NOS CHERS JEAN-FRANÇOIS !

Je l’observe de ma longue galerie qui brandit sa scie, si habile de ses mains. Chanceux. Jaloux, je suis. Dès potron-minet, mon Jean-François, juché haut sous la canopée des arbres, « démanche » tout un mur de très vieilles planches. Il les a remiser en ordre, au sol et il grimpe et regrimpe sur son échafaudage, installant de l’isolant. Contracteur fameux retraité (ouvrageant de Baie Comeau à Sorel !), mon voisin Maurice supervise et moi, je reste sidéré par le ballet des mains « ouvrières » de Jean-François. Des mains magiques. Isolation terminée, il a remis en place ce mur « patrimonial », celui du grenier mansardé de cette demeure —selon la rumeur— qui fut la maison du « notaire Le Potiron de l’avare Séraphin selon Grignon.

Je suis toujours épaté quand, dans les rues de mon village, je croise un de ces solides gaillards capables de redresser, d’élaborer, de réparer, de rénover du vieux; ou de construire du neuf, d’ajouter un appentis quelconque, bref, de transformer des « matériaux de construction » en quelque chose qui est utile, parfois essentiel ! Combien sommes-nous dans mon genre, à ne pas trop savoir comment bien réparer une simple clôture, à ne pas savoir ajuster une fenêtre déglinguée ? Autrement dit, à avoir les mains pleins de pouces ?

L’autre midi, chez Rona, cherchant un bout de moulure, je veux expliquer « mon cas » au vendeur… qui me dira : « Suivez-moi en arrière, « votre cas » c’est que vous êtes pas bien équipé ». Je me suis sauvé. Je raconte dans mon tout récent récit, « Anita… » (j’insiste, un « chef d’œuvre » selon Le Devoir) mon admiration de gamin pour Monsieur Lorange qui menuisait des tables et des bancs dans ma cour (pour le futur resto paternel). Dès lors, vouloir devenir —non pas pompier—menuisier. Les mains de M. Lorange, celles d’un : prestigitateur. Mon père qui voulait toujours tout réparer était un misérable bricoleur; les « pattes » cassées se re-brisaient sans cesse et ma mère chialait, écoutant à la radio : « Ah, quel bonheur d’avoir un mari bricoleur ! »

Ces Jean-François —d’ici ou d’ailleurs—, sont précieux à ceux qui entreprennent le moindre des travaux, ils sont d’indispensables collaborateurs. Il y a des matins où je peux percevoir au très loin les bruits des rénovateurs, —oui, moi, le demi sourd.

Ah !, le chant rugueux des scies qui scient, des marteaux qui martèlent, vivants, bruyants concertos « en la-très-majeur ». À chaque visite dans nos parages du Jean-François —qui est un Chartrand de la rue Sigouin— ma Raymonde l’apercevant, va l’alpaguer pour négocier « un prix ».

Travail… bien entendu toujours urgent, que son fainéant de compagnon, moi, ne se décide pas à entreprendre. Je ne joue au paresseux (singe), non, non, la vérité : je suis, comme feu mon papa, un piètre rénovateur, je suis tout juste bon à « menuiser les mots », quoi, chacun son métier, non ?

P.S. : En passant, J.-F., redis à ton jeune, Matisse, qu’il est —je l’ai constaté au bout du quai— « le champion » à la pêche-à-filet. Pour les ménées.

 

MASSAGE AU SIROP D’ÉRABLE !

Mon fidèle lectorat sait où me trouver (entre 5 et 6) en cas d’audiences publiques, jouant « le sage à la barbe blanche aux longs poils frisants » ( chanson de Trenet), ici, tout le bureau d’accueil de l’hôtel Excelsior est de belle et bonne chaleur; saluts à Joan, Anne-Michelle et Maria, accortes dames aux sourires réceptionnistes de chaude cordialité. À demi-nu, m’y sentir —comme dans le génial film du génial Fellini— l’acteur Marcello Mastroïani en un harem, sultan choyé aux bains à vapeurs !

Exorcisant (sic) ma hanche opérée, plongé en chaud tourbillonnant jacuzzi, je lis sur un lutrin : « Massage au sirop d’érable ». Eh b’en ! J’ignore tout au domaine des « jeux de mains, jeux de vilain ». Une des souriantes buralistes me déniaise : il y a au menu de l’Excelsior : des « enveloppements » à l’argile verte, ou au thé vert et, oui, au chocolat ! Elle me vante : « sablage » aux sédiments marins ou bien « gommage » au raisin, à la vanille ou aux cristaux de sel. Un monde et me sentir un vieux dinosaure.

À cet hôtel et, sans doute, comme ailleurs (Mont Gabriel ou autres « Polar Bear-Ours Polaire ») je devine offres de : mécanothérapie (?), de balnéothérapie (?). De «  Vaporium » ? Dans les caves aux torchères, je lis : algologie (?), accumassage local (?), sauna finlandais(?) bain flottant hypersalin (?) Une voix me dira : « Vieil écrivain, massage facial ou bien « substituer F et G par pressothérapie » ? J’en reste baba car je viens d’un temps bien maigre sur le sujet et ma vieille religion fut peu ouverte sur ces… plaisirs du corps. Ma maman —ses 21 repas par jour à servir, nous étions neuf à table— ignorait ces soins.

Je suis d’un autre temps. Ça me gênerait, ces habiles mains me tripotant les chairs. Une pudeur ? Scrupuleux ? Je regarde circuler silhouettes en sarraus blanc et je résiste. J’y vois comme une sorte de « péché », on nous a tant enseigné « le mépris du corps », ce vil objet de péché. Cajolerie physique conduisait « drette » en enfer. Nos curés anciens verraient ces soignantes aux mains savantes comme instruments de Belzébuth-Satan.

Manicures oui, pédicures parfois, furent tolérés tard et mes cinq sœurs s’y adonnèrent…mais tard. J’en ris aujourd’hui et vive la « paraffine », le « vernis français », le « facial aux pierres chaudes », les soins « tenseurs bio-restructurants ».

Prévision : verrais-je un jour : « Tatouages remis à neuf. » Suis si étonné de voir autour de mes baignoires de ces beaux gaillards musclés, parfois, pères de famille (!), aux peaux décorées de jolies fioritures végétales, de figurines mythiques. Jadis, des signaux mâles pour sombres motards. Mon voisin de Saint-Adolphe-en-arrière, Claude Dubois chantait : « Les temps ont changé tit-Loup, les temps ont changé ! » Ces caresses sophistiquées et « la chair est si faible ». Okay, « les temps ont changé », un de ces après-midis, je sortirai de ma piscine et, porte-monnaie à la main, je quémanderai… un massage au sirop d’érable !

 

VIFS PAPOTAGES SOUS LES CISEAUX !

C’est avec plaisir que je vais à ma visite « menstruelle » (sic) à un salon-de-ragots, sur le Chemin Péladeau; là où coulent à flots d’incontinents bavardages. Ce cher barbier où le boss ricaneur, Yvon Racette, est intarissable. Racette est un piquant géographe amateur des alentours adèlois à la langue bien pendue. Aussi un sociologue autodidacte ( les plus clairs). Et même un ethnologue-du-dimanche. Enfin : un anthropologue primitif.

C’est dans son fauteuil —tournant et à manivelle— que je me régale. Racette est aussi poète à ses heures. Il me glisse entre deux coups de tondeuse : « Bientôt la neige ! La neige muette blanche (qui va poser partout ses manteaux d’hermine).» D’un jet !» C’est chez mon « raseur de barbe blanche » (lieu dit « Des Sportifs ») que me parviennent des informations en tous genres. Parfois, quittant « la chatte-à-valeurs », mon compère aux peignes-fins me cause de jadis, de l’innocent des bois, un fou bien gai, ou de l’édenté, un quêteur d’en Pays d’en haut, oui d’un bûcheron encabané, sorte de Bill Wabo, (de Grignon). Enfin d’un bizarre laideron, faux-Don Juan aux cheveux gominés qui se voulait « danseur mondain ». L’Yvon donne aussi les « signes vitaux » récents de certains de ses clients (d’ex-camarades des ondes), populaires populistes, ces Ron Fournier ( de St-Sauveur), Gilles Proulx, Réjean Tremblay (de Ste-Marguerite). Tous camarades du vaillant « Claude-Poarier-aux-dividus-suce-spectre. »

Chez Racette c’est un puits de potins, salés et/ou sucrés. Aussi des évocations nostalgiques, par exemple du temps où il fut le « coiffeur privé » du « manitou » feu Pierre Péladeau. Ses outils vibrent, et, remuant sa chevelure d’ébène faux, mon Yvon, hilare, ne tarit pas, image classique du figaro à libre clapet. Dans tous nos villages laurentidiens, on en trouve un au « mâche-patates » (salut VLB !) à la margoulette désopilante, capables de rigolades mais aussi de vipérines attaques envers nos « politichiens » véreux. Sa riante boutique est un petit musée garni des saintes « reliques » du monde du sport : casquettes, écussons, chandails, insignes, crosses de hockey et même sièges du vieux Forum ! Les artefacts divers du monde des sportifs « à bedaines ». La télé de cette « chapelle ardente fait voir, en permanence, des matchs divers.

Soudain, jeudi, le rasoir en l’air, mon Yvon s’écrie : « Regardez-moi donc ça ! C’est-t-y assez beau ? » par sa vitrine baignée de soleil, venue de l’école voisine, trottinait une chaîne de bambins fortilleurs, tous encordée. L’avenir du Québec passait ! L’héritier Éric, détenteur de l’autre « chaise électrique » (échotier ici au journal) n’est pas moins amène et bavard, sociable et disposé à tout humour, cruel ou tendre. Un duo père-fils amateur de piques et horions pas seulement des attendris. Qui ignore encore que c’est là que l’on peut prendre le pouls exact du populo ?

Dans mon feuilleton « La petite patrie » (1974-76) je n’ai pas manqué d’en installer un de ces « figaros »; l’acteur (feu Roger Garand) le jouait avec compétence. Parloirs utiles pour narrer des secrets qui, scandalisaient parfois mon pieux papa ultramontain et, en1940, attendant mon tour, j’ouvrais les yeux et les oreilles sur « ma » société tricotée serrée. Rue Jean-Talon coin Drolet, comme chez Racette, fonctionnait une « faculté universitaire »… et populaire, lieu de sciences politiques », vivante « école ».

Vive nos barbiers !

 

 

UN JOUR D’HIVER DE 1945 : DÉCOUVERTE DE SAINT-SAUVEUR !

Nous voyez-vous tous, tel le gang d’apôtres d’antan, nous amenant à l’heure du lunch, à un resto de Bordeaux ? Tous nous avons 82 ans, des p’tits vieux » qui furent de jeunes collégiens du Grasset. Ce « repas annuel » est un rituel installé par le dévoué Jean-Guy Cadotte, diplômé en sacerdoce. Ce vendredi récent donc, nous n’étions plus qu’une quinzaine ! Un temps, nous étions 35, puis 25…La mort….faucheuse sans pitié.

Pouvez-vous imaginer le flot des bavardages, aussi du radotage; mais quoi ?, on aime se re-re-remémorer des moments chéris, des profs aimés —« bons Messieurs de Saint-Sulpice »— d’autres « moines », les sévères et méchants. Confidences graves car certains regrettent leur orientation, Des aveux d’une voix cassée. Amers regrets d’un pharmacien, un ingénieur. Même un « missionnaire d’Afrique » !Silences, malaises. Soudain, au dessert, mon « petit camarade » l’avocat Roger R., nous fait nous souvenir du ski à Saint-Sauveur. À 15 ans ! L’autobus loué. La journée « de rêve » dans les Laurentides bien loin des rues cimentées, des tassements serrés des maisons de briques rouges. C’était la découverte d’un monde nouveau et ce vendredi-là nous nous souvenions de la beauté du vaste ciel et des innombrables collines.

Aussi du câble, rugueux « remonte-pente », nous conduisant au haut des pistes, 68, 69, 70. Ces ciels dômes infinis chers garçons de l’asphalte répandu partout, du macadam. J’ai rappelé à mes commensaux certaines de nos ballades hors pistes, loin de « La vache qui rit » à mi-côte. On s’aventurait dans des sentiers où les conifères se garnissaient de magnifiques meringues à la blancheur aveuglante.

Émus, on s’en est rappelé de ce silence, de cette solitude qui donnait une envie de prier et le goût du sacré. Ainsi, ce vendredi midi, soudain des yeux un peu mouillés, nostalgie de l’hiver de 1945. Nous, jeunes impatients au coin de la rue Saint-Hubert et Crémazie et l’autobus loué qui surgit enfin, joie folle, on monte pour Saint-Sauveur ! Okay, maintenant, voyez-moi, un samedi tout récent, et encore à Saint-Sauveur. Votre chroniqueur, mis sur son 36, déguisé en « officiant » mandaté par le « Ministère de la Justice », sérieux, je vais célébrer des noces. Celles du frère de ma bru, Murray Lapan (un prof et frère de ma bru). Ah ! moi qui voulait faire un « prêtre » à 10 ans, j’étais servi. La mariée (Claire Brossoit) inventa un « cérémonial géologique » en parallèle à « ma » grand’messe laïque » (air-terre, eau et feu). Soudain, au moment des vœux éternels, de l’échange des anneaux, du baiser rituel, j’ai levé les yeux du jardin du bout de la Montée du Lac Millette et… j’ai revu les côtes de ski de Saint-Sauveur, revu en cet hiver de 1945, la découverte fascinée des collines, des sentiers de sapins recouverts de jolis meringues.

Enfin, courez voir la surprenante, fascinante, envoûtante surdouée Hélène Bourgeois-Leclerc, chez Duceppe (« Vénus de vison » ). Toute la salle était éblouie jeudi soir … et vendredi midi, la faim, aller s’asseoir au cher vieux « Petit Chaudron » de Sainte-Adèle. Redevenu le même. Comme en hiver ’45. Très goûteuse soupe au chou, puis l’omelette au fromage « bien baveuse », de fraîches frittes. Dessert : leur tarte au sucre d’antan. Yam !

LES PIEDS DANS L’EAU AU BOUT DU QUAI !

J’ai un voisin —et ami— Jodoin. Il a été un grand commis-voyageur (une firme en alimentation) et cela, toute sa vie active. Retraité, le voilà métamorphosé en sage philosophant. En autodidacte. Orphelin de père à douze ans, l’adèlois a dû aller sur le marché du travail à seize ans. Il n’a pas pu s’instruire dans nos écoles prestigieuses alors il me parle sans le vocabulaire abscond. Avec son cœur. Il parle vrai. Émergeant du lac en fin d’après-midi, j’aime aller grimper sur son quai de planches pour bavarder avec cet ex-skieur. Sur quoi ? Tout et rien.

Ex-voyageur donc—un million de kilomètres ?— mon Jean-Paul connaît les Laurentides comme le fond de sa poche. Moi l’implanté « dans le nord », je me renseigne. Ses trois enfants grandis et partis du foyer depuis longtemps, il est un esprit libre. Oui cher Vigneault : « tous les humains sont de sa race ». Sa sagesse bonhomme m’est une récréation. Potinage ? Oui mais il arrive que Jodoin aborde des sujets graves : l’horrible corruption, « le » curieux projet Valeurs Q., ce Proche-Orient ensanglanté; son spectre d’intérêts est large dont Paris (tout comme Berlin) s’américanisant avec complaisance, nos jeunes et certains us et coutumes. Si Jodoin est parfois sévère, c’est jamais à outrance, faisant voir la tolérance de ceux qui ont « du vécu ».

Il finira par avoir cent ans et s’il en a vu des « vertes et des pas mûres », il a vécu aussi des joies fécondes comme des chagrins profonds. Héliotrope comme moi, la nature par ici le fait s’exclamer, bronzé, mon Gandhi local, presque tout nu dans sa chaise me répète: « Claude nous avons dans nos collines la chance d’habiter un petit « paradis terrestre » ! Jadis, il a milité pour la cause sacrée c’est à dire « obtenir une patrie pour notre nation » mais, fier patriote, son nationalisme n’empêche pas ses cruels verdicts. Le fanatisme lui répugne. De sa petite voix, (moi, à demi sourd, j’en bave) il peut être cinglant ou doux mais lucide, il se sait « en fin de parcours humain ». Alors, il reste un « spiritualiste » athée (ça existe). La rage ostentatoire d’un certain « clergé d’incroyants » l’ennuie.

Son enfance s’est déroulé, à l’est de la rue Laurier puis à Ahuntsic, dans l’épouvantable religiosité du tyranneau Maurice Duplessis, dans la bigoterie ultra-puritaniste qui —avant 1960— empoisonna nos sources de vie avec le triomphalisme des « rongeurs de balustres ». De nos Pharisiens —condamnés par le prophète Jésus, Jodoin assistera donc à la disparition brutale des « grenouilles de bénitier ». Son sens de l’humour tempère ses colères. Un vrai sage. Si j’aime écouter les enfants, j’estime nos « conversations-sur-le-quai ».

Existe donc un vaste sénat de « vétérans-de-la-vie » et ils sont gardés toujours loin des micros et caméras; les médias, accaparés par les gueulardes tonitruantes éphémères de l’actualité, ignorent les sages. Hélas, à ne regarder que RDI ou LCN on nous plonge dans le radotage, redites et étirages. Par exemple ? le « cas-Mégantic ». Écoeurant de redondances. La plaie des « nouvelles continues » conduit à cela, assommants radotages.

Mais « au bout du quai… » de mon ami Jean-Paul Jodoin, c’est vif, neuf, inédit !

 

 

UN (SAINT) SAUVEUR DEMANDÉ ?

Dans un des mes récents récits autobiographiques ( «Branches de Jasmin ») je raconte ma bataille pour mieux comprendre l’univers, son avenir. J’ai moins de mes chers petits animaux. Pollution ? Mes rats musqués ? Disparus. La mouffette sous le perron ? Invisible. Ma marmotte sous l’escalier ne se montre plus. Ce couple de tourterelles, colibri (oiseaux-mouches), le rouge cardinal…disparus. Au rivage, merde, plus de grenouilles, ni papillons ni libellules. Ce mortel réchauffement… Espérons un sauveur savant, l‘invention d’un génie ( le Co 2 changeable ?)

Réunissez les enfants et expliquez le danger. Commençons par racontez aux petits l’âge du monde. Parlez du « Big Bang » et de sa soupe de feux ardents avec l’apparition du temps et de l’espace. Racontez que —depuis l’Observatoire Plank—, nous savons notre âge. 14 milliards d’années ! On veut scruter l’avant-Big-Bang, oh ! Une nouvelle physique naîtra.

Mais où sont partis mes petites bêtes ? On étudie deux choses, l’infiniment petit et l’infiniment grand. Hélas, les humains préfèrent s’informer du dernier truc-machin, ce téléphone dit intelligent. Racontez plutôt l’expansion —incessante— du cosmos. Comment faire visualiser l’univers à nos enfants ? Disposez 14 baguettes (chinoises ou pas) pour illustrer ces 14 milliards d’années. Cette « soupe » originelle. Écarter 9 de ces baguettes, laisser filer le temps des trois particules : hydrogène, hélium et lithium. Faites comprendre ce flottement à l’infini où, enfin, se formeront des galaxies. Combien ? Pas cent, ni un million —tenez-vous bien—10 millions de milliards de billions de galaxies !!!

La nôtre. Avec son étoile, l’indispensable « soleil ». Notre planète encore un amas toxique. Encore une « baguette » (un milliard d’années) et voici les cyanobactéries. Des « bébites » qui bouffent de l’hydrogène et crachent de l’oxygène. Deux autres « baguettes » (deux milliards d’années) et le miracle ! Notre atmosphère. Comblé d’oxygène. Puis surgiront les premières plantes et, dernière baguette, des organismes primitifs. « Édiacariens » et puis ( ère cambrienne), les « trilobites ». Les jeunes seront captivés. Enfin, enfin, sortant des eaux, les premières créatures. Ça se traîne sur terre : insectes et oiseaux, des gros : les dinosaures, voici « Le Parc jurassique » ! Millions d’années qui passent et tombe du ciel un météorite gigantesque, alors l’atroce bande de « Hell’s » préhistoriques… kaput ! Éliminée ! Nouvelle étape, ces amibes plus tard, un temps, voici des singes et certains se redresseront. Ouf ! Merci l’homo erectus. Le genre humain débute, mâles et femelles se reproduiront, inventeront des outils, domineront.

L’astronome Benoît Reeves, fils d’Hubert, est venu à Prévost pour raconter cela, le 24 août dernier. Mieux dominer c’est polluer moins possible répète le papa, Hubert Reeves. Je l’autobiographie de ce savant respecté mondialement, un astrophysicien émérite qui est né à Sainte-Anne de Bellevue. Il dit : « Urgence, si on ne fait rien, en 2050 ou même avant, c’est l’apocalypse ».

Je m’ennuie de mes belles tourterelles !

LA P’TITE VIE ?

Vendredi, midi, ravis, on entend —une première— les beaux cris d’un engoulevent (whirpool-will ?). Ma thébaïde (lieu où éditer), depuis ma retraite des ondes ) c’est ici, au bord du bien joli Rond. Hélas, août « fait son frais », n’est-ce pas ? On se croirait en début-octobre, cependant, mon aimée, toujours un peu à court de souffle, elle, ne déteste pas ce « fresh air. »

Bon. Je viens de lire John Fante :« Mon chien, Stupide », un grand succès, un bref roman pour faire rire. « Rires jaunes ici et là. Un jumeau de « La petite vie » folichonne de Meunier. Fante raconte, en farces, sa vie d’échoué aux plages californiennes. Malheureux et sinistre dans son spacieux « home ». Il moque « bobonne », l’épouse écœurée et au bord de faire ses valises. Aussi ses quatre ados déboussolés. L’ex-scénariste-à-gages (à Hollywood), en chômage, narre son existence de fainéant raté. Vif récit rempli d’actions dérisoires, avec son « Stupide ». Un grand chien trouvé qui lui sert d’odieux fil conducteur, un défilé de tableaux comiques de désabusement. Au fond, ça glace cette « p’tite vie » !

Ma p’tite vie à moi ? Faite de riens. Avec des visions charmantes. Exemple : regarder se sauvant du IGA-Jasmin, un long chat d’un orangé dense rare, ou observer l’autre midi ce « pic-bois » très agressif qui pique le tronc de mon mahonia (ou sureau ?); arbuste rempli maintenant de bleuets sauvages; cette manne pourpre attire les mignons chardonnerets ( sont-ce des passereaux ?) aux becs grand ouvert; spectacles de la vivacité ailée. Quoi encore ? Rentrant de ma chère baignoire (chauffée) de l’Excelsior-spa, je découvre un chat angora au magnifique pelage —crème, caramel et chocolat— assis et fixant mon camarade mort, Claude-Henri Grignon, mâchonnant —comme un Lucky Luke— un brin de paille dans son pré de foins jaunes; joli placard au parc de la côte Morin. Cet angora est-il à personne ? Envie de l’embarquer, de m’enfuir avec… Hon !

Quoi encore ? Avant-hier, allant au bac noir, qui détale « à la folle épouvante », le raminagrobis de ma voisine (hôtesse du Château Ste-Adèle), ce matou aux poils « violets et suie ». Il cavale chez lui; jamais moyen de lui caresser le collet ébouriffé. Se garde-t-il fidèle qu’à sa maîtresse ? Que de félins ? Hier encore (salut vieil Aznavour ! ) rue Richer, revoir ce faux-tigre-chat-marcoux. Oh, son énorme bedaine ! Promesse de chatons. « Je veux un chat », me dit ma tendre compagne. Moi : « Hum, c’est de l’ouvrage, Raymonde ». Elle : « Ah oui c’est vrai. Bon, plus tard alors », elle va au BBQ pour surveiller nos appétissantes bavettes saignantes. Quoi encore ? Ô Pauvre Égypte en sang et puis lire sur la crise économique en Europe. La cause ? « Vous consommez pas assez ! » Les ingrats, ils me ressemblent car je suis pour « la simplicité volontaire ». Ainsi, tout l’occident (et la Chine désormais) est piégé par cette loi d’airain : « malheur et misère si vous consommez peu ». Le frugal que je suis est donc une nuisance au système ? « Maudit séraphin poudrier » !, me dit un proche. Je fuis ces omniprésents criards, aux pubs incessantes à la télé. Notre protecteur, le traître CRTC permet cette plaie. Le CRTC méprise le peuple. La foule (nigaude) se presse à ses sanctuaires laïcs, les centres commerciaux. Oh, je ne suis pas sans péché, jeune, j’y allais « aux toasts », vieilli, on en revient. Une chorale insatiable me crie : « Quoi, tu ne possède pas « tablette, GPS, portable nouveau, I-ceci et I-cela ? Aucun téléphone intelligent ? Alors, chien, tu fais durer la crise ! »

Avoir honte de ma « p’tite vie », de ma thébaïde, à observer tous ces jolis chats. Ou les canards du lac le cul en l’air !

« VISA LE BLANC, TUA LE NOIR » (air connu).

J’observe sans jamais me lasser ma familière troupe de huit (oui, 8) canards. D’où sortent-ils ? Plusieurs fois par jour, ils vont, nerveux et enjoués, vers la plage publique, en reviennent, y retournent et… disparaissent? Nichent-ils là où la Ville détient un petit lopin de terre (basse) à fin écologique. À côté du Chantecler ?

Très comique de les voir en promenade qui plongent la tête sous l’eau ici et là. Qu’ont-ils aperçu ? Comiques ces cocasses culs blancs soudain dressés au ciel ! Que mangent-ils, des insectes, bactéries d’algues ?, des ménés ? Il m’arrive de, vite, couper des branches porteuses de cerises de chèvrefeuille et mes chers « 8 » semblent les apprécier, me reviennent aussitôt pour avaler ces baies sauvages. Quelle beauté naturaliste que ces pataugeurs ailés et à la natation rapide comme invisible. Il faut imaginer ces seize pattes palmées, mini-avirons énergiques en diable. Ces huit long cous, chaque jour offre un brin de sauvagerie en un milieu habité, où la nature est peignée, tondue, organisée; contraste excitant !

Ma crainte de ne pas les revoir, l’été revenu, car mes chers « 8 » me réconfortent. Or, voici que depuis deux semaines, un nouveau venu, un canard… nègre ! Plus gros, noir de plumes. Ce solitaire vient rôder mais pas trop au bord du rivage, méfiant; l’orgueilleux « moineau », au port arrogant est un indépendant, en tous cas, si je l’appelle avec mes baies lancées…c’est non, niet et plouc !, chaque fois il plonge aussitôt et…disparaît. Vraiment. Je guette mais ne le vois plus ressortir de l’onde ! Est-il mi-poisson, mi-canard ?

Belle vie hen, eh oui car je suis très libre ayant achevé mon prochain roman. Le titre ? « L’apiculteur », rendu chez mon éditeur, VLB-Quebecor, sorti en 1974. Promettez-moi de le lire. L’histoire ? Un chimiste défiguré par un bain d’acide, vit terré sous terre. Pour sortir il se déguise en apiculteur et le « chapeau à voile » cache l’horreur. Le monstre s’est construit par les nuits un bunker sous un mausolée abandonné du cimetière, au pied du mont Royal ! Mon éditeur, Martin Balthazar (vlb, quebecor), m’a écrit : « Ici, excités de publier votre récit d’un apiculteur mort-vivant et c’est peu dire… »

Ça stimule en grande, hein ?

Bon, je paresse mais avec une « bibliothèque portative », mon cher « Kindle ». Je lis en ce moment la biographie d’un effrayant « assassin soviétique », Léon Trotski. Qui sera assassiné (au Mexique) sur ordre d’un autre « assassin soviétique », Staline ! On jase là, mon fidèle lectorat l’a bien vu, c’est un « Journal intime » (que l’on mettra en livre après ma mort ?

Mes canards sauvages donc… à Pointe Calumet, étés de ma jeunesse, point de canards, rien de sauvage, que des hordes de vertes rainettes, parfois un coyote, parfois un renard en haut des plages, loin, derrière les chalets en rangées.

Oh, soudain, « la faim, l’herbe tendre » ( selon Lafontaine), j’imaginai m’en faire rôtir de canard un sur notre BBQ ! Honte à mes gênes d’ex-chasseur ! Mais non, ma carabine (à plomb) restera muette et je mijote un nouveau sujet de livre. Tant aimer écrire ! Folie car publier désormais est une activité qui serait « en voie d’extinction », oui, on dit que la littérature agonise, que monde actuel lit de moins en moins. « Ça gueule : piratages, maudits ordinateurs ! ». Et les journaux ? On dit que le célèbre « Washington Post » pourrait fermer, diable, si « Pays d’en Haut » disparaît où trouverais-je un si bel îlot pour épancher ma passion d’écrire ?

Mes canards ne me consoleront pas. En 2020, solitaire et ridicule, j’irai à l’amphithéâtre de la rue Morin pour réciter mes proses. Des gamins, i-pod aux oreilles, i-pad aux mains, riront de ce vieux saltimbanque et, peut-être, lui lanceront des pierres ?

LUISEZ BELLES AURORES BORÉALES !

Une rôdeuse matinale me remet un article du quotidien raciste, The Gazette, machine francophobe (très phobe). Croyez-le ou non, des nôtres, masochistes insoignables, achètent cette pourriture. Attention : ce quotidien contient d’excellents journalistes et leurs articles sont solides mais il y a ses éditeurs, chroniqueurs et même caricaturiste. Ainsi, Aislin, dessinateur émérite, a déjà publié un bonhomme se léchant l’anus (!) et mis en légende: « The patriot ! »

Ma courageuse anonyme m’offrait donc un texte sur « cinq colonnes », pissé par ce fieffé Conservateur né (et élevé) dans l’ancien ghetto « bloke » de Shawinigan Fall, un certain Peter Blaikie. Ce dernier reprend son « antienne sur l’air : « Pour les indépendantistes, c’est clair, les anglophones et les allophones ne voteront jamais en faveur d’un Québec souverain. » Grosse nouvelle hein ? Ou Blaikie joue un rôle ou bien c’est un imbécile. Ce que je ne crois pas. Tous ses reproches à Pauline Marois ( massacreuse d’anglais, n’est-ce pas ?), dette grandissante, surtaxes, bureaucratie comme lierre, attitude anti mines, Montréal tant négligé, etc.) s’appliquerait autant à Charest qu’à (ma foi) Bourassa ! Frileux sur la Loi 101, il vante (faux louangeur !) le bilinguisme merveilleux des Lévesque, Parizeau, Bouchard et même de J.-F. Lisée.

Ce braqué de Blaikie termine l’étalement par : « la langue devient obsessionnelle avec les Marie Malavoix et Cie, voici la sotte Loi 14, la folie des manuels d’histoire nationalistes, etc . » Paniqué, (même s’ils sont 300 millions sur le continent et nous 2 ?) le Hérault de The Gazete crie : « Anglos, ne nous laissons pas manger la laine sur le dos ! » On lit ce raciste et puis on va se laver, patauger dans le Rond et je revois, ce midi, sur les troncs des pins et des saules du rivage, des reflets mouvants, sorte d’aurores boréales.

C’est l’eau du lac, remué par la brise, qui m’offre ce spectacle cinétique tout à fait envoûtant. Ça repose les yeux de ces lectures francophobes. Je n’ai aucune carte d’aucun pari politique. N’en ai jamais eu. Sauf durant 15 jours, car obligé, voulant jouer le député mais des frileux à « cette grande gueule de Jasmin », pépères Parizeau, Royer, Boileau, chassèrent l’« esprit libre ». Je n’ai pas de « parti » donc, qu’une cause. Elle est naturelle. Mondialement répandue. Il y a plus de 150 nations à l’Onu. Je combattrai jusqu’à ma mort pour que notre nation aie une patrie. Mais je comprend ce que notre histoire —depuis « La défaite » (1763), la domination anglaise, les tentatives d’assimilation— a fait des aînés. Des citoyens ultra prudents, colonisés et aliénés.

J’ai grande foi en ceux qui viennent. La jeunesse québécoise ne traîne plus ces chaînes historiques, ces boulets héréditaires regrettables. Pour me détendre de ce nécessaire combat, je lis, je ris, je souris aux chansons nouvelles comme aux musiques actuelles et, hier, je ralentis rue Archambault, pour ce chat aux bizarres zébrures pourpres dont je vous ai parlé. Nous nous regardons longuement dans le fond des yeux. Je m’imagine qu’il veut me miauler : « Mon pauvre vieux patriote, tu vas mourir bientôt et tu ne verras pas ça une patrie pour les tiens. » Ça me fait de la peine et je file vers —récent cadeau au vieux papa— mon cher « Kindle » tout neuf. Où m’attendent des récits, des classiques et des nouveautés, à en oublier ces aveugles bienheureux, anglos « en ghetto », lisant ce torchon nommé « The Gazette ». Mais vous, aurores boréales qui entortillez les saules, luisez, luisez !

 

Ö CANADA, CROTTE DE CHAT !

..et on riait à dix ans dans nos escaliers en tire-bouchon, gueulant : « Terre de nos aïeux, crotte de beu ! Ton front est ceint, crotte de chien ! » On s’amusant de peu. Un voisin est moqué qui arbore notre fleurdelisé, le 24 et puis « l’unifolié » le premier juillet, multi-patriote à pluri- allégeances ? ! Pourquoi pas mettre le « Stars and stripes » le 4 juillet et le tricolore le 14 ? L’étoilé de l’ONU quand ? Or, Fête du Canada, visite à Sainte Adèle-En-Haut de l’un de mes petits-fils, Laurent. Accompagné de trois copains du temps de son UQAM en géographie urbaine. Jordan né en France, sa Paulina , née en Pologne. Et Alex , un célibatant (sic). À six sur la galerie, on cause « ad libitum ». J’en profite pour mieux connaître cette génération dite des « Y ». Lisent-ils ? Vont-ils à leur biblio, en salles de cinéma ou c’est « internet ? » Qui sont leurs équivalents des chers « Vigneault-Charlebois-Léveillée » ? Samian le rappeur, Radio-Radio ?

Les réponses ne fusent pas. Pas trop bavards ou une relative incertitude sur les goûts communs ? Pas d’unanimité, c’est clair. Pendant qu’un trio descend —en maillots— au lac, Jordan reste avec nous et il a de la jasette, se confie volontiers. Fils d’une mère qu’il juge sévèrement —l’abandonnant à deux ans— élevé tant bien que mal par un « père-célibataire » —il voyagera énormément. Bagou abondant. Il vit en basses-laurentides, à Saint-Eustache avec sa Paulina. Très politisé et informé de l’État du monde, ce brillant locuteur se découvre en pessimiste. Lucidité étonnante pour son jeune âge ! Moi, le vieil « optimiste indécrottable », je tenterai de le conforter : « Il y a l’espoir de la science face à la catastrophe écolo annoncée ? » Jordan : « Non. Pas du tout. Ce monde-là est déjà responsable de tant des malheurs actuels du monde ! »

Ce Boulay philosophe de manière articulée, avec un vocabulaire étonnant, c’est, en pire ma foi, Schopenhauer (qui fut le plus pessimiste des grands penseurs). Sa réincarnation sur notre galerie, à Sainte Adèle ! Un « Nostradamus » stoïque, nous affirmant que l’écroulement écologique) ne saurait tarder bien longtemps. Brrr…Puis, le trio baigneur avec mon « grand » Laurent (vrai géant Beaupré !) finit par remonter de la grève. La jaserie se transforme et adieu l’Apocalypse ! Je dis : « En ville, en été, quid de tous ces spectacles gratuits dont nous sommes privés en Laurentides, fameux non ? Laurent : « Bof ! J’y vais parfois ! Mais moi, les grandes foules, rester debout, tous ces haut-parleurs, hum ! » Le sachant travailleur (su site Ex-Shop-Angus) en machins électroniques —qui me dépassent— sachant ses fouilles « géos » dans l’immense grand-nord québécois, je voudrais qu’il retrace cette île parmi des milliers d’autres baptisée (par l’État s.v.p.) « La petite patrie ». Peut-il m’en offrir une photo ? Une commande, Laurent.

La Polonaise —salut Chopin !— nous cause « gagne pain obligé », étant banquière (Royal) à « St-Eustache-la-neuve ». Et ça jase…d’un logement nouveau rue Montcalm (Laurent). Aussi des cafés-terrasses aux « cinquante sortes de bières ». Parmi ce quatuor, un jeune ingénieur (et pilote) Alexandre . Lui aussi « célibatant (sic) » et qui aime pas parler pour ne rien dire », assez mutique ce « beau brummel ». .

Jeunes filles (libres) qui me lisez, pour obtenir les  coordonnées d’Alex et Laurent, adressez-vous à moi, ici, à Pays d’En Haut. « Il y aurait plusse… si affinités ».