je me réveille encore, maudit !
En vérité, nous nous sommes salués brièvement, je lui ai souhaité « bonne chance » avec son nouveau gouvernail. Il aura besoin d’un vrai bon appareil en effet pour redresser le vaisseau (public sans grand public hélas ) qui plonge, qui plonge !
6-
« Falar d’eau » (fardeau sur sa tête sans cesse, comme accablé ) hier à TVA avec le Grand blond. Il vise juste : « Nous étions 50 % jadis, puis 25 %…nous ne serons plus un jour ( en 2020 ?) qu’un tout petit 10 % parmi les Canadians et on nous dira avec raison, ayant refusé notre propre patrie, « taisez-vous, minorité insignifiante » Ainsi Foglia, samedi, parlait de cette même bouche : une majorité finit toujours par assimiler une minorité . Eh ! Mais, lui, il causait sur les Montagnais ( Innus ) voulant se développer à côté de la majorité blanche sur la Côte Nord. Graves querelles en vue par là ! Chevrette en arroseur d’incendie prévisible. La majorité gueule : Privilèges à ces tribus en chamaille et pourquoi ? « Pour avoir la paix », n’ose pas répondre Québec-Landry. Puisqu’ils ne veulent pas s’intégrer à nous tous, Québécois. .Les « Indiens » disent : « Quoi, quoi ?, vous autres aussi, vous refusez bien de vous intégrer à votre « majority canadian », non ? Eh !
Voulez-vous bien me dire pourquoi tant d’entre nous continuons à bosser dans ce terrible monde des arts et spectacles ? Voyez : un certain Dominique Champagne fait feu des quatre fers un bon jour, est unanimement acclamé, avec son « Cabaret :neiges noires » et », et puis, il est invité au prestigieux TNM, et puis on va l’engager au fameux Cirque du soleil. Récemment, il remonte un show fou, « Vacarmes… ». Badang ! Crotte 1 Erreur. Échec. Critiques défavorables partout. Unanimité de nouveau : le Champagne nouveau est fade ! Imbuvable. Oui, un curieux de métier, je vous le dis. Il va se relever de cet éreintement et, fou, repartira dans une autre aventure scénique. Tous faits de cette étoffe bizarre, tous faits de cette farine…qui rend le « clown rouge » tout blanc de méprise soudain.
Un fait troublant : ces surdoués, brillants, imagiers actuels dédaignent les textes. Je songe à tant de textes (de jeunes auteurs) qui dorment sur les tablettes du centre CEAD. Pas de scénario solide ( l’histoire ), c’est là que le bât blessait chez Cha,mpagne, disent tous les éreinteurs.
Mon ex-petit camarade de l’École du meuble, Gilles Derome, un matin récent en lettre ouverte du Devoir récidive en voulant nous symboliser « Séraphin et Donalda ». Manie : il cite. Pourquoi faire le cuistre, étaler sa…confiture ? Il cite sans cesse. Cette fois, face à du Grignon, Pascal, « Monsieur Teste », Bourdieu, Bloy, Valéry. Et lui, mon cher vieux Derome, il en dirait quoi au juste de l’avarice ? Paravent refuge ? Peur de s’exprimer seul dans l’arène ? Mercredi, Nat Pétro fonce elle : Séraphin et Angélil, combats voisins ! L’avare gérant de Céline Dion aurait eu, — sa première « créature » viande à chien— une Donalda à …maganer, l’ex-chanteuse Anne Renée. Ce « René et Renée », fatal combat, se lirait dans le récent bouquin signé Jean Beaunoyer. Le confident du J.B. ? Un certain Beaulne, ex-compagnon-Baronet du René. Pris de remords tardifs, Beaulne voudrait faire effacer ses révélations ! L’éditeur doit espérer une « colère avec avocat et huissier » de ce Séraphin Poudrier moderne. Un monde de papotage-potinage inouï !
7-
Un reporter anglo d’ici écrit —avec grand succès me dit-on— dans le « Mirror ». Kritsian Gravenor, son nom. Un montréaliste dévoué et doué. Curieux de tout. Or, il confie (La Presse), que son journal préféré est « Allô Police ». C’est là, dit-il, que, le plus souvent, il l déniche ses sujets d’articles ! Simonac : je le crois car j’ai toujours voulu m’y plonger, je résistais, je l’avoue, par snobisme. Je devine en effet, que les drames humains y pullulent.
Chez Bazzo, mon étouffé de tousseur de Bourgault, tout épaté par « le magnifique sens des cérémonies » en France. Que j’ai raté à la télé du canal Tv-5, merde ! Il parle de « Dumas entrant au Panthéon ». Hier soir, marchant vers le mémorial aux anciens, Alexandre Dumas, en personne, nous apparaît —foulard-lavalière au cou, ample manteau, le gant noble— le verbe haut, derrière une camionnette chargée du bordel-à-filmer. Alexandre Dumas s’en allait vers un site funèbre comme à l’accoutumée. Je dis : « On n’ira donc pas, Alexandre, à la fête-50 ans »? Modeste panthéon ! Lui : « Oh non, ennuyeux ces chiards ». Une portière de voiture claque sous les gigantesques soucoupes hertziennes du parking. Dumas s’en va, mousquetaire en actualités.
Je reviens de l’École-magasin-culinaire. Bon stock ! Mais… faiblesse : biscuits au chocolat et un autre dessert ! Aile examinant ma chasse aux aubaines : « Ah, sucrerie hein » ? Non mais… est-y fatigante ?
8-
Hier soir, revenus du Panhéon-Vieilles-Gloires, vu à TVA, après le sieur de La Brêche, Michel Jasmin, mon cousin de Saint-Laurent. Il confessait en abbé sérieux Anne Létourneau —« je suis la fille du Pirate Maboul, répétera-t-elle— qui se sort assez bien de crises de boulimies atroces. Le sucre (ah, elle aussi !) était sa drogue, dit-elle. Elle se cacjait, se taisait, n’arrivait pas calmer des fringales pantagruélesques ! Engraissait à vue d’oeil. évidemment. « Tous autour de moi restaient muets, par charrité., par politesse… » dit-elle à Jasmin. Un jour, elle dit avoir fini par comprendre qu’il faut (comme pour les alcoos) de l’aide. Elle découvrira ANEB, un groupe efficace. Thérapies. Nouveau sucre : Anne, ma sœur Anne…navigue dans spiritualités exotiques, réincarnations, consultations de voyantes.
Aile et moi étonnés, on l’écoute raconter : « Un matin, une voix me parle à Key West : « Sors, ton nouvel homme est là, sur une galerie, pas loin, va ! Il est beau comme un acteur, il est brillant, il est cultivé ». L’actrice, fille de Monique Lepage ajoute : « C’était vrai ! Il était tout près, sur son balcon ( allô Roméo !) et ce sera le bonheur. Et j’ai ma petite Chinoise que j’ai adoptée ». Photo. Rideau ! La télé ainsi est un peu, parfois, du « Allô Police ». Mais en rose !
Tantôt, à l’École des petits chefs, je lis sur l’histoire des Hébreux. Une sorte de glossaire. Les grands noms des grands fondateurs. Documenter un peu mes synapses de neurones… en vue de mon roman in progress, « L’éxilé ».
Quand l’entrée finale du journal. Quand ? Redire que j’achève !

Le samedi 5 janvier 2002

Le samedi 5 janvier 2002
1-
Hier, fin de l’ensoleillement bien-aimé en après-midi. Ce matin, tout est dans un camaïeu de blancs et gris, hélas ! Sans le soleil, Aile et moi n’avons guère l ‘envie de sortir à pied ou à skis (de fond). On devrait mieux résister à cet héliotropisme maudit car la santé exige du remuement. Ô physique à entretenir sinon…Brr !
La fille comédienne de notre amie Françoise Faucher, Sophie, depuis longtemps rêvait d’incarner une bizarre de bonne femme, Frida Khalo. Or, au bout d’un long cheminement, Sophie ose recourir au phénomène Robert Lepage pour qu’il lui fasse une mise en scène de son texte sur cette Frida mexicaine. Surprise, le gaillard de renommée internationale acceptait !Ce fut fait à sa « caserne atelier » de Québec. Présenté au « Quat’Sous », récemment, il y a eu, au domaine de la critique, quelques bémols maudits. Son texte serait par trop … lyrique, pas assez structuré dramatiquement. Bon. Elle filera tout de même, avec son spectacle hors du commun, en tournée dans des pays étrangers puisque cette peintre mexicaine surréaliste, Khalo, jouit d’une grande réputation.
Je viens de débuter une biographie de Frida K. par de J.M.G. Le Clézio sur ce personnage curieux. Frida K., ex-victime de la polio, sauvage et têtue, étudiante à Mexico, amoureuse d’un petit bourgeois mexicain, est victime d’un accident horrible. Fractures partout ! Elle finira par se sortir encore de cet accident affreux. C’est une jeune fille handicapée qui a la volonté farouche de peindre. Un « retour de Madrid et de Paris », le peintre DIego Rivera, muraliste connu du monde entier aujourd’hui, est une sorte de « coqueluche » à Mexico. La jeune Frida vas se jeter à sa tête même si c’est un homme marié. Ce dernier, immense vedette de l’art qui se fait du temps de la révolution (1910, avant celle de 1918 à Moscou) et de la post-révolution, acceptera cette « groupie », cette « fan », cette « chair fraîche », une jeunesse qui le séduit. Il a vingt ans de plus que sa jeune égérie !
J’en reparlerai. J’en suis donc au début de cette aventure d’une aveuglée et d’un marlou, aux allures de gros crapaud aux yeux exorbités, talent de forcené, jouisseur, menteur, inventeur d’un art propagandiste, assez proche de l’horrible art « réaliste-socialiste », art officiel communiste qui s’installera en URSS bientôt. Comme chez Hitler en 1933-39, Lénine, Staline et leurs sbires condamneront l’art dit moderne, (« art dégénéré » )qui, en pays russe révolté, avait déjà de solides représentants. Le texte de Le Clézio est plutôt plat. Avec des obscurités et une empathie qui sent un peu la complaisance. Je verrai bien en poursuivant ma lecture.
2-
Souvent le samedi matin, le dynamique bagou de Le Bigot et sa bande se terminant à la radio, journaux et horaires répandus autour de nos quatre mains, c’est la joie. De la stimulation opportune. Tantôt, au lunch, —le midi, on bouffe un simple sandwich— Aile me dit qu’elle éprouve une excitation peu commune. Elle lit qu’à Télé Québec (cahier publié l’annonçant) toute une ribambelle de films plaisants pour les mois qui viennent.
Surtout pas de publicités, à part au début et à la fin, comme des diffuseurs civilisés, respectueux des œuvres comme des publics, devraient faire.
Parmi ces quelques bons films à ne pas manquer, que dis-je, à ne pas rater sous aucun prétexte (!) le dimanche soir, 10 février, l’adaptation de mon roman « La sablière », en « Mario » (prénom de mon héros) par Jean Beaudin.
Potin : j’avais appris par le producteur de l’ONF, Bobet, que l’un des commissaires de l’institution voulait,—y tenait beaucoup— à ce que l’on fasse cette adaptation de La sablière. Ce bonhomme venait-il des ïles de la Madeleine ? Sais pas. La direction de l’ONF, bien soumise à ces commissaires, s’inclinait aussitôt. Ainsi, grâce à ce type —McCormick ou Mac Donald, je ne me souviens plus— on monta le projet en vitesse ! Et Beaudin, à la réputation fort avantageuse, il venait de se signaler à Nice avec un trophée envié pour un film sur un photographe ambulant, joué par Marcel Sabourin, fut approché. Signature d’un contrat…payant et organisation d’un horaire à ces si belles Îles de la Madeleine pour le tournage.
Soudain pépin ! Beaudin a une autre offre et veut retarder d’un an son « Mario! » Ma déception quand on m’ en parle. J’exige alors qu’on annule mon « permis d’adaptation » et que l’on me dédommage de ces délais imprévus ! Énervement, pressions partout… le tournage se fait comme prévu !
J’ai toujours proclamé que c’est un beau, un très beau film. Mais « bon »… c’est une autre histoire. Dans mon roman « La sablière », cette sablière n’a rien des étendus sablonneux magnifiques des Îles, c’est un petit carré de sable de 500 pieds par 500 pieds, la carrière de Monsieur Pomerleau à Pointe-Calumet où on a tant joué mon frère Raynald et moi, enfants. Les deux héros transforment ce coin de sable en vastes déserts arabes pour s’imaginer —suivant les récits des tomes de leur encyclopédie à trente sous— d’intrépides cavaliers conquérants d’espagnes, gueulant des « Allah ou Akbar ! », interrompus brutalement dans leurs expéditions chimériques par des appels aux corvées ou aux repas, cris des mères dans les « camps » d’été, pas loin ! Le film de Baudin n’en illustre pas moins la beauté renversante des dunes et des falaises rouges là-bas au milieu de l’Atlantique. Ah oui, un très beau film !
Des profs du secondaire me révélaient qu’ils visionnaient « Mario » avec les élèves et qu’ensuite ils les obligeaient à lire « La sablière ». Résultat : les élèves préféraient le livre au film ! Profs de littérature très heureux de faire découvrir aux jeunes générations, rébarbatives à la lecture comme on sait, qu’un livre peut être plus captivant qu’un film. Mon roman fait allusion à un garçon handicap, un autiste, le petit Mario. Dans ma vraie vie, il s’agit d’une fille, la benjamine, dont ma mère accouchait à plus de 40 ans. Hélas, en ce temps-là, il n’y avait pas de ces examens du liquide amniotique pour prévenir les mères enceintes.
Je reverrai ce bel ouvrage de Beaudin avec plaisir ce dimanche de février tout comme j’ai grande hâte de revoir mon « Blues pour un homme averti » et mon « Tuez le veau gras à la cinémathèque en février aussi.
3-
Autres motifs de joie : à partir de jeudi prochain, à T.Q. encore, une série de trois émissions —le rebelle, années 1961-1974, le désenchanté— sur le célèbre romancier new-yorkais, Norman Mailer —dont je me souviens encore de son « Les durs ne dansent pas » qui se déroulait à Provincetown du Cap Cod.
Abonnée à la bibliothèque Grignon, ici, Aile en revenait tantôt, toute contente, avec « Mystérieux Mozart » de Sollers, fortement louangé par Marcotte ce matin dans « Le Devoir », et, d’Amélie Nothomb, « L’hygiène de l’assassin ». Ainsi, entre le « best seller » plutôt cucul, et la saga méli-mélo, il arrive que l’on achète quelques bons bouquins. On a raison néanmoins de pourvoir la place de livres réclamés par les payeuses de taxes municipales. Vox populo…
Ce matin : un article élaboré sur «comment devenir écrivain ». « Pas un métier » dit Suzanne Jacob. Bravo ! Gao- un asiatique— recommande d’avoir un vrai métier « second » avant de s’installer à ses grimoires. Bravo ! Un autre affirme que ces cours de création littéraire peuvent —comment, pourquoi donc ?— « faire gagner du temps ». J’en doute. Homel, écrivain émigré des USA, avoue regretter d’avoir fui, jeune, un tel cours, car, « donné par des auteurs reconnus, j’aurais pu s’y faire des… contacts ». Eh b’en ! Justement, dans « Écrire », le petit livre que j’achève de peaufiner, je m’exprime abondamment sur ce sujet. Non, pas un métier. Une vocation. Une passion. Il y faut le don. C’est redit dans l’article: « Pour vivre, faut se trouver un autre job avant tout ».
Hier soir, on hésite :aller voir en bas de la côte, « Kandahar », récit afghan tourné au Pakistan, ou « surveiller » la télé. On ne sortira pas au « frette ». Télé donc. Paresse ? Oui. Après du Légaré, voici du Clémence Desrochers. Son art de jouer ou la prude ou l’ado initiée est d’un brillant ! Sa malice dans ses beaux yeux ! Sa silhouette de « vieille fille », ou soumise ou effrontée : des perles de fine observation. Ses chansons…hum…pas toujours bien solides !
Vu aussi à la télé, canal « Musimax, un instructif et brillant « portrait » de la pétulante « Marjo », alias Marjolaine Morin, ex-serveuse de Verdun. Fascinés, Aile et moi. Marjo, jeune, se garroche d’abord avec des bruiteurs doués et vulgaires : « Corbeau ». Après le « show », drogues en coulisses tous les soirs. Vie de chien, bambocheuse nuitamment, une gueularde barouettée sans répit dans bars et clubs.
Tout est dit comme implicitement. Telle la Dufresne, autre « chat sauvage » doué, les interviews affichaient la carence de ce milieu « rocker » à pouvoir s’exprimer. Ils n’ont pas de vocabulaire. Ils cherchent à bien dire mais…c’est, alors, péniblement, des grimaces compulsives, des gestes convulsifs, l’impuissance fréquente des nôtres à savoir dire un peu clairement ce qu’ils ont vécu.
Le tempérament est vrai, la fougue étonnante, l’énergie dépensée généreusement, la quête de sons neufs bien réelle mais au delà de leurs frénétiques exercices sonores c’est le vide sidéral de la pensée articulée chez ces créateurs n’ayant ou jouir d’une bonne instruction. Des paralysés ! Tristesse ! Comme on est éloignés des Ferré, Brel, Brassens et Cie qui, eux, pouvaient marquer leurs témoignages de mille et une interrogations d’une vive intelligence. J’ai pu écouter parler des jeunes, ceux du rap, enfants d’émigrants nord-africains, nés dans des banlieues pauvres de Paris : idées bien structurées. Même en argot de « zonard ». Nous avons un réel problème langagier au Québec !
4-
Mon cul de certains films culte ! Ah oui ! Revoyant le célèbre « Harold et Maud » hier soir, Aile et moi, sommes très déçus. Ce jeune homme riche, joué par Burth Cort, est un « caractériel » abruti, couvé par une mère, veuve parvenue, arriviste et snob. On veut bien. La vieille émigrée juive, si remplie de bonne santé, séductrice —mais suicidaire à la fin— bien jouée par Ruth Gordon, est une invention tordue. L’idylle bien peu plausible entre l’ado et la bohémienne nonagénaire est abracadabrante en diable. L’histoire est tissé d’un…tissu convenu en fait. C’est une légende imbuvable. L’attirance du petit psychosé —ratées les scènes chez son psy—par cette vieillarde est cousue de gros fil blanc. L’anarchiste, voleuse de bagnoles, rte un cliché, une invention grotesque. L’ensemble est bien lent, ce qui n’arrange rien. Film-culte ? Mon cul, oui ?
5-
J’ai fait, il y a des mois, une sorte de songe… encore un peu éveillé, mal endormi en tous cas, il me semble. Je suis, rue Saint-Denis, sur le balcon du logis familial et il pleut, très fort. J’en suis absolument ravi. J’observe les grosses et puissantes larmes du ciel qui arrosent la rue, le trottoir. Me voilà envahi d’un sentiment de bien-être incommensurable. Je ne sais trop pourquoi. L’air sent bon toute cette eau qui se déverse. Ondinisme curieux ! La lumière est assombrie, tamisée, d’un gris rassurant (!), partout. Me voilà comme dans un bocal, heureux comme une…carpe ! Le parfait bonheur, oui, parfait et pour bien peu, pour presque rien au fond. Il pleut à verses, c’est tout.
D’où m’est venu ce rêve si aimable ? Ce grand, profond bien- être ? Pas de réponse. Depuis, dans mon lit, je tente parfois de faire revenir cette impression d’une sérénité rarement éprouvée. Je revois la pluie battante, le balcon-refuge… Je veux respirer cette odeur d’eau rassérénante à pleines narines. Mais ça ne revient plus ! Bizarre cela.
Ainsi longtemps, pour m’endormir vite, je partais m’installer en pensée, sous un soleil radieux, dans le mou du sable, sur un coin de plage précis à Ogunquit. Un endroit fixe, contre une clôture de lattes de bois pour endiguer l’érosion des joncs, lieu que je connais intimement… le sommeil venait me chercher chaque fois. Comment bien conduire ses sens, installer un décor douillet, au moment de s’en remettre aux bons bras de Morphée ? Je sais plus.
6-
Étrange « séance » d’amateurs, hier soir à la SRC, avec le sosie de Chantal Joly, cette Monique Giroux, animatrice du « Cabaret de refrains ». Une curiosité. Show un peu « freak » en somme. Des inconnus du grand public, quelques « connus », viennent s’adonner à la chanson devant un public bien conditionné pour cet exercice bizarre. Hier, ils fêtaient Bécaud, récemment « disparu », ce mot qui fait sourire ! Un gras bien bedonnant, une à frange fournie, un Tisseyre-fils dynamisé, une blondinette « seurieuse », faune qui décide donc qu’ils l’auront ce « 15 minutes de gloriole » promis par Andy Warhol, pape du pop art ! Votre canal local, oui, accepterait volontiers ce genre d’aimable démonstration mais la SRC ? Dame Giroux, voix de gorge, mimiques de « M.C. » de clubs de « nuitte » des années ’40, auto-emballée, y allait de sifflements à la garçonne, de louanges dithyrambiques (pour son patron !), d’une ferveur commandée et, à la fois, visiblement sincère. Bref, elle en fait beaucoup… jusqu’ à potiner « bas » avec son Bécaud marié, hon, amant de la jeune Bardot qui l’oubliais un jour dans une loge de l’Olympia où il se produisait. Seigneur !
7-Projet :
aller voir deux films aux salle de Saint-Jérôme, à vingt minutes d’ici : « Ali » et « Un homme d’exception » avec l’acteur Crowe, oui, un « e » à Crow.
Aux huit salles du « Pine » de l’ami Tom, en bas de la côte, on enrage, Aile et moi, de trop rares films en français ou doublés. Le proprio m’a déjà raconté une histoire embrouillante pour s’excuser de trop de films « in english ». Pas de copies disponibles, rares copies réservées aux gros réseaux, etc. On se rend donc à Saint-Jérôme.
Ce film, « Un homme d’exception», serait basé sur un livre de Sylvia Nasar, la bio de Forbes Nash. La vie d’un savant mathématicien de l’université coté, Princeton. Ce « Prix Nobel », s serait pourtant affligé de schizophrénie. Des reproches volent dans l’air malgré l’unanimité des critiques de cinéma. On dit que le film de Ron Howard aurait retranché des vérités encombrantes dont une part d’homosexualité du dit Nash. Négation du fait chez les Nash, monsieur et madame !
D’autre part, des psys doutent qu’un tel malade eut pu se livrer à ses savants calculs (sur les chiffres et les jeux !) du temps de sa maladie. Bref, un article résume le débat : « disons qu’on a comprimé et synthétiser sa vie » ! Aïe, voulez-vous d’une vie maganée de même ? Le producteur, lui, rajoute : « Il est bien, non, de donner ainsi de l’espoir aux malades mentaux ? »
Anecdote : j’ai appris que mon dessinateur de bd favori, enfant, Edgar Rice-Burrough, souffrait, lui aussi, de schizophrénie. Notre merveilleux, formidable, « Tarzan » ne s’en ressentais nullement dans nos chers « comics » de « La Patrie du Dimanche », pas vrai les vieux ?
L’auteur du livre sur Foi4rbes Nash admet qu’on a retiré la photo du savant sur sa biographie et mis celle de l’acteur qui le personnifie ! Pratique courante. Quand le « Mario » de Beaudin sortait, se méritant trois prix au Festival de Montréal, mon éditeur —Leméac— fit mettre, vite, vite, une photo du film sur la couverture « La Sablière », réédition en « poche ». Il fit mettre aussi au bout du titre : »Mario ». De bonne guerre, bien entendu.
Finale de ce samedi : Pressé un peu par Aile qui n’apprécie pas trop les bébelles, j’ai défait mon « sapin de Noël en cèdre » et enlever les guirlandes. Vas-y mon amour, passe le balai maintenant ! La petite vie, hein ?

JOURNÉES NETTES – 5 décembre 2002

1-

Mon Dieu, excitation chez moi ! Avant-dernier fion scripturaire du journalisant ? Ou deux entrées ? Je le répète : ma fierté. d’avoir tenu le coup durant 365 jours !

Pleins paniers de notes disparues dans mon bac à recyclage. Le 9 : liberté totale.

À part mon hebdo : « Poing comme… » et…ce drôle de roman sur mon Exilé !

Hier, en ville, suis allé chercher une demi-douzaine de livres chez « Robert-Bourassa » (rue Saint-Just à Outremont). Sur le Mexique, sur le Coran, sur le bouddhisme, sur la Thora…et un petit dico français-espagnol.

Je devrai, plus tard, me trouver des textes sur François (d’Assise) et sur Thérèse ( d’Avila). Sur ma lancée, mon projet de livre, mardi matin, à « Tous l;es matins », au moment du générique, j’ai recommandé aux grands-parents de parler aux enfants, pour Noël s’en venant, de Jésus. Eh ! C’est sa naissance que l’on célèbre, non ? Pas Père-Noël-Coca-Cola, ni consommations effrénées, pas vrai ? Que l’on soit croyant ou non, ais-je dit, c’est ce plus grand des prophètes ( ou « sages ») qu’il faut saluer le 25. Le premier à crier « amour et paix » quand, en son temps, tout était bien pire que chez les agressifs Talibans de l‘Afghanistan. Un fait.

B’en, en studio, j’étais fier de moi.

2-

Hier soir, une assemblée « monstre » qui nous a ému, Aile et moi. Des milliers d’ex-travailleurs du réseau français de la CiBiCi se retrouvaient pour cet anniversaire du « 50 ans » de la télé publique. Certains ex-camarades pas revus depuis presque deux décennies. Nous avions quoi?, 25, 35 ans quand nous entrions « bosser » pour cette télé débutante. Cheveux blanchis sur toutes les têtes dans couloirs et studios (vidés) du sous-bassement, rue René-Lévesque. Buffets, musique, bars. Étreintes. Souvenirs grattés. Oublis aussi. Nous cherchions un nom, des prénoms. Les uns en bonne forme, d’autres…oh la la ! Cannes, fauteuil roulant, parkinson, début de la saudite Alzaimer (malheureux C.D.), jambe coupée ( mon pauvre Peter F.), pacemakers cousus sur certaines poitrines, cher Roland G. On a ri de nos anciens projets fous, de nos déceptions, de nos bons coups.

On a revu d’ex-camarades avec qui on a eu de laides querelles. Éponges passées ! Oubliées ces chicanes des « productifs » anxieux d’antan. Hier soir, nous étions tous, un verre de rouge au fond de la main, « hors-circuit » désormais, mains tendues partout, accolades, baisers sur les joues.

Les employés actuels de la SRC étaient invités avec nous, les vétérans. Cela était bien. Jeunes visages croisant sans cesse des visages ridés, plissés, des regards mouillés. Ah oui, une réunion singulière. Chocs nombreux ! Revisiter ce grand studio 42 où je plantais tant de décors pour tant d’émissions de variété. Un frisson ! Un défilé cocasse : rappel d’anecdotes. Une étonnante veillée du « vieux poêle » mais trop de monde, trop de bruits, difficile de jaser à cœur ouvert avec d’anciens collaborateurs. Hélas, moi le demi-sourd, réduit à opiner du bonnet mécaniquement pour ne pas faire se répéter de trop des confidences… à voix trop basse. Il y a eu des cris aussi : cris de surprise et blagues du genre : je te croyais exilé à Paris (Maurice D.) !,je pensais que tu étais mort ( Raymond D.) ! Gros pow-wow chaleureux en fin de compte : un 5 à 8 qui nous a fait mesurer…le temps qui file. Tous, nous ne serons pas là au 75 ième anniversaire. On le sait. On n’y pense pas. C’est la vie, sa dure loi d’airain. Chantons : « Mais nous, nous serons morts, mes frères » !

3-

Pour les fédérats nous ne formons pas une nation, nous ne somme pas différents, et il n’y a qu’un pays (imposé) : le Canada. Aussi, ces fédérastes enrageaient hier que le Mexique fasse du Québec, « L’hôte d’honneur » (après Cuba cette année) à leur fameuse Foire du livre mexicaine de décembre 2003. Qu’ils en mangent une « sciau » ! Cependant que l’on voit (de là-bas) en « latins du nord », hum… Hélas non, nous sommes dans l’américanéité des choses et nous vivons dans le froid —la neige et la glace— six mois quasiment par année. Alors… latins du Nord… Ouengne, faudrait pas exagérer !

J’avais lu jadis des écrits du fameux Graham Green et je le jugeais « parano sur les bords » avec sa suspicion, « les gens de la CIA, disait-il, l’encerclaient ». Eh bien, hier matin, entrefilet de gazette : oui, le cher dissident britannique était sur la black list de la CIA ! Je lis « qu’on le suivait à la trace au FBI ».Amoureux de l,’Amérique latine ( lire : « Le pouvoir et la gloire ») Green fessait fort sur les ambitions impérialistes des USA. « Ingérence détestable », gueulait-il. L’article dit que Graham G. fréquentait et applaudissait les Fidel Castro et les Daniel Ortega. « Persona non grata » notaient les ambassadeurs de Washington. On fit un film de son roman; The end of an affair », c’était un bon film calqué sur un maudit bon roman. Il est mort en 19991, exilé toujours inquiet sur sa chère Côte d’Azur, là où il enquêtait en journaliste libre sur un maire de Nice magouilleur dangereux et craignait toujours —il publia un petit bouquin sur cette pègre française— une noire action de la mafia nicéenne.

4-

J’ai commencé jeudi dernier le deuxième chapitre de ce jeune missionnaire « éxilé » (mon titre de travail). au Mexique parmi des créoles, des métis et des « indiens » Très inquiet. Énervé même. C’est toujours ainsi. J’aime cette vulnérabilité d’écrire sans plan, de me laisser aller à me raconter à moi-même une histoire. C’est merveilleux, excitant, de ne pas savoir ce que va devenir mon héros et ses entourages. Cela peut avorter. C’est arrivé souvent. Pas grave. Soudain, besoin de savoir (il est temps) si, à Pont-Viau, les P.M.É avaient des gens en mission au Mexique ! Ah, j’ai Internet. Je pitonne… plein de mots mais… Rien. Pas moyen d’apprendre. Déception de cet Internet. J’irai fouillé, à la cave, dans de vieux tomes d’annales de ce séminaire qui formait l’oncle Ernest parti, lui, en Chine, vingt ans.

Le building de la cour arrière, Chemin Bates, s’élève tranquillement. Deux roulottes à « power machin » ronronnent bien fort en face du Phénix. Merde ! Ce bruit…les résidents qui endurent cela sans cesse. Oui, merde! Nous, on filait, à jeun, vers la Laurentie dès ce matin.

La Marie-tous-les-matins au téléphone : « Prêt pour nous revenir demain, vendredi, pré-enregistrement pour le 31 »? Oui, prêt, chère Marie-Claude. J‘aurai mon sac de « bonbons à ménagerie » ! Tous, en studio, ils vont bricoler. Un mél de Sainte-Thérèse : « on vous veut pour jaser « littérature » en février ». Je clique « oui ». Serais-je toujours vivant en février ? Je note toujours en réponse à ces invites : « Si Dieu me prête vie jusque-là ». L’on proteste chaque fois mais, au fond des choses, c’est une réalité. La mort ne m’a jamais fait peur. Jamais.

Marielle ma quasi-jumelle : une nouvelle lettre tantôt. Noirceur de sa vie, désespérance. Comment la réconforter ? Effet de ce temps des fêtes sur les « sans-enfants » ? Je ne sais trop. J’ai douze ans, rue Saint-Denis, un voyou l’a frappée, je cours chercher l’ignoble, venger chevaleresquement cette petite sœur humiliée, Marielle comptait sur ce grand frère. Là, devant moi, sa lettre si sombre et me voilà, le vieux, comme moins capable de la venger.

5-

Mon Marcogendre et webmaestre, avec Éliane, partis pour un week-end-hôtel à Saint-Jovite et… panne sur l’autoroute 15 ! Il a dû bifurquer —planer comme le commandant Picher— habilement de la voie extrême-droite à l’extrême-gauche. Danger ! Frissons ! Maudit moteur pété. Du pognon à verser, remorquage et garagistes. Adieu le séjour de repos. Ouash ! Ils nous invitent à souper dimanche alors que nous ramènerons de son concert philharmonique (à Terrebonne) le musicien de la famille, leur benjamin Gabriel.

Demain soir; souper avec les Cuillièrier, l’ex-réalisateur Pierre-Jean et sa filigrane Casserole. Tantôt, téléphone d’arrangement. Moi : « Dis-donc, tu étais pas là au grand pow-wow hier soir ? » Lui : « Oui, oui mais vous étiez au studio 43 avec les « vieux », pas moi » ! Le saligaud. Je vais lui secouer les cuillères demain soir.

La frétillante Pétrovski a rencontré la veuve active du grand Riopelle, l’abitibienne venue d’une grosse famile, Hughette Vachon. Deux décennies … ne les séparaient pas. Elle veillait sur son vieux hibou, oie noire dans son île. Elle a mis une série de « conditions » à cette interview ! On peut faire cela ? Pas question de parler

de l’héritage, des problèmes avec Iseult, la fille dévouée du peintre. Eh b’en ! Ainsi, Nathalie nous apprenait que le torchon brûlait donc ! On sait que cette « infirmière hors du commun » est « pour » le prestigieux déménagement de la fameuse sculpture (comme la fille Iseult) alors que des amis de Riopelle s’y opposent. Il y a un « dévédérom » sur celui qui dit en ouverture : « Je suis un oiseau sauvage, je ne me fixe jamais nulle part ». Ce qui n’erst pas bien vrai. Pas vraiment un nomade le Riopelle, allons ! Paris très longtemps —New-York pas longtemps— Sainte-Marguerite et puis son Île aux Grues. C’est tout. Légendes, mythologie, le cours normal des embellissements.

Justement, vu un bon docu (Artv) sur le sculpteur Charles Daudelin avant hier. J’ai toujours aimé ce gaillard d’en arrière de Dorval, au sud de Ville Saint-Laurent. Jeune , on le voyait à ses marionnettes, puis comme étalagiste aux vitrines de la SRC, hôtel Ford. Plus tard, la sculpture publique. Aussi de l’art sacré : belle chapelle de religieuses, le maître-autel si baroque de la chapelle du Sacré-Coeur, dans l’abside-est de l’église Notre-Dame. Surpris du peu de soins accordés à ses ouvrages, on a pu le voir rouspéter avec raison sur le .désintérêt des propriétaires de ces sculptures extérieures.

Nathalie la trotteuse, cette semaine, raconte son expédition chez le « maire » officieux des Trois-Pistoles, nul autre que mon éditeur actuel, V.-L. B. L’avantage d’avoir (si bien) illustrer un coin de province : là-bas, il est le chouchou. Et moi ? Rien pour mon Villeray (si bien ?) illustré. .Mais moi je n’ai pas fondé un centre d’art dans mon quartier natal. Eh ! Ça m’apprendra. Fou, lisant l’amour bien chaud porté à cet enfant du lieu, je me suis imaginé tenancier-animateur d’un vibrant « café d’art » rue de Castelnau dans Sainte-Cécile. .Des vieux comme moi y viendraient tisser des souvenirs, je rêve…des jeunes boivent nos paroles… Et puis, je me suis réveillé.

Ainsi, au grand caucus radiocanadien hier soir, rencontre avec le nouveau patron D. Gourd, rejeton des grouillants Gourd abitibiens, il me lance : « Ah, mon cher Jasmin, vous nous avez donné de si jolis feuilletons dans les années ‘70 et ‘80, il faut nous préparer vite une nouvelle grande histoire vécue, vous avez le don des réminiscences enjouées… » Daniel Gourd cause, cause, me fait rêver d’aise

et…je me réveille encore, maudit !

En vérité, nous nous sommes salués brièvement, je lui ai souhaité « bonne chance » avec son nouveau gouvernail. Il aura besoin d’un vrai bon appareil en effet pour redresser le vaisseau (public sans grand public hélas ) qui plonge, qui plonge !

6-

« Falar d’eau » (fardeau sur sa tête sans cesse, comme accablé ) hier à TVA avec le Grand blond. Il vise juste : « Nous étions 50 % jadis, puis 25 %…nous ne serons plus un jour ( en 2020 ?) qu’un tout petit 10 % parmi les Canadians et on nous dira avec raison, ayant refusé notre propre patrie, « taisez-vous, minorité insignifiante » Ainsi Foglia, samedi, parlait de cette même bouche : une majorité finit toujours par assimiler une minorité . Eh ! Mais, lui, il causait sur les Montagnais ( Innus ) voulant se développer à côté de la majorité blanche sur la Côte Nord. Graves querelles en vue par là ! Chevrette en arroseur d’incendie prévisible. La majorité gueule : Privilèges à ces tribus en chamaille et pourquoi ? « Pour avoir la paix », n’ose pas répondre Québec-Landry. Puisqu’ils ne veulent pas s’intégrer à nous tous, Québécois. .Les « Indiens » disent : « Quoi, quoi ?, vous autres aussi, vous refusez bien de vous intégrer à votre « majority canadian », non ? Eh !

Voulez-vous bien me dire pourquoi tant d’entre nous continuons à bosser dans ce terrible monde des arts et spectacles ? Voyez : un certain Dominique Champagne fait feu des quatre fers un bon jour, est unanimement acclamé, avec son « Cabaret :neiges noires » et », et puis, il est invité au prestigieux TNM, et puis on va l’engager au fameux Cirque du soleil. Récemment, il remonte un show fou, « Vacarmes… ». Badang ! Crotte 1 Erreur. Échec. Critiques défavorables partout. Unanimité de nouveau : le Champagne nouveau est fade ! Imbuvable. Oui, un curieux de métier, je vous le dis. Il va se relever de cet éreintement et, fou, repartira dans une autre aventure scénique. Tous faits de cette étoffe bizarre, tous faits de cette farine…qui rend le « clown rouge » tout blanc de méprise soudain.

Un fait troublant : ces surdoués, brillants, imagiers actuels dédaignent les textes. Je songe à tant de textes (de jeunes auteurs) qui dorment sur les tablettes du centre CEAD. Pas de scénario solide ( l’histoire ), c’est là que le bât blessait chez Cha,mpagne, disent tous les éreinteurs.

Mon ex-petit camarade de l’École du meuble, Gilles Derome, un matin récent en lettre ouverte du Devoir récidive en voulant nous symboliser « Séraphin et Donalda ». Manie : il cite. Pourquoi faire le cuistre, étaler sa…confiture ? Il cite sans cesse. Cette fois, face à du Grignon, Pascal, « Monsieur Teste », Bourdieu, Bloy, Valéry. Et lui, mon cher vieux Derome, il en dirait quoi au juste de l’avarice ? Paravent refuge ? Peur de s’exprimer seul dans l’arène ? Mercredi, Nat Pétro fonce elle : Séraphin et Angélil, combats voisins ! L’avare gérant de Céline Dion aurait eu, — sa première « créature » viande à chien— une Donalda à …maganer, l’ex-chanteuse Anne Renée. Ce « René et Renée », fatal combat, se lirait dans le récent bouquin signé Jean Beaunoyer. Le confident du J.B. ? Un certain Beaulne, ex-compagnon-Baronet du René. Pris de remords tardifs, Beaulne voudrait faire effacer ses révélations ! L’éditeur doit espérer une « colère avec avocat et huissier » de ce Séraphin Poudrier moderne. Un monde de papotage-potinage inouï !

7-

Un reporter anglo d’ici écrit —avec grand succès me dit-on— dans le « Mirror ». Kritsian Gravenor, son nom. Un montréaliste dévoué et doué. Curieux de tout. Or, il confie (La Presse), que son journal préféré est « Allô Police ». C’est là, dit-il, que, le plus souvent, il l déniche ses sujets d’articles ! Simonac : je le crois car j’ai toujours voulu m’y plonger, je résistais, je l’avoue, par snobisme. Je devine en effet, que les drames humains y pullulent.

Chez Bazzo, mon étouffé de tousseur de Bourgault, tout épaté par « le magnifique sens des cérémonies » en France. Que j’ai raté à la télé du canal Tv-5, merde ! Il parle de « Dumas entrant au Panthéon ». Hier soir, marchant vers le mémorial aux anciens, Alexandre Dumas, en personne, nous apparaît —foulard-lavalière au cou, ample manteau, le gant noble— le verbe haut, derrière une camionnette chargée du bordel-à-filmer. Alexandre Dumas s’en allait vers un site funèbre comme à l’accoutumée. Je dis : « On n’ira donc pas, Alexandre, à la fête-50 ans »? Modeste panthéon ! Lui : « Oh non, ennuyeux ces chiards ». Une portière de voiture claque sous les gigantesques soucoupes hertziennes du parking. Dumas s’en va, mousquetaire en actualités.

Je reviens de l’École-magasin-culinaire. Bon stock ! Mais… faiblesse : biscuits au chocolat et un autre dessert ! Aile examinant ma chasse aux aubaines : « Ah, sucrerie hein » ? Non mais… est-y fatigante ?

8-

Hier soir, revenus du Panhéon-Vieilles-Gloires, vu à TVA, après le sieur de La Brêche, Michel Jasmin, mon cousin de Saint-Laurent. Il confessait en abbé sérieux Anne Létourneau —« je suis la fille du Pirate Maboul, répétera-t-elle— qui se sort assez bien de crises de boulimies atroces. Le sucre (ah, elle aussi !) était sa drogue, dit-elle. Elle se cacjait, se taisait, n’arrivait pas calmer des fringales pantagruélesques ! Engraissait à vue d’oeil. évidemment. « Tous autour de moi restaient muets, par charrité., par politesse… » dit-elle à Jasmin. Un jour, elle dit avoir fini par comprendre qu’il faut (comme pour les alcoos) de l’aide. Elle découvrira ANEB, un groupe efficace. Thérapies. Nouveau sucre : Anne, ma sœur Anne…navigue dans spiritualités exotiques, réincarnations, consultations de voyantes.

Aile et moi étonnés, on l’écoute raconter : « Un matin, une voix me parle à Key West : « Sors, ton nouvel homme est là, sur une galerie, pas loin, va ! Il est beau comme un acteur, il est brillant, il est cultivé ». L’actrice, fille de Monique Lepage ajoute : « C’était vrai ! Il était tout près, sur son balcon ( allô Roméo !) et ce sera le bonheur. Et j’ai ma petite Chinoise que j’ai adoptée ». Photo. Rideau ! La télé ainsi est un peu, parfois, du « Allô Police ». Mais en rose !

Tantôt, à l’École des petits chefs, je lis sur l’histoire des Hébreux. Une sorte de glossaire. Les grands noms des grands fondateurs. Documenter un peu mes synapses de neurones… en vue de mon roman in progress, « L’éxilé ».

Quand l’entrée finale du journal. Quand ? Redire que j’achève !

Le dimanche Ier décembre 2002

1-
Quoi? Déjà ? Décembre débute. Me reste donc huit journées nettes à noter sur calepin. Trois ou quatre entrées finales. Le 8 j’écrirai : « youpi, je l’ai fait. Toute une années (365 jours de notations) de journal ». Content de moi.
Après ce sera « Poing… », un hebdo d’un autre genre, je le veux, que je veux plus « poignant »(?), plus « poing » brandi. Plus minimaliste aussi. Fini de m’étendre en considérations diverses sur…l’État du Monde. Un journal elliptique. Recouvrer de la liberté. Je ne noterai plus rien. Ce sera ce qui submergera vraiment. Juste la mémoire. Me débarrasser des éphémérides vains quoi. Un poing pour faire le point sur on existence une seule fois la semaine. Un « poing net » de coq à l’âne multiple. Y arriverais-je ? Je verrai bien.
Aile a lu hier soir, avant de venir me retrouver dans notre vaste couchette —lit king-chose—, mon essai —le premier chapitre de mon « Exilé ». (Devrais-je le « soumettre » sur le site, Marco ?). Ses questions : 1- « Ça se passe où au juste, on sait pas. 2- Ça se passe quand, on sait pas trop. 3- Ce jeune missionnaire refusant la femme offerte, est-ce plausible de nos jours ? 4- Ces villageois, des sauvages, des vrais primitif ou quoi ? Ce maire guettant un site à touristes semble moderne, non » ?
Je dis : « Oui, je vais y penser ». Mais… bigre, je tente justement (me défaire de l’ancien romancier réaliste) de jouer la carte de l’ambiguïté. Situer mon histoire (que je ne connais pas encore, que je raconte au fond) sans un espace géographique précis, sans temps trop défini, dans un monde exotique pour mon jeune héros. Un seul pan, flou, parler de quête spirituelle. Mon « petit prince » est un jeune adulte. Il sera aux prises entre sa foi religieuse et un monde réel. Je souhaite arriver à le confronter : l’exil —fuite, cachette, abri anti-monde— qu’il s’est imaginé sera une très difficile aventure intérieure. J’ai peur. C’est correct, souhaitable. Sans cette frayeur —risquer un échec— devant le projet, aucun intérêt de poursuivre ma chimère. J’aime mon défi. J’ai tout décembre —tout janvier aussi ?— pour triompher (?), écrire sur un thème impopulaire, sur un sujet hors-mode. Ce serait mon premier roman…philosophique. Non, pas ce mot. Simplement un roman différent de tout ce que j’ai fait jadis. Vouloir une mue. En avoir besoin. M’imaginer, bien entendu, une métamorphose complète. J’ai très peur. C’est excitant. Aurais-je la volonté de tenir bon. Le terminer coûte que coûte ce récit sur… les valeurs.
Il y a qu’avec le journal, j’ai pris conscience du temps qui fuit, de mon âge. Il me reste bien peu de temps maintenant. Ne plus publier des histoires ordinaires. Ambition ? Estimation de soi inflationniste ? Ça se peut. J’ai bien le droit de croire que je peux laisser un ouvrage qui aurait du sens. Qui aurait le pouvoir de faire réfléchir. Je ressens le besoin d’écrire —ce qui me tenaille depuis si longtemps au fond et qui est la question essentielle : ne pas être au monde en vain. Laisser une trace une bonne fois qui en vaut la peine. Pour ceux qui viennent ? Oui. Par exemple, entre autres, pour mes petits-fils que je vois s’en aller vers ces réalités folichonne qui nous submergent ici, en Occident-le-repu.
Assez, le faire maintenant, continuer à trouver l’énergie —le goût, l’envie, le désir, oh le désir !, de poursuivre. J’ai peur. J’aime ça. Croisons les doigts. Que les dieux de l’inspiration collaborent !
2-
Aile a loué « Atanarjuat ». Premier film d’un Inuit, tourné dans sa patrie arctique. Étonnant récit. Nous qui sommes fasciné par ces austères paysages du Grand nord, servis ! C’est le monde « esquimau » de nos enfances. Ça se déroule certainement au temps d’avant les motoneiges, les moteurs « Evinrude », les maisons préfabriquées d’aujourd’hui là-haut. Tribus sauvages, petits clans à querelles, primitifs vêtus de peaux, recul au temps des cavernes (igloos). Un univers d’hommes préhistoriques qui survivaient, il y a 50 ans, loin au-dessus de nos modernes terrains organisés. Un film —malgré des longueurs, tout va si lentement entre glaces et neiges— épatant. L’hiver, si long là-haut, sans repères, sans horizon aucun (vues effarantes) quand le ciel se confond avec cette toundra blanchie.
Me suis vu hier soir à « Tablo », canal Artv. Pas fameux mon bref segment. N’en reviens pas encore :tant d’heures avec caméra et huit petites minutes pour l’écran. Généreuse, l’amie Françoise (Faucher) me téléphone ses louanges. « Votre plume à l’encre, Claude, si vive, si décidée, oh, bravo » ! Leur choix de peintres, des « pros », formidable dans cette série rare. Hier encore. Découverte sans cesse de talents inconnus de moi, très forts. Pour cela :vive la série « Tablo » !
3-
Article insolite dans cahier-culturel de La Presse, sur un bizarre d’Étatsunien, exilé, devenu prof à l’université de Chicoutimi, R. Dole. Jeune, il fut interné (en 1960) en hôpital psychiatrique pour… homosexualité ! Étudiant à Harvard, « sioupla », où il se déniche un père spirituel, le théologien protestant allemand, Paul Tillich, « un Sartre » dit-il à Suzanne Giguère. Secoué jeune par les révélations des camps nazis et « pour fuir les images de la guerre au Vietnam » ce bizarre futur « chicoutimien », Robert Dole, s’exile…Où ?, en Allemagne ! Curieux non ? Il y trouve le bonheur complet, dit-il ! Bon. Il y enseignera. Germanophile total. Il publie « Mon Allemagne » ces jours-ci, un mince 115 pages, chez Leméac éditeur. Le fameux Stephan Zweig, deuxième père spirituel, l’aide à passer « au delà- des ténèbres nazis » ! Très curieux cheminement intellectuel !
Pour Dole, il semble se réconcilier avec cette Allemagne (qui l’avait tant choqué jeune) via sa culture. Comme si les célèbres littérateurs (et philosophes et musiciens) allemands pouvaient occulter le nazisme allemand ? Cela fait songer aux défenseurs d’un Israël « naziste » en recourrant à la fabuleuse pensée biblique (Thora) ! Non mais… e qui est déroutant c’est bien justement de constater qu’une culture « hénaurme » n’a pas empêché un peuple de sombrer dans le fascisme odieux le plus horrible jamais vu sur terre. Inquiétant non ? Une culture riche, universellement reconnue, ne protège absolument pas des pires dérives nationales ? Une idée accablante, c’est certain.
Dole s’avoue volontiers schizophrénique. Quel prof ! On songe au film « A beautiful mind ». Il lit la Bible tous les jours, dit-il. On se demande comment il s’arrange avec les condamnations incessantes des affreux sodomites ! Sa foi ? C’est « une consolation » dit-il, la religion. Aïe ! Voilà un rapetissement étonnant sur la foi. Dole vante le pacifisme sur-actif des Allemands mais quoi ?, est-ce pour eux, là-bas, une compensation ( les remords ?) pour les horreurs innommables commises par leurs pères ou grands-pères ? On est en droit de nous questionner sur ce vif amour « allemand » pour la paix. Écrire m’sieur Dole ? « Une thérapie » dit-il, ça prouve que je suis sin d’esprit ». Oh Seigneur , non ! On connaît, tous, des écrivains à l’esprit énormément tordu, complètement déboussolé. Un sacré prof, je vous jure.
4-
J’avais aimé illustré (chez Guérin éditeur) un livre du prof Réginald Hamel sur Alexandre Dumas…Le grand Alexandre, que l’on vient d’installer en grandes pompes au Panthéon des grands hommes à Paris, et cela avec un faste jamais vu —défilé, fanfares, spectacles de rue— dans aucun autre pays du monde. J’aime la France pour cela aussi. Hamel —qui se promenait un temps à bord d’une grosse moto, fortement cylindré, était un diable d’homme : il colligeait tout, vraiment tout, sur nos écrits québécois pour ses archives dans la haute tour de son université sur le mont Royal. Le voilà invité parmi les connoisseurs en « mousquetairies » à Paris. Honneur mérité car Hamel sait tout sur ce petit-fils de nègre-esclave en Dominique. On ne sait pas assez qu’il y a —dans nos murs— des Québécois très savants et cela dans mille domaines.
Grave bémol de Martel pour le récent roman de Bourguignon et…toc : trois étoiles ! Dany Laferrière s’étonne ce matin —propos étonnants sur théâtre etc.— de ces étoiles (comme à la petite école) pour les livres. Il a bien raison. C’est puéril. Comme il s’étonne des « coups de cœur » qu’une chaîne de librairies plaque sur de tas de bouquins. Les livres comme des jambons avec étiquettes : « quality one » ! Des bémols pas moins fréquents pour le film « Séraphin ». Le jeune historien Champagne (brillant à Historia) chez Le Bigot ce matin. Il raconte Grignon : né et mort ici à Sainte-Adèle (il y fut maire), à quatre portes de chez nous, jeune décrocheur du collège Saint-Laurent, reporter un peu partout dont à « L’Avenir du Nord, puis pamphlétaire, un jour à gauche, plus souvent à droite, admirateur du réactionnaire Léon Daudet (fils indigne du merveilleux Alphonse). En 1933, le roman de son Alceste-Arnolphe-Avare (moliéresque tragique). Six ans plus tard, hélas, débute l’exploration et l’exploitation —il faut le dire— de son Séraphin qui n’avait rien d’un séraphin.
Champagne n’a rien dit du terrible papa de Grignon, médecin changé en dur agent immobilier, rapace (ma-t-on dit), âpre aux gains des spéculations douteuses. Contentieux grave de ce père « avaricieux » (?) qui eut le tort de se remarier. Il y eut même une petite maison construite (on peut la voir , rénovée, peinte en bleue derrière la fleuriste Hudon (ex-logis du père honni) derrière le vaste logis paternel où vivait la belle-mère haïe. Un tunnel-tambour (on en voit les traces) permettait les visites aux garçons rebelles ! L’auteur, devenu célèbre, gommait cette histoire. Freud —et Malraux— parlèrent du « devoir tuer le père ». Classique. Eh oui ! Je tuais le mien (ultramontain) en affichant mes convictions anticléricales, socialistes et séparatistes. Pour qu’il s’étrangle, je piétinais volontiers ses dieux : le pape, Duplessis, Salazar, Olivera, Franco. Devenu adulte, je comprenais ses peurs, son hérédité et je fis la paix avec lui.
5-
Le Marsolais « bon chien » chez « Power-Gesca-La Presse », parle de « redites » lisant « le tome 2 » de Normand Lester sur le Canada bien noir. Écorcher l’encombrant messager. Nuire au divulgateur : nos anglos en nettoyeur ethniques « coast to coast ! Dans l’Ouest, revêtus des sordides soutanes du KKK, orangistes enragés, haine viscérale des émigrants et des Canayens-français-cathos, des Chinois surtout, cela jusqu’au bout de l’Est (Newfoundland) où ils génocident radicalement les Amérindiens du lieu. Je suis toujours dans son tome un, je déguste. Ça ne cesse pas ces révélations sur « l’autre nation » montré avec documentation précise en racistes vraiment haineux. Ça renverse les propos répandus depuis si longtemps faisant de nous des fascistes indécrottables. Lecture indispensable pas pour moi le converti, pour nos endormis qui « dorment au gaz », oh oui, à offrir en cadeau aux nôtres, durablement complices fédérats ignares.
Aile me racontait hier un Guy A. Lepage plutôt incohérent en face de Martineau (magnéto). Il a donné en exemple les Américains « si solidaires entre eux malgré les dissidence occasionnelles ». Il aurait dit : « Il faut mieux nous tenir ici ». Ajoutant : « je veux pas forcer nos anglos —et émigrants— au français, juste qu’ils soient solidaires comme les Américains, qu’ils se proclament des Québécois, avec nous ». Non mais… Justement, aux USA :une seule langue. Pas ici, pauvre tit-Guy. C’est le lien essentiel qui manque exactement. Tout est là. Tout est dit. Il y a deux nations et ceux qui se campent « hors français » se diront toujours des Canadians ! Point final. Sacré Lepage !
Lepage a vanté « sa totale liberté » comme scripteur-concepteur à Radio-Canada. Oui, sur le plan social, on sait qu’il n’y a plus aucune sorte de censure, hélas, dans du spectacle qui entre chez les gens. Que mon cher Tit-Guy tente de noircir Ottawa, le fédéralisme, par un de ses deux personnages dans un de ses sketches, il va voir sévir Dame Censure et vite en p’tit Jésus… pas de plâtre, d’acier. L’innocent !
Avec mon « Exilé », si publié, serais-je un des invités au prestigieux quinzième Salon du livre de Guadalajara au Mexique l’an prochain ? Ce sera notre tour. Les écrivains cubains y sont à l’honneur ces jours-ci. Leur année de fête. Délicate opération. Il y a les auteurs interdits, exilés, en prison. Eh la la ! Oh ! La diplomatie se fait aller. On marche sur des œufs. Comique spectacle habituel. Connu. Langues de bois à l’ouvrage. Le Pen Club —Émile Martel (père ou oncle du Yann anglaisé ?) préside pour Québec-Canada— y est avec un « silencieux » pratique. Je ris de voir cette gymnastique foireuse aux Foires internationales de tout acabit.
6-
Le cinéaste gueulard —« on est tous des lâches et de mous, des endormis »— Falardeau lira sans doute l’Odile-devoiresque de samedi dernier: « Falardeau gueule contre « une population de « piscines à ph » et de « Reers » à protéger. Mais lui ? Il fait des piastres en masse avec ses pénibles films sauce « Elvis Gratton ». Ça va rétorquer je pense, gagez-vous ?
Le gras producteur Guy Cloutier surveillerait les invités de sa fifille Véronik à la série pop « La fureur ». Radio-Can co-diffuse avec la radio CKOI, furieux —en fureur ?— Cloutier aurait rayé d la liste d’invités faite un humoriste qui a osé quitter CKOI pour CKMF. Dehors ! Hon ! Questionnée Brigitte Lemonde, patronne à la SRC : « nous, on se mêle pas des listes d’invités, souvent changées, pour cette « Fureur ». Des Pilate-au-lavabo. Sans cesse.
Déchiquetage total du Denis Marteau théâtreux dans La Presse. À l’Usine C : « on dort » ! Le titre du Marleau : « Quelqu’un va-t-il venir »? de Jon Fosse. Titre de la descente en flammes : « Quelqu’un va-t-y y aller » ? Oyioille ! Juste pour cette année, Il y a 36 nouveaux textes québécois offerts rue Saint-Urbain, au CEAD. Marleau choisit ce Jon Fosse. Ces jours-ci, il y aura 10 lectures de pièces québécoises inédites, ira-y-il faire un tour le Marleau ? Les tablettes croulent au CEAD. Ils sont maintenant 2,000 auteurs en attente au CEAD. Merde, y doit bien avoir deux ou trois bons textes dans l’immense stock, jamais je croirai…
Vive la liberté ? Oui, oh oui. À leurs frais à tous ces « marloux déracinés »…pas avec l’argent public des citoyens d’ici. Toujours le racisme inverti :les autres sont les seuls bons.
7-
« Pu, capab », encore ! Cette Marie-Christine Blais, à la radio de Cbf-fm, (qui ne déconne pas) avec ses déplacements de l’accent tonique sans cesse. Inécoutable ! Est vivante, lyrique même, mais toutes ces voix d’adolescentes nubiles le nez bouché :assez !
Dans les gazettes, de solides placards en cahgies-culture chez tant d’éditeurs encore, hier et ce matin. Pour mon livre tout neuf : pas une ligne, rien ! Ma manie de me choisir des pauvres aussi. Ai-je ma leçon ?
Démolition totale du Tachereau nouveau par Cornellier. « Un grossier ramassis de niaiseries » ! Et bedang ! Le Brûlé éditeur doit fumer chez ses « Intouchables » ! Je touche et… je tue » : du Dumas ! Bémol grave sur le Lalonde récent où il romance à propos de la drapée Yourcenar. « On ne sait pas qui parle », Lalonde ou sa Marguerite réfugiée au Maine avec son égérie lesbianiste. dit la critique. Oh la la ! Au fait : peur pour mon journal. Ces temps-ci ça cogne dur !
« Aile, je dis, avoir cette plume à gel, « Cross Ion », suspendue au cou sans cesse ». Annonce lue. Comme un cow-boy dormait avec son revolver ». Cadeau de Noël : 29, 95 $ Elle sourit la mosusse !
8-
Lisez bien : « La mafia ou notre gouvernement : choisir ». Hen, quoi ? C’est que le publicitaire, J.J. Stréliski qui l’affirme en regrettant l’abandon subit par Loto-Québec de sa pub (payée cher). « Si l’État était pas là (le vice du jeu), la mafia s’y mettrait aussitôt ». Ah ben… Beau programme non ? Ça dit : vous souffrez d’une manie vicieuse ? Pas question d’interdire, rien désormais, « cé pas à mode man ». On va faire avec…Tranquillisez-vous, l’État va y voir. « Les bandits, la pègre, c’est nous autres: Loto-Machin ». Belle mentalité hein ?
Magnéto : on a revu « Double identité » avec le formidable John Cage et Travolta. Le sujet ? C’est bin la seule patente qu’on avait pas dans la mythologie gréco-romaine qui contient tant de métamorphoses cocasses ! Deux méchants petits dieux qui auraient échangé leurs visages. Forte idée hein ? Pour confondre les mortels. C’est cela le sujet du film titré « Double identité ». Fascinant. Hélas, c’est du tow tow et du bing bang ! Cent mille balles sont tirées et nos deux compères se relevaient sans cesse. Sauce connue. Une formidable idée (futuriste), avec savant chirurgien plastique de mèche avec la police de Los Angeles. Le brave flic (Travolta) avec le visage du bandit (Cage) …Et vogue la galère. En fin de compte, on éclatait de rire Aile et moi tant le scénario était mal ficelé. À la fin, famille nucléaire réunie :papa, maman et l’enfant mignon. « The end ». Beau dommage.
9-
La jeune Brazeau (sympathique jeune camarade à CJMS) se suicide en ondes à TQS, entourée, encombrée, de godemichés en plastique et autres épices débilitantes. Une fois pressée —un an, deux ans ?— ce citron en jupon n’aura plus aucune crédibilité, elle l’avait déjà (débutante) pas trop bien installée. Je trouve cela si triste…envie de l’avertir par une note amicale. Aile : «Mêle-toi donc pas de ce qui ne te regarde pas ». Bon.
L’affaire du gros nez d’Ottawa dans nos affaires de santé ? Landry frappe juste : Romanow en peint en bureaucrate soviétique fédéraste ! Si Mario-ADQ, John Charest surtout, avaient du courage, logiques fédérastes, ils oseraient un « Oui, oui, Ottawa verse du fric et veut que ça reste dans la Santé. Nous acceptons. Ils ont raison. » Au lieu de ça, ces hypocrites se la ferment : la peur électorale. La frousse : « Tout d’un coup que les Québécois seraient contre… ». Calculateurs infâmes. Pouah , ça pue.
Plate à lire ce spécial « Nouvel Obs » sur Nietzsche si vous n’êtes pas familier du jargon philo. Assommant. Ratiocinations imbuvables de spécialistes. Ça vase en nuances ésotériques sur un mot, deux phrases, trois extraits du Grand homme ! Déception.
À Canal Historia, encore un vétéran (Jean Vernier), fantôme de Dieppe. De 1942. À 15 ans, ça rêve action. À 18 ans, voici le petit chômeur, volontaire, bien con il a voulu de l’action, il en a eu un bref moment, il se fait écrabouiller sur un rivage normand. Durant 65 ans, médaille au collet, il va, une fois l’an, bavarder à en plus finir sur ces jours de grande noirceur. Privations terribles. Peur. Menaces. Odieuse prison allemande et cie. Triste leçon.
10-
Ce Dufort bien criard (en « Infoman ») me tombe vite sur les nerfs. Pas toujours amusant. Cette semaine : des platitudes rares. Il gigote en vain, girouette perdue. Il gueule comme si nous étions tous sourds (il n’y a que moi !). Non, on l’a assez vu. Qu’il décolle du petit écran maintenant.
Fou ? Ai eu envie de revoir, avant-hier, le ruban où je racontais le peintre, pionnier, décolonisateur premier de l’imagerie italianiste au Québec : Cornélius Krieghoff. Pas mal du tout. C’est moi qui vos le dit. Vous ne le verrez jamais. Refus d’ARTV. Je ne me console pas de ce rejet. Je voulais tant un nouvel essai avec le récit sur MAF, Marc-Aurèle Fortin, que j’aime tant. Le producteur et ami Dubois ne m’invite plus à ces essais. Me consoler un jour ? Il le faut bien.
Effrayant ce jeune témoin « en faveur de l’assassin en cour. Il est le fils grandi d’un tueur, Hotte, un agent de la RCMP. Pauvre garçon. Effondrement visible. Larmes. On le sent secoué. Sincère. « Mon père a tué mais… » Aile émue. Moi itou d’abord. Puis j’ai songé : dans cette cour, bien installer, en face du tueur et de ces bons témoins, les survivants de la tuerie. Il y a le fils —certes désespéré— du père assassin…Il verrait, droit devant lui, les autres désespérés, le fils du (ou de la) tué(e). Son père ou sa mère, ses sœurs ou frères. Pourrait-il continuer à parler en faveur d’un père assassin enragé un soir en bordure de la route Métropolitaine ? Un voix intime : « Claude, Claude, il y a le pardon…Il y a la compassion… » Je sais plus quoi dire. Se taire.
Avant-hier soir, je revenais le bras chargé de l’École hôtelière : poissons, de l’agneau et des calmars, 20 tomates ! Viande à chien que c’est pas cher ! Aile contente. Il y avait aussi du bon frais chocolat. Ai fui ! Sans me retourner. Quel brave gaillard va !
11-
À la gauche de mon clavier, encore plein de coupures, souvent étonnantes, faites dans mes gazettes du jour. Non. Résister. Un journal c’est pas trop de journaux ! Ça ira dans un grand sac au pied d’un placard avec le reste. Pour…pour rien !
Mardi en ville pour T.LM., mardi interview avec ce jeune Dohohue de « L’Express d’Outre Mont », mercredi grand pow-wow de Noël à Radio-Can, buffet promis, avec les anciens et les actuels travailleurs de télé. Aile et moi : envie de revoir d’anciens complices du réseau français…
De retour ici, jeudi, au journal…pour en finir avec le journal ?
En y pensant, pincement au cœur alors, c’est fou.
Me répéter : il y a cet « Exilé » à pondre. Songer : mettre ça sur mon site, chapitre après chapitre, les corrigés aussi…un « work » en progrès ? Montrer les efforts, les ratures, les virages, les déchets…Ça captiverait qui ? Doute ! Pas une bien bonne idée. Marco, tiens, va me conseiller.

Le vendredi 29 novembre 2002

1-
La belle neige, immaculée conception céleste, partout ce matin ! Ai perdu mon trousseau de clés ! Quand ? Où ? Je fouille partout. Merdre ! Robert Sansfaçon du DEV me fait comprendre que les permanents du canard détestent les pigistes, ces « voleurs d’espaces » que l’on chicane tant. .. Le dit pas aussi clairement. Mais je connais bien la situation. Partout où j’ai sévi (« le gars qui a un papier « libre », à humeurs, sans devoir s’asseoir de jours au journal !) j’ai senti cette…jalousie. Il me dit aussi « pas d’argent ». Je devine bien. Tant pis, le lectorat de l’avenue de Bleury se passera de mes lignes géniales, n’est-ce pas ? Il termine avec un mince espoir… « si jamais, un jour… » Ouen, ouen !
Le Salon du livre de l’Abitibi me veut. J’irai. Je voudrais revoir cette belle et austère province québécoise. L’hebdo « Accès.. » parlera de mon « À coeur de jour », en ai la promesse. Bien. Je ramasse des notes, fait un plan vague pour mon « Exilé, Ernesto ». Le ferais-je ? « Je suis parfois enceinte… » comme dit un topo pour la série « TABLO » annoncant mon passage pour cette semaine à ARTV.
2-
Carole-sommet-bleu n’est pas revenue ici ce matin comme promis, je suis sans « Wordl machin ». Promesse non tenue. La soeur de ma bru bosse comme une négrese (hon !) ces temps-ci. Contrats variés pour cette ordinophile échevelée ! Je lis dans mes deux magazines d’Histoire: j’en apprends. Sur le bouddhisme. Ouash ! Fatras (pseudo-philosophiques) semblable aux religions en titraillements. Les commentateurs expliquant (savamment ?) les premiers gestes du père fondateur. Oh ce Jésus…qui n’a pas écrit, lui, une seule ligne, hors ses barbots dans le sable face à la femme adultère…qu’on allait lapider (salut Nigéria !). Jésus qui ne voulait pas fonder une religion, lui. Le divin Bouddha malmené est exilé (sa pensée, très commentée ) en Indochine, en Chine, au Japon, et …en Californie plus tard, au Québec comme en France, mis à mille sauces.
Lecture aussi sur la Renaissance dans ces magazines de vulgarisation. Bonnes critiques sur des enflammés de cette époque. Lire c’est s’instruure. Sur Napoléon.
Sur tant d’autres sujets, « pas hot », mieux, toujours d’actualité tant la planète est le sujet des gloses le plus diverses. Longs et fascinants articles sur les Protestants, sur Luther et sur Calvin. Je garderai tout cela pour la branche-Barrière, convertie aux baptistes évangéliques, virage dont j’apprcie soivent les bienfaits et qui me donne même parfois la nostalgie d’une église, d’une quoi, d’un lieu de rassemblement commun, de paretage d’une…foi. Je ne serai jamais un vrai mécréant ? Ce projet de roman, justement, me fera plonger dans ce monde: vertu, dévouement total, mission, interrogations sur être ou avoir. Le grand âge venu, ambition de laisser un livre important…un bouquin pour faire réfléchir (moi, le premier). On verra bien.
3-
André Pratte à La Presse est un chien. C’est Alain Dubuc qui le dit. Hier. À McGill. Lisez, verbatin: « À l’intérieur de la page éditoriale (…) l’influence du patron (propriétaire) se manifeste « . ? Clair non ? Relire « Le chien et le loup » de Lafontaine. Sur la liberté mais « avec collier ». Pratte en page éditoriale est un chien. Je suis un loup. Sans espace public populaire pour m’exprimer et influencer. Ah ! Pas de braillage, c’est le sort du loup. Ta gueule et… « il court encore », dit le fabuliste. Je cours. En liberté totale.
Oh le beau et bon film d’une cinéaste douée hier soir au « Pine » en bas de la côte Morin. « Comment j’ai tué mon père », un récit fascinant. Michel Bouquet en père dénaturé y est éblouissant. Aile les larmes aux yeux. Trempes les miens. Effrayante rencontre entre un jeune gérontologue à grand succès, avec clinique florissante et splendide domaine à Versailles, proche de Paris, et ce papa revenant, fantôme. Le père qui, soudain, fuyait ses responsabilités…en ex-colonie africaine. Qui est revenu en France les mains vides, voir ce fils abandonné. Il a été chassé par les émeutiers en chamailles tribales là-bas. Face à face troublant. Des cris à la fin. Quelques répliques consistantes, impitoyables dans ces pitoyables retrouvailles. L’excellent cinéma d’auteure.
4-
Ma Francine, ici hier, avec des potinages fous. Une « échappeuse de noms » (names droper) forcenée ! À l’entendre X, ce pieux preacher (radio de soir, etc) n’est qu’un fumiste, un vil imposteur, amateur d’orgies, de bacchanales « raspoutiennes ». Mythomanie, probablement. J’en connais de ces divulgueurs de « vie privée », ils répandent et agrandissent des légendes urbaines folichonnes. Me méfier chaque fois car il m’est arrivé d’avoir pu vérifier certains bobards ‹sur l’animateur Giguère par exemple avec qui j’ai travaillé longtemps‹ et de constater des inventions absolument niaises. On veut quoi, se montrer intéressant ? L’on craint n’être pas assez captivant soi-même et l’on sombre alors dans le bavardage mondain ‹et diffamateur‹ éhonté.
À la télé hier soir, zappinage, « Trudeau » la suite, RDI, T.Q, « Le septième », un bon docu: sur les « junketts », ces patentes alléchantes payés par les firmes de cinéma riches. Bilets d’avion offerts pour rencontrer une vedette à Los Angeles, par exemple. Les participants se défendent. Bien parfois, bien mal aussi. Une certaine gêne. Isabelle Massé troublée par des questions d’éthique. La jolie Miss Diaz-nez-bouché aussi, il me semblait. Le reporter et critique Daniel Roux, si vieilli, tous, montrés en collabos pas toujours embarrassés. Ce Rioux (souvenir) je l’avais toisé vertement un jour ‹à mon micro de CJMS‹ à propos justement de ces ententes louches. Enragé, il m’avait viré raidement. Seule la vérité blesse ? Le voilà devenu plus prudent si j’en crois sa méfiance actuelle face aux « acheteurs » de chroniqueurs ‹logés, nourris, voyagés gratuitement.
5-
À Historia: le New-York de jadis bien raconté. Le temps de la Crise. Le « new deal » de Roosevelt.Le fameux urbaniste Robert Moose, qui va unifier New-York joignant le Bronx, Queen et Long Island avec ponts et tunnels nouveaux. Des cimenteries s’installent partout. Des jobs enfin pour les mal-pris. 180 millions de dollars (du temps) qui rouleront. Harlem qui éclatera, premiers émeutiers, bien avant les conflits du temps de Kennedy et de L.B. Johnson. Un personnage grouillant, visionnaire, un tribun habile, avec ses audaces, ses visions modernistes: de nouveaux parcs, un « périphérique » sur les berges de l’Hudson enfin nettoyées ‹comme Paris beaucoup plus tard. Le maire La Guardia, méprisant le populo, très jaloux de ce développeur inouï. Des images de ces années ’30 sur films en noir et blanc. L’Expo universelle de 1939 dans Central Park. Pavillons futuristes comme ici, en 1967.
Immense pavillon de G.M. prévoyant (maquettes futuristes en animation ) une cité sans plus aucun piéton, avec plein d’automobiles dans des corridors multiples partout, autoroutes urbaines à dix voies ! Une mégapole sur roues, bien remplie de véhicules: drôle l’égocentrique vision futuriste « sauce véhicules ». Un prêche visuel pour la « paroisse G.M. » La guerre qui surgit dès las fin de 1940, qui stoppera ponts, viaducs, tunnels, métros nouveaux …en construction ou sur plans. Tout ces projets fantasques qui figent ! La ferraille de cette expo ramassée pour l’effort de guerre. Quatre ans d’immobilisme.
Enfin, à TV-5, images toujours troublantes du Nunavik, des gens primitifs tiraillés. 4,000 ans de survivance héroïque ! Je ne me lasse pas de cette imagerie arctique si nue ! Une culture âpre, sommaire, us et coutumes de ces Innuits bouleversés par des Blancs qui montent enseigner…le progrès. Fameux documentaire. Ma foi, sans cette télé des canaux spécialisés, où irais-je donc fureter ? Je lirais.
Rencontré mardi un Guy Provost amoché dans le hall de la SRC. Il sort d’une autre opération. « La cariotide cette fois », me dit-il. Il aura 77 ans bientôt. Il m’a semblé si fragile. Oh oui ! Rencontré un de mes éditeurs, Lanctôt, mardi soir, à La Moulerie. Installé dans un recoin du restau avec une jeune beauté. Froid plutôt, a constaté l’amie Marie-Josée à qui je le présente. Bouderie qui dure depuis mon… envolée chez un rival, Beaulieu ? Sais pas. En tous cas, clairement, pas envie de bavarder avec nous trois. Moi qui avait envie de lui parler d’ « Enfant de Villeray » à éditer en poche…Bon, bon.
6-
Aile effrayée, troublée, et moi itou, quand nous regardons, à Tv-5, (« Envoyé spécial ») un reportage sur l’inceste familial. Une fillette qui doit dénoncer son père. Oh ! les ajustements tatillons à faire en cours d’une telle enquête. La police avec des psys spécialisés. On marche sur des oeufs. La crainte d’enfreindre la loi. Ce père dénaturé, dans une salle « à rencontre fatidique », qu’on va piéger. Bête immonde, à la voix qui s’étouffe face à sa fillette, pas loin, qui enfin le dénonce, on met du « bip » sur les paroles crues énoncées « Tu n’as jamais été un papa », criera-t-elle, « c’est ma mère qui est mon père maintenant ». On la voit s’éloigner dans un couloir, sa petite main dans celle de sa psy. L’incestueux ‹ »elle me provoquait en dansant nue devant moi »‹ tremblant de peur trop tard, aux aguets, il frémit, sachant bien qu’il aura 20 ans de prison au bout de ce chemin tortueux « de faire la preuve ». Une émission fascinante.
7-
Chez Arcand en direct (TVA) : Yvon Deschamps et Lise Dion, franche et naturelle toujours. On cause « argent vite gagné (par millions) quand on vient d’un milieu pauvre ». Formidables aveux de nos deux populaires humoristes alors qu’Aile et moi nous nous attendions à une émission ennuyeuse. Oh non ! Deschamps:  » Des pauvres oui , mais il y avait dans mon coin de Saint-Henri toute la parenté, des cousins et cousines par dizaines donc une sorte de chaleur humaine. Le clan ». Il dit aussi: »C’est curieux, ma belle maison à Westmount se trouve juste en vis à vis avec ma petite rue d’en bas du Mont-Royal. Juste en ligne droite  » ! Il dira encore: « il y avait pire que nous, la vraie misère, une famille voisine habitant dans un garage, un hangar quoi ». « Je suis un vieux millionnaire de gauche » car il avoue ne jamais arriver à se vivre en riche. a fait une crise. Ne sachant plus qui il est. S’achetant une moto, jouant à être « autre chose », N’arrivant pas à s’adapter à sa richesse nouvelle.
Lise Dion est de même farine, parle de sa mère en pavure et toujours fatiguée « femme de ménage ». Sa honte. À l’épicerie, au comptoir, devoir soudainement éloigner des ingrédients trop chers. Parle aussi de « pire: « J’ allais porter des biscuits de ma mère à des miséreux du quartier ». Humiliée à son tour: elle fut mère monoparentale, deux enfants à élever, pauvre serveuse de café. La reproduction fatale ? Non. Destin ? Son soudain succès « à faire rire ». Phénoménal. L’argent à flots. Oui, on se trompait: un trente minutes trop court, extrêmement captivant.
8-
Après le lunch tantôt, suis sorti. À quatre pattes dans la neige ‹qui tombe toujours abondante‹ sonder les abords des trottoirs de bois. Espoir farouche de retrouver mon trousseau de clés. Aile se creuse les méninges: savoir quand, exactement, ces clés disparurent. Où ? Je cherche, je récapitule les moments des deux derniers jours. On fait toujours ça, non ? Puis: plus du tout certain de rien, c’est classique. Avais-je mes clés quand on a quitté le studio du Chemin Bates jeudi midi ? Ah ! Suis-je allé aux journaux hier matin avec mes clés ou celles d’Aile ? Ah ! À l’école hôtelière avant-hier… Ouash ! Casse-tête. Sais plus trop. Enfer ! C’est rien les attentats d’hier au Kenya… Fou non ? On perd ses clés (ses cartes de crédit, ceci ou cela) et nous voilà à l’envers. Comme si on nous avait trouvé un cancer ! Ridicules petits bourgeois occidentaux. Des clés, ça se refait. Les « amputés de guerre » me les enverront par la poste, non ? Je veux me calmer.

Le jeudi 28 novembre 2002

1-
Ouf et re-ouf ! De retour à ma machine. La Carole-sommet-bleu, après « le nettoyage » de mon fils dimanche dernier, sort (épuisée) de remettre en ordre l’ordi. Mon calepin déborde de notes. Soleil ce jour d’hier quand le triomphe « Alouette-foot » défilait dans la rue Ste-.Cat. Delphis et sa Francine-vendeuse-d’aquarelles sortent d’ici pour retourner à leur lac proche de Lachute. Mon aquarelle du Jésus saignant, « pas vendable » dixit F., m’est revenue. Je la garderai en souvenir de cet été 2002 à barbouiller pour « La Maisonnette » de Soeur Gagnon.
Téléphone hier, Chemin Bates, l’ex-reporter et puis relationniste, Marcel Brouillard:  » Claude ? J’ai lu ton « À coeur de jour ». Oh ! Premier écho. Pis Marcel ?  » Tu es comme un frère tant j’étais d’accord avec toutes tes opinions. Un frère ! » Content de constater qu’un tel journal sert à cela aussi: confronter (ou non) ses humeurs, ses sentiments, ses émotions et les polémiques… avec un autre, celui qui les publie.  » Moi je pourrais pas faire ça, je saurais pas… Ça m’a fait du bien de trouver toute cette concordance, Claude ».
2-
Mon Marcogendre au téléphone, je lui parle du maudit charivari de mon ordi et il persifle: « Ah , c’est ça le i-mac  » ! Oh lui ! Vu hier un docu sur le navigateur-courseur Rouch, « Perdu en mer ». Toujours étonné de voir des hommes, mûrs, risquer tant pour ces courses de voiliers. Risquer la mort ! Sportifs inimaginables pour le sédentaire bonhomme que je suis. J’achève le brûlot « Larose n’est pas… » Deux textes (vers la fin de ce mince bouquin) de Jean-Claude Germain m’épatent. Un ex-dramaturge qui sait fesser ‹sur la peur de s’affirmer‹ et avec brio, politiquement fort bien armé. Chapeau !

Sheil-drapeau-Cops verse de l’argent public via Patrimoine-Canada à des éditeurs qui ont imprimé ces livres (très illustrés) subventionnés en Chine. Ou aux USA. Ça gueule en Chambre des..communes ! À Ottawa Doris Boivin, tête de fouine bureaucratisée, rétorque: « Quoi ? Pourvu que ça soit de succès » ! À Québec (Sodec), Louis Dubé, tête de fouine aussi, se défend: « Pourvu que ces livres fonctionnent bien en librairies ». Non mais…
Dans notre cour arrière, le chantier évolue, Chemin Bates. Très puissant portrait des travaux modernes. Impressionnantes structures, Aile et moi regrettons de n’avoir pas pris des photos de ce work in progress. On ditrat d’énormes sculptures éphémères de Christo. L’enveloppement (toiles de plastique opaques) de ces murets, de ces fondations de béton, fait un paysage troublant. Le soir, c’est encore impressionnant quand nous rentrons (de La Moulerie hier) : silhouettes inquiétantes, écorchements austères dans la nature éventrée, éclairage de sécurité avec ombres des arêtes de fer, graphisme violent de tiges d’acier agressives, ce building en élévation constante. « Et plus de soleil le matin quand ce sera tout dressé », se plaint Aile ! Eh !
Dans Hochelaga on se plaint du déménagement d’une structure riopellienne oubliée, abandonnée, mise dans un recoin anonyme derrière le Stade O., que l’on déménage au centre-ville. J’aurais voulu voir cet ouvrage, je n’ai vu que des photos. Pas bien certain d’un bon et solide Riopelle. Bof, on va y paquer des jardinets, du feu permanent, de jolies fontaines, ça devrait bien paraître. Maquillage ? Suis allé, mardi, chercher mon oreillette neuve rue Fleury. 2,300 $ Aïe ! Là, je vais vous entendre 10 sur 10 ! La jeune prothésiste: « Oui, il fallu la refaire, ils (ce « ils ») avaient coulé trop de plastique dans le moule fait ici de votre creux d’oreille… » Hum…Ouen, ouen !
3-
Après ma chère bavette saignante aux oignons de La Moulerie, appel chez ma fille:  » Écoute, pour Noël, au lieu de cette déchiqueteuse offerte …Aile et moi n’avons que deux vieilles serviettes de plage, usées à la trame, alors.. Éliane:  » Ouin, à ce temps-ci de l’année… bon, je vais chercher papa  » ! Appel de mon « ex » « Leméac éditeur » hier midi: « Un éditeur anglo de manuels scolaires, à Toronto, veut un extrait de votre roman « Le loup de Brunswick city », on peut lui dire « oui » ? J’en profite: » Si vous pouviez me dénicher un éditeur à Toronto, j’ai une bonne traduction en anglais de ce « Loup ». Elle: « Ah oui ? On a des contacts là-bas. Je vais voir. Je vous reviens ». Le compagnon de Carole-Sommet-Bleu a fait ce travail, Paul Paltakis. Il va être content.
Téléphone tantôt de la Marie-Tous-Les-Matins:  » Notez bien cela m’sieu du Jasmin: trois topos à préparer pour enregistrer d’avance. Les 6 ( mes bonbons en ménagerie), 13 (un conte de Noël avec enfants en studio et 17, ( un party des fêtes). C’est bien noté. Elle ajoute: « Pour mardi prochain, table ronde avec deux actrices grands-mères: discussion sur ce que « peut » et « doit » faire une mamie. Ou un papi. D’accord » ? Je suis d’accord.
4-
Mercredi visite impromptue au chalet de deux voisins, Jean–Paul et Maurice. Ils viennent nous sonder: pour ou contre la fermeture, la vente, du Parc Grignon, en bas sur la 117. Moi…je balance. Avec l’argent la municipalité va installer un parc tout neuf ‹à l’emplacement de l’ex-hôtel Montclair, j’en ai parlé‹ en haut de la côte Morin. Jean-Paul:  » En bas, c’est plein de jeunes poucheurs de drogues « . Aile:  » Pis ? Quoi, ils vont montrer en haut, c’est tout « . Je grimpe à ma salle à clavier, après tout c’est Aile la proprio du domaine ici, non ? Aile est ‘ »contre » l’installation du gros marché Métro dans ce parc vendu: « Déjà cette 117 est bloquée sans cesse, non  » ? Ça grogne chez les deux mâles. Je rigole. Débat en bas.
Tremblay ne pîpé pas un seul mot. On va faire un film en anglais de ses fameuses « belle soeurs » mais ce sera dans un tout autre monde., À Stéphanie Bérubé Michel a parlé de ma « Germaine » qui est allé pleuré en France et en Espagne. « Ça a donné de très bons résultats « , dit-il. Il a raison. Il sait les changements. Il s’en fiche., Il veut voir son histoire traverser les paramètres du Plateau pauvre des années 50. Il faut bien. En effet, on va bien voir…à la condition qu’on ne démantibule pas complètement son oeuvre tout de même. C’est à suive, à voir.
5-
Nat Pétro, une envie subite ?, refait surgir l’horrible drame familial d’un fils de juge, d’un petit-fils de pionnier valeureux: Alain Montpetit, frère de l’animatrice Francine Montpetit, ex-épouse de Gérard Poirier. Ce Alain se tuait, drogues ! Il est enfin accusé ‹on vient de refermer le dossier à la police new-yorkaise, une fille-témoin a fini par avouer qu’elle avait menti pour protéger ce Alain‹ du meurtre d’une jolie mannequin québécoise à New-York, il y a très longtemps. C’est une histoire qui illustre bien d’ex-colonisés, de ce pitoyable petit monde des « jeunes aspirants candides à la gloire ». D’une grande tristesse. Combien sont-ils, Québécois rêveurs, en ce moment même, à espérer la célébrité, talents mal taillés qui attendent dans des appartements minables que Dieu-Manhattan ouvre ses grands bras dodus ? Plusieurs sans doute qui se joignent à tous ces « chercheurs de carrière » venus des quatre horizons des États-Unis. Une armée de floués…peu d’élus. Si peu.
Dimanche la « une » à Joyce Carol Oates (USA) , par Nat Connard, dans La Presse quand viennent de paraître des dizaines de nouveaux romans ici depuis le Salon du livre et avant. Mépris. Le racisme inverti se poursuit ! Miss Oates cherche ses racines (Hon !) dans ce « I’ll take you there », Collard écrit: « les critiques (là-bas) sont loin d’être dithyrambiques… » Quoi ? C’est assez bon pour la « une » du cahier-livres au Québec, c’est ça ?
Dany Laferrière, nouveau chroniqueur en cahier- spectacles (?) (La Presse) déménage à Montréal. « La vie dans un camion « , dit-il. Oui, un « truck » qui n’arrive pas vite, il attend… sa vie miamienne (Fla) tassée dans une boîte montée sur quatre roues. Même canard, Céline Tessier (de Trois-Rivières) :  » Nous sommes ce que le regard des autres fait de nous « . Elle dit aussi que les mots tuent (sartrienne ?). Vrai et faux à la fois. Personne n’est obligé de rester sous une lumière défavorable, désavantageuse. Ni sous la pluie des mots blessants. Il faut rompre parfois. S’éloigner de ce regard humiliant d’un autre… qui nous rapetisse. Je l’ai fait souvent. Cette Céline trifluvienne recommande « la tolérance », moi, je recommande « la fuite » alors et vite hein !Ceux qui restent là, écrasés, sont des masochistes.
6-
C’est Louise Beaudoin qui a raison. Elle n’éprouve aucune surprise et n’est point scandalisée face à ce Canada « english only » , partout même en stade de foot. Faire la même chose: cesser les Ô CANADA en anglais au Québec. Il y a deux nations, c’est tout. Il faut être des cons ‹comme Trudeau‹ pour s’imaginer bilinguiser tout un continent, allons. Ceux qui grimpèrent aux rideaux dans le « west country » sont de pathétiques rêveurs. À propos de PET, bien faite la série sur lui à la CiBiCi. Bien menée. Fameux talent. Chapeau.
Mémère Simone Cousteau, vraie dirigeante du fameux « Calypso », l’océanographe célèbre, regretterait à présent la négligence de sa famille. Trop tard ! « Les intouchables » publie un livre sur cette « Âme de la Calypso » et Robert Laplante raconte la grand-mère racontée. « Elle regrette d’avoir sacrifié sa famille au profit de sa passion  » Eh ! Grandie au Japon, ancrée maintenant à Monaco, la mémée pleure. Bien content de n’avoir pas vécu une telle passion au détriment des miens. Tant pis, la passion finit en remords, on le sait trop. On pourrait nommer des noms fameux installés sur des ruines lamentables qui ravagent « les fieffés passionnés » devenus vieux.
Une jeune chanteuse, haïtienne adoptée ici, ne voulait rien savoir de ses origines. Bizarre ? Non. Il y en a. Malaise curieux. Préférer ne rien savoir. Mélanie Renaud, bien jolie, talentueuse (vue au Grand blond et au Gala-Sdic), parle volontiers de religion, a même une médaille de Saint-Joseph (offerte par une amie). Porte bonheur, fétiche, paganisme ?, nous serions surpris de savoir chez tant d’artistes de variétés de ces croyances candides. Longtemps scénographe de télé dans ce milieu, j’ai pu obtenir des confidences ‹sur le sujet‹ fort étonnantes. Elle a refusé carrément l’idée d’un prêtre en ombre persistante dans un clip-vidéo « car il y jouait un rôle ambigu. Eh b’en voilà ce que c’est que d’avoir du caractère. Bravo !
Le vieux Faust voulait rajeunir, on le sait, et signait un pacte avec le diable.
Anna Prucnal, actrice et chanteuse, dit qu’elle a toujours 12 ans ! Pouvoir stopper le temps, songe-t-elle. Eh !
Le temps ne me fait plus peur. Jeune, j’ai oublié d’y penser. Devenu vieux, je fais face à l’échéance. Et…en attendant… je descend pour la bouffe du soir. Oh vie suspend…tout ce que tu voudras !

Le lundi 25 novembre 2002

1-
Ah, bonhomme Galarneau revenu dans notre ciel enfin !Éclairage tonifiant. Ça réjouit le cœur (les yeux d’abord). Je vins de quitter une radio (par téléphone) de Québec. Question avec vox-pop : « Falardeau et les Patriotes, une fête en février (la pendaison de Delorimier), pour ou contre. J’ai voté « contre ». Ai expliqué pourquoi. Sinistre de fêter une pendaison, non ? Me range avec Bernard Landry pour fêter « les Patriotes », Delorimier compris) en mai ( durant le si beau printemps québécois), jour consacré à Dollar des Ormeaux. Qu’il se tasse un peu de sur son pavois le commerçant de fourrures. Le sondage-maison, dit l’animateur Tétreault, donnait un peu « en avance » mon choix de congé national.
Ce matin, Sainte-Adèle dans les gazettes de la métropole. Le maire Cardinal en faveur de vendre le parc du bas de la côte (Morin) pour le réinstaller en haut de la côte. Là où existait l’hôtel « Mont Clair » (et le très populaire dancing « Red Room », très fréquenté par tous les skieurs modestes jadis). De opposants luttent fermement pour empêcher de déménagement. Aile : « Quand je pense que le marché Métro (quittant le centre commercial) s’installera là en bas, cohue augmentée de véhicules sur le boulevard déjà encombré ». Mo ? Je serais pour deux parcs, un en bas (mieux aménagé encore ) et un autre en haut. Y aura jamais assez d’espaces verts dans notre gros village, aux allures de « petite ville » dorénavant. Évidemment , les marchands des alentours aimeraient l’achalandage d’u gros marché (Métro-Chèvrefils) en voisin de leurs modestes boutques. Encore une affaire fleurant les odeurs de « chambre de commerce », je le crains.
Téléphone encore ! Marie-Claude (de Tous les matins). « Ave cette affaire « pénis-Pierre Lalonde, on abandonne notre idée de débattre avec vous, en table ronde, « sexualité chez les jeunes qui ne quittent plus la maison des parents ». Bon. « Oui, accepteriez-vous, demain, de polémiquer sur : « l’actuelle consommation compulsive versus la simplicité volontaire » ? Bien.
2-
Deux rêves samedi : un, bord de mer, ma fille y est, des gravats partout (encore ça ?), y a eu effrayant raz de marée récent, paysage bousculé, tout (à Ogunquit ?) est sans dessus dessous, désolation ambiante, groupe de furieux nous menace, masqués, je reconnais les acteurs Messier, Meunier (?), la peur, Éliane tremble, des « guidounes » grimées se pavanent derrière ces trublions (lecture du Poulin hier ?), on ne sait trop par où les fuir. Je me réveille.,
Deux : une turbulente école de commerce, HEC ?, brillants orateurs à une tribune, débats orageux, y suis-je prof ou étudiant ?, c’est flou. On finit par me sommer de trancher sur une question qui ne m’est pas familière, que je ne sais pas, on m’empoigne pour me hisser sur la tribune des orateurs, mon embarras extrême, je veux me sauver. Je me réveille.
L’épouse de mon neveu musicien (fils de Marcelle, ma sœur) Gilles (Delorme) chante. Depuis longtemps. Galas modestes, mariages, etc. Je l’ai entendue souvent, dernièrement à une fête italienne. J’avais voulu la présenter dans une émission (« Star d’un soir »), hélas, ça n’avait pas fonctionné. Cadeau d’une cassette. J’écoute. Plusieurs fois. Amateur de chansons italiennes, je la trouve extra. Alors, je me questionne : combien de talents de cette sorte tentent de sortir de l’anonymat ? Des centaines, des milliers sans doute. Rien à faire ? Les bureaux de tous les producteurs encombrés sans doute de ces aspirants « à plusse de lumière »? Sans doute !
3-
Lalonde quittant une émission « en direct » : souvenir. Réal Giguère a invité Moreau le jovialiste farfelu. J’y suis. Le Dédé philosophe déclare que la Bible n’est que pornographie. Je sursaute. Je le somme de répéter son assertion. Il le fait, en rajoute, hilare. Je me lève et je quitte le studio. J’avais reçu une tonne de messages d’encouragement, de félicitations. Ce matin, Boisvert et Nat Pétro (La Presse) commentent le geste de Lalonde. Nathalie pour le moquer, attaquer « les vieux » puritains. « Tous ces « vieux » vivent hors réalité actuelle », dit-elle !
Oh là ! Yves Boisvert, lui, explique que tout ce vaste public félicitant Lalonde, (le « pénis à rallonge » de Martineau, commenté les laisse froid) admire avant-tout le fait d’oser faire se rompre le ronron prévu —intimidation environnementale d’un studio— d’invités. Je crois qu’il a raison. Autre souvenir, à « Altitude 755 », à TVA, je me fâche tout rouge contre Dodo qui tente de me faire taire à propos d’un film que je critique vertement. Encore là, paquet de félicitations, éloges dans Le Devoir. On aimait voir un invité « sans gloriole » remettre à sa place une « star » populaire ! Contentement par transfert.
4-
Avons vu, hier soir à ARTV un texte de feu Robert Gravel : « Durocher le milliardaire », déjà vu à sa création rue Fullum. Une rigolade. Le crésus —muni d’une fille nymphomane et d’un fils inverti sexuel harceleur— fort bien incarné par Jacques L’Heureux, répétait que « l’argent seulement fait le bonheur ». Ce prêche à de pauvres artistes de cinéma venus lui quémander une subvention. À la fin, Aile : » Le message de Gravel, c’est quoi au juste ? » Elle rigole. Je dis : « J’sais pas hein ? Absurde. Beckett, Adamov, Ionesco ? Gravel, avant de mourir, a pondu deux autres pièces de cette eau mystifiante dont « Il n’y a plus rien », une charge d’une noirceur absolue. Il y avait donc chez ce dynamique inventeur des « Impros », un ton nihiliste troublant; cet apparent joyeux troubadour, avaleur compulsif de bonnes bières, un fond de désespérance quasi insupportable. Mystère d’une vie.
Vu aussi hier soir un Paul Houde en humoriste à nu, voulant montrer de la profondeur ave une Denise Bombardier jouant, elle, la poupoune fardée, faisant du charme, éclaboussée de lumières flatteuses…Ouengne ! Ça sonnait faux des deux côtés du divan de Denise. Houde —brillant ironiste et imitateur— pas du tout naturel et ne répondant pas vraiment aux questions. Mon tour —« Parlez-moi des femmes »— s’en vient (ruban enregistré cet été) et on verra qu’avec moi, la Bombardier n’a pas joué ce rôle de ratoureuse énamourée. J’aimais mieux.
5-
Ce matin, j’ai ri. Je me lève le premier (c’est rare), je veux éviter le bain mousseux tout coulé pour moi, et, sur la pointe des pieds, je vais me débarbouiller et songe à cet œuf du matin (rare). Soudain, bang !, nez et pied dans la porte, elle est là : « Oublie pas de prendre ton bain, demain ton studio et ton départ à toute épouvante, je te guette mon sacripant » ! Oh, me dis-je, que les enfants d’Aile auraient souffert : une maman épieuse, surveillante, un œil de lynx, une oreille de…Bon. J’ai pris une douche en vitesse.
Bazzo ce matin avec le pianiste émérite Alain Lefebvre : causerie de jet set avec choix de parfums ruineux et colifichets luxueux. Un couple de mondains raffinés. Ouash ! Superficialité qui me désole toujours.
Hier, mon Daniel ici : « Je viens remettre ton ordi comme à neuf, pops, j’en ai pour des heures »! Le gentil fiston. Fier de lui. Ce ne fut pas facile. Voilà qu’il appelle à son secours sa belle-sœur Carole du Sommet Bleu. Je monte voir le duo pitonneur. Oh la la !Ça farfouille dans les icônes ! Problème pour connecter mon imprimante. Sortie du « ivre », des dossiers. Cassette de base insérée dans la fente. Du Chinois pour moi. La soirée à suer à l’étage, les pauvres. À la fin, tard, ils s’en vont, satisfaits. Mille mercis pour le nettoyage !
6-
Buissonneau me disait : « Merde, quand je reviens à Paris, ils disent tous que je suis devenu un vrai canayen, me reconnaissent plus ! Et, ici, je reste un « maudit français ! » Hier soir , docu de télé, des Égypto-québécoises, même rengaine. En Égypte, elles ne sont plus reconnues en vraies égyptiennes ! Ça les enrage. Quoi, l’intégration nécesairee fait cela et c’est inévitable. Oui mais elles diraient : « ici, on passe toujours pour des Égyptiennes ». Eh… Il faut attendre combien de générations, exilés de tous les pays ? Part m’installer ailleurs dans le vaste monde, resterais-je longtemps le « canayen » du lieu ? »
À Canal D : docu sur « machine-gun Kelly », un « wanted live ou dead », aux USA. Ale : »Oui, j’entendais parler de ce type, jeune ». Moi : »ton père sans doute… » Aile : « Oh non, papas ne nous parlait jamais de ce actualités, passées ou récentes, il ne parlait que d’affaires. Et de la bourse où il jouait…et perdait ». Mon père ultramontain : « La bourse, mes petits enfants, c’est un vice, c’est un mal ». Deux pères !
Chez Charrette-du-dimanche :Véronique Cloutier. Images alors en noir (Christiane) et blond (Cloutier). Elle : naturelle intact. Fait plaisir à entendre. Franche, lucide sur son image. Chapleau caricature sa propre image. Bonne santé. Le Saïa, devenu cinéaste (« Les dangereux ») en « ploggueur » timide. Un nouvel humoriste déboule en mots cocasses. Succès durable ? On verra. Dominic Champagne , éreinté raidement par La Presse (« pas de texte dans son show théâtral »), ce matin là, fait face avec son « Vacarmes… » en cours rue Fullum.
7-
Chez Ardisson à Tv-5 : Guy Bedos se laisse fêter. Soudain, algarade, une envoyée des victimes du drame de Toulouse. L’explosion funeste. « Total » qui refuse de payer pour les victimes. Le scandale :un ministre (Borloo) accouru tente de calmer tout le monde. Promesses de réparations. on voit pas ça aux USA, un show de variétés qui vire à la discussion sociale enflammée ! Cher France ! Bedos : « la charité privée, en ai marre. L’État doit régler ces choses. Assez des artistes et des campagnes de charité ponctuelles en cataplasmes ». Bravo ! Il a raison. On y a vu le chanteur Higelin comme une vieille femme dépravée. Bizarre vision. Il bafouille son accord avec la révolte de Toulouse. Malaise en studio. Un revenant cocasse ! Oui, cher France !
À Historia, samedi : « Munich ». Les amants du pacifisme à n’importe quel prix ! Les nazis subventionnent volontiers ces pieux nobles chevaliers innocents « pour la paix ». Tu parles ! Le Chamberlain de Londres (comme Daladier en France) voulant rassurer face à un dictateur fou, Hitler, agressif, gourmand. L’erreur historique. Bon docu sur ce funeste « temporisateur » aveugle. Churchill se lèvera. Pétain se couchera. Que j’aime ces bons « mémos » à Historia. Je ne m’en lasse pas.
Avons beaucoup apprécié (« Thema » à Artv) le « Ruy Blas » de Hugo, ave Depardieu, à ARTV. Acteur toujours si efficace, si surdoué, ce G.D. Bonne histoire sur un manant tombé amoureux de la Reine d’Espagne (Carole Bousquet, froide et fraîche). Drame parfait ! Savoir hélas que tant de monde reste collé aux canaux génériques ordinaires et ratent de si bons morceaux. Triste !
Visite de deux voisins « pour » le parc à abolir en bas… Aile sort ses arguments. Je balance. « Faut un vrai centre-ville ici », dit Jodoin. Maurice approuve. Et moi… Ben.. je sais plus !
Bon, s’en aller pour T.L .M. demain, et revenir ici mercredi en après-midi. Journal jeudi donc. Devoir noter ceci et cela. Allons-y…
Aile s’impatiente.

Le samedi 23 novembre 2002

1-
Ça continue : ciel gris qui illustre « le mois des morts » de notre enfance.
Je repense au chanteur Lalonde quitant le studio. Les gazettes publient ce matin l’unanimité, les accords du public suite à son départ soudain. Aurait-il pu rester assis et entamer une vive critique sur « les pénis à rallonge » du Martineau ? Non ? Pas équipé intellectuellement pour débatte, s’opposer à cette télé publique dévergondée ? Gentleman, préférer fuir ? Ah si j’avis été là. Pas de censure, d’accord, pas de tabou, bien, mais mon Martineau à voix de fausset m’aurait vu le fustiger et raidement.
Avec cette idée de roman d’un jeune missionnaire exilé dans un monde primotif, besoin de rédiger sur la spiritualirté. Il me taraude depuis longtemps ce besoin. Donner un grand coup de pied dans le matérialisme ambiant quoi. J’ai pris des notes sur ce « Esnesto, l’exilé ». Si je m’y plonge, il sera composé très rapidement, je le sens. 125 pages ? J’ai « mélisé » à Jacob : « mettre notre album illustré sous le boisseau et publier d’abord ce roman… à venir. En février ? » Sa surprise à mon Beauceron !
J’ai « pitché » aussi un mél chez Victor-éditeur d’ « À cœur de jour » : pas une seule ligne d’annonce ce matin dans le Dev. Rien ? J’en ai marre…de ce silence. « Mélisé » (mél pour message é-lectronique) aussi au Devoir : « silence toujours, a) offre de chroniquer, b) offre d’un texte sur Cailloux mort, c) mon article sur les Temples de Cochin. Oui, en ai marre des silences. Combien de candides croient qu’avec de la notoriété, partout, on va vous répondre rapidement. Oh non ! Illusion.
2-
Titre du bon roman de Jacques Poulin que j’ai continué à lire avec plaisir au lit, hier soir : « Les yeux bleus de Misstassini ». Prénom de sa soeur adorée. Influence de Réjean Ducharme ?
Plein de jeunes créateurs avec de bons textes qui attendent… quand on décide de re-re-remonter « Séraphin ». J’y songeais tantôt. Pourquoi du vieux ? Succès facile, utiliser un gros mythe déjà bien installé dans la mémoire collective. Plamondon après le courageux neuf « Starmania », grugeant Victor Hugo et puis un conte de Perrault ( Le fôlatreur Infoman hier soir : « Cindy » vu à Paris, c’est nul » !). Ramener l’avare ultr-connu doc ? Paresse ? Crainte d’essayer du nouveau ? Sécurité obligée ? Une « culture » vivante ne fait pas cette démarche. Mais une « industrie », ah !
Oui.
Plus grave :on ramasse du solide, de l’éprouvé, mais c’est pour le transformer. Grignon doit se retourner dans sa tombe, pas loin d’ici. Binamé et son scribe change cavalièrement la donne du bref roman. Mensonges, trahison de l’auteur. Bof ! Claire, fille adoptive de G., laissait faire ce tripotage de l’histoire originale ? « Permette que l’on parle encore de mon père ou bien refuser cette métamorphose de son ouvrage » ! Hum…
En 2055, pourrait-on bousculer un de mes romans ainsi ? Le droit moral ? Mes enfants veilleraient au grain ? Héritage béni, gros sous, alléchage ? Je me pose des questions.
Ne pas confondre transexuel (avec chirurgie) et transgenre ! Gazette du jour : un type du type « transgenre » reste un hétéro (!), il ne veut que s’habiller en femme de temps en temps ! Le monde, mon cher ! Et le travesti, ce serait quoi ? Le showman, la « folle » dans un club du Village Homo ? On s’y perd non ?
3-
Un gourou visionnaire jase : sur la planète, il n’y aura que trois (ou quatre) grands vastes « centres commerciaux » vraiment prospères dans l’avenir. Selon la masse des populations consommatrices ? Oui. 1) En tête : la Chine, c’est parti (l’Inde suivra, sa voisine du sud), 2- Au second rang : la vaste Russie (et ses alliés-provinces), 3- Ah ! Les USA (et ses provinces alliées du Sud). Au troisième rang. Faut-il ajouter l’Europe unifiée ? Pas sûr. Trop de querelles, de résistances. Peut-être, dit ce nostradamus surdécoré de diplômes en économie. Tant pis pour les petits pays ? Adieu les recoins de la scandinavie, la fière Finlande. Le Québec : il sera amalgamé avec USA, c’est bien parti avec le pacte de l’Aléna. Le nivellement, l’identité particulière des nations pas trop populeuses ? Il dit : « Une notion agonisante en 2030 » ! On verra ça hein ? Pas moi. Je serai couché, avec Aile, dans la terre à Sain-Laurent ou avec « les artistes » à Côte-des-Neiges.
Seulement, au Mexique, aujourd’hui, 60 millions (oui, oui, millions) de jeunes instruits —quotidiens de samedi— veulent une pleine participation au monde moderne qui s’installe. Ici, où la natalité décline davantage que n’importe où au monde, nos jeunes instruits feront quoi? Défense d’émigrer au Mexique, ça c’est sûr.
4-
Page-une-cahier-culture du Devoir : alors que des tas ( paquet immense ) de neufs bouquins québécois surgissaient au Salon de la Place Bonaventure, on donne l’espace, en « une », à un Parisien et à des esquimauderies exotiques. Le racisme inverti ? Oui, toujours !
Hier, chez mon quincaillier, rencontre d’une ex-élève de l’Institut des arts appliqués. Elle se présente : « J’étais à vos cours en 1964-1965 ». Je dis : « J’étais comment comme prof ? » Réponse de la céramiste (son four sera vendu) : « Ben, j’sais pas, moyen ». L’ingrate, moi qui m’imaginais volontiers avoir été un prof unique. Je sors le caquet bas. C’est bon pour la santé mentale.
Hier soir, la sœur de ma bru, Carole du Sommet Bleu, au téléphone : « On vous invite pour souper à Noël, votre fils y sera ». Peux pas, nous serons à Duvernay, chez le Pierrot, frère de Aile. « Mais, Carole, j’ai perdu mon dico sur mon I-Mac, si…». Aussitôt : « J’irai demain » ! Bizarres ondes, deux minutes plus tard, Daniel sonne : « Dimanche, sois là, je monte pour te « nettoyer » à fond ton ordi, p’pa » !
5-
Les actualités télévisées : en prison le fou de la java diabolique à Bali, 35 ans, Iman Sandra, de Java, (!), coffré ! Émeutes ailleurs, une pancarte, zoom, on lit : « NO CHARIA, WE WANT JESUS ». Nigéria en chamailles. Les belles pour « Miss Monde » partent chercher de rubans à Londres. Des tués dans les rues. Mahomnet n’aime pas les belles filles aux courbes avantageuses. Israël : explosion encore, tuerie d’écoliers innocents dans un bus, un activiste du Hamas. Aile s’écroule, découragée, se lamente, trop sensible. Je vais lui interdire ces horreurs ! « C’est si révoltant » ! Oui, mon amour ! Quoi dire, qui faire. Bonnes nouvelles, pas de nouvelles. Plein de lieux dans le monde où, hier, il ne passait rien de dramatique. Silence sur la paix. Silence sur le bonheur. Le téléjournal :poison vif !
M. Rousseau (PDG nouveau de la Caisse de dépots) s’installera bientôt dans un beau château (chantez) ma tant-ti, relo, relo… ma tan-ti, reli, relire ! Au lieu de cent mille, ce sera 300 mille piastres : notre argent public ! Cher le verre ? Scandalisés, des gens protestent. Folie furieuse ! Un édifice tout vitré en face du bien (remis à) neuf beau Palais des Congrès, verrières partout là aussi. Aile éclate de rire entendant Yves Michaud disant : « Écoeurant ! Il faut plus de… transparence ». Ses rires. Et moi itou.
6-
Zapping frénétique hier entre une Monique Mercure (un peu ennuyeuse chez Homier-Roy), à l’accent très bizarre, mélange de tout, et, chez la Dussault, des médecins « pour » et « contre » le bonheur d’État, revenus garantis, du public en studio, tiraillé, les vains débats habituels…Zap ! Un bien long et niais reportage sur la « Cindy » de Plamondon, de Caen à Paris. Zap ! À Zone Libre (ennuyeux), les méfaits et les farces des « amateurs de célébrités » de Hollywood à…ici.
Ce zappetage m’ennuie. Il est justifié quand c’est pas fort à la télé. J’aurais dû éteindre et lire mon Poulin. On devrait toujours éteindre… plus souvent. Soudain : à Thalassa, TV-5, belles images de camaïeux rares dans une contrée sauvage —mer plate, ciel plat— à lumière basse, où vivent des pêcheurs primitifs pauvres, où il y a des lots d’inspecteurs honnis, même en ces lieux déserts, entre toundra et…bout… ou fin du monde. La désolation a des beautés inouïes. On admire la misère sous un tel décor envoûtant, c’est con. On savait pas rien sur ce pays perdu. Danger du zapping, de négliger de consulter le cahier-horaire. Paresse !
7-
Atom Egoyan, cinéaste d’origine arménienne : jeune, il veut oublier l’histoire de ses parents, il rejette sa langue maternelle, dit-il. Bien. Bravo, vivant à Vancouver, il veut s’intégrer et au plus vite. Saine attitude. Plus tard, oh plus tard !, plus vieux, ça revient. Il veut mieux savoir. Ce génocide conte « les siens », crime effarant des Turcs. La fuite de ses parents. Il a fait un film —« Ararat », très vanté— abordant le sujet pourri, fui, caché si longtemps. Histoire classique. Le saumon revenu, l’anguille remonte de la mer lointaine. La source, les commencements de quelqu’un.
Egoyan et Arsinée Khanjian, son épouse montréalaise, parlent de la Turquie qui ne s’excuse pas, parlent d’une Turquie qui voudrait enterrer cette tuerie, oublier l’horreur de 1914. Ils font un parallèle avec Québec, non reconnu par ce Canada actuel. On songe aussi aux Acadiens déportés qui attendent de excuses de Londres.Courageux, avec Luc Perrault de La Presse, de causer volontiers sur Québec-nation–pas- reconnue-par-Ottawa, comme Arménie-pas-reconnue-par-Istambul. C’est rare ce courage chez les nouveaux-venus-sur-clôtures. Bravo !
J’écoute Brel… « fils de roi ou fis de gueux, tous les enfants font des rêves… » Brel qui sera fêté en grande en 2003 à Liège avec le romancier (180 bouquins !) Simenon. Autre gloire locale.
Aile doit avoir un choix dans mes victuailles rapportées hier de l’École de la rue Lesage. Envie d’aller fureter autour du four. La faim.. .sans cesse, la faim. Malgré tant de cigarettes !
Et puis je veux aller relire ces notes sur ce jeune Ernesto qui rêve d’être… un saint, entouré par la beauté sauvage ensoleillée, proche, collé sur une jeune beauté indigène offerte, qui vit avec lui, qu’il n’a pas le droit de caresser, d’embrasser… Cette folle fringale « de faire vite un nouveau roman », comme quand j’étais plus jeune —et c’était toujours en novembre ou en décembre— je ne croyais pas qu’elle me reprendrait fin 2002.