Le vendredi 22 novembre 2002

1-
La lumière si pâle de novembre encore ce midi. Une fine pluie tombe, invisible presque. Bof ! « Dès le 20 décembre, les jours vont rallonger », me dit Aile. Patientia ! Le téléphone sonne et, valet, vous décrochez. Je déteste le téléphone si j’aime bien les courriels, les mél ( commande Paris,oui, avec accent sur le e). « On vous veut au « Canal Vox » pour raconter « le grand-père », ça vous dirait de venir chroniquer ? » Ma foi, ces recherchistes « vidéotron-iques » ne regardent pas T.L.M. à la SRC ? Y aller pour recycler encore mes anecdotes comiques du papi esbaudi par les enfants candides ? J’ai dit « oui », j’aime tant jaser en public, au monde. Un fou ?
Autre appel : « J’ai fait une gaffe, je vous ai posté la cassette de votre passage à « Tablo »,, fallait pas, on va me chicaner ». Je voulais vous poster la bande des « chutes » tournées chez vous cet été (des retailles), vous l’aurez plus tard. Faites semblant de rien…Okay ? » Je rigole et la menace : « Je visionne ça et je téléphone pour révéler du contenu à Dame Cousineau… ». Elle rit.
Appel autre : « Faudrait venir « pré-enregistrer » —par avance— des chroniques à T.L.M. car il y aura le long congé des fêtes. D’accord ? Aurez-vous des idées ? » Oui, demoiselle, oui, je me fouille.
René Jacob, hier, au téléphone. Désolé de notre non-rencontre samedi. L’éditeur beauceron (les Lilas) lui aussi n’estime pas trop la grosse foire commerciale du Salon, Place Bonaventure. En colonne des lecteurs, un quidam a porté plainte conte la longue déambulation « pré-portique » là-bas avec escaliers sans cesse. Avait bien raison. Jacob a relu « La petite patrie » et est enthousiaste. Me demande un document officiel, signé, de « Typo-Graveline-Sogides » pour le projet de cet album illustré qu’il a très hâte de publier. Chaud au coeur, cet enthousiasme d’un éditeur-artisan. Faudra que je ponde une vingtaine de « magnifiques » aquarelles. Y arriverais-je ? J’ai parlé à Jacob de « dieux qui descendent… Ou pas », il a ri et se dit d’accord. Touchons donc du beau bois de bouleau noir laurentien !
Cette nuit, un rêve curieux : scène de soir, lampadaires partout, réverbères aux cottages tassés de Bordeaux, Aile, curieux, vit avec moi dans mon ancienne banlieue du temps où j’élevais mes deux enfants, plein de monde sur les balcons (comme dans Villeray !), on a gardé un enfant mongolien (!), on nous remercie de cela, j’ajuste mal un tuyau d’arrosage, ça pisse partout sur la galerie d’en arrière, j’arrose des voisins et Aile, protestations, ma gêne, tantôt c’est le jour, tantôt c’est la nuit, rêve bizarre, je lave la décapotable Chevrolet, des voisins ricanent, me montrent du doigt, pourquoi ? je n’en sais rien, un défilé s’amène dans notre rue Zotique-Racicot, des anglos (?), une parade d’enragés (ai lu du Lester, Livre noir, avant de me coucher), ça marmone des
imprécations confusément, un reporter pend des notes sur ce curieux pèlerinage, il note de noms, Aile me dit : « il confond les gens, fait des erreurs, va le corriger, c’est pas Roch Voisine c’est Rivard qui parade (souvent Aile me corrige ainsi), on me fait des menaces soudainement, je veux fuir, avec Aile, en cabriolet, mais la rue est bloquée… Je me réveille.
Lu un article : la lassitude du je-me-moi dans les livres. Je m’ausculte. Moi ? Mes nombreux récits sur Villeray : du je-me-moi ? Non, j’ai publié au fond sur les autres, mes jeunes amis, le pittoresque voisinage, la nombreuse parenté, les petits métiers de jadis, etc. Non ? Tremblay a fait de même, non ? Et ce journal ? Du je-me-moi ? J’espère que non, j’en ai déjà jasé, souhait d’imaginer les lecteurs se sonder les coeurs et les reins face à mes opinions, distinguer, jauger, faire des différences. Exciter le lectorat à d’incessantes comparaisons avec ses goûts, ses tendances, ses jugements. Bof ! Le Grec sage : « pour comprendre l’univers, le faire passer à travers soi ».
Dans le « Bouscotte », tome 3, au titre vraiment anti-commercial, Aile toute étonné par les terribles attaques et acerbes critiques « hors intrigue »…Sur par exemple, Michel Tremblay et son fidèle Brassard, toit ce clan, exposé comme des fumistes ! Sur la vadrouilleuse Francine Grimaldi : paf ! Massacre de cette dévouée échotière !
J’ai glané moi aussi, dans ce tome 3, d’étonnantes vives et cruelles critiques qui sont mises dans les bouches des protagonistes « bouscottiens ». Et qui sont sans doute les opinons du romancier. Grand risque. Jamais, romancier, je n’ai osé faire cela. Cela ne devait pas se faire, il me semblait. Balzac, Hugo et compagnie, au 19ième siècle, s’y adonnait souvent, moi j’étais du côté des romanciers étastsuniens : pas le temps…pas de place pour opinionner quand on se coule à fond dans des personnages romanesques. Eh !
C’est un manège inusité, étonnant vraiment. Un effrayant défouloir au travers— TRUCHEMENT— des personnages inventés ? C’est pas plate, oh non, jamais, mais embarrassant de le voir se servir du roman en cours pour y faire aussi—quoi ?— l’essayiste ? S’il avait une chronique régulière dans un « canard », s’il tenait journal publié, ferait-il usage de ce stratagème ? Un truquage, non ? Faut que j’en jase un jour prochain avec mon Victor.
Gazette du matin : presque 50% de femmes dans les quincailleries désormais. Aile : « Eh oui, les femmes doivent remédier à la paresse des hommes actuels ». Bang ! Elle rit. J’avale. Mon cher Théoret —où hier je dénichais une poignée de valise pour ma machine à péter— va-t- il fermer boutique bientôt : on dit que les Rona, Home Dépôt et Cie amèneront à la faillite les petits quincailliers. Misère ! J’achetais aussi des graines : des fines et des grosses pour nos deux mangeoires —sorties pour l’hiver. Bienvenue oiseaux en tous genres sur notre galerie. Hier, je chassais les écureuils —noirs et gris— accourus, les saudits rats voltigeurs !
Aile partant aux courses quotidiennes : « Tu as reçu la « cassette-Tablo » ! Je descend visionner la chose qui sera télédiffusée fin de ce mois à Artv. Huit petites minutes pour cette longue journée de tournage cet été, j’enrage. Facile alors —montage— de faire ce 8 minutes ! Paresse ! Imprévision, manque d’un plan préalable. Mode actuelle ?
Le ministre Ménard aux écoliers : « Dénoncez, dénoncez, les enfants, soyez tous des stools ». Je lis : « Un écolier sur deux est taxé ». Je lis cela, je dis « Un sur deux » ? Aile : « Oui, oui, l’autre est le taxeur » ! Souvenir : à l’école, rue de Gaspé, jamais eu envie de « stooler » Michel Labonté, un démon méchant. Oh non ? Le fuir, me tenir loin de ce batailleur enragé, ne pas le regarder dans les yeux comme on doit faire avec les chiens furieux. Dénoncer ? Ah non, empirer la situation ? Non.
Hier soir, au bout du téléjournal, une Aile catastrophée, effondrée. « Mais Claude, ça va mal partout, partout, en Cisjordanie comme ici » ? Vision espagnolisante ? Qu’elle tient de sa mère un peu De Gratia par sa mère à elle ?
À « Points chauds », sur T.Q., excellente émission, très instructive, sur l’Indonésie — pays aux cent langues, aux cent ethnies, débarrassé « des militaires partout » pour « s’islamiser » dorénavant. « Les pauvres y trouvent une espérance », disait un invité, « les pauvres via toutes ces écoles coraniques —à milices hélas — y trouvent une structure de vie ». Ces « curés » de Mahomet installent des services, des refuges, servent des repas, ouvrent des cliniques…
Et je songeais : toujours la même histoire, le procédé malin, pareil partout, derrière les impérialistes de toutes sortes (Hollande, USA, Angleterre, France) visage de pieux et bons saints, souvent sincères, les braves pasteurs protestants, les héroïques missionnaires cathos (mon oncle Ernest en Chine !) …D’abord du social et puis le…fanatisme ensuite ! Soudain : une disco bourrée de jeunes touristes jet-set à Bali —la moins musulmane des places, tiens— qui saute ! Un expert : « Partout dans les ex-colonies se libérant, il y a eu l’essai du socialisme d’abord (de toutes les gammes) les échecs, le désarroi des Philippines à Java, du Congo à l’Algérie, alors la religion de l’Islam est venue prendre la place, remplir le vide ». Le capitalisme mondial, le monde industriel occidental s’énerve. Répressions : en douce ou en raideur partout. Ainsi naît un réseau terroriste « Jama Ismalia » en Indonésie, frère de l’autre réseau.
À T.Q. hier soir donc des propos clairs avec des experts sur cette région « aux mille îles » qui prospérait pas mal avant le « krach » asiatique. Comme cela fait du bien de s’éloigner des « damnées deux minutes » aux nouvelles. Même soir, au « Grand blond », à ce propos, Daniel Pinard gueulait, avec raison, contre la vitesse pour comprendre le monde en chamailles. Disait qu’il avait quitté CKAC pour cette raison : « assez d’un maigre cinq minutes pour expliquer ». Bravo !
Mon beauf’ Albert, le bon sens incarné, applaudit la « sortie de studio » du chrooner Pierre Lalonde à « Tous les matins », hier. J’en suis. Je le dirai en ondes si j’en ai l’occasion. Déboussolés, les programmeurs foncent dans tout : pénis, vagins et tutti quanti en épices frelatées. Le sexagénaire Lalonde n’en revient pas de découvrir ces excès niais au sérieux réseau français de la CBC. La dure lutte pour capter les auditoires fait ces ravages. Pas d’autre motif, croyez-moi. Comme au théâtre déserté, je l’ai dit, viendra une actrice qui mangera sa serviette hygiénique sur scène pour attirer le…bétail ! Comme en roman, s’amène une « call-girl » en « chicane freudienne avec papa » relatant sa lubricité monnayée avec clients clandestins. Pardon ? Nelly Arcand son nom ? Ainsi va, partout, la course commerciale en secteur « cul »-turel. Tiens, envie de lire le « Sainte-Thérèse » (Fides éditeur) de Fernand Ouellet pour me laver l’esprit.
« Chercher le vent », roman du fils Vigneault, obtient un autre prix. La longue partie Louisianaise de son roman est fort bien menée. Du bon talent. Il a le Prix de… « l’Académie française » de Montréal, patron Jean Royer, le poète.
Ce matin, Depardieu (La Presse) crache sur « La méthode » si cher aux Lipton de New-York. Il est un « naturel », « je joue comme je vis », dit-il, sans se prendre la tête. Bravo ! Le Gérard célèbre se moque aussi du « Dogme » des cinéastes scandinaves. « J’aime les beaux éclairages, les décors organisés », rafraîchissant d’entendre cette vedette immense (pas juste au physique) : « surtout ne pas se prendre au sérieux, ni pour un autre ». Il fera enrager les théâtreux- profs « à sondages de tréfonds à complexes ».
Un « junkett » —lire : tous frais payés, avion, hôtel, vins et bouffes, pour le reporter— a permis cet article. Même chose pour les pages de pub gratuite pour le nouveau « Harry Potter » ou pour le énième « James Bond ». Les cinéastes indépendants pauvres d’ici ou d’ailleurs ? « Allez vous licher » ! Pas de fric pas de complaisance en somptueux pré-papiers. Infinie tristesse !
Woodward (Wahington Post) dénonce le gaspillage bushien : « ce fut 70 millions (70,000,000$ US) de l’argent public des étatsuniens taxés pour acheter des Talibans (mal repentis) et des Chefs de guerre (en rivalité). Et le Bin Laden qui jase encore sur ruban pour menacer tous les infidèles de la planète même ces faux-jetons arabes qui osent ne pas le soutenir. Grand résultat ! Grosses ventes de clôtures-à-alarmes sur minuterie, de pistolets « at home », de mini-caméras partout, de milices en tous genres, de vigiles partout, de gardiens pléthoriques aux douanes, aux aéroports, partout, partout. Et le tout-puissant « lobby des armements » fonctionne à mort ! Le fric coule ! Ces industriels adorent le Bush « faussement » hystérique. Un crétin mais aussi un bon ami de Chrétien. « W » voit sa caisse électorale très bien renflouée, il est fin prêt pour le prochain match démocratik !
Ma fille passait chez nous hier matin en coup de vent : elle allait aux massages (prix gagné à Saint-Arsène )du fastueux sauna de l’Excelsior voisin. Je songe parfois à me faire bichonner un bon jour. Je suis trop dur pour mes vieux os. Oui, une bonne fos, m’allonger et dire : « allez-y, frottez, huilez, graissez, soignez-moi ! De la boue, de algues pourries ? Pourquoi non ? Aile, inspirée par Éliane ?, part visiter un spa de Piémont et me revient avec la liste des prix pour ces exercices variés. J’irai au Chantecler en face dès décembre. Pas cher. Il y a une piscine si pas de vélos stationnaires et haltères sophistiquées, ce que j’aime avant tout, nager.
Pendant que je m’étonnais devant une longue liste de magazines d’ici, propriétés de grosses riches compagnies —Quebecor et autres Transnatinaf Corp.— subventionnés (non mais…) par Pôpa-Providence ( avec notre argent), les Sept-Jours, L’Actualité, Châtelaine, Coup d’œil, Pince ce sans rire, etc. Pendant dix ans, devoir de stopper les « US, mags », racontait l’article, une manne ottawaïenne était distribuée et les businessmen en faisaient ce qu’il voulait..eg bien, déjà sur le cul, j’écoute que « Cinar » la voleuse, la tricheuse, redevient « persona grata » et peut quêter les bienfaits d’Ottawa de nouveau. Rozon —le bon samaritain de frauduleuse-Dame-Charest— il me semble, répétait au Martineau de T.Q. que enquêtes et procès n’étaient pas finis !
Un monde hein ? Ce monde me rappelle qu’il y a des écrivains malins qui savent, eux aussi, comment remplir les formulaires et comment et avec qui « s’acoquiner » pour jouir de subventions, bourses et voyages « kulturels » à l’oeil. Un monde hein ? Encore ? Je lisais hier des tas de sigles où les « parteux de compagnies » (villes et campagnes) peuvent obtenir du fric public. Les tétins de la Grosse Pourvoyeuse (nous tous) sont à sang ! Je me contente, moi, de payer impôts et taxes. Comme la plupart des nigauds. Bien con, je reste complètement allergique à ces façons de sucer sans vergogne le trésor commun devant soutenir avant tout éducation, santé, transport essentiel (routes). On ne se refait pas : je tiens de mes parents, pas riches mais dignes, qui refusaient l’aide publique jusqu’à se priver du nécessaire; comme la majorité des citoyens…Honnêtes, eux.
Aile très fâchée contre moi, hier. Douleur. Au dessert du souper elle me raconte ses problèmes —abandonner ou non des soins pour ménopausées— paraït que j’ai fait des « airs ». Sa colère ! « Insensible va » ! Je proteste. Rien n’y fait. Très fâchée, bouderie qui va durer toute la soirée. « Tabou » terminé —où le poète-chanteur Claude Léveillée a bien montré son immense talent d’acteur (Aile, yeux mouillés)— fin donc et départ du générique, je zappe aussitôt. Aile de nouveau en furie : « Insensible va »! Elle re-zappe au générique et grogne : « Il y a l’ambiance, la musique, un temps d’arrêt nécessaire; « speedy », tu peux pas saisir ça ? Insensible »! Oh la la ! Je me tais, suis désolé, malheureux.
Redire : paresse de filmer deux séquences de deux minutes et puis de les coupailler, au montage en huit séquencettes de 15 secondes pour s’imaginer du rythme. Ignorance d’une loi scripturaire primaire ! Un auteur (et un réalisateur) véritable aurait su mieux composer sa prose dramatique. Il est imbécile (et méprisant pour le public ) de ne pas marquer un peu de temps (même infime) quand on fait du « back to ». Ça ne s’améliore pas à la télé des feuilletons avec ces nouveaux venus et cette façon de saucissonner, oh non ! Jamais je n’ai (en pus de 200 sketches de télé) eu recours à ce système —de saucisse en rondelles, tronçons bien minces.
RDI, TV-5, Historia, Canal D : zapping stoppé ! « Dossier O.J. Simpson ». Des témoins scandalisés profondément par la manière judiciaire de cacher des faits—exemple : refus d’accepter en preuve un fait majeur : la fuite éperdue sur autoroute de O.J. dans sa Bronco blanche qui était un aveu clair de sa culpabilité— non, il fallait absolument sauver ce Noir. Éviter des émeutes. Stupéfiante justice USA ! Aile revirée, démontée comme moi, s’écrie : « Mais c’est une honte, une honte » ! Elle a raison. À son procès « civil », plus tard, Simpson-la-star, reconnu coupable, sera condamné à payer des millions.
Plus tard, ma surprise, à TV-5, alors que je songe à ce roman à faire d’un « Ernesto »— jeune prêtre exilé et marié de force dans un village d’Indiens primitifs— débat télévisé sur des prêtres vivant avec une femme ! Le hasard existe-t-il ?
Je reviens de l’école culinaire. Attente, lecture. J’ai commencé alors, après le Blank, le plus récent roman de Poulin. Un étudiant diplômé en lettres pas pressé d’aller enseigner. Il va se faire engager par un vieux bonhomme bien bohémien. Un vrai bonheur ! Son monde habituel. Paumés sympas. L’employeur en vieux libraire philosophe, mal revenu du San Francisco du temps des hippies (1968). Le vieux Québec chanté. Un chat, bien évidemment ! Je délaisserai ce « Mystic River », sauce Stephen King (sans l’horreur ) plein de noms, de détails vains ? Et cette traduction franchouillarde, faite à Paris, hélas. Vive Poulin !
Hier, j’ai essayé le Rollin si bichonné par nos médias : « Tigre de papier ». Ouf ! Plutôt assommant ce périple —sur le boulevard périphérique, la nuit— à n’en plus finir avec une « jeunesse » qui est la fille d’un ex-camarade-en-manifs. Il lui détaille son passé de révolté instruit, « soixanhuitard ». Un peu de son enfance, un grain sur ses parents, un zest de son adolescence, surtout les « mauvais plans » candides de son groupe « La cause » : pour faire trembler les bourgeois parisiens de 1970-1980. Après cinquante pages, je n’en peux plus. C’est redondant, fouillis, lassant. Je l’ai repoussé pour me replonger dans « Larose.. », dans « Le livre noir… ». Dire que ce « Tigre de papier » a failli remporter le prix Goncourt, étonnant et incroyable ! Le Rollin intéressera tous ceux qui —étudiants petits-bourgeois en veine de secouer « papa »— à Paris, ont vécvu ces années anti-De Gaulle et surtout anti-Pompidou. Franchouillardises pénibles.
Vu à Canal D : docu sur L.B. Jonhson. On y a vu l’Impérialiste des Majors de Hollywood, Jack Valernti, en conseiller militaire de la White House. Édifiante carrière ! Sans son aventure de la guerre sale au Viêt-Nam, Lyndon-Baye aurait pu se construite une certaine stature :les droits (de vote) accordés aux Noirs, etc. Hélas, la défaite en ex-Indochine a tué sa réputation… et à jamais. Lu aussi :complexe de l’imposteur. Autour de lui des gens venus de « Harvard », lui venu du Texas. Il en est mal. « Il n’avait jamais rien lu », dit un témoin proche.
Coup d’œil à TQS aux nouvelles « Insolences » de mon cher Stanké. Pénible. Vie fait, mal fait. Zappinfg vite ! La farce avec Dame Marois du faux Picasso qui se fracasse … nulle à la caméra si on ne doute pas d’une ministre au bord de la crise d’apoplexie.
Hier soir, voir le PET en Mercédès cabriolet, le voir draguer, à Tahiti, une enfant de la Jet set de Vancouver, voir ce quinquagénaire prétentieux jouer le jeune bouffon fringant à Ottawa… Voir tout cela et craindre le pire pour cette série (quatre heures de télé pour six millions de $ Can.) à la SRC. Bien meilleure facture (visuelle) que pour la pénible série ducepienne à propos d’un comédien, lui, pas pénible du tout, ça oui — l’acteur Feore (et non Feere comme j’ai écrit), sosie un peu d’Yves Jacques, est bon— mieux faites toutes ces images, bien trépidantes.
Très clair : ce sera « la vie » de Margaret (audiences : venez en foule, il y a couple tiraillé) autant sinon davantage que celle de ce fils « choyé par maman » l’anglaise délicate, héritier des « Garages Champlain », du père grossier, proprio du Parc Belmont, vendant à temps sa chaîne de postes d’essence, un papa-commerçant pris avec un « vieux garçon » playboy puritain (oui, oui) et grand voyageur.
Marchand et Pelletier y jouent les potiches. Marc Lalonde joue ce qu’il était, l’éminence grise et chauve (l’acteur Marchand y est bon ) dans l’ombre. Lumière sur le PEt avant tout et, pas loin, sa future jeune épouse, groupie éblouie d’abord… mais on sait la suite. On se souvient du « batteur de femme »… femme qui s’ennuie sur Sussex Drive et qui le cocufia.
Odeurs bonnes venues du premier plancher…J’éteins.

Le mercredi 20 novembre 2002

1-
Bataille de nuages au firmament ce midi. Le bleu veut triompher du blanc. Issue probable de ce combat éthérique : le blanc blanchira l’adversaire.
Ai pris notes pour ce T.L.M. de mardi prochain : « ma mère chantait toujours et ma mère jouait avec nous toujours. Plus : cette tante Gertrude qui nous gardait et ses fabuleuses ménageries de friandises ». Suis prêt. Peur toujours de n’avoir plus rien à raconter aux Houde-Bertrand et, en fin de compte, je gratte, je me les creuse, je trouve. Ouf ! Oh ! Clignotement à l’imprimante : encre noire qui s’achève. Déjà vide ? Mes rubans de dactylo duraient si longtemps, eux ! Bin tanné de tout noter. Avec ce « Poing comme net » —le mot « poing » pour colères, évacuation d’humeurs— je ne me fierai plus qu’à ma mémoire. À la mi-décembre, n’y aura plus, en hebdo, que les points forts des jours enfuis. Ce que j’oublierai méritera d’être oublié. Ça vient de finir.
J’ai reçu (courriel) des souvenirs bien rédigés d’un vieux médecin (Trois-Rivières), on lui cherche un éditeur. Il y a eu premier refus déjà. On me lance un SOS. C’est du texte précieux, qu’il faut sauvegarder. Je ne sais pas trop quoi faire pour aider à la publication d’un tel savoureux documentaire écrit. J’ai suggéré de demander de l’aide auprès de l’UNEQ. Merde ? Quoi faire ?
2-
Il nous arrive parfois de nous questionner. Ainsi, dans mon « Écrire pour… » : suis-je allé trop fort au sujet de notre colonialisme, de ce racisme inverti ? Eh bin non ! Dans « Voir », c’est une confirmation : une Sergente (Julie) publie fièrement notre aliénation qu’elle approuve la sotte. Lisez : le roman québécois sort (enfin) du terroir (notre patrie n’est, colonel-Sergent, qu’un vil terroir ?), il célèbre (enfin !) l’urbanité, les us d’ailleurs, il s’est internationalisé, il a cessé de ne ressembler qu’à soi (l’automépris des colonisés ?). Édifiante perspective non ? L’hebdo VOIR applaudit à ce reniement, ce serait un net progrès.
Nulle part au monde, dans les « vrais » pays, on ne chanterait cette aliénation culturelle. Pauvres « petits pays » munis de ces chantres du déracinement volontaire. Marie-Claude Fortin s’accote volontiers sur la Sergent-Major. Elle vante à son tour (même numéro de Voir, 14-20 novembre) les bienfaits de cette romancerie se déroulant « ailleurs ».
Et moi ? Avec ce projet de roman exotique qui m’assaille, « Ernesto l’exilé », vais-je obtenir grand succès avec échos louangeurs ? Ce sera une preuve de plus que certains jeunes fous en médias souhaitent oublier le Québec qui s’écrirait. Enfin, Tristan Malavoix-Racine (oh, racines ?), même hebdo, veut fustiger aussi le nombrilisme (son mot) de trop de nos auteurs comme si le « je », l’autofiction, était une lèpre toujours futile. En France (Angot), aux USA, en Allemagne, en Espagne, on trouve de ces livres de questionnement essentiel « sur soi et les autres alentour » et personne ne songe à blâmer ces écrivains. Il ose signer : « l’ère des étiquettes nationalistes achève… Et ce sera la fin des préjugés ». Rien à comprendre sinon ce malaise bizarre (de raciste inverti) face à la québécitude normale de nos auteurs. Il ose donner en exemple « la littérature québécoise d’un Yann Martel »…Martel qui écrit en anglais ! Un vrai con ce Racine déraciné.
3-
Tantôt j’écoutais (Cbf-fm) —j’adore sa toune musicale d’ouverture, sorte de vieux tango— « Autour de Nana » : un grand gars de 18 ans a encore peur de sa môman; ultra-contrôlante, la Nana ! Il revient d’une première coucherie d’ado-homo, dans « une chambre à louer » du Carré Saint-Louis, initié par un anglo averti. « Tu resteras toujours mon enfant », lui répète Nana derrière la porte des toilettes à cet enfant prodigue enfin rentré. Elle donne en exemple le comportement du frère aîné qui, à 32 ans, « ne découche jamais, lui ». Il rétorque : « ce qu’il fait « de jour », personne ne le sait ». Famille d’antan ? Ce « recyclage » intempestif —par Lepage— de pages de Tremblay est pas toujours bien fait, hélas, comme ce matin.
Ce matin, la Nat Pétroleuse de La P. veut louanger « Bunker », est malheureuse du peu de public à l’écoute mais termine par : « C’est dans une bulle étanche ». Alors ? Ceci explique justement cela. La voilà qui découvre —sur un écran de son gym— que le poète d’État (M. Bowings) —à 22,000$ par année à Ottawa— joue courageusement « le fou du roi Chrétien ». Yves Beauchemin dit qu’un poète d’État c’est une farce que « la (vraie) poésie est (toujours) illégale ». Bravo ! La vérité ? Le pouvoir peut fort bien tolérer « en son sein tout puissant » un brave pacifiste à 22,000 $ Pas un pli sur la différence. Un maringouin piquant un dinosaure. On en rira.
La menteuse face à une annulation de dernière minute : Dominique Chalout (relationniste) dit que sa compagnie (Zone-3 ?) appointée par TVA est trop pauvre (!) pour engager, à 1,675 $, cinq (5) zapartistes effrontés au « Grand blond… ». Ils n’y allèrent point malgré la pub faite ! Les mensonges de ce petit monde crasse hein ?
Robert Foisy —et P. Bourgault — contre ces Jeux « gays ». Ça proteste en grande. Le ghetto fabuleux (aux ramifications internationales) défend ce cloisonnement volontaire alors qu’il doit bien y avoir le lot normal d’homos aux Jeux ordinaires. Danger à long terme pour cette minorité active que cette séparation consentie.
4-
Jean-Luc Mongrain chez Bazzo ce matin raconte que ses huit années en enfant-pensionnaire « des bons pères » du cours classique lui firent le plus grand bien. Qu’il a pu y découvrir (dans la cour de récréation, au dortoir comme au réfectoire) ) le vrai monde, les méchancetés des autres gamins, que cela le ramenait à la réalité. Avec sa maman il était, non pas un enfant-roi (trop modeste milieu familal) mais un enfant protégé du monde extérieur. Table ronde avec des « enfants uniques ». Unanimité en studio : madame Dolto, célèbre analyste pour enfants, avait tout faux (?), se trompait gravement : pas vrai que les enfants uniques sont en danger, deviennent des égocentriques, etc.
Heureux jeune Mongrain et moi qui voyait, enfant entouré et aimé, le pensionnat comme une odieuse et terrifiante prison !
En 2003, 25 ans, la mort de mon héros-chanteur Jacques Brel ! 25 ans déjà ? Non il n’est pas mort du tout. Ici et là surgissent fréquemment des témoignages (des jeunes parfois) : ce poète populaire était un génie belge.
Le patron du Dev, B. Descôteaux, ce matin, signe un beau témoignage sur ce « grand-père » merveilleux, André Cailloux, mort dimanche dernier. Il ne va pas publier mon hommage à moi, c’est évident. Tant pis. Plus grave, bien impoli, il ne me répond pas pour cette demande de chronique. Un refus cela se dit, non ? Rue de Bleury, je ne suis plus rien, ma foi du bon yeu.
Appel chez Parent-Forget : « Il y a eu erreur et on va refaire vote prothèse mal ajustée, venez sans faute lundi prochain… ». Je n’en reviens pas. Leur erreur et on me commande d’aller me rasseoir, tel jour, telle heure. Y a qu’à obéir quoi ! J’enrage.
Pu’ capab’, ce Bernard Drainville (ici, Radio-Canada au Guatemala) : Pourri ! Infect ! I-né-cou-table ! Non mais…on engage n’importe qui ?
5-
Vu la fin de la série « Duceppe » hier soir. Quels mauvais dialogues chez dae Wojas ! Quel manque de tonus dramatique au cours de cette série. Duceppe se croira, l’acteur Doucet, talentueux, le dit, « un imposteur ». Duceppe, fin de sa vie, déplore son manque d’instruction, si peu de scolarité, n’avoir pas pu se prévaloir du fameux « cours classique ». Aussitôt Aile éclate : « Ah comme c’est vrai, si tu réussis dans ton domaine et cela sans solide école, oui, tu te crois un imposteur. Je sais bien ce sentiment. Mon père, lui aussi, souffrait de ce complexe ».
Moi aussi, il m’arrivait parfois, autodidacte magané par un critique, de craindre que l’on dévoile publiquement mes manquements culturels évidents, ce « cours classique » interrompu, etc. Bêtise ? Qui s’accentuait avec la venue (années 80-90) des nouveaux jeunes savants-docteurs-en-lettres qui étalaient volontiers les dogmes et les neuves théories littéraires, leurs nombreuses sources d’informations sophistiquées…
Oh la la ! Sol : « pauvre petit moi alors » ! Il m’a fallu un certain temps pour constater que tant de ces nouveaux gloseurs étaient de minables impuissants, réfugiés derrière le gros paravent trompeur du bla bla bla élitiste et totalement infertile.
Jaloux des créateurs féconds, sans diplôme lourd, ces prétentieux arrosaient « les populaires » d’un fiel envieux. Aussitôt, on me connaît, je sortis des épées farouches, des dagues etc des poignards, pour les éventrer comme on ouvre des figurines mécaniques, automates crinqués, …pour voir la petite machine idiote dans le ventre des poupées fardées. Bardées de médailles futiles. Certains attaqués me porsuivent toujoyrs d’une hargne totale. Tant pis pour moi, tant pis pour mes vaillants camarades en autodidacterie ! Anti-intellos, le Jasmin ? Non. Je reconnais volontiers maintenant, calmé, que des « très instruits » savent parfois nous pondre de fameux bouquins, de fort utiles et lumineux articles.
6-
Lu dernièrement : « Notre patrimoine religieux est en péril grave ici et là » ! Bien mais qu’en est-il du péril en Inde, à Cochin, du « patrimoine religieux » acheté par le galeriste Simard (« qu’allait-il faire dans cette galère » ?) pour installation touristique au Saguenay ? Alerté (après La Presse) par une mienne lettre ouverte, non publiée, silence compact toujours au Devoir ! Je chante : « j’attendrai, le jour et la nuit, j’attendrai toujours… » !
Dimanche, enragé et se défoulant dans La Presse, mon éditeur, affirme qu’il a englouti deux centaines de milles piastres, au moins ! Oh diable ! Cachets de ses téléromans pour entretenir —une sacrée danseuse, maîtresse insatiable !— sa passion des livres ? Impasse maintenant. Cul de sac prévisible dans ce « commerce ». Rêvons d’un mécène (Bombardier, Cascades, Jean Coutu, inc., Saint-Hubert BBQ, Péladeau INC ?) surgissant chez le Troispistolien : « Je serai votre baîlleur de fond désormais. Continuez » ! Oui, rêvons !
Laura Bush et ses auteurs invités à La Maison blanche… et Chantal Landry, elle, invitera-t-elle bientôt des écrivains pour causer « affaires culturelles »…et autres affaires… au chic appartement surplombant le chic Château Frontenac de son chum ? Rêvons toujours.
Gazettes du jour : Bush pas confiant en l’ONU. Cacherait-t-il des stocks de gaz mortel dans une mosquée ? Sadame tint salon, il s’en fiche, lui c’est « sa dame autre » qui le turlupine, qui le turliponne. Sa « dame de pique » bien noire, Hussein. Tout le puissant lobby des armements lui fait : « Si tu veux du fric pour ta ré-élélection, vas-y, vas-y ».
7-
Quand, vendredi, au Salon, Lucien Francoeur louangeait mon « Écrire… » je fus lâche et n’ai pas pipé mot sur le sien que je venais de lire. Un ramassis d’estocades d’une rare niaiserie. L’étonnant prophète Jésus de Galilée défini par Francoeur en « enculé » (sic) bien con (!). Et autres aménités diverses. Infantilisme dépassé, à son âge ! Un prof ? Si bébé ! Puérilisme vain. Si facile. Si ado attardé. Un écrit à la va-vite bourré de sentences folichonnes. Ne rien dire donc…et pourquoi ? « Savoir vivre » de pleutre que je regrette toujours, trop tard.
À la radio une tortue lente et savante s’exprime avec difficulté. Aile : « J’ai mes défauts mais jamais je ne m’écoute parler ». Vrai. Je dis : « moi itou, ça ». Aile aussitôt: « Toi ? Non, tu ne t’écoutes pas parler mais tu parles sans écouter trop les autres ». Bang ! J’avale. Je dis : « Ta peur du ridicule t’empêche de trop jaser, non ? Es-tu vaniteuse Aile ? » Réponse ? « Vaniteuse et orgueilleuse, est-ce la même chose ? » J’y réfléchis encore.
Revu cet enfant génial dans « Le sixième sens », courrez louer ce film étonnant… Paquets de pubs incessantes hélas à la télé de TQS. Merde !
8-
On a mis 8 millions de piastres (Can.) à la CBC pour cette série sur Pet, l’idole des anglos, du Roc tout entier. Rien sur sa jeunesse, ça part en 1968 (élections remportées) et ça va jusqu’en 1982 quand le fier Pet alla signer —sans l’accord de tous les élus Québécois— son entente constitutionnelle face à THE QUEEN à Londres, le suiveur énamouré, Chréchien, lui tenait la queue de « mourning-coat ». L’acteur Colm Feere incarne le fier Pet, il était excellent en Glenn Gould. La jeune groupie du nom de Margatet y serait dans maintes séquences. À l’affiche donc de notre télé publique ce soir, in french ! Nos élus du Québec « dans les jambe » du grand fédérateur », y seraient de pâles fantoches, dit-on. Eh b’en !
Je reviens de l’École des « tits » chefs : côtelettes de porc, ouen, soupe aux légumes et sauce à pâtes, et… « Hon ! hon ! », dira Aile, une tarte aux cerises. Durant la demi-heure d’attente, achevé le — cher à Foglia— petit « Manuel…à l’usage des filles » de Mélissa Blank. Je reconnais, ici et là, un beau grand bouquet d’humour sauce juive de New-York, ce qu’est l’héroïne. Elle est en quête perpétuelle d’un « chum steady ». Lectrice junior chez un éditeur puis rédactrice de pub, c’est le vivant portrait du petit monde « bobo » de Greewich Village. Woody Allen veillait sur Blank. Je n’ai guèrte de sympathie pour ces jeunes « vieillissants à regret » se traînant sur les sofas des psys de la Cinqième Avenue. Monde frelaté. L’humour juif c’est toujours du cynisme en fin de compte, de l’autodérision comme… mécanique. On se moque de soi et des autres pour bien illustrer qu’ils sont clairvoyants, que le genre humain est contaminé à fond :succès faciles, ambitions sottes. La caricature pétaradante au poing — un revolver toujours chargé pour épater. Mais c’est écrit sur la guenille qui sort du fusil intello : « Pétard » ! Ou « Boum » ou « Pow »! Oui, l’ennui de cette actuelle société manhattanienne —on vba faire un tour à Paris, on sait qui publie quoi— refusant et acceptant à la fois la jet set aux terrasses des restaus huppés. Cette sorte de supériorité faussement modeste —excusez Sire Foglia— m’afflige, pire, m’ennuie. Assommant, avant ou après le 11 septembre, cette faune de vieux garçons et de vieilles filles (on lui enlèvera un sein et c’est pas si grave) rêvant d’accouplements durables avec ou sans le « manuel ».
9-
Jeudi dernier, à T.Q. Un grave psy cause : « Trouble somatoforme (!) si on refuse d’exprimer ses émotions, voire un grave choc occulté, tu, trop refoulé. À la suite d’un grave chagrin ou déception, l’enterrement de ses sentiments peut provoquer maladie grave, cancer, etc. » C’est dit souvent. Si vrai ? Les psys ont intérêt ($) à mousser cette théorie en tous cas. Qui n’a pas connue une personne ouverte, bien franche, très lucide, soudainement cancéreuse. Malade qui n’a —jamais absolument— rien cacher de es émotions ? Cette scie du « psycho-somatik », tic, tic…ravageur…j’ai des doutes.
Le va-t-en-guerre Charogne en Isarel : les résistants tuent des occupants israéliens. Bien, il ordonne davantage de colonies à installer. Jouer avec ce feu ! Ils sont à Hebron, 600 colons, les Palestiniens : 120,000 !
Horreur pour rire jeudi soir dernier : Aile et moi, très rigolards en voyant (enfin !) ce film-culte bien amateur : « King-Kong ». C’est souvent à mourir de rire. Séquence prémonitoire sauce « Jurassic Park » subitement ! Avec, soudain, en noir et blanc, des effets optiques audacieux pour l’époque (1932) et pas trop mal réussis. Je regrette de n’être pas allé voir le décapant « Bowling Colombine » de Moore en bas de la côte. Paresseux que nous sommes… et les films ne restent pas longtemps au « Pine ». Surtout une telle charge anti-armes !
Aile en a terminé ave son Ferguson, « Train d’enfer » Pis ?
« Bien…c’est très bizarre…Tu liras, c’est pas plate, j’en étais comme
hantée, je tournais les pages sans cesse mais je ne sais quoi en penser ». Ne dis plus rien, belle Aile de mon cœur, c’est le signe indubitable qu’un roman fonctionne. Je le lirai donc.
9-
Raynald, mon frère, retraité comme moi —lui de TVA, moi de la SRC— m’a posté un tableautin de sa blanche main de peintre du dimanche (comme moi). Le cinéma « Château » du coin de notre rue, un tram, un kiosque à journaux. J’avais souhaité un personnage, un humain de jadis. Pour une couverture de livre, c’est plus clair. Je verrai quoi en faire. Il part en énième voyage avec sa Monique. L’Égypte bientôt. Sur sa carte de bons souhaits : « J’aurai presque fait le tour du monde. On stoppe ça. Le dernier ».
J’y reviens car c’est incroyable : lisez ce Lester du « Livre noir.. », s’y trouve un récit fabuleux sur une putain anglo qui se disait la victime sexuelle (enceinte) des prêtres cathos diaboliques du Québec. Un pasteur protestant en fait sa maîtresse et va, aux USA, publier son « conte noir » inventé. Anti-catho. Un best-seller fantastique longtemps là-bas. Dépassant longtemps la Bible ! Ré-éditions. Lester dit qu’avec l’aide de « Patrimoine machin », on peut le lire encore sur Internet. La francophobie (anti-cartho jadis) des Amerloques montrait son vrai visage.
Je lis « Larose n’est pas Larousse » : Castonguay cogne très dur sur la niaise complaisance du « rapport commandé » à l’ex-chef syndical. Le « Tout va bien pour le français désormais » de Larose le fait vomir. Querelle des optimistes et des pessimistes ?, je l’achèverai et en reparlerai. La violente préface de mon éditeur (Beaulieu) est pas piqué des vers, c’est entendu. En matière de férocerie, il est épatant mon Victor.
Allons goûter ces fraîches « chops » de cochon, tiens. On ferme !

Le mardi 19 novembre 2002

1-
Je commence à comprendre tous ceux de mes entourages qui souriaient quand je disais : « fini la littérature, j’ai fait mes adieux dans « Écrire pour l’argent. Que du journal désormais ». Une idée de roman a fait assaut subit —sur bibi— ce matin. Un envoyé des « Missions étrangères » s’installe dans un pauvre petit village d’Amérindiens quelque part en Amérique du Sud. On a prévenu ce jeune idéaliste : pour ces aborigènes, il lui faudra accepter de vivre avec une femme, sans cela, il ne pourra pas « missionner » car ces primitifs jugent comme étant un crétin, un homme sans intérêt aucun, quelqu’un qui ne réussit pas à avoir une femme chez lui. Ce serait mon seul et premier roman se déroulant hors du pays.
J’avais déjà lu qu’au Vatican —cela ne se sait guère—, on accordait une autorisation « spéciale » dans certains lieux d’évangélisation. D’où me vient cette idée de rédiger un tel récit ? Ce matin, je sortais du studio 83-radio, avant de me rendre —il était 10 h— au 45-télé pour T.L.M. Je venais de confier —au questionneur à Chicoutimi— que, enfant de chœur zélé, je me voyais volontiers en prêtre sauf que, déjà, il y avait les…filles ! Que cela faisait problème —déjà— dans ma tête de petit garçon de dix ans.
Si l’idée de ce roman me taraude, il se fera.
Il a toujours fallu qu’une idée de bouquin me hante pour que je m’y jette, un bon jour. On verra.
Temps doux, mardi gris. Hier soir, envie de bouffer du smoke-meat. Aile et mo, descendus en ville, on s’installe donc chez Lester, rue Bernard, un « snack » aux allures 1950. Éclairage de gargote. « Root-beer ». Mes bons cornichons à l’aneth, moutarde en masse….Yam !
2-
Ce midi, Aile et moi, envie cette fois de junk food : hot-dog, oignons, moutarde, et frites avec vinaigre au Petit chaudron. Je ne compte pour rien ici :pas d’invitation à la première moniale de « Séraphin » au ciné Pine en bas de la rue Morin. Hier soir, face à Bureau-au-beau-bureau, le jeune Deschênes, après « Le point » sortait de la première montréalaise dudit film et patatra : « Ouais ! Pas fort, pas bon, le feuilleton-télé était meilleur. Tant de millions, j’suis déçu ». Notre Bureau tout étonné : »Vous êtes dur…Bravo pour votre courage ! À demain ! » Aile renversée, ce jeune D. d’habitude doux et gentil, servant à « plogguer » complaisamment les produits des industries culturelles. Eh bin ! Ça leur apprendra à négliger l’illustre adèlois pour les « premières ». Je ris. De moi.
« La vallée » (des avalés), hebdo laurentien : oui ou non, y publier ( à leur invitation) un conte de Noël adèlois ? J’y songerai.
Vu au condo du Chemin Bates le denier épisode de « Bunker ». Chiard visuel coûteux (avec grosse part de notre argent public). Pas d’histoire. Gallimatia, salmigondis, charabia…Le filmeur Houde s’est payé la traite comme on dit et René Dionne, l’auteur de cette non-histoire, se fit subjuguer. Triomphe de l’esthétisme sur le contenu. En fin de compote : avec d’excellents acteurs, des artisans doués, une immense platitude sur un sujet —les coulisses du pouvoir politique— qui aurait mérité de bonnes intrigues, compréhensibles.
3-
Vu aussi, hier soir, le film de Binamé sur l’artiste multidisciplaire (80 ans) Pierre Gauvreau. La mode infernale : le cinéaste se régales d’effets visuels dynamique, bande sonore couvrant de trop des propos, images floues très « travaillées », on reste sur sa faim de mieux connaître et le téléromancier et le peintre (sauce ludique à la Alfred Pellan) frénétique. On a su des bribes :un père qui disparaît à sa naissance (!), une mère monoparentale courageuse. De rares —et trop brefs— bons moments, ainsi quand Pierre revient à sa source : le 75 de la rue Sherbrooke, près de Saint-Laurent. Souvenir : j’y allais à dix-neuf ans, dans ce « salon » —soutenu par maman-Gauvreau— avant-gardiste. Expositions d’automatistes inconnus encore, séances de danse exotique. Chantons : la bohème, la bohème…
Rencontres ce matin : un Marc Laurendeau, encore comme mal réveillé, Gilles Gougeon. On jase « enfants de choeur », ce dernier a revisité sa paroisse d’Hochelaga : « Rien n’a changé, sacristie et tout ! J’y étais pour une commémoration nuptiale de mes vieux parents ». Le technicien au son, René, boulot terminé, jase. Lui aussi, fit ce drôle de métier de gamin ensoutané. « Pas n’importe où, me raconte-il, à la « cathédrale ». Il habitait Guy et Notre-Dame. On rigole :il servait des évêques, lui, et c’était 25 cents par messe, par cinq sous comme à Sainte-Cécile.
Un camarade de T.L.M. tout fier de sa plume à l’encre bien noire (que je lui emprunte) . Douce, souple et glissante. Il me recommande d’aller à « Bureau en Gros » pour ce —je note— « stylo Dr. Grip. Gel ». Me dit : Oui, spécifie : gel, c’est fameux et en bleu, c’est beau ».
4-
Je repense à « American beauty » : ah oui, toutes ces armes aux USA dans les foyers. La tentation si ça tourne pas rond. À portée de la main…Solution radicale. Ce fatal coup de revolver de la fin. Le sang comme nappe sur la table, sous la tête de Spacey —le mari docile, révolté, qui quitte 14 ans de conceptions de pubs pour un modeste job chez MacDo—, éclaboussures d’hémoglobines sur le mur. Cet autre papa, un colonel sadique — le meurtrier— se révélant un inverti sexuel qui refoulait sa sexualité via le militarisme — ô discipline, cachette de tordus !— imposé à son fils « poté ». Un effrayant récit filmé.
Le 10, rue Chambord, ma fille, rieuse —et peut-être plus soucieuse qu’elle ne le laissait paraître— de ce fils « du milieu » qui serait amoureux d’une « vieille » de 21 ans alors qu’il a, lui, 19 ans. Je me suis souvenu des inspections —mine de rien— de ma mère, chaque fois que je ramenais à la maison une nouvelle « blonde ». Ses sourcis froncés, son front plissé, sa moue boudeuse, face à cette Gisèle de Saint-Henri, plus âgée que moi. Nos chères mamans…
Je songe encore à ce Bertrand junior au confessional-Maisonneuve de RDI : ses deux millions (2,000,000 $ !) gaspillés en drogues dures ! Quelle caverne horrible, quelle effroyable dérapage et quel courage de tout révéler à l’immense public de la télé. Aile en était toute retournée. Et moi itou. Il a dit : « je sentais, jeune, que je devais « performer », qu’on attendait tout de moi, que je devais occulter mes émotions ». Danger.
Je me félicite de n’avoir pas joué de ces pressions parentales. Je disais à mes enfants : « Vous ferez n’importe quoi, ce que vous voudrez, j’espère seulement que vous soyez tout simplement heureux plus tard ». Je songe à tant de parents qui poussent fort sur leurs rejetons. Par un besoin inconscient de revanche face à leur existence décevante ? Malheur ! Cours de ceci et de cela. Surcharge imbécile. Vies atrophiées. Élèves débordés. La vie ordinaire de « l’enfance à vivre sainement » bousculée. Oui, danger ces attentes d’égocentriques ambitieux pour…leurs « petits génies » adorés, appréhendés. Ce Bertrand tombé si bas —il a songé au suicide, avouait-il— , fils de Premier ministre, s’en sortira-t-il ? Je le lui souhaite de tout cœur.
5-
Allé à l’École Hôtelière tantôt : que des desserts dans les montres ! Revenu aussitôt…malgré moi… moi qui aimerait tant me gaver de leurs bonnes pâtisseries encore chaudes… fraîches sorties des fours chauds. Asch ! Dure la vie, hein ?
Mister Hans Blix, chef-inspecteur pou l’ONU, est maintenant à Bagdad avec son peloton de 20 fouineurs. On croise les doigts. Oh, que tout aille bien ! Sinon…l’excité W. Busch donne le coup de fil fatidique à ses militaires préparés à l’attaque. 58 journalistes (choisis par qui ?) furent entraînés pour la bonne propagande USA lors du débarquement anticipé en Irak…Bonjour les reporters professionnels ! La désinformation organisée se prépare ?
La chronique de Stéphane Laporte dimanche (La Presse) : extraordinaire. Cette « Lettre ouverte à Ben Laden », un fameux texte de l’humoriste. Quel talent !
Qui a obtenu le plus de films sur sa vie ? Jésus ? Non. Napoléon, l’assassin de tant de jeunes garçons. Jésus est deuxième. Ensuite : Lénine ? Oui, Lénine. Un autre Adolph Hitler quoi, on le sait depuis « Le livre noir du communisme ». Ma foi… la machine de propagande soviétique produisait à un rythme infernal. Hollywood battu !
On publie beaucoup sur des personnages de télé enfantine, Fanfreluche, Pirate Maboule, etc. On a oublié quelqu’un, « Monsieur Claire Lamarche », l’animateur-rassembleur Guy Messier fut l’installateur du « Grenier aux images », au théâtre des Compagnons par exemple. Ce fut lui, Messier, le premier organisateur de ces héros tant vantés. La télé lui a tout enlevé dès sa naissance et Guy Messier sombra dans l’anonymat et puis épousa Claire, la grande oreille efficace. Pas juste cela.
6-
Nat Pétro tenait absolument à rencontrer l’épouse, l’ « Aile » de Dany Laferrière, revenu de son long exil à Miami. Photo de La Presse: on voit Maggie, floue, loin derrière l’écrivain Haïtien célébré. Aile : « je peux la comprendre ». À le voir aller, aux Salons de livres, j’imaginais mon Dany en playboy libertaire, moi. Bon, je me trompais. L’infirmière Magie a suivi son bonhomme en Floride en rechignant car, dit-elle, elle s’était parfaitement intégré à son pays d’adoption, le Québec. Dany, le froid, la neige se pointant déprimait, lui. Mais qui prend mari…
Et l’« Aile » de W. Bush ? Sa Laura ridiculise son « homme » devant le écoliers ! Elle a dit : « Il croyait, le cher homme, qu’une bibliographie… c’était la biographie de la Bible » ! Méchante compagne ça ! Laura Bush, nous informe une gazette lue, a une maîtrise en « science du livre ». Ah, c’est une science ? Pas de maîtrise en pédagogie, cela est sûr et certain. Un livre bien aimé ? « Le grand inquisiteur », section des « Frères Karamazov » de Dostoievski. On y voit Jésus revenu sur terre face au grand sadique espagnol, Torquemada. Qui fait jeter au bûcher purificateur, le Christ ressucité ! Une lecture bizarre pour l’épouse d’un inquisiteur agressif, bien ieux outillé que Torquemada, cherchant l’Axe du mal. Cette Laura tient « salon littéraire » à l’occasion dans son Aile (eh !) de l’est (« eastwing ») à la Maison blanche et invite des auteurs dissidents (?) de la bushomanie. Seigneur ! Moi, je mettrais la CIA sur ma femme, tiens !
Quand j’ai loué Aile trop fort dernièrement, elle me jette, la langue dans la joue : « Vas-tu cesser tes compliments, je vais me demander ce que je fais avec toi » ! Paf ! Touché !
Justement, appel de on cordon-bleu…On ferme !

Le lundi 18 novembre 2002

1-
Ça tombe, hier, cette nuit, encore ce matin : que de neige abondante à la mi-novembre ! À midi, rayon de soleil :la beauté ! Ale et moi :souffles coupés. Blancheur lumineuse dans nos sapins, flocons rares, isolés, qui flottent dans la lumière hivernale. Au loin, image liquide contrastante, l’eau du lac en vaste ardoise sombre.
J’ai eu envie, hier, comme de me débarrasser du conte de Noël pour CKAC, le 20 décembre. C’est fait., en suis bien content, l’ai donné à mon webmaster, Marco, pour le site. Depuis trois ans, ce « rituel » a un fort succès pour les auditeurs de Paul Arcand. Espère même succès le 20. On verra bien.
Pour demain matin avec Houde et Bertrand, ramasser des notes. A) le cabanon des indiens, les noyaux de cerise enterrés pour eux, le « whippet » sacrifié par Laurent, le petit Gabriel et ses canards secrets. B) les fontaines et leurs vœux en y jetant des cennes noires, C) installation facile de mini- golf partout, enfin, D) organiser « course au trésor ». Bien. Suis prêt !
Tantôt à « La tribune du Québec », (Cbf.fm) l’éditeur Vaugeois (« Septentrion ») déchaîné et avec raison. Il fustigeait les médias qui avantagent « systématiquement », dit-il, les auteurs de l’étranger (lire Paris surtout !) et négligent (je dirais :méprisent) les écrivains québécois ! J’étais content en diable. L’animateur plutôt silencieux…Culpabilité collective de ces favoriseurs des livre d’ailleurs ?
Hier, cahier du dimanche-livres de La Presse :mon éditeur Beaulieu y allait d’une diatribe enflammée, lui aussi. Enragé mon Victor. Avec raison et preuves. Il a tiré tous azimuts sur le « milieu des livres », les bureaucrates, le Salon du livre et… Radio-Canada…Oh la la ! Une attaque bien venimeuse. Vénéneuse ? Comme j’ai bien fait de résister à ce projet (en 1987,1988) de devenir, moi aussi, éditeur. Je l’ai échappé belle, ma foi du bon yeu. Une activité de misère ! De déboires, de déceptions s’il faut l’en croire. Me voilà, lui se révélant comme aux portes d’une banqueroute, inquiet pour l’avenir de mes deux tomes de journal à venir et pour mes royalties ! Aller à l’aquarelle, me retirer au plus tôt de ce jeu infamant, la littérature québécoise.
J’ai relu, à midi, mon conte pour CKAC expédié, aussitôt fait, hier soir pour le site claudejasmin.com: plein d’horribles fautes et coquilles ! Ma honte à retardement. Je le corrige (avec ajouts) et le ré-expédie à Marco. Faut que je me surveille mieux, nom d’une pipe ! Gros paresseux jouisseur toujours pressé. J’avais mis « mirre », c’est « myrrhe » l’orthographe correct (Robert) , fainéant en dicos ! Non mais…
J’ai cru utile (?) d’envoyer un texte sur André Cailloux, mort dimanche, aux gazettes. Peut-être…Je l’ai sorti de mon « Je vous dis merci », chez Stanké. On verra verrat !
Magnéto béni : vu des émissions capturées par l’experte Aile. Exemple : Charrette « Chez Roger », un bar dans ma petite patrie. Encore énervée, trépidance énervante, bavarde, coupant, n’écoutant pas trop… Une Marie névrosée sortie de prison quelques heures pour son livre tout frais « Lettres de prison » (VLB, éditeur). Étudiante universitaire, entre deux cellules (à Tanguay ou à Joliette), elle nous arrose sans cesse pourtant de « tu-comprends-tu là ? ». « Franchement » dirait Aile.
Hier soir, à la SRC : Terrifiants aveux d’un ex-ministre et ex-animateur de radio, le fils de l’ ex-Premier ministre Bertrand. Chez « Maisonneuve à l’écoute », il raconte sa chute épouvantable. Médicaments pour « performer », puis l’alcool à flots généreux, enfin la cocaïne (le sexolisme fou). Un enfer ! Suite de thérapies, rechute sur rechute. Depuis six mois, il tente de stopper définitivement sa décadence. Une émission renversante. Que commentait Bourgault chez Bazzo ce matin. Bertrand junior (il a 56 ans, son père mourait à 57) le fait pour se rendre comme vulnérable. Pour poser un frein. Ne plus retomber. Devenir pour tôt le monde un cible. Il dira : »Oui, qu’on me surveille même ! » Il a perdu des millions de $ avec sa drogue ! Aussi ses amis, son épouse, il ne lui reste comme copains que les ex-drogués !
Soudain, aveux supplémentaires : le pensionnat, huit ans, de 12 à 20 ans (cours classique du temps) l’aurait amené à l’homosexualité ! Hen ? De quoi ? Quoi ? Eh ben ! Il se dit devenu…bi-sexuel (« une foutaise, me disait Michel Tremblay, un leurre, un masque, il n’y a pas de vrais bi-maschins »).
L’homme semble sincère, là, n’est pas la question. On se pose des questions sur son nettoyage de plaies vives. Alors tous ces psys consultés, à quoi servirent-ils au juste ? Désormais, il veut s’en sortir seul, insiste-il, sans aide. Condamnation confondante des psys ? Ah oui, une confession étonnante.
Trop de pub peut nuire : déjà fatigué d’entendre jaser sur le film à venir « Séraphin ». Pas vous ? Overdose non ?
Le cinéaste Francis-Ford Copola chez Lipton hier soir, ARTV. Formidables propos (avec extraits de ses fims archi-connus) sur cet « oscarisé » célèbre. J’aime ces entrevues. Bien faites.
Sur Tv-5 :débat. Les écologistes, les verts, pour ou contre. Fameux. Zapete énervée entre deux bonnes émissions. Soudain, madame Chandernagor vient jaser de son livre : « La chambre » la fascinante histoire du petit futur roi Louis numéro 17. Enfant —par les « sans-culotte »— enfermé dans une chambre close à la Prison du Temple. Tué ou caché…et puisexilé, on disait en Canada…légende ! Vient le « Galilée » de l’ex-ministre de l’éducation en France, « jeté » par Jospin, le gras et très brillant Allègre. Que de livres à lire, trop ?
Avons revu « American beauty », un film fort. La banlieue USA, le confort et les malaises du monde bourgeois. Instructif. Illustration des dangers de posséder trop d’armes à feu ! Ken Spacey toujours parfait en époux cocu, dérivant vers le jeunisme imbécile.
On veut descendre en ville avant le gros trafic. Devoir en finir avec le journal. Mes autres notes remises à plus tard. Demain matin, tôt, studio No. 84, de radio, pour l’enfant de chœur à raconter à la SRC avec un réalisateur venu de Chicoutimi. Ma soutane rouge, ma calotte…Vite ! Je chante : Partons la mer… blanche des neiges tombées m’appelle…

Le samedi 16 novembre 2002

André Cailloux, mouchoirs et éponges

1-
Ce matin, soleil chétif et nous remontons en Laurentie. Ai passé l’après-midi et la soirée dans mon kiosque Troispistolien au Salon du livre hier.
Dans Le Devoir (moins cher qu’à La presse) de ce matin, pas un seul petit placard pour le Jasmin-nouveau. Beaulieu est-il si pauvre ? Même des « cabanes » modestes ( et même pauvres) font des annonces de leurs bébés nouveaux. Je veux bien ne croire qu’aux bohes à oreilles mais… il faut au moins que ces bouches-oreilles sachent un tout petit peu qu’il y a ce bouquin frais imprimé, non ? Déception de cette totale non-publicité allant de pair avec moi en « porté disparu » dans le cahier-horaire du Salon de la Place Bonaventure. La direction du Salon se vengerait-elle de mes piques publiées au printemps dans mon « Pour la gloire et l’argent »? Pas de parano, tit-gars !
Jeudi dernier, après le ratelage de feuilles mortes, j’avais « mal aux reins, mal aux reins » (Félix). Vendredi, le mal persistait. Aussi, ce matin, décision de lever les voiles et de ne pas retourner à ce Salon aux 780 auteurs ! Bilan : une douzaine de livres vendus, à 20 tomates . Ma part :
24 piastres ! Mes dépenses : bière (5$) et sanouiche (5$), la gazoline, le stationnement (15 $) :je suis un dolar en dessous ! En somme :déficit ! Payer quoi pour aller vendre-en-kiosque ! Que font les plus jeunes, les méconnus, les inconnus à ces Salons ? Tout autour de moi, comme toujours, pein d’écriveurs sans aucun visiteur-acheteur. À moins d’avoir un best-seller en route… futilité de s’asseoir là à regrader défiler les bougalous et les courbaturés.
2-
Reste un fait : tant de rencontres sympas. Jasettes amusantes avec : un ex-directeur de la SRC, avec Stanley Opan « (Oh, c ‘est moi qui ai quitté « La Presse » coupailleuse, ne te méprend pas ! »), R. Laplante de Villeray, Claire Caron, bin « chique and souelle », un ex-du-Grasset, des bibliothécaires ( « On peut pas acheter, pas le droit, il nous faut passer par un libraire » ), un type de Saint-Donat (« J’ai connu votre oncle Oscar qui buvait le bar » au Montagnard »), un voisin d’ en face, rue Saint-Denis, du docteur Saine aux injections de venin d’abeille !, Collin, un de la pinède de Pointe-Calumet qui a connu le cabinettier de Boubou, M. Poupart junior, le Sylvain Rivière des Îles (« Claude, il faut le faire ce bouquin avec nos deux quêteux, rat des champs (le mien) et rat des villes (le tien) », DesRoches le poète graphiste, deux dames de Saint-Édouard ( Ah oui, la patinoire si parfaite de l’école des garçons »!), des « Bouquineuses » de Valleyfield (« on a pas oublié votre visite vous savez »!).
Oh le beau soleil soudain à ma table ! Beausoleil (« Les Chrétienneries »), pétant de santé, souriant lui qui fait face à une poursuite de Brûlé, son éditeur (60,000$), me raconte les derniers spasmes du menacé. Je lui présente la fille de Victor, ma chère petite Julie. Elle semble éblouie ! Le Noir et la blondeur : un roman : l’ébène face à l’or. Daba, daba, bada… Bruit de colliers, de bracelets soudain : Francine Grimaldi vient me faire des bises et puis voit « le doré menacé » par des « Intouchables ». Silence. Unanimité : les filles le trouvent beau !
Ma belle bru, Lynn, venue de son kiosque « Quebecor-Publicor » avec les derniers potins : « Va falloir changer nos portes-patio, zut, brume permanente dans nos vitres », et : « Daniel promène Zoé dans le boisé voisin, soudain, surgissant d’un fourré, notre Thomas qui saute au cou
d’une fille, l’embrasse : « Ah, c’ est toi, Caroline » ? Smack, smack ! », votre Daniel, comme gêné, change vite de sentier pour pas gêner son Thomas ». On connaît mal ses enfants-en-liberté ? On a ri.
Raymond Plante me salue timidement, la mine basse, semblant blessé —par la raide démolition de Martel, samedi dernier, de son dernier récit ? Un ex-élève de mes cours en histoire de l’art, cheveux gris, déjà ? Au petit bar voisin —où on peut fumer— Louis Cornellier (critique du Dev) : « Ai pas encore reçu ton « À coeur de jour », je suis prêt à dégainer » …rigole-t-il ; dans un coin, poète Paul Chamberland, plus chauve que jamais. Revenu au comptoir de l’homme-sanouiche —« achetez, achetez nos beaux livres »—, une voisine de la cour-arrière, une « petite Lemire »… avec un fils si grand fils; un dynamique prof de Ste-Thérèse (« On veut vous ré-inviter à notre école thérèsienne, vous savez » ?), il m’apprend que leur bibliothécaire snobinarde était « contre » ma venue —leur choix aux profs— « trop cheap, trop populaire… » Eh bin, on en apprend tous les jours ! ! L’ami de Marco : le jeune comptable Trempe, à sec. Tant d’autres…qui m’aiment beaucoup « à la radio, à la télé », ne tarissent pas d‘éloges… qui n’achètent pas mon journal intime !
Aimez-moi moins !
4-
Avant le souper : Francoeur le rockeur. Il se braque devant moi, l’index levé, le verbe haut, en prof qu’il est aussi : « Jasmin ? Écoute-moé bin : y a deux livres dans ton « Écrire… » J’ai aimé. Y a un Jasmin inconnu de tous, celui de tes quelques envolées automatistes-surréalistes. C’est très bon. Tu dois faire tout un livre dans cette veine. Du Jasmin inconnu, ça. C’est bon. Oui, tu dois le faire. C’est bon ».
Un bon conseil, je trouve. Mais j’ai promis (justement dans ce « Écrire ») de quitter la littérature ! Hum… Y réfléchir. Croisé Gilles Courtemanche :mon bref salut, lui, cadenassé, menton haut, toujours comme absent, ne voyant pas les gens. À moins que…Ep, ep ! Pas de parano.
J’aime bien ces petits caucus, visiteurs, camarades, les Salons ont ça de bon. Aussi à une envoyée du « Salon de l’Abitibi » qui veut m’inviter ce printemps, je dis « oui, je veux bien, mais oui, avec plaisir ».
L’adjoint de Victor m’a parlé du Tome-2 de « À cœur de jour » (avril à juillet) pour « après janvier », je veux lui dessiner un nouveau « quichotte » avec le chiffre « deux », bien gras, pendu au cou (ou au fessier, ou aux flancs), comme aux courses ! La course du temps… quichottien. Si plein et si vain ! Lu mon titre dans la chanson (« À la Manic ») de feu Dor : « Nous, on fait les fanfarons / À cœur de jour… » —la suite ?— « Nous, on est des bons larrons / cloués à leurs amours / Y en a qui joue de la guitare / d’autres de l’accordéon / moi je joue de nos amours… À cœur de jour. J’aime cette toune parfaite.
5-
Va y avoir un autre prix. Pour les collégiens du territoire. On fait ça à Paris. Hélas, un « comité » a fait une pré-sélection. Pas de confiance. Tout d’un coup que ces jeunes gnochons sortiraient du pré convenu. Les sélecteurs : le chanoine Marcotte, le « mineur » Biron, A. Lamontagne, l’endormant Chartrand (tous du Dev !), les élus : Gauthier, Bissoondath, Gravel, Daigle l’Acadienne, Poulin retour d’exil parisien. Et vive la liberté, non ? L’an dernier, lauréate, —fameux roman que j’ai tant aimé : « Le ravissement »— Andrée Michaud.
Lu ce matin dans les gazettes : débat vite stoppé chez les fédérats russes : une seul alphabet officiel, le cyrillique. Pas question de l’alphabet latin (tel en Tchétchénie). Compris ? Aux ordres ! Ah, les fédérats ici comme ailleurs !
Encore le bas du dos très fragilisé. Tout l’après-midi avons raclé le reste des feuilles mortes, dont beaucoup emmêlées à de la glace ! Feu douteux sur le terrain. Tout est trop mouillé. Le lac est gelé sur deux mètres ! Fumée dense tout autour. Personne dehors, Dieu merci ! Aile si déçue, elle qui aime le propre, le « prêt à accueillir le printemps ».
Rentrant du Salon, hier, tard, vu la fin de Marcel Sabourin (ex-camarade de La Roulottre) face à Homier-Roy. Toujours généreux, enthousiaste, rigoleur, le prof Marcel fait plaisir à entendre. Goguenard, disert, plein d’attention bonhomme face aux questions du petit auditoire de « Viens voir ;les comédiens ». La prochaine victime : l’épouse de « J.A. Martin, photographe », Monique Mercure.
6-
Ce matin, lu : « Pas de vocabulaire, pas de langue maîtrisée égale pas de pensée solide, égale : incapacité de s’exprimer ». Aile dit « oui ». Mais je pense au simple et « paysans mal instruit », le pomiculteur Ubald Proulx à Saint-Joseph-du-lac : pas gros de vocabulaire et une pensée forte, dynamique, qui m’ envoûtait, jeune. Je pense aux pauvres du film de Pierre Perrault dans leur « Île aux coudres », pas de langue trop bien maîtrisée et quelle fougue langagière, que d’images inoubliables dans ces parlures. Aile : « Oui, la pensée compte avant tout, la capacité de penser. C’est vrai ! » Moi : « Des gens très riches en mots, surinstruits, et qui pensent pauvrement, on pourrait en nommer des tas, pas vrai ? » Stop ! On y rejonglera. Quoi vient avant…l’œuf ou la poule !
J’ y repense : au Salon, une affiche géante déclare au bon peuple passant que le patron, V.-L. B., est pris par son travail et ne sera pas au kiosque de sa Maison ». Hon ! Mauvais exemple…que j’ai suivi aujourd’hui en me poussant vers…les râteaux aux dents longues.
7-
André Cailloux mort ? Je l’imaginais immortel. À trente ans, il était le vieux merveilleux, il avait déjà sa voix de patriarche si doux. Mort ? Merde ! Je l’aimais. Tard, au Salon, je m’enfuyais, une dame : « Drôle de vous croiser, je viens de lire votre chapitre sur André Cailloux, dans « Je vous dis merci » et il vient de mourir »! Au paradis promis, il va séduire de ses contes les enfants morts trop tôt. Un sur-paradis pour eux alors, c’est sûr. Paix aux cendres de mon premier voisin à vingt ans, rue Sherbrooke angle Delorimier, à l’ex-Maison des Compagnons, ce magicien bienveillant débutait à la télé de 1953.
J’ai vu Micheline Lanctôt (merci magnéto !) avec Homier-Roy. Beaucoup d’extraits de ses productions, film, télé. Sa voix de matrone de prison ? Elle en est bien fière, la juge mélodieuse ! Eh ! Il reste que sans études sérieuses en la matière, sans expérience valable, elle a fini par s’imposer comme actrice. Il faut le dire : elle n’est jamais banale. Elle a du chien et sa voix de gorge, de « cuisinière de chantier », lui a fait un signal particulier, personnel, et fort utile aux employeurs. De plus elle sait répondre adéquatement —mieux que Miss Bujold— aux questions parfois intimidantes du souvent perspicace Homier-Roy.
8-
Appel du journal local « La Vallée » : « On aimerait bien publier un conte de Noël, signé par l’Adèlois que vous êtes devenu, dans nos pages.
J’accepte, je songe à une copie du conte pour CKAC le 20 décembre et je dis : « Vous avez du budget pour payer l’écrivain » ? Oh ! Chaque fois, silence de mort au bout du fil. Comme un : « Quoi ? On doit payer l’homme qui écrit » ? Eh oui ! Non mais… Courriel plus tard : la réponse enfin? « Vous vous arrangerez avec notre responsable du budget ». Bien, je m’arrangerai.
Autre signal : « oui, on ira vous rencontrer pour une entrevue, le 29 qui vient. C’est du « Accès Laurentides », hebdo régional bien fait. Même promesse du jeune Donahue de « L’Express d’Outremont ». Je dois me démener. Il ne semble pas y avoir un relationniste dévoué à nos livres là-bas à Trois –Pistes ! J’ai joué de mes pauvre ficelles pour « Top Secret » , le jeu de mon fils. C’est arrangé :Lévesque jasera volontiers sur son tout neuf jeu de société. Souvenir : prenant mon courage à deux mains, à dix neuf ans, je vais quêter chez la célèbre cousine Judith Jasmin. Rêve de faire de la radio, en province d’abord. Judith dans son tout petit bureau : « Écoutez, Claude, nous aidons de purs étrangers alors je ne vois pas pourquoi je n’aiderais pas un petit cousin ». Résutat ? Échec à l’examen de l’aspirant radioman par le chef Miville-Couture.
9-
À Christine Charrette : ça revole hélas ! Aile : « Avant elle avait quatre invités, c’était parfait. Ça a changé, cins, six invités comme ce soir pour un 55 minutes, c’est beaucoup trop. Insatisfaisant en effet ». La chère « Clémence » en vitesse, c’est navrant. Y était Claude Fournier qui déclare courageusement : « Les éditeurs reçoivent la grosse part des subventions d’Ottawa et ça les rend bien froussards ! » Bravo de cette révélation (?). Aveu franc. On a refusé un album-jeunesse illustre par l’épouse pour raconter l’Histoire du Québec. « On jugeait qu’il y avait trop de Lévesque et pas assez de Trudeau, refus partout. Édition donc « à «compte d’auteure ». Et, heureusement, ça marche fort. Mais j’ai ri de ces éditeurs pleutres, lécheculistes. Charrette parle trop. Questionne longuement…s’agite, gesticule (comme l’autre à Télé-Québec tous les soirs !), remue, cause, cause, cause… n’écoute pas bien —je connais ce stress. Intelligentes mais énervantes souvent.
J’ai rentré, jeudi, une corde de bûches dans la cave. Sueurs ! Tout invité « dans le nord » : « Ah, vite, on fait un feu de foyer » ! « A must ». Rituel obligé. Suis prêt ! Jeudi toujours : descente à deux du lourd « barbacoa » (Bergeron dixit), les transats, les tuyaux d’arrosage, la tondeuse —la vider de son fuel d’abord et Aile empestera le mazout, enragera ! Bon. Que la neige tombe ! Que l’hiver s’amène !
Le vieux pape polonais à l’assemblée nationale des députés à Rome. La peur ! Cage fragile. Ne pas brasser. Ne pas causer sur (a)divorce (b) sur mariage homo (c) sur adoption par homos (d) sur avortement (e) sur contraception (f) sur femmes-prêtres. Bien des tabous pour des députés modernistes comme partout en 2002.
10-
Syndicalisme bien bourgeois ? Les toubibs en caucus. 10,000 en réunion d’urgence. Noble cause :le fric , l’argent public souvent ! Émoluments actuels des instruits ? Mille (1,000) interventions chirurgicales subitement retardées. Il y a réunion des toubibs « pauvres » du Québec. C’est 184,000$ par année les revenus des docteurs ordinaires !
C’est 206,548 $ pour les spécialistes.
Et 342,514 $ pour les radiolologistes !
Pis, disent-ils ? C’est davantage encore en Ontario et dans les autres provinces. Et surtout aux USA. (Où ça coûte un bras en assurances et études aux enfants. ) Bon ! Chantage ? Bin ! On est loin des « vocations humanistes » d’antan hein ? Oui. La vie actuelle. Partout. Cols bleus, cols jaunes, cols ultra-blancs, etc…tout l’monde y en a vouloir PLUSSE de sous. Ce qui se dit ? Les médecins d’ici fuient vers l’Ontario, ceux des autres provinces aussi. Ceux d’Ontario fuient aux USA. Ceux…de l’étranger ? Viennent au Québec, c’est plus profitable que dans les « Uropes » ! Ah fuyez, fuyez…douces hirondelles ! Chanson ancienne. Des futurs grévistes en propres chiennes bien blanches.
11-
Plein d’entrevues aux écrivains invités de Paris ces jours-ci. Colonialisme un peu partout. Les écrivains d’citte ? Des minables. « Qu’ils mangent de la marde », semblent dire les chefs de pages-arts-et-lettres. Voyez : gros placards publicitaires payés par…des éditeurs de France. Alors ? Faut renvoyer les ascenseurs, non ? C’est donnant-donnant quoi. Simple business. Mascarade. La culture des nôtres, vivante, qui se fait ici ? « Lâche-nous patience » avec ça maudit « nationaleux de ceinture fléchée » ! La fermer pour pas aggraver son cas. De là le silence de tous.
Onze jours, chez le dictateur bien-aimé, en Irak, pour bien cacher armes chimiques, biologiques et, peut-être, virtuellement nucléaires. Les inspecteurs onusiens s’en viennent. Pas de guerre pour le moment. On verrra bien. On a sifflé chez Bush :pause !
La DPJ crie « au secours »: 100,000 jeunes « en débris » au Québec. Faut du fric, et vite ! La poire des taxés, nous tos, se vide, se vide ! Pauvres Landry-Maros :tant de feux à éteindre.
360 enfants disparus, introuvables au pays ! Où se terrent-ils donc ? Où sont-ils donc enterrés. On fait appel aux voyantes parfois (Lise Pascal aux « Francs-Tireurs ») Le doc Chicoine d’une franchise totale avec Martineau, rare parole. Épais mystère que ces jeunes « portés disparus ». Des parents en lambeaux. Nous écoutons tout cela, impuissants, enragés. Déçus ! Le monde tourne comme il peut. Les nouvelles ? Un poison vif. Ne plus les écouter ? Une lâcheté ? La santé mentale ? J’en connais : les deux oreilles bouchées. Ils n’en peuvent plus.
Platitude d’écouter Chantal Paris, ex-star-pop, chez « Arcand en direct », en direct :fadaise !
René Jacob, éditeur de Beauce, veut me voir…Où, où ? Projet d’album illustré pour 2003 ? Hâte de le contracter en personne. Mais où ? Chacun a ses urgences.

Le mercredi 13 novembre 2002

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Le titre (une trouvaille !)
« POING COMME NET »

1-
Reviens d’ «encore » quatre jours loin du clavier, du cher journal. Un mercredi bien gris. Ciel d’une chétive lumière novembrienne. 20 courriels (au diable le mot Mel) et devoir y répondre au moins brièvement. Bonne chaleur venue de tous ces « bons vœux » pour mon anniversaire de naissance. Tantôt au téléphone le jeune Beau-soleil bien « ennuagé », lui. Poursuite de 60,000 tomates au bout du nez. Semble se chercher des appuis, des défenseurs. Lui ai dit qu’on ne peut mettre sous copyright une idée, hélas. Mais qu’il se trouve vraiment bafoué et qu’éthiquement il a mille fois raison.
Il avait « parti » (édité aux « Intouchables ») les folleries « verbachimes » du Chrétien qui ne parle aucune des deux langues officielles. 50,000 copies ! Le jeune Beausoleil trouvait que deux livres, c’était assez. Mais on a voulu presser le citron. Brûlé et puis Lanctôt font fi de « son sens de la mesure » et, sous d’autres signatures, publient un tome 3. C’est très triste chez des gens de livres. Mercantilisme fréquent en ce domaine ? Ça arrive, oui. L’idéateur a fait publier une bonne lettre de colère. D’indignation. Les avocats ripostent donc ! Bon, je lui ferai « une lettre ouverte », n’ayant aucune chronique (Le Devoir ne répond pas ). Qui sera publiée ? Ça…
2-
Ce matin donc remontée en Laurentie. Gros petit-déj au « Petit poucet » de Val David, un ogre : deux foetus de poule, au miroir, mes chères bines, leur bonne confiture aux fraises, le pain de fesse…Yam ! Nous irons aux injections anti-grippes tantôt. Vendredi après-midi (et en soirée) qui vient :aller m’installer en kiosque (Trois-Pistoles éditions) Place Bonaventure. Le Salon aux 700 auteurs ! Hum !
Je me suis fait des copies de certains messages reçus. Y répondre au plus vite ? Énervé, je refuse des invitations (à conférencer) ici et là. Ma peur de dire « oui » et de décevoir ensuite. Débordement. Hier soir, le « Groupe des six », bonne bouffe au « Petit italien » de la rue Bernard. Tour de table longuet sur les coiffures par ces dames. André (Dubois) et moi :attentifs et sourires au bec ! Autre tour de table sur les bobos de nos compagnes. Longuet. Voilà mon « Grand sec d’Orléans » vantant le Mario Dumont. Tout pour nos faire enrager. On ne mord pas et il est déçu.
Ring, ring ! C’est la Francine L. de mes aquarelles-à-vendre. Pas en bonne santé du tout. Reviens d’une semaine chez… Castro. Éblouie ! « Mer si verte, mon cher ». Me recommande un hôtel choisie avec bonheur— « six piscines » Claude !— viendra dans dix jours nous visiter. Me rapportera l’invendue bannière de procession de Fête-Dieu, celle au Christ ultra-saignant. Bien.
3-
Dimanche midi le très bon poulet « de sa recette » chez ma fille, Éliane, rue Chambord. Mes cinq ex-gamins, devenus de grands jeunes hommes, à mes côtés. Le bonheur ! Chandelles soufflés d’un seul coup. Vœu exaucé donc. Que Dieu me prête vie encore longtemps. Danier, mon fils, en bonne forme. Un petit peu triste :son chien Zoé resté (ordre d’Éliane !) à la maison. Remise de mon « À coeur de jour ». Rituel annuel au fond ! Me rendrais-je à 100 bouquins avant de lever les pattes !
Vu le « 24 poses » à la télé de ARTV. Effrayant portrait (en 24 poses) d’un pauvre petut monde sans horizon généreux. Réalisme qui blesse. Vérité crue qui me remue toujours. Le désastre des « gens heureux de si peu » ! Avec un moret dans la cave à la fin de ces dialogues de crétins. Oh la la ! Une dramaturgie « d’icitte » et pourtant pas si éloignée de celle des grands Russes. Les âmes en peine.
Dany Laferrière (il a une couverture de presse fantastique en ayant simplement rajouté 120 pages à un livre ancien ) chez Bazzo à Cbf.fm. Il dira : « Si la princesse Diana, morte dans cet accident, avait aussi tué, dans sa rutilante voiture, un magrhébin de Paris, elle devenait un monstre effroyable de sa Jet Set ». Vrai. Un fil sépare l’héroïnisation et la diabolisation. Le hasard. Il parle de la Monica à Bill Clnton. Il dit des choses étonnantes. Ah si on invitait parfois un écrivain aux actualités ! Mais non. Chacun son ghetto. Sur le 11 septembre, Dany dit : « l’Événemenmt important c’est le Proche-Orient depuis 30 ans, pas le 11 seulement ». Si vrai. Mais (contradictoire) il dit aussi que les actualités (politiques ou autres) ne l’intéressent pas vraiment ! Bizarre affirmation.
J’ai lu (où, où ?) que tous ces Cubains anti-Castro, se sauvant aux USA et faisant du démarchage pour faire durer l’embargo, sont d’ex-riches capitalistes cubains bien nostalgiques du bon vieux bordel antillais. Que Castro les a connus aux « écoles de petits bourgeois » de sa jeunesse. Que c’est ce vieux combat qui dure toujours. Que le pauvre peuple de Cuba doit payer les frais de cette antique « chicane de classes » du leur Leader Maximo. Horreur non ?
Laferrière parle de son retour de deuxième exil : Miami. Il va affronter l’hiver qu’il n’acceptait plus.
Émile Ollivier ( originaire aussi de Haïti) meurt dimanche dans la nuit. Crise cardiaque. Je l’avais un peu connu. Sobre, grand seigneur, prof instruit, rien du genre « cabotin joyeux » de Dany. Il a bien parlé du malheur d’être apatride. Disant —pas verbatim— qu’un exilé ne revenait jamais, jamais, de sa patrie originaire. Eh oui ! Et plein de monde autour qui ne supportent pas que nous parlions de la patrie que nous n’avons pas eu le malheur de devoir quitter. Ah ces déracineurs volontaires !
UnMardi, hier, je veux faire un petit tour chez Daniel, or, en roulant, distrait —je songeais à mon topo à livrer pour Chicoutimi-Radio— j’oublie sa rue Legendre et me retrouve à… Jarry sur Christophe-Colombn ! Bon. J’irai boire un café rue Henri-Julien à l’ombre de ma vielle église Sainte-Cécile. « L’Ambiance » —ex-snack-bar où on allait siroter un Coca-Cola, la messe trop longue— est un sympathique joli café. Deux jeunes filles écrivent, studieuses, sur des cahiers lignés. Romans à venir ?
Je lis un vieux « Voir ». Puis, je revois l’école de ma jeunesse rue De Gaspé. Cour d’école avec plein d’enfants d’immigrants, des gamins Noirs nombreux, pas un seul dans mon temps !, le site des Sourds et muets, rue Saint-Laurent, l’ex-Gare Jean-Talon… mon passé enfui quoi, et je rentre Chemin Bates.
Revenant de chez mon prothésistes à oreillettes, rue Fleury, arrêt chez Éliane, mardi : pas un chat ! J’ai la clé, besoin de pipi. Je monte voir les chambres…Oh misère ! Le carphanaüm habituel. Les portes se bloquent sur les fatras. J’admire l’aquarium géant du benjamin Gabriel : joliesse de ces eaux vertes à poissons rouges…et bleus !
Incroyable, mon amerloque grognon, Tod, sur un Mel. Popr marquer mon anniversaire, encore une fois, il me traîne dans la boue. Ça le démangeait ? Genre : « Falardeau, lui, pas un vendu, n’obtiendrait jamais une chronique au Devoir. Si vous l’avez, Jasmin, comprenez » !
Bien, j’ai compris que je ne suis pas un vendu car je suis assez certain de ne pas l’avoir !
Laferrière, lui, a annoncé chez Bazzo qu’il chroniquera régulièrement à « La Presse », le chanceux. Non mais quel « vendu » hen ? D.L. a dit que les sujets n’ont aucune importance dans les bouquins « que seul le style » restera …ou pas ! Drôle, je le voyais pas du tout en styliste appliqué. Cela, le talent ? Dany a vanté et « l’ambiguïté essentielle » et les contrats avec les gens. Il déplore ce Réjean Ducharme invisible, secret, réfugié loin du monde ! J’ai toujours aimé placoter avec lui (salons du livre), ce bon géant Noir est plein d’humour (chez Marc Labèche il fut cocasse), a un esprit caustique et souvent désarmant. Soudain il dit : « je déteste farouchement la familiarité. Parce qu’on aime ce que vous écrivez , on se croit tout permis. Il faut garder des distances sinon il n’y a plus vraie sincérité ». Je sais ce qu’il a voulu dire. Il y a des gens sans jugement là-dessus. Je l’aime et je ne serai pas trop familier avec lui, promis.
4-
Oh, courriel nouveau : promesse de Guy L. à CKAC. On me veut chez Paul Arcand le 20 décembre au matin pour « mon » rituel conte de Noël. Je sais déjà ce que je raconterai.
J’étais encore dans un cimetière lundi matin. Pas mal plus vaste que celui des Jasmin à Saint-Laurent. La SSJB de Montréal veut désormais joindre, à sa façon, le Jour du Souvenir, le 11 novembre quoi. Ne plus laisser aux fédérats seulement ce rappel de nos soldats morts outre-mer.
C’est correct. Il fallait entendre mon président Guy Bouthiller —excellent prof d’Arcand, il me l’a dit, en sciences-politiques jadis— faire un étonnant raccordement : si le Canada de 1942-43 avait été nazifié, il n’y aurait plus eu « d’indépendance du Canada » et, partant, cette idée d’un Québec indépendant n’aurait pu naître et croître comme elle a cru. Vive donc nos braves vétérans !
J’applaudissais intérieurement cet habile détour stratégique et fort amusaant. Guy parle avec enflure, un min-DeGaulle. J’aime ça. J’aime cette vielle rhétorique à ronrons bien tournés. Si je me retenais pas des fois…j’y recourrais volontiers. La peur du ridicule ? Je devrais pas me retenir.
Au pied d’une grande croix de granit, plein de petits soldats boutonneux, plein d drapeaux au vent, très violent lundi midi, du tambour qui roule, une trompette qui pleure « The last call », de la cornemuse…Mes délices, mon goût des parades comme du temps des « Corps de clairons et tambours » des écoles. Je me sentais bien, redevenu un gamin malgré la pluie, les sentier boueux, les feuilles mortes partout.
Et puis ces vrais vieillards en avant-scène qui me rajeunissaient, à béquilles, à fauteuil roulant, couverts de belles médailles luisantes. J’ai tant voulu ces médailles, écolier ! « Salut…! », me fit Bernard Landry me tendant la main lui qui venait de donner une opinion très actuelle : pas de guerre sans l’aval de l’ONU, jamais la guerre si possible. J’étais fier de mon Premier ministre. Une fillette distribuait des colliers à fleur de lys marquées ‘Je me souviens ». À mon côté, une vieille « kouak » en uniforme kaki, médaillée, fit un « non » vigoureux à la distributrice, « une anglaise « me dis-je. Non, elle causa français avec le fils de feu le célèbre héros (campagne d’Italie), le Général Dollard Ménard, le seul haut-gradé de l’armée « canadian » à inviter, en 1980, les gens à voter « oui » à notre patrie. Il en a payé le prix !
Rigolo d’observer les quatre caméras des quatre réseaux, au coude à coude, bien collées, filmant tous… la même chose !
5-
Un lundi soir formidable. Tout petit restau ( La forchetta rue Laurier, « apporter vot’vin ») loué pour l’anniversaire de l’épouse de feu le fameux comédien Georges Groulx, Lucille Cousineau, « fille » du père Legault. 80 ans et en forme splendide ! Vint-cinq convives —dont l’amie Françoise Faucher, Hughette Oligny, Gilles Pelletier, Gabriel Gascon, Gérard Poirier, etc.— qui font de joyeux drilles. Piano loué, vieilles chansons françaises —reprises en chœur tonitruant— des fleurs en vingt bouquets différents, de brèves adresses. Que de rires joyeux ! Un souper hors du commun. Reconduisant Lucille à son chic « Sanctuaire », au bout de la rue Lajoie, Aile et moi avons les bras « fleuris » surchargés. Le concierge tout étonné de tant de bouquets veut actionner deux ascenseurs !
Le lendemain —gras « osso bouco », vin rouge de trop— pas trop en forme pour aller jaser « racines » à « Tous les matins », croyez-moi. La maquilleuse : « Vous avez les yeux petits à matin ! » Moi : « Oui, agrandissez-les moi sioupla ! »
6-
Samedi soir dernier, fameux film à Télé-Q. « Magnolia », signé Paul-Thomas Anderson, trois heures au moins. Du vrai Altman, avec du chassé-croisé étonnant, des liens qui se tissent peu à peu. À la fin, réunion étonnante d’un lot de protagonistes. Je reverrais volontiers ce film. Le louer un jour au vidéo-club du coin. En conclusion de tant de misères humaines, soudain, une pluie de…grenouilles. L’effet visuel est effroyable. Plaie d’Égypte en Californie ! Ah oui, ce « Magnolia » , classé « chef d’œuvre » exagérément reste un film vraiment hors de l’ordinaire. Et pas de ces pubs maudites aux huit minutes ! Youopi !
Dimanche, Daniel Marleau, se fait volontiers mon vaillant consolateur (ma tristesse de samedi quand je ne déniche pas une seule ligne dans les cahiers des gazettes-livres pour annoncer la sortie du tome 1 de mon journal). Celui-là, envie de le nommer Président —à vie— de mon fan-club…qui ne compterait qu’un membre, lui, Marleau.
Retour de l’École-Bouffe. J’y suis allé cum pedibus. Quatre rues…mais souffle court. Que des gâteaux ! Pris une tarte pas trop sucrée. Aile ne dit rien. Hâte de descendre à « son » souper et… au dessert ! Je suis en manque. Descendons. On ferme ! On ferme !

Le samedi 9 novembre 2002

1-
Quatre jolis canards nagent ce midi sur le lac…ils glissent vers mon faux canard au bout du quai. Leurre fatal ? Du bleu poudré au firmament. Je regarde un plein pot rempli de bille multicolores sur une commode devant moi. Fou d’avoir tant aimé les « smokes », enfant ? « All that glitters is not gold » tout ce qui brille…, chantonnait-on jadis !
Hier soir, en ville, théâtre classique, rue Sainte-Catherine à l’est de Pie IX. Marquise lumineuse venue du temps que « Denise-Pelletier » était un cinoche de quartier. Petite foule dehors. On fume Aile et moi avant d’entrer. Je songeais aux marquises illuminées du Château, du Rivoli, mon coin de rue aux ampoules clignotantes, virevoltantes, de ma jeunesse. Mon ex-camarade radiocanadien (réalisateur de mon « Procès devant juge seul »), Richard Martin, pris du cœur, s’amènera tout lentement avec Élysabeth Chouvalydsé, sa compagne , vue au « Go », dans un bon Tardieu l’an dernier. Causerie avec réminiscences obligatoires. Nostalgia maudite ! Aile a mis notre bouquet de fleurs (à Dame Faucher) dans les mains du gérant pour qu’il l’apporte en coulisses.
Chagnon —et non Gagnon comme j’ai mis hier— s’est démené sur la scène : un Alceste noir. Courbé. À la diction pas assez claire pour moi, le demi-sourd. Malgré mes prothèses, ai perdu 75 % du dialogue moliéresque. Je regadais la mise en scène de Françoise, le beau décor. Maudit handicap du diable ! Bientôt, ne plus pouvoir qu’aller aux théâtres des petites salles intimes ! « Ayez pitié de l’homme qui a peur « chantait Rivard. Ayez pitié de l’homme qui n’entendra plus rien un jour !
Au retour, traversée de Maisonneuve et Hochelaga. La rue Ontario toute décorée de lumignons noellesques. Effort hardi pour dynamiser ce coin de Montréal qui se débat pour ne plus crever. Émouvant débat commercial.
2-
Appel hier : un gars de radio à Chicoutimi (SRC) prépare des émissions sur les anciens « enfants de choeur ». Bonne idée, je trouve. Il me questionne, je lui raconte mon plaisir de « servir » en des décors imposants avec soyutanes et accessoites divers (ô l’encensoir doré !). Il m’écoute amusé et il puis me dit : « Formidable votre témoignage. Cachet minimum de l’Union, on est pas des richards à Chicoutimi (il dit pas « Saguenay » ?) Rendez-vous à Radio-Canada, à Montréal, en studio de radio, après votre « Tous les matins » mardi prochain. J’y serai en soutane pourpre et surplis de dentelles fines, calruron violet, gréements des grandes fêtes !
Autre appel : la directrice dynamique (rencontrée à Rim-Ouski ) d’un mini-salon du livre aux Trois-Pistoles ! Elle me veut dans son village qui est celui de mon nouvel éditeur. J’ai dit « oui »’trop vite. L’agenda revu me montre que je ne peux y être fin-novembre. Je guette son mel pour la… désappointer ! Merdre ! J’aime pas ça. « Je dis « oui » à tous ceux que j’aime… », une chanson.
Élysabeth, la compagne de Martin, rue Sainte-Cahreine où l’on re-fume à l’entracte : « Faut absolument voir, en reprise à ARTV, « L’École des femmes » à Avignon, place des Papes, avec l’acteur Pierre Arditti, un truc génial, génial ». Le vilain tuteur Arnolphe « montré non plus en vieux dégueu dominateur, dit-elle, mais en homme fragile, perdue, désespéré, c’est étonnant ! ». Guetter cela donc.
3-
Vu hier soir, après l’Alceste si enragé face à sa société d’hypocrites complaisants, notre Geneviève Bujold face à Homier-Roy. Ças ne cliquait pas vraiment entre eux. Homier-Roy ramait fort. Bujold avec des « oui, oui », des « non, non », des réponses expédiées vitement. On aurait dit la Dufresne manquant de vocabulaire. Aile : « Peut-être a-t-elle perdue de son français, elle qui vit en Californie depuis si longtemps »? Ça se peut. Entrevue assez plate donc !
Aile bien contente, hier soir, de revoir en cette salle vieillotte réaménagée deux actrices du temps de ses réalisations véellebiennes : « La forgeronne » vélllebesque et Sylvie Tremblay. Me dira : « Deux vraies bonnes « troupers ». Il y avait deux pleins bus de jeunesse étudiante rue Sainte-Catherine pour « Le mysantrope ». Dans la salle, attention sérieuse et, à la fin, cris forts, applaudissements frénétiques de ces écoliers. Bon signe d’avenir !
4-
Ma fête, ce matin : aucune pub (pas une seule ligne agate) pour mon « À cœur de jour » dans les cahiers-livres épais du week-end (le Salon qui vient !). Pas choisi par le lectorat de La Presse dans la liste des 50 écrivains favoris. Pas choisi par Le Devoir dans le tas des consultés avec interview-éclair. Pas même nommé dans l’horaire des séances de « signatures », ni chez « 3-Pistolets », ni chez Lanctôt. Aucun placard pour mon livre frais-imprimé, frais mis en librairies. D’autres « modestes » éditeurs achetaient un peu d’espace. Non, vraiment pas ma fête ce samedi matin. Bof ! Habitué. « Dégage la voie, vieux mononcle » ! Ça ne fait presque plus mal à force…
Retraiter au plus vite de ce monde littéraire !
5-
Loto-Québec, vache au lait douteuse du Trésor national, ré-enligne son tir, ses cibles. On abandonne les « pauvres » : donc moins de machines-bandits un peu partout. On vise les poires riches. Plusse de casinos ! Eh ! Maîte Frigon, PDG, perdra des millions, c’est certain. La morale sortait des gros bâtons. Un recul politique. Les gens « en moyens » n’ont pas le même droit et on va les asticoter avec art. Avec astuces. Bon budget en publicité pour les harponner, vous verrez. Et ces cons de touristes, faut les vider non ?
Quelle surprise, ce matin ! Un écrivain et poète et chanteur populaire, célèbre se retrouve épinglé, malmené, en éditorial. C’est plus que rare. D’habitude on laisse les artistes, ces rêveurs insignifiants, en paix. Or, Gilles Vigneault, vendredi matin, sur deux pages du « Journal de Montréal » (j’ai lu) y allait très raide face au Dumont-Adq virant à droite. Bedang ! On sort son canon de fédérat droitiste et l’André Pratte, stipendié par Power-Gesca-Desmarais-La Presse, tire à boulets rouges sur l’écrivain. Avec citations de Vigneault bien fournies. Oui, c’est rare ! Le titre prattien ? « Mon pays… ce n’est pas le P.Q. »
On vient de voir nos « big shots » s’enfourner dans un club sélect, rue Sherbrooke, pour aller sonder (petit-déjeuner intéressé) les reins du jeune favori de l’heure, Mario. Comique de voir leur refus de jaser avec le reporter alerté —comme de vilains pécheurs entrant au bordel. Le pouvoir nouveau les excite. Le bon peuple (vous et moi) a pu voir ainsi que s’amènent toujours (au pas de course même) les « gens de finances » quand la victoire électorale montre du doigt un nouveau venu. Instructif en diable et vive la démocratie ! L’ADQ voit « sa petite caisse » d’hier grossir comme à vue d’œil !
6-
Le saumon cherche sa source. Plein d’anti-patriotes —déracinés volontaires par racisme inverti— qui recommandent d’enterrer les racines. Parlent de « rétro » nauséabonde en voyant des fiertés normales. Recommandent de regarder en avant seulement. Invité à jaser sur le besoin de généalogie mardi à T.L.M. je causerai sur ce inquiétude inévitable. « D’où viens-tu ? » On voit des immigrants, bien installés ici, qui retournent dans leur pays d’origine, affamés de savoir mieux d’où ils viennent. L’anguille revient de la lointaine mer des Sargasses. Toujours. « Rien de pire que d’être apatride », a dit Dostoievsky. Le brillant Libano-québécois, Mouawad Wouadji en a jasé avec sa pièce « Littoral » dont il va faire un film.
Le nouveau roman —éditeur « Les intouchables »— « La lente découverte de l’étrangeté » du souverainiste (eh oui pauvre Pratte !) Victor Teboul, Québécois depuis 1963, remonte à ses sources, à son tour. Lui aussi ! « Je suis un apatride qui découvre les facettes de mon étrangeté », dit Teboul racontant l’exil d’Egypte, de Tunisie. De Marseille où l’on se battait pour des visas.
7-
Scandale chez les blokes du ROC. L’éditeur québécois Turgeon (« Trait-d’union ») ose publier le témoignage de la complice diabolique du monstre ontarien Bernardo qui a torturé à mort deux adolescentes. Ce « Pacte avec le diable », de Stephen Williams, fut refusé partout en anglais. Après avoir buté sur 12 éditeurs, Williams fit vendre 370,00 copies d’un premier livre —sur Bernardo— titré : « Invisible Darkness ».
La compagne satanique de Bernardo, Karla Homolka, sort de prison (Saint-Anne des Plaines) le 6 juillet 2005 et Williams s’en inquiète fort. Un psychiatre qui l’a soignée (!) lui a dit : « C’est un mystère diagnostique ».
Le Ministre de la justice à Ottawa, malgré les pressions des familles des victimes, vient de déclarer qu’il « n’y aura pas les coordonnées de ces criminels sur registre »…pas avant la nouvelle législation. Projet de loi en décembre ! Karla Homolka est « contre », on peut comprendre celle qui acceptait un « pacte » mortel avec « son diable » de compagnon.
8-
Qui a tué le baseball (et son stade) à Montréal ? Hen, hen ? Répondez bande de morons ! On lit le Jonathan Ké du « National Post » et on a la réponse. C’est nous autres, le 84 % de méchants racistes. Ce J. Ké clairvoyant affirme : « Les séparatistes (du Kouaybec) refusaient de soutenir un sport pratiqué par des Graeme, Masato, Jose, Vladimir… Ils ne veulent que des Guy, Maurice et Yves ». Fin de la citation. On a le droit de rire !
Antoine Robitaille (Le Dev) nous offre une autre occasion de rire : le « Herald » de Halifax est son nid, il se nomme Jim « Meek » (docile in french). Ce Meek cite l’auteur de « Global Soul », Pico Iyer (du Harper’s) : « Le Canada refuse les racines communes, choisit plutôt les croyances communes ». Notre Meek d’y aller : Le Canada est le phare des déracinés, du cosmopolitisme et c’est merveilleux. Cessons de nous chercher une identité « canadian ». Il sort sa liste des célèbres immigrants, y plaque Yann Martel (« Life of Pi ») , « né en Espagne » (vérité accidentelle), Shields (né aux USA), Mistry (né à Bombay), Ondaatje (né au Sri Lanka) Et Bissoondath (né à Trinidad) même si ce dernier dénonçait le multiculturalisme nuisance à l’intégration normale ! Les éloges effrénées du métissage font bien voir l’inconfort de la non-identité des Canadians, c’est bien différent au Québec et cela fait enrager les inconditionnels du multicul trudeauiste.
9-
Un hebdo régional (« Accès ») d’ici héberge volontiers les proses du prof Lauzon. Bravo ! Par exemple, fin octobre, tout un public candide apprenait les horreurs (ave chiffres clairs et dommages anticipés) de la privation calculée de la santé, projet du Mario Dumont —lui attirant les mouches à marde de « Commerce et Industrie Inc. » Un très étonnant hebdo non ? D’habitude simples supports d’annonceurs locaux, ces hebdos sont bien sages, tranquilles. Un fait rare ce « Accès Laurentides » en tous cas.
On peut lire dans « Parutions » que « Boréal » publie « La voie canadienne », ouvrage d’un prof émérite de l’Université Queen. Will Kymlicka argumente : « Il y a au Canada (A) les minorités ethnoculturelles (émigrants), il y a aussi (B) les minoprités nationales et (C) les Premières nations (ceux d’avant la fondation du Canada) ». Clair comme ça ?
Nous voilà donc réduits, une fois de plus, chez ce diplômé de l’Université de Budapest, à une simple minorité parmi tant d’autres, nous, 82 % au moins de la population québécoise. C’est exactement à cela que voulait nous conduire le trudeauisme et tous ses zélotes anti-nationalistes. Nous faire oublier le fait et le mot « nation ». Ça n’a pas fonctionné parfaitement comme on sait. Dès la mort des nationalistes-fascistes (Allemagne, Italie, Japon, France nazifiée, et Cie) , plein de nations se décolonisant revendfiquèrent le beau mot de « nation ». Cela continue encore depuis la chute du fédéralisme atroce nommé URSS. Plein de nouveaux pays s’installèrent à l’ONU. Et nous ? C’est pour quand ? Vigneault disait : »Imitons nos anglos du Québec qui votent « non » à notre patrie, à 98 %, faisons comme eux et nous aurons une patrie. On ne peut mieux dire. Aux endormis, aux inconscients… inutile de vouloir convaincre les intéressés : mercenaires à conforts variés, stipendiés, valets rémunérés.
Reçues de jolies cartes de voeux, mon frère Raynald, mes soeurs… Aussi une lettre stimulante de ce René Jacob qui attend mes illustrations nouvelles pour un livre aux « Lilas », sa maison d’éditions en Beauce. Je vais m’y mettre dès le 9 décembre venu. Le journal quitté.
Demain réunion avec mes enfants, la belle bru Lyn, le dévoué gendre Marco (sans lui, au fond, pas de ce « À coeur de jour ») et de mes chers jeunes cinq mousquetaires (grandis si vite !), rue Chambord. Il y aura 72 chandelles sur le gâteau ? Je les compterai ! Lundi, caucus avec un reporter. Mardi, topo avec Houde-Betrand. Mercredi…annonce de mauvais temps et retour ici où la neige ne fond plus !
Aile : « Mautadit, cette neige persistante, les feuilles mortes impossibles à ramasser et les feuillus pas encore vraiment dépouillés, merde, merde » !
Ma foi, le plaisir du râteau la démange !

Le vendredi 8 novembre 2002

1-
Fin du soleil arctique d’hier, si luisant, ce matin peu de bleu au ciel, bien peu. S’en aller voir le travail de l’amie Françoise Faucher ce soir à « Denise-Pelletier ». Revenir ensuite…ou rester à dormir Chemin Bates ? On verra. Aile surveille notre agenda. Fêtes à venir : chez ma fille, chez Dame Cousineau, chez ma soeur Nicole, au restau italien…Mmm…
Ai encore sorti la brosse, neige tombée cette nuit. L’hiver déjà ? Rallonge au journal : j’ai vu qu’il débutait le 9 décembre, je ferai donc huit jours de décembre. Aile l’a lu. Pas déçue. Craignait des indiscrétions ? Bof ! Y a vu un tas de coquilles, les miennes, nombreuses, et celles de la révision qui s’ajoutent. Inévitables ces erreurs. Ai l’habitude.
Fringale de diariste ? Sorte de deuil à venir ? J’aimais bien jaser ad lib ici…Possibles, ces regrets inconscients. Pas d’écho à ma demande de chroniquer au Devoir. Bof ! Peu d’espoir en réalité. Je songe maintenant à l’hebdo d’ici « Accès ». On verra. Ou bien…me taire une bonne fois. Et aquarelliser en paix. Et lire encore davantage ! Mystère de constater que Le Devoir ne publie pas mon texte sur les ruines de Cochin à installer à Larouche, Saguenay ! Grand mystère. Une secrétaire me dit : « Le directeur a voulu que l’on montre votre « papier » à un de nos journalistes ». Bon, bon.
2-
Devenant de plus en plus sourd, il vient un moment où je ne peux plus entendre ces criard à la télé et je monte me coucher. Hier soir Aile : « Tu as manqué Grégory Charles et ses remèdes farfelus, Paul Houde, excellent à ses nouvelles folles… » Dany Laferrière, qui ré-écrit ses bouquins, y fut savoureux, très « poker face », fort bon comédien. Cré Dany va ! Je m’ennuie de lui, le verrai au Salon de Montréal ?
Vu hier un Claude Léveillée en acteur à « Tabou », il y est fameux. Souvent les chanteurs excellent en comédiens :Aznavour, Yves Montand, ici, Dan Bigras (si naturel dans « Tag », Gauthier, etc.
Mode conne : on tourne deux séquences d’un texte (« Tabou » hier, scène d’hôpital, scène avec le télescope) et puis on les saucissonne ! Faux rythme. Imbécile manière pour donner du « pep » à une émission. Foutaise qui me fait enrager. Peur…mépris du public. Imitation des poubs quoi., Pas plus d’une minute sinon, n’est-ce pas, le public (tous des imbéciles impatients ) va zapper ! Démagogie des monteurs aux ordres !
Ai vu la suite des « Le rêve brisé » à TV-5 hier. Conclusion navrante. un : il y a eu des tas de négociateurs sincères pour cette paix difficile entre Israéliens et Palestiniens, des tas. Deux : il y a les religions et les « mythes historiques ». Reste du Temple antique, mosquée sacrée…Barrières funestes ! Échec donc ! Les pacifistes des deux côtés des barricades sont minoritaires. Très. Paix qui fuit, qui fuit…Des morts sans cesse, plus nombreux certes chez les pauvres, les Palestiniens. Horreur !
3-
Faut absolument que j’aille m’inscrire à la piscine la plus proche, au Chantecler, ern face. Faut ! Tous les toubibs : la santé ? De l’exercice physique. Y voir Cloclo !
Godbout (que le dernier « Couac » matraque de nouveau) raconte le livre étrange de la fille du mythique J.D. Salinger, Margaret. « L’attrape-rêves » fat voir une fillette coincée entre ce papa célèbre « tranchant » et une mère « agressive ». Margaret au couvent ! « Papa l’ermite » se livrant aux « boudhas nouveaux » et à « sa » dépression, à Cornish, état de New-York. Cette famille éclatera. « Lucide et tendre », dit Godbout. Des rapports complexes quand on a un père…génial ? Oh oui, on le devine. Je lirai ce bouquin, j’aime tant les biographies.
Ah certains Québécois ! Fameux. Dans tous les domaines. Le trafiquant Lucien Rivard, un Québécois fort célèbre, fut recherché par toutes les polices et dans toute l’Amérique du nord, son « histoire » fut bien raconté par Auger et Cie à TQS. Camouflé par son dancing populaire célèbre « Plage Idéale, Inc » à Sainte-Rose, Rivard organisait ses commerces illégaux en paix. Montréal était devenue, sous Rivard, la formidable porte d’entrée des drogues dures. Héroïne en masse !
Il y eu délation et puis énergique « chasse à l’homme ». On le « voyait » partout, à Los Angeles, à New-York…Il se cachait pas loin d’ici, à Piémont ! Déménagé vite au bord du Lac Saint-Louis, il y fut cerné et amené. Ensuite, évasion inouïe de la prison de Bordeaux, ma voisine dans ce temps-là. Le FBI exigea qu’on le « déménage » aux USA ! Le bras-droit des Cotroni ira donc « tauler » aux USA longtemps malgré ses appels à l’aide aux politiciens importants (Libéraux d’Ottawa !!!) qu’il avait aidé (en organisateur d’élections) si longtemps. « La filière française » (Paris, la Corse et Marseille) en fut ébranlée très fort ! Il va mourir ici, retraité de tout cela, à 85 ans. Ah oui, il y a des Québécois hors du commun !
4-
Encore les coupures de gazettes qui s’amoncellent sur ma table. Les jeter à la poubelle ? Oui. Le journal intime devant rester un vrai journal avec « pas trop » des journaux ordinaires. Copup de fil soudain : la peintre Michèle Bastin que j’avais loué dans le temps. Elle expose. Veut me voir (« en invité d’honneur », dit elle ) à son vernissage. Ne peut le lui promettre.
Beausoleil (Les Chrétienneries ») m’expédie un mel : son dossier contre « Les intouchables » de Brûlé où il ne « touche » pas ses redevances. Une affaire sale. Scandaleuse. Envie de plus de me tenir loin du petit monde mesquin de l’édition et de peinturlurer, pour moi tout seul, des images folles, dans ma cave. La paix.
Départ pour la métropole : aller entendre brailler sur scène un homme qui est insulté par les hommes de son temps, légers, inconscients, calculateurs, …un texte de Molière, avec Gagnon en misanthrope. Y trouver comme un écho à mes enragements quotidiens ? Y résister aussi car j’aime la vie comme un fou si je hais tant la société actuelle. Oui, départ. Aile m’appelle et j’aime aller vers elle quand elle m’appelle.

Le jeudi 7 novembre 2002

1-
Ciel si bleu, Hamelin dixit : « le plus beau soleil du monde est ici, dans les régions nordiques ». Vrai ? Il me semble. La neige offre son immense réflecteur ! Lumière réfléchissante partout en Laurentie. Stimulant. Je n’en reviens pas de cette voyageuse qui avait tant apprécié que je siffle (pourtant pas fort) dans le bus pour Rimouski jeudi, qui tenait à me le dire. Je regardais les cha,mps labourés partout. La terre virée. La terre à l’air. Les paysages si bruns, parfois au caramel sombre, imposantes visions. Le citadin oublieux de ces travaux qui défilent durant des kilomètres et des kilomètres. Sillons à perte de vue, rangées bien droites, fossés d’égouttement sans cesse. Maisons de fermes, bâtiments idoines. Ces bruns divers, parfois des plaines noires, une peinture rurale, fresque tranquille, gigantesque murale terrienne, boueuse, impressionnante en diable ! Un art sobre de Pays-Bas ancien :Bruegel ou qui encore ?
Appel téléphonique : un jeune, Beausoleil (« Les Chréchiennries », je crois ), veut appuyer ma demande de chronique au Dev. Ils sont trois déjà. Si content de cela. Beausoleil se débat contre l’éditeur Brûlé (« Les Intouchables ») …qui ne lui crache « pas pantoute » ses droits ! Indigné, il dit : « Ils vont dans des foires du livre partout ces voleurs… ». Je lui dis : « bon courage » ! après lui avoir raconté quelques déboires de mon temps à moi —chez Leméac « en faillite » :une vraie cochonnerie ! Lassé de ces histoires…ne plus vouloir publier. Beaulieu m’a juré qu’il crachait les droits à ses auteurs avant tout. On verra bien.
À la SRC de Rimouski, je racontais mon discours aux jeunes collégiens : « Choisir la liberté ou l’amour un jour ». Impossible les deux ! L’amour, mon choix, enlève des libertés mais c’est un tel bonheur. Plein de jeunesses mâles qui font un enfant et puis « lèvent les feutres » en toute liberté. Petits saligauds d’égoïstes. Je m’emportais. Tant de monoparentales, tant de divorces rapides ! L’animatrice d’abord muette et puis m’approuvant.
Au Salon, j’ai fini par rédiger une bonne lettre de recommandation pour le Rivière, le Madelinot qui veut fréquenter cet Institut INNIS (installé à la Cinémathèque rue De Maisonneuve à Montréal) afin de savoir les trucs (!) pour écrire du ciné ou de la télé. Il était content. Bonne chance, candide Sylvain !
L’animateur bien connu, Duval —Lionel— publie et joint ainsi le fort peloton des animateurs-reporters-auteurs radiocanadiens (de Garneau à Nadeau). Il semblait tout fier d’être d’un Salon littéraire. Vain prestige, il va le découvrir vite.
À « Zone libre », à la SRC, reportage effrayant sur un tueur de pauvres péripatéticiennes vancouvériennes (80 victimes probablement !) Impuissance de la police. « On avait pas les moyens », dira un chef de police ! Et pas l’intelligence ? De longs mois passaient. « C’était juste des putains, comprenez-vous, si les mortes avaient été de jeunes bourgeoises… » dira un loustic lucide. Frissons dans ma chambre numéro 3027. L’horreur, la fouille des terrains délabrés où gîtait (en roulotte) le tueur fou. Restes humains à trier dans une banlieue de Vancouver bien morne. Oui, l’horreur ! Il a fallu qu’un délateur, enfin, jase sur un certain voisin louche. « J’avais vu du linge ensanglanté dans sa baraque, ça fait que… ». Il l’ouvrira, sa maudite trappe, Longtemps, trop longtemps, après les premiers crimes.
Lu le « Écrire » de Jacques Hébert, le vieux scout-sénateur libéral (installé par son ami Pet). Pas bien fort. Trop court. Pas assez franc ? Suite de souvenirs sur un ton très bref. Sa « carrière » en un chétif chapelet d’éphémérides. Trop modeste ? On reste sur sa faim. L’homme en sait long. Je le crois malin, calculateur, discret par intérêt. Des passages m’allumaient. Celui sur le vieux snob cultivé, Victor Barbeau, par exemple. Hébert brosse en vitesse. Il se dit non-écrivain sans cesse. Ah ! On ne peut forcer le cheval à boire —l’adage vrai— une fois mené à l’abreuvoir.
Je repense à mes enfants en sacs de couchage qui doivent écouter les conteurs du Salon de Rimouski. Les joyeuses jolies bouilles de ces veilleurs volontaires qui gigotaient de trop soudain indiquant clairement quand votre conte perd du sens à leurs jeunes oreilles. Des coups de fouet.
Je songe encore à cette Marie X, dimanche matin à Rim-Ouski, qui m’indique avec clarté des cohérences que j’ignorais dans mon lot de bouquins, des points communs, des symboles persistants, entre les personnages de mes romans dont je n’avais aucune idée, écrivant « par oreille », sans plan solide. Elle m’a comme envoûté. L’intelligence (jeune), vive face au vieux bouc qui chie ses histoires sans souci de cette cohérence… bienvenue, évidemment. Ah oui, hâte de lire sa thèse.
La Julie de Victor tout heureuse de se voir dans « À cœur de jour », bas de la page 400. Elle rit, moi aussi lui disant : « Tu es entrée dans la littérature québécoise, Julie » !
Étonnant Bertrand Leblanc (« Les trottoirs de bois », ,etc.) qui me dit dimanche soir à une tablée d’auteurs : « Je ne vous aimais guère. Pas du tout même. Je vous avais mal jugé. Je découvre un homme fort sympa, dynamique, drôle, et suis ravi d’avoir fait meilleure connaissance » !
Non mais.. quel coco ce rimouskois, rimouskitain (?)Bertrand ! C’est cela un pré-jugé, non ? Ça m’est arrivé souvent hélas. On me fait la gueule d’abord, on me bast froid, on me la baîlle belle, et… en fin de soirée on vient me complimenter. J’ai toujours évité. ce genre de pré- jugement sans connaître quelqu’un. Quoique je ne dois pas être sans péché, je suppose.
J’observais à Rim-Ouski ces très jeunes vidéastes, mouches fourmillantes autour de nous. Une belle jeunesse. De la ferveur. Partout, ainsi, des jeunes « capteurs d’images », caméscope au poing, se débrouillent en des projets divers. Cherchent à marquer un espace bien à eux. Pisser son territoire ? Avec des signaux personnalisés. Singuliers. Originaux. C’est pas facile et cela m’émeut toujours.
Il vous vient des gens étonnants à un kiosque d’exposant. Un prof de littérature de l’UQUAR, vient causer. C’est un spécialiste du surréaliste Marcel Duchamp. Il a publié une brochure « C’est… » (Gramon éditeur) sur ce peintre étonnant. On en jase. Je l’admirais .Son » Duchamp. Ce jeune prof érudit, cultivé, m’a étonné. Il enseigne en province québécoise (ne jamais dire « région », c’est trop con ), loin d’un milieu vraiment stimulant et semble en être fort heureux.
Le fafouin rouynesque, Léandre B. me corrige : « faut pas dire « barbàqueue », Jasmin, pour BBQ, mais « barbacoa », c’est du portugais ». Bergeron, l’habitant abitibien (qui achètera peut-être les lamas de Gilbert Forest) me révèle qu’après ce Manitoba natal quitté, avant d’être célébrer en « joualeur » lexicographe et historien iconoclaste, il vécut deux ans à Paris-France, y fit un thèse de doctorat sur Valéry, sioupla ! Envie de le vouvoyer !
Ring, ring ! C’est la recherchiste cibicienne (de CBC) : « Allô! Pour votre topo de mardi, vous voulez bien venir jaser sur la mode, le besoin, de la généalogie qui taraude tant les nôtres ? » J’ai dit « oui’ ». J’avais pris, en vain, des notes sur les jeux à inventer pour les gamins. À plus tard, chères notes.
À un repas d’Hauteurs (hum !) sur la rive du grand fleuve, Rivière et Leblanc partent en contes noirs sur les Acadiens déportés, exilés aux quatre horizons —Londres, Poitou Australie, Louisiane surtout— leurs ancêtres. Je m’instruis encore sur ce génocide monarchiste. Fi du refus du « Serment du Test », raison ajoutée. (Appris à mon école ). Les colons des alentours —de Boston à Portland— et non pas les blokes d’Angleterre, stimulaient ce bal armé (1755), un « nettoyage ethnique » radical, pour, avant tout, faire main basse sur les champs cultivés —depuis 1600— et les magnifiques troupeaux de ces agriculteurs évolués.
Amusant : les réfugiés acadiens aux îles françaises de St-Pierre et Miquelon déguerpissaient lors de la révolution de 1789 : la peur d’un gouvernent anti-catholiques.
Tout ce jour la belle lumière bleue et blanche (québécoise !) a régné. Lu : il nous faut (dénatalité funeste) 40,000 nouveaux venus au Québec seulement. 50% seront francophonisables…les autres ? Ah ! Problèmes en vue. Pas question à Québec de stimuler, d’encourager les jeune couples à avoir davantage de rejetons. Les argents à investir sont-ils comparables ? Sais pas. 15 sur cent iront en…provinces québécoises (ne plus dire, oui, régions). Les autres, surtout à Montréal, enverront les enfants aux collège anglais. C’est permis. Comme mon David rendu à Concordia ! Comme Laurent, c’est probable, ira là aussi. Je ne me mêle pas des enfants de mes enfants à ce niveau.
Grosse nouvelle du jour :madame Robillard menace. Les cadres fédéraux seront punis s’ils ne deviennent pas vite bilingues ! Quelle farce ! Des talents forts, utiles aux Canadians, seront ainsi chassés. Pour faire croire à un Canada bilingue. Fumisterie. Voyez-vous ça à Québec, les « pas bilingues » dehors ! Un gaspillage insensé pour un maquillage idiot. Le Canada est un pays anglais, le Québec est (sera?) un pays français. Et il y aura, ici et là, des personnes bilingues, trilingues, etc. Voilà le bon sens.
Curieux : moi l’auteur de « Pleure pas.. », me sens mal à mon aise en écoutant le gras joual de « Autour de Nana » à CBF-Fm, le matin. Aile : « Moi aussi. On dirait que c’est une vieux jargon d’antan. D’il y a très longtemps. Au théâtre chez « Duceppe », (« L’année du championnat ») vendredi soir, mon grand malaise en entendant ces sacres en litanies incessantes, cette parlure en joual gras. On a collectivement changé, on a évolué » ? Cependant Aile a trouvé très bons les acteurs, Michel Dumont très fort en « coach » vieilli.
J’entends —à « La tribune du Québec »— dire : « pour colmater la brèche », je songe à « pour calmer Labrèche ». Mon cher « Laideron avec une chaussure jaune » hier, avec le comique Lemire, pétait le feu des quatre fers. Rien à colmater ! S’il le décidait sa série-télé vespérale grimperait carrément au vaste ciel du surréalisme créateur…et perdrait le monde ordinaire… mais ce serait un réel événement télévisuel. Il ne le fera pas. Il ne peut pas. Les autorités le stopperaient en cours d’envol. Maudites crottes d’écoute !
Yann Martel, lauréat heureux, se voit accuser. « Saudit copieur d’un roman brésilien ». Affaire-bidon je crois, à suivre néanmoins. C’est la forme d’une création qui est exclusive, mon premier éditeur, Tisseyre m’avait expliqué cela, me disant : « on ne peut mettre sous copyright une idée.»
Je sens une conspiration du côté « ailé » des choses, un souper d’anniversaire à un restau italien avec « la bande des six. Fou mais je n’aime pas trop ça. Une gêne. Sauvage ? Oui.
Hier, à TV-5, le 19 en Laurentie, un très fameux docu-télé sur la guerre inégale entre colons protégés juifs et Palestiniens encerclés. Floppée de noms hélas. Pas facile à suivre. Un pourtant bon travail avec de bonnes archives visuelles. Suite ce soir. Je veux pas manquer ça.
Dan Bigras, le chanteur, a un fort bon « naturel’ en jouant dans la série Tag que je regarde d’un œil…Je préfère lire le magazine spécial (Nouvel Ob) sur la vie et les ouvrages du philosophe Nietzsche, là, je l’orthographie comme il faut ce nom du bizarre penseur allemand, tombé fou raide (1880 ?) à la suite d’une querelle pour défendre, à Turin, un cheval fouetté ! Souvent du blablabla par des jargonneurs savantasses parfois des articles clairs.
Toujours décousu et pas si fort que le prétendait Foglia ce roman juif new-yorkais, bohème-bourgeois, signé Blank (« Manuel à l’usage…des jeunes filles »). Je le continuais en attendant tantôt l’ouverture des comptoirs de l’École hôtelière, rue Lesage. Bon stock aujourd’hui. Je reviens les bras chargés. Aile toute contente. Découvrant un cake aux fruits sucrés…un index levé…a m’fait peur torrieu !
J’ai osé découper les pages à chansons du livre de Brouillard reçu à Rim-Ouski. Gros yeux encore de mon Aile chérie ! « Quoi ? C’est pour cette fête chez Lucille C. bientôt. On va pouvoir chanter ». Aile : » Clo, faut laisser les organisateurs organiser cette fête comme ils l’entendent, tu n’as pas à t’immiscer… » Toujours le gamin en faute, moi !

Le mercredi 6 novembre 2002

1-
Le mois des morts ! On y est. Si soudainement. Au lever : store ouvert. Paysage de fer. De tôle. De gris divers. Vision d’étain. Camaïeu émouvant. Sapins très chargés de… plâtre ! Souvenir : jeune, papa le bricoleur-artiste me montrait, avec du plâtre liquide, à garnir les petits sapins de notre crèche de Noël. Je trouvais ça si beau. C’est cela dehors ce matin. Avec ciel gris, lac de mercure. Image austère. L’hiver total en début de novembre ! J’ai gratté le trottoir de bois, allant à drogues douces (tabac et nouvelles) comme en plein janvier.
Claudette Béliveau du Devoir : « le directeur a demandé que l’on montre à un journaliste de la boite mon article sur « ce déménageur de temples de Cochin au Saguenay » ! Eh ben ! On verra…
Trépanier : « en Belgique ils ont accepté notre « courriel », en France, c’est un « mel » (pour un message électronique, contraction ). Bon. Oui, pourquoi pas ? Ils sont 55 millions, faut bien s’incliner. Impérialisme des nombres ! Enrageant non ?
2-
J’ai perdu un tas de notes utiles pour bien narrer mon excursion à Rimouski. Grrr…J’y vais donc de mémoire. J’en ai une sacrée bonne, heureusement. Allons-y. Jeudi, Aile me mène au terminus des bus Orléans, rue Berri. Achat de magazines. De chocolats aux raisins en boites. En voiture… vers 17 h, arrêt à Lévis, 55 minutes, pour bouffer un peu. Gargotte. Club-sandwich. À 21 h 30, tout le monde débarque. Noirceur. Le vaste fleuve en face, horizon noir. Taxi pour l’Hôtel Rimouski où se tient le Salon du livre.
Vendredi matin, camarades écre-vices (!) attablés et bouffe du matin. « Le Soleil » à lire. Kiosque en après-midi. Défilé habituel. Un salon modeste et donc bien plus chaleureux que les gros de Montréal, Québec ou même Trois-Rivières. Pas de « quant à soi », pon vient jaser volontiers au bonhomme assis derrière son neuf « À cœur de jour ».Toujours étonné de rencontrer des gens qui connaissent votre voisin adèlois, Maurice, votre sœur, Nicole, au Club Épic à Rosemont. Un rimouskois qui est ami avec Raymonde L. une voisine « qui va rédiger un livre sur sa vie ». Ah ! Savais pas ça ! Le Québec tissé serré, toujours.
Assis avec moi pour Les éditions Trois-Pistoles, Nicole Filion, sa troisième ponte, Rivière-le-gaspésien, un roman nouveau, Bertrand Leblanc, un livre tout neuf, le « Bouscotte » tome 3, le « boss » Victor viendra demain seulement me dit Julie sa fille dévouée , habile pour le seconder, son papa barbu si pris dans ses projets de télé, Léandre Bergeron avec sa saga familiale si singulière, Côté, « le Chapleau » du « Soleil » avec un bel album…D’autres. Tassons-nous ! Fessier conte fessier. Entrevue publique avec une jeune reporter très blondie sur ;a scène « Hydro-Québec », commanditaire important du Salon. Je m’enflamme soudain, suite à une question, et je fustige les « racistes invertis ». Applaudissements frénétiques dans la salle. Me voir transformé soudain en tribun politique ! Moi en député farouche… vieux songe de jadis, je me calme.
3-
Le soir de ce vendredi, même manège. Photographe du journal régional me croque, cherche des « photos de groupe » à faire. Me colle avec Claire Caron et Lester. Mon journal se vend mieux —Côté a des fervents en masse, lui aussi— que les autres pondeurs du kiosque. Une certaine gêne chaque fois. C’est très embarrassant. En fin de compte pour une vingtaine « d’acheteux », plein de vaines rencontres pourtant bien chaudes.
J’y vais toujours à reculons à ces salons et j’en sors toujours le cœur guilleret, justement à cause de ces jasettes avec des personnes aux anecdotes fleuries. Je fume en cachette dans mon coin de kiosque. Hon ! Dans le hall, découverte d’un jeune barbouilleur surdoué, Masson. Vraiment un frère en aquarelles baveuses, torchées si spontanément. Je l’encourage. Le jeune homme tout content de mon enthousiasme me fera un min-cadeau signé. Bavardages au souper avec Norman Lester (« Le livre noir du Canada »), avec Marcel Brouillard (un formidable livre de chansons ultra-populaires ). Monique Proulx (« Le coeur est un muscle… ») et moi nous croisons, salutations bien brèves. Gaétan Soucy (« Music-Hall ») arrive demain. En avion ! Lester est venu, lui, en train à couchette comme Brouillard. C’est plus cher tout cela que le simple bus que j’ai pris. Éditeurs plus riches ?
Aux repas, le midi ou le soir, au joli restaurant de cet hôtel, occasions de regroupement. La « bande à Vic » et d’autres. Farces, piques, horions parfois. Un gheto. Il neige fort. On reste, tous, comme enfermés dans le complexe, le Salon est dans une salle de l’hôtel. Ghetto consenti. Merde, ai oublié d’apporter un maillot, belle et vaste piscine. Samedi matin, on vient me chercher (chauffeur bénévole) : charmante entrevue à la radio de la SRC-Rimouski. En après-midi, samedi, interview avec Jean Fugère dans l’espace central. On rigole bien. Avec le temps, Fugère est devenu plus léger, semble adopter un mode plus fantaisiste en fidèle questionneur des « gens de lettres ». Il y excelle.
4-
Vendredi soir, après kiosque, au bar, jeu de bingo ! Du bon porto du Portugal à gagner, en belles bouteilles. Victor est arrivé, surveille ses deux cartes de bingo, boit du jus de tomate, du jus d’orange, un Duplessis dégrisé à jamais ! Je lui ai bien dit ma joie du joli bouquin pondu par sa maison pour ce « À coeur de jour ». Joue le pap-boss satisfait, content, content. Le tome deux du journal (de avril à juillet 2002) …pour après janvier 2003. Bien. Samedi soir, même bar de l’hôtel, récital modeste avec de jeunes poètes de la région. « Ces visages de vieux qu s’effritent.. » Og ! À la fin, je fonce vers la table de ce jeune Villon : « C’est quoi ça, vos « vieux qui s’effritent, jeune homme ? » Il rit un peu jaune. Je songeais à nous, jeunes veaux, à « colliers de barbe » jeunes, en 1950, cherchant partout des oreilles pour écouter nos poésies de révoltés. J’étais ému de constater que cela dure toujours cette vague hargne contre les « assis ».
Dimanche matin, Fugère questionne maintenant Monique Proulx qui répond toujours sans vraiment répondre. Camouflage ? Pudeur ? Noyade en propos incertains. Prudence ? Gaétan Soucy après des confidences brèves sur sa jeunesse dans Hochelaga (lire son bon « L’immaculée Conception ») décide de démonter sa machine à rédiger, ses outils de travail et c’est alors un confus discours —bizarre— de mathématicien, de quasi-physicien. Jeune, il songeait à foncer dans ce monde concret à hauts calculs réalistes ! Sa démonstration — avec paraboliques et parallaxes— ne nous dit pas la vérité sur sa manière de composer un roman. Vanité ? Pudeur lui aussi ? Quant vient le tour de Lester, c’est clair et net. Sa démonstration bien archivée des leaders « Canadians » fourbes, menteurs et francophobes laisse fort silencieux son petit public rimousquois (rimouskain ?). Lester annonce un tome 2 pour très bientôt et dira qu’il a ramassé tant de matière (explosive) sur les hypocrisies des Canadians, qu’il fera même un tome 3. J’ai hâte de les lire cr ce premier tome est renversant d’informations historiques, vérifiées, tues, cachées —pendant que les salauds de Richler, Délisle, Francis et autres diffamateurs des nôtres (tous des racistes et des fascistes !) distillaient ces venins à tort et à travers.
Découvrant, à Radio-Canada, que Sheila C. payait pour les mensonges fédéraux (« Minutes du Patrimoine » de Scully), les dirigeants inquiets lui ordonnaient de se taire et l’expédiaient aux voix hors-champ en week-end. Lester a trouvé de l’embauche chez TVA, claquant la porte aux pleutres fédérats.
5-
J’écoutais, fasciné, tous ces auteurs qui causaient brillamment à Rimouski pour 50 auditeurs, et je me disais qu’il était regrettable de ne pas les entendre aux grands médias de la Métropole. Hélas. Aucun reporter affecté pour mettre sur rubans divers les propos divulgués. Rien ! Une anglophone, bouleversée, se levait à la fin, alla au micro, tenta de protester face à un Lester fort amusé. J’allai l’embrasser lui disant : « Demandez pardon, on vous l’accordera, les papistes sont forts en pardon ces temps-ci ! » Fugère éclatait en rires : « Je pensais jamais voir ça, il a embrassé une anglophone » ! Grande rigolade dans la salle.
Dimanche après-midi, taxi pour mon bus. Arrêt encore à Lévis pour souper à 17 h. Grrr….Soupe, sandwich. Mn vis à vis a des allures de jésuite intellectuel. J’engage la conversation. Sur Rimouski. Sur le Salon du livre. Lui : « Seriez-vous un frère enseignant par hasard » ? Ma surprise et je lui dis : « Non, pourquoi « frère » » ? « Pour rien » et il fixe ma chemise et ma cravate… noires. Là-bas, rencontre d’un ex-de la SRC, Gilbert F. Veuf depuis peu, il élevait des ..lamas ! « Sont à vendre mais il y a pas d’acheteur ». J’en ai parlé à Bergeron de Rouyn qui joue le paysan-fermier. Gilbert F. veut revenir à Montréal « Je suis si seul, mes enfants sont là ». Ainsi, à Lévis, mon « jésuite » qui est un homme simple, qui parle « habitant » vigoureusement, est un autre veuf qui a ses enfants à Québec et qui se sent seul. En régions, les « vieux » sont sans ces enfants instruits, exilés dans les grandes villes.
Quand la noirceur tombe, je fais de la lumière au-dessus de mon siège pour continuer avec mon livre ou un magazine. La seule lumière de tout le véhicule, à l’aller comme au retour. Personne ne lit donc plus ?
6-
Aile doit être là au terminus, rue Berri. Pas d’Aile ! J’attends dehors. Froid. Je met ma tuque de laine noire. La haute grue à deux paliers de la future Grande biblio forme sa haute croix, bien immobile, c’est dimanche, dans le ciel noirci. Trente minutes passent. Pas d’aile en chaleur. J’ai mis ma lourde sacoche de cuir entre des traces de vomi et de pisse. Plein de silhouettes vont et viennent. Allures misérables des voyageurs du Métro et du terminus. Des quêteurs quêtent. Des vagabonds rôdent. Des bommes échangent discrètement des…marchandises invisibles, louches. La police passe. Repasse. Le haut clocher de l’Uquam veille sur cette lie.
Voilà soixante minutes à me lasser d’examiner les passants, à observer cette faune voyageuse. À guetter Aile. Rien. Un accident ? Je songe à un hôpital, à une voiture dans une fourrière, toute écrapoutillée. Anxiété. Téléphoner chez me enfants ? Savoir…apprendre l’horrible…Je fais enfin ce que j’aurais dû faire en débarquant. Téléphone. Sa voix. J’enrage : « Merde ! Que fais-tu ? Je t’attends rue Berri depuis plus d’une heure ? » Aile : « Tu devais me téléphoner en arrivant ». Je fulmine. J’aime mieux ne pas raconter ma colère quand, enfin, elle s’amène. Mes injures. La bouderie féroce arrivé chez moi. Aile chavirée. Insultée par mes attaques verbales.
Ma honte le lendemain. Mes excuses. Je veux oublier ma crise de nerfs de la veille. Un lundi bien triste à tenter de me faire pardonner. Quand j’irai vers le duo Houde-Bertrand de T.L.M. pour faire mon topo sur « les vieux si seuls », le beau temps est revenu à la maison, Dieu merci. À midi, Aile est venue me retrouver à Radio-Canada. Rencontre avec sa fiducière-conseillère —que j’adopte— en « Reers » et « Feers. (pour moi) dans un bureau de la banque Desjardins de la SRC. N’étant pas des consuméristes, le couple a pas mal de fric à placer mais nous expliquons à la jolie « courtière en placements » que notre « seuil de tolérance aux risques » est bien faible. Miss Caron sourit et nous conseillera fortement de nous dénicher un notaire et faire nos testaments. Brrr…je déteste songer à ma mort. Aile aussi. Davantage que moi. « Le fisc prendra sa très grosse part à la mort de l’un des deux, nous prévient-elle, il faut « testamenter » et vite » ! On y verra.
7-
Maintenant, se rapproche le vaste Salon du livre de Montréal, Place Bonaventure. À Rimouski, merveille, une cinquantaine de kiosques, ici, 280…Ouash ! Brrr…
Vu hier soir, le docu sur le bonheur du fils Bombardier. Décevant. Aile : « C’est insatisfaisant, trop court chaque fois, on reste sur notre faim… » D’accord avec elle. Les interviewés défilent trop rapidement. Le jeune réalisateur, Guillaume Bombardier s’en donne à coeur joie, incessants effets infographiques, caméra sophistiquée, belles images qui ont pas « rap »… La mode des clips quoi ! C’est de son âge ? Les 36 interruptions commerciales, —aux mêmes effets de clips— semblent devenir la vraie matière d’une telle émission. Écoeurant ! Abrutissant. Assommant avec pubs de chars, de pneus quand —ironie— le présentateur Alain Gravel, en début proclamait « qu’il était imbécile de chercher le bonheur en reluquant des chars neufs » !
Mercredi dernier, chez Labrèche, un Grégory Charles brillant, si drôle quand il cause —la langue dans la joue— maladies, corps physique. Du talent ! Chez Lipton, l’acteur Gabriel Byrne (« Miller’s crossing », « Unusual suspect »), exilé d’Irlande, se racontait avec grand talent. Quelle bonne série à « portraits » que ce « Inside Actors’ studio ».
8-
Lundi soir, bouffe à bonnes pâtes à la « Spaghattata » rue Laurier, seul restau ouvert à cause de pannes électriques dans tout le secteur. Hier soir, bouffe de juteuses bavettes chez « Mamie nature », ici, rue Valiquette. Au retour le Bombardier à bonheur et, paf !, pas de « Duceppe » sur magnéto…Patate ! Aile l’enregistreuse patentée du « home » enragée de son erreur. Rien sur le ruban, de la schnoutte ! Ma fille au téléphone pour nous inviter chez elle dimanche à fêter mon anniversaire. Repas du midi rue Chambord : « Duceppe raté ? Pas grave, ça va repasser dimanche ». Belle carte de souhaits Marielle, ma quasi-jumelle et lettre courte. Et des coupures de journaux. Tantôt Nicole : « C’est plate, on voulait vous inviter, tu vas donc chez ta fille et ton fils y sera, et tes cinq mousquetaires…c’est bien. Bon, on te fêtera plus tard ». Je lui ai dit ne pas trop estimer tout ce cérémonial des anniversaires. « Claude, t’es sauvage comme moi, on tient ça de notre sauvageon d’Édouard, notre père ».
L’autre soir, relisant un peu de mon journal édité (oh les coquilles maudites !), je tombe sur une entrée à propos de Cyrulik, et bang ! au « Point » de Bureau, Cyrulik en personne ! Le hasard existe-il ? Bon boulot de Bureau. Il jasait, tiens, sur le bonheur ! Ce Cyrulik : une lumière.
9-
Étonnant ce duel verbal très viril entre Martineau en inquisiteur et le Rozon de l’empire-du-rire. Ce dernier avouant jouer le « mac », le « pimp », l’entremetteur pour fournir Trenet (vivant !) en jeunes prostitués « commerciaux ». Les gazettes en feront des gorges chaudes avec raison. L’adjointe nouvelle de Gilbert-subventionné-Rozon, dame Cinar-escroqueries, se fait « pleumer » si férocement par un Martineau braqué que les directeurs de Télé-Québec reculeront quant cette « voleuse » les menacera, le lendemain, de poursuites judiciaires. L’émission sensationnelle n’aura donc aucune reprise. « Franc-tireurs » mis sous le boisseau !
Quel journaliste équipé va vérifier les chiffres de Rozon qui lui font dire : « Quoi ? Nous, nos festivals publics, très subventionnés avec un petit 10% ? C’est moins qu’aux USA : 25%, moins qu’en France : 40%, moins qu’en Angleterre : 55 % Martineau muet à ce moment. Est-ce la vraie vérité ?
10-
Vu encore « Le septième (art) » avant de m’en aller à Rim Ouski. Je dois y être bientôt à cette série, on va me dire quel film aller voir. Le gras Georges Privet connaît le métier. Mais cette animatrice, Catherine Perrin, (Aile l’aime bien, elle ), sèche, raide, rêche même, roffe, hautaine un tantinet, sévère d’allure, si « sérieuse », tendue plutôt, yeux creux, cadavérique parfois…On y a démoli « Le marais », le « Frida » Khalo, trop sucré, sauce « midinette ». On y a vu des images de la suite d’Arcand pour son « Déclin… ». Hâte de voir cela. Bedang sur le show-filmé, triste raté de cette Pol Pelletier-la-masochiste effrénée. Hâte aussi de voir Bourqet dans « Comment j’ai tué mon père ».
Chez l’ami Popaul Arcand, une ex-envoûté de Raël. Souriante, calme, elle a eu besoin d’un groupe exotique. « Il se dit le demi-frère de Jésus ». Il dit que Moïse, rencontré lors de son voyage extra-planète-terre, est le plus drôle des grands prophètes. L’ex-journaliste de sport sombre ans le ridicule avec un aplomb digne d’un déséquilibré conscient. S’enrichit. « On donne 10 % de nos revenus ». Comme à l’OTS ? Il aurait un harem. De très jeunes filles. En France les accusations de « subornation de mineures » pleuvaient sur le devenu Québécois. Le fisc le guette aussi. Un fumiste étonnant. Quelle paix trouve-t-il à Valcour, au Québec ? Nos agents gouvernementaux en cette matière sont-ils plus mous ? Il y aurait une organisation vraiment internationale ! L’ex-victime parle à Arcand d’un délire ! Arcand s’en pourléchait les babines. « On y joue beaucoup avec des jeux vidéos », dit la déprogrammée. Existences hors du réel quoi ! Non mais quel habile rastaquouère pour les âmes en mal de groupes sociaux désaxés. « Il joue le Dieu, un mythe vivant et c’est là que j’ai décroché », dit l’ancienne folle abusée.
11-
Gilbert Sicotte fait une narration lourdement appuyée, comiquement sur-dramatisée à la série « La boîte noire »… où l’on repasse, où l’on remâche de vieux documents d’archives. Redondance niaise. Le fameux 24 juin 1968 du Trudeau, « fier pet », bravant les émeutiers : du vu et revu ! Le retraité reporter, Gabriel Drouin, témoin oculaire, a livré des propos mesurés et n’a pas vraiment fustigé la censure honteuse, scandaleuse, des patrons d’alors à Radio-Canada qui refusait à ses reporter (dont De Virieux) de révéler l’événement…historique. Auto-censure idiote par frousse de celui qui était en élections actives et qui les menacera plus tard de « mettre la clé dans le réseau français de Radio-Canada ». Toujours étonnantes (vues et revues) ces images sur le pape tiré à bout portant et qui écoutera, plus tard, les confidences de son assassin (raté) en prison, en Turquie !
Très bon papier dans « Voir » pour analyser le dernier jeu de société de mon fils, Daniel, « Top secret ». Si content pour lui. Il y travaille si fort.
12-
Neil Bissoondath, exilé à Québec pour bonne raison d’amour, eut le courage de condamner le multicul de Pet. Il a crié sa peur des ghettos entretenus sciemment par Ottawa et qui nuit à l’intégration normale. J’applaudissais dans le temps. Maintenant, il publie un nouveau livre (qui est traduit de l’anglais) « Un baume pour le cœur » où il raconte un vieillard anglo uniligue de Montréal, achevant sa vie et se questionnant. Neil jase sur…les deux solitudes. Aveugle ou quoi ce Bissoondathe, il ne pipe mot (dans « Voir) sur le racisme totale de ces anglos d’ici qui ne parlaient pas un seul mot de français au milieu de 82 % de francophones. Lâcheté ? Prudence sotte ? Je suis si déçu de constater que N. B. fait de grands détours pour éviter cette question. Il veut quoi, la paix des hypocrites, la bonne entente de surface ?
Ou bien, comme tant d’autres néos-québécois, il préfère se boucher les yeux sur la question. Son vieil héros, Alistair Mackenzie, a un voisin, M. Tremblay, qu’il ignore complètement et le Neil de dire : « Ça m’a toujours étonné cette séparation entre deux communautés… »
Le coco ! Il y a, il y avait qu’une minorité vaniteuse, dominatrice, raciste, refusait de s’intégrer, méprisait la majorité.Faut-il lui faire un dessin ? Le racisme anglo d’ici, c’est cela. Point à la ligne. Aucun étonnement à y avoir alors sur cette « séparation », cher talentueux Neil ! Ce prof de littérature à Laval, à Québec, rédige en anglas mais nous menace : « Si un jour mon héros —en gestation— me dit « bonjour » au lieu de « good day », j’écrirai mon livre en français ! Promesses, promesses ?
13-
De quoi j’ai l’air quand je dis que Gabrielle Roy fut, jeune aspirant écrivain, mon inspiratrice ? Ou Yves Thériault. Ça fait pas « seurieux » de nos jours. Je lis, et c’est fréquent, les sources d’inspiration des nouveaux auteurs québécois. Pas un seul d’ici. Une sorte de snobisme ? On s’efforce de ne citer aucun écrivain québécois. Une sorte de racisme ? Exemple : Élyse Trurcotte (chez Leméac). Lisez sa liste actuelle d’inspirateurs :Clarice Lispector, Hildegarde de Bingen, Goran Tunstrom, Michael Cunninham et Toni Morrison. Pas de commentaires autres.
Rencontré à Rimouski un jeune femme, Marie X, qui prépare une thèse sur mes écrits. Sosie de Christine Brouillette. Des yeux brillants. Une intelligence qui m’a effrayé. Des notes cocasses. Une lecture fort perspicace. Elle m’a sorti des trucs sur mes ouvrages… à terre le bonhomme ! Hâte de lire sa thèse. Je lis que des psys voient des choses terribles en fouillant les entrailles des livres « Harry Potter ». Pédophilie…nazisme ! Diable ! La crainte de me voir un jour ausculter de cette manière freudienne ! Inconsciemment, quelles tares est-ce que je cache ! Seigneur, éloignez de moi ces analysants analysateurs !
Le gras étatsunien Gore Vidal, exilé en Italie pour ses vieux jours (77 ans) lance des flèches raides anti-Usa, selon Nicolas Trépanier.

1- W. Bush aurait « délibérément » ignoré les avertissements d’Al-Qaïda et de Ben Laden. 2- Il y avait longtemps qu’il voulait envahir l’Afghanistan, cherchant un prétexte, il l’a eu avec ce 11 septembre.
2- On a refusé la procédure normale automatique lors de détournement d’avion ce 11 septembre. L’on aurait abattu immédiatement ces avions détournés. Il y a eu refus d’agir. Pourquoi ? 4- Si incompétence il y a eu, il n’y a pas eu réprimandes à la grandeur de cette incompétence. Bush a même exigé qu’on mette fin à l’enquête sur cette incompétence. Pourquoi donc ? Vidal en Oliver Stone ? À suivre ?

14-
J’ai vu les annonces de jolis condos dans le stationnement de Radio-Canada mardi matin. Stupeur. Des organismes veulent plutôt des logements sociaux pour les citoyens du secteur. En effet, on a démoli les logis des pauvres en s’installant là en 1971. Tout un quartier ultra modeste (où vivait l’artiste Gladu, jeune, il en a fait un beau petit livre) fut sauvagement jeté par terre, cela de la rue Amherst à Papineau. Vaste quadrilatère qui fut effacé. Voilà donc une entreprise bizarre. Il y en a toujours que pour les bobos ! Les bourgeois bohémiens du monde des communications. Une honte.
Zut ! Maudit journal ! J’ai oublié d’aller marchander les leçons culinaires du jour, à l’École des jeunes chefs, rue Lesage. Aile devra cuisiner. Quand, à Rimouski, j’ai prévenu Victor-Lévis, l’éditeur d’ « À coeur de jour », que j’allais cesser sans doute, fin novembre, de tenir journal, il n’a rien dit. Pas un mot, le saligaud. Il m’a regardé. J’ai ajouté : « tu comprends, c’est difficile, les notes partout, l’impression de ne pas vivre vraiment librement, la sensation d’être lié, accroché… » Il m’écoutais attentivement sans un mot toujours. Et puis, voyant que je ne disais plus rien là-dessus, il est passé à un autre sujet de conversation. Bin…
Paul Trudeau, m’expédie un… « mel » (adieu joli mot « courriel » !) : il est allé à Grasset lui aussi. Deux frères : en maths au collège, il y fut un gros zéro, comme moi. Un prof incapable puisqu’à l’université Trudeau y fit florès…en maths, plus tard. Il blâme donc ces Messieurs de Saint-Sulpice de n’avoir pas engager des compétences. Il me fait du bien. Ce prof Maheu à moi, mes notes catastrophiques……quoi ? peut-être un incapable, peut-être que j’étais pas si borné, si bouché en maths ! Eh !
Aile me prévient, elle sort pelleter toute cette neige précoce sur la longue galerie aux cèdres. Je ne dis rien. Il faut de l’exercice pour se maintenir en santé, pas vrai ? Et les femmes sont dorénavant nos égales, non ? J’ai acheté, au terminus des bus, un Nouvel Ob spécial avec plein de pages sur Nietsche et ses écrits philosophiques. Je descend le lire avant souper.