Élyse et mes larmes !

 

Le surdoué poète venu de Charleville, dans les Ardennes, erre dans Paris. En 1870, on se tue vraiment dans ces féroces batailles pour sauvegarder « La Commune ». Le jeune Rimbaud, perdu, cherchant son identité en jeune vagabond, fugueur de sa province, écrit : « On est fou quand on a dix-sept ans. »

Oh oui ! Âge pour rêver, pour imaginer des mondes, pour fuir « la famiglia » qu’on juge oppressante, dominatrice. Son coin de pays qu’on juge plat, inerte, sans vie, pas bruissant du tout, quoi. Paris, morne. Partir pour Paris alors, ah, Paris ! Du temps que j’étais montréalais (et « montréaliste » fier) j’en rencontrais aux alentours des bouches de métro du bas de la ville, de ces jeunes gens aux habits débraillés, aux regards un peu vague, perdus, aussi avec des yeux plein d’espérance…l’amour ? Parfois, où j’enseignais à l’IAA, j’avais peur pour ces grands enfants venus de Rimouski ou de Chicoutimi, ma crainte de fracas prévisibles.

Hélas à cet âge, on s’imagine aussi souvent qu’un premier amour va durer la vie entière. Seigneur ! On se colle sans cesse et on s’embrasse sans fin. On se cache, malingres jeunes duettistes humains, où l’on peut. Parc boisé, jardins touffus, grands portiques anonymes si utiles le soir , biblios publiques ou salles de cinémas bien obscurs. S’étreignant fermement, on se fait des beaux serments et, sans cesse, nos jeunes coeurs soupirent, battent à l’unisson, n’est-ce pas ? J’ai connu et adoré une belle âme pure et si jolie de sa pâleur bien romantique. J’étais tout entiché par ses regards de feu, ses lèvres de soie, ses caresses tendres, je vous le dis, tout devenait « le ciel sur la terre », dans sa rue Cherrier ou au fond du Parc Lafontaine, au Chalet du mont Royal, sur un simple banc sous les si belles frondaisons feuillues du Carré Saint-Louis, tout près de chez elle.

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Élyse, était son prénom et notre idylle c’était pour la vie, c’est entendu. « Élyse… » est aussi le titre de mon récent récit paru il y a quinze jours chez « XYZ ». Un autre « devoir de mémoire » ? Oui. Quoi, « la mission de l’Homme sur terre est de se souvenir », pas vrai bonhomme Hemingway ? Lecteurs, vous vous souvenez encore de vos candides premières flammes, de vos amours folles, de ces embrassades aux sueurs de la jeune passion. Rendez-vous parfois clandestins. « Il y a la crainte des cris d’orfraie des vilaines bigotes, « grenouilles de bénitier » ! Des puritaines « rongeuses de balustres » ! En ce temps-là, années 1940, ça pullulaient partout dans nos paroisses; et l’amour était un péché, virtuellement au moins, alors nous nous cachions comme si nous étions, ma foi, des musulmans « islamofascistes » de 2014 ! L’amour : une bombe méprisante pour les coeurs secs qui nous guettaient.

Comme on s’entendait bien tous les deux, la belle Élyse, collégienne à Villa Maria, et moi, un des grands slacks du collège Grasset, j’allais rater, oui, couler, mon année, pleuvaient sur ma carcasse mal grandie les « Cette satanée Élyse aussi… » que grondaient maman. « Toujours sur la trotte, tu étudies plus. » Papa s’énervait. Mais quoi, Élyse et moi, on allait si bien ensemble, elle embrassait si bien et elle disait que j’embrassais si bien. « Oh, comme on était jeunes, une fois… », a écrit madame Duras. J’aimerais bien que lisiez « Élyse… », vous allez découvrir comment et pourquoi (et par quelle main) s’est fait tuer mon beau rêve. Merci de votre curiosité.

MON ROMAN HOMO

La semaine de « la fierté gaie » s’est terminé et on peut voir le film «  Yves St-Laurent », couturier célèbre, avec droit à mainte séances « physiques » entre des défilés de mode. Les temps changent. Les homos, c’était tabou il y a pas longtemps. EN 1956, Rentrant (pour trente ans ! ) à la scéno de Radio Canada, deux choses. 1-c’est une mini-ONU : deux Russes (dont Nicolas Sologoub qui vient de mourir), deux Allemands, un Hongrois, un Roumain, un Polonais. 2 : J’y découvre une quinzaine d’homosexuels (souvent surdoués) et s’ensuivent des amitiés. Avec confidences, aveux, confessions. Dès 1960, je rédige « le roman d’une passion homosexuelle et je le titre : « Délivrez-nous du mal » —toujours trouvable en biblio.

Je ne suis ni André Gide —« Coriolan »— ni Marguerite Yourcenar —« Mémoires d’Hadrien »— mais je lis dans une revue parisienne, Arcades : « Enfin un tout premier roman franchement homosexuel et, étonnante surprise, il est signé par un jeune canadien-français-catholique du Québec ! »

Les critiques, dont les deux « papes du temps » —J.Éthier-Blais et G.Marcotte— le louangent fort mais l’éditeur René Ferron se désole de voir revenir des boites « non ouvertes » avec : « Nous ne vendons pas cette sorte de littérature ! »

Avant publication, des journaux ébruitent : « Un roman de Jasmin portera sur la question homosexuelle ». Aussitôt des camarades s’inquiètent : « Merde, qu’est-ce tu oses raconter sur nous ? ». Je les rassure. Mon manuscrit fut offert d’abord à Pierre Tisseyre, mon éditeur de « La corde au cou ». Ce dernier le refusa. « Ah non Jasmin !, non, c’est à réécrire, il n’y a pas de chair, on ne les voit pas vraiment en action ! » Étonnement vu que ce Tisseyre « paraît » son jury —oui, oui— d’un aumônier.

« Délivrez-nous du mal » connut un fort bon succès. Tellement qu’un tout jeune cinéaste —Jean-Claude Lord, avec hélas des moyens de fortune en fit un (bien) long métrage Ses deux homos ? Yvon Deschamps —oui, oui !— et Guy Godin. Plus tard, Alain Stanké le rééditera « en poche ». En 2014, « Délivrez-nous du mal » relu, il semblera très éloigné du « brutal » actuel, du vulgaire scandaleux de tant de « quasi-pornos » à la mode. Cela au ciné comme à la télé. Les amateurs de crudités le jugeront trop nuancé car mon roman n’a rien à voir avec le « hard » et fait plutôt voir des sentiments humains avec nuances et délicatesses. Oui, les temps changent.

Dans ma jeunesse, il y avait des sortes de « grandes folles ». Certes rares. Dans mon quartier Villeray un bizarre travesti, au coin de la rue Bélanger, habitait derrière le cinéma Château, un certain Julien dit Juju. Il faisait des « sorties » fulgurantes tous les dimanches après-midi, ricanant, se dandinant dans les files de spectateurs, ultra maquillé, vêtu d’une robe rouge, d’un chapeau rouge, de souliers rouges, muni d’un sac à main… rouge. Silhouette rubescente, toute écarlate et cramoisie et qui surprenait grandement les loustics rue St Denis. Mon père l’avait comme fidèle client de sa gargotte. Je l’entendis un jour, paternaliste naïf : « Juju, Juju, qu’est-ce que ça vous donne de vous déguiser en femme comme ça ? Rien ! Promettez-moi d’arrêter ça, ces folies-là. » Et j’entendis la fausse femme : « Vous avez raison, m’sieur Jasmin, ça me donne rien et on rit de moé, m’en va vous arrêter ça, c’est promis ! » Et le dimanche suivant il remettait ça bien entendu. Oh !, dire encore sur ce sujet, qu’au cinéma Pine, les deux acteurs jouant le couple homo parisien emblématique (dont Galienne en Pierre Berger) dans le film biographique,  « Yves St-Laurent » est vraiment, mais absolument, extraordinaires.

Ai-je publié un chef d’oeuvre ?

C’est samedi matin, on roule vers la gare des autobus où un minibus (que je raterai) conduira à Hull 35 écrivains vers leur Salon du livre. Raymonde conduit la Honda noire, j’ouvre Le Devoir et comme promis, je vois la page du Cahier-Livres qui m’est offerte. Je vois la photo de moi, au 1111 rue Berri devant le porche de ma vieille « École du meuble » où j’ai obtenu (en 1950) un diplôme de céramiste. Mon « chauffeur privé », Raymonde, m’écoute lisant la critique « dithyrambique », extrêmement louangeuse du journaliste Cornellier pour mon récit maintenant en librairie : « Anita, une fille numérotée ». Je suis bouleversé car Cornellier parle d’un chef d’oeuvre ! Rien de moins, alors, imaginez mon émoi. Soudain, Raymonde fond en larmes et se stationne.

Vous qui, ici, me lisez chaque semaine, sachez que les artistes —théâtre, peinture, danse, etc.— sommes fragiles. Que nous guettons avec appréhension les opinions critiques sur ce que l’on pond, que les blâmes font mal mais que les éloges, publiques et aussi privées —merci pour vos courriels— nous fortifient, nous stimulent aussi, nous encouragent à continuer.

Les mots chauds, si enthousiastes de Cornellier dans Le Devoir de samedi dernier, me paralysèrent, j’étais comme assommé et il m’a fallu 48 heures pour m’en remettre et, enfin, le remercier. À mon grand âge, on se pose des questions. Est-ce que j’ai toujours d’assez bons ressorts, assez de jus, pour encore savoir bien raconter un pan de vie. Avec « Anita… », un souvenir embarrassant de ma jeunesse ? Cette fois —est-ce mon cinquantième livre ?— puis-je narrer avec un bon talent cette brève histoire d’amour adolescent. Cette folle passion pour une jolie jeune Juive, blonde aux yeux bleus, rescapé d’un camp nazi, devenue étudiante en céramique avec moi à cette École du meuble ? L’éditeur (XYZ) a lu et vous a dit « Oui, on le publie » mais est-il épaté ou s’il veut seulement vous joindre à sa vaste écurie d’auteurs ? Le doute, ce maudit démon ! Voilà qu’un journal prestigieux titre : « Anita »,  c’est un chef d’œuvre ! »

Soudain, vous dégringolez dans les souvenirs d’un gamin de Villeray qui rêvait, hésitait —comme tous les ados—, devenir céramiste ou comédien ? Annonceur de radio ou… écrivain, quand il n’y a pas même un seul livre chez vous, quand les parents prudents s’inquiètent de votre avenir. « Un artiste dans notre famille, Seigneur !, il va crever de faim. » Vous, fils de petit restaurateur, vous savez bien le danger des illusions mais vous aimez tant raconter des histoires depuis celles (d’horreur) racontées le soir, tard, dans la chambre-double de vos cinq sœurs, les empêchant de dormir. « Marche vite dans ta chambre, mon escogriffe », me criait maman.

Et puis, un jour, cet hebdo de Villeray qui accepte vos premiers articles. Maintenant c’est l’hebdo d’ici qui accueille vos écrits chaque semaine : boucle bouclé ? Si personne n’aime ce que vous pondez, c’est la fin d’un rêve. Bien chanceux, voici que, 50 ans plus tard, ce Louis C. , jeune lecteur emballé, publie des éloges vertigineux et affirme « urbi et orbi » que cette Anita de vos dix-huit ans, eh bien, « c’est un chef d’œuvre » ! Je suis sur un nuage. Le lirez-vous ?

 

Petite histoire derrière « Anita, une fille numérotée »

Une jolie jeune fille (Sarah), vive, piquante, intelligente, une bonne amie de mon petit-fils Gabriel, se trouve à une fête au beau jardin d’Éliane, ma fille, un dimanche à Ahuntsic. Ce fut un choc !, et la voyant s’animer, observant chez elle tant de grâce et de bagout…je me suis souvenu d’il y a plusieurs décennies, d’une autre jolie jeune Juive, Anita fille numerotee_C1Anita. Ma « première blonde », une camarade de cours en céramique.
J’y pense comme ça parfois, car j’éprouve des remords de l’avoir rejetée.
Elle état juive elle aussi, et, bien plus grave, réchappée du premier et du plus grand camp nazi polonais, Auschwitz
Je l’aimais très fort et elle aussi m’aimait, cela dura une dizaine de mois —j’étais interdit d’entrer chez elle, rue Clark et St-Viateur, mystère.
D’autre part tout mon entourage (parents, voisins, amis) me déconseillait de la fréquenter. Race, religion.
À cette époque (1948) un antisémitisme « soft » régnait au Québec comme ailleurs.
J’ai coupé avec elle. Bêtement.
Lâchement même.
Mon livre, « Anita, une fille numérotée » me sert de honte avouée, de défouloir, de regrets. De confession aussi sur ce temps maudit.
J’en ai profité pour narrer « la bohème » de ces années d’avant la Révo Tranquille.
Aussi pour faire connaître cet art méconnu, la céramique. Pourtant métier vieux comme le monde.

 


LA MORT EN ÉTÉ

Soudain, maman était derrière moi. Vêtue de son linge ancien, comme quand j’étais petit, manteau sombre, foulard noir, gants des dimanches. Je ne sais pas trop ce que j’étais venu chercher, ici, dans cette petite chambre de la « Résidence Saint-Georges », rue Labelle au sud de Sainte-Caherine, Là où maman fut longtemps hospitalisée et où elle est morte en novembre 1987, des papiers oubliés ?, des objets perdus ? J’avais sursauté. Elle me dit : « C’est pas vrai, mon Édouard, ton cher père, il est pas là. Je l’ai cherché partout. Viens voir, si tu me crois pas mon p’tit gars. Je le trouve pas nulle part, m’aurais-tu menti ? » J’étais mal à l’aise. Je ne savais plus quoi dire, honteux, je lui tournais le dos, je regardais par la fenêtre, en bas dans la rue Saint-Hubert.

Vrai. J’vais menti peut-être. Elle souffrait tant vers la fin, portant souvent sur son visage un masque à oxygène, toute immobilisée, les yeux révulsés que j’avais dit : « Tu peux t’en aller maman maintenant, tu peux partir, tu en as assez fait durant toute ta vie et papa t’attend là-haut, vous allez vous retrouver, esprits libres, réunis pour l’éternité. » De là ce méchant rêve dans la nuit de dimanche dernier et les reproches de ma mère.

Au matin, j’ai imaginé écrire une pièce de théâtre ou un scénario de cinéma. Imaginer un grand vieux garçon de 80 ans qui donne la main comme un écolier à son archi-vieille maman morte. Qui la suit docilement dans une cité inconnue, dans des dédales infinis, dans un ciel aux nuages roses et jaunes, se baladant dans des édifices mous (ô Gaudi !), au travers des nuées en formes de ruelles à grottes, de venelles à cavernes et aussi de boulevards fous, entortillés comme des échangeurs Turcot. Tant vouloir, maman et moi,  retrouver le père mort ? Ah ! Je crois savoir d’où me venait tout cela. Un coup de fil de mon éditeur la veille de ce rêve: « Votre livre vient d’arriver de l’imprimerie. Il est bien beau, venez chercher vos copies d’auteur. » C’est ça. Une peur. Ce portrait que je fais de mon père dans « Papamadi », je crains la charge, l’injustice, la cruauté même. Crainte d’avoir trop exagéré ce papa passionné par les démons, les mystiques, ses chères reliques sous forme de momies, Sainte Catherine Labouré, Sainte Thérèse d’Avila, exposées dans des cercueils de verre encore aujourd’hui. Et ses stigmatisées aux plaies saignantes, la tourmentée de Pointe-Claire, Madame Brault, le « saint » frère André bataillant la nuit dans sa chapelle avec le diable sur le mont Royal, cette demoiselle Emma Curotte pas loin  d’ici à Chertsey.

Bref, oui, la peur des reproches de mes cinq sœurs, de mon frère. « Claude, tu fais de notre pieux papa un vrai fou ! » Trop tard, rêve bonhomme, cauchemarde maintenant. Le 31, « Papamadi » s’installe dans les bacs des librairies, tu vas livrer aux petites foules liseuses un document compromettant. J’entends ma quasi-jumelle Marielle me dire : « B’in bion, maman va revenir te tirer les orteils encore, révélateur de nos secrets de famille, divulgueur du passé familial ! » Tiens, Paul Arcand, le père supérieur, veut me voir à son parloir jeudi matin, cabanon numéro 98,5. Oh, brrrr….

SAINT-ADÈLE À NEW YORK !

On s’excitait, on en revenait pas personne !

    À New York, le prestigieux magazine  « TIME », une publication lue dans le monde entier, offre à son immense lectorat un article élogieux et ilustrée sur… oui,  sur Sainte-Adèle ! Raison de cette fantastique publicité ? Le village avait passé commande à un dessinateur-caricaturiste coté, qui habitait rue Blondin, le grand-nabot, Robert Lapalme. Il fit la maquette du tableau éléphantesque,  toute la côte Morin de bas en haut, en murale inouïe, fresque de plein-air géante. Le romancier de « La pente douce » à Québec, Lemelin, courriériste au dit-magazine avait alerté ses patrons  et on est venu voir ça, on a cru bon d’en révéler l’initiative aux centaines de millions d’amerloques. Imaginez la fierté laurentienne. La manne de touristes.    

       L’année d’avant, croyez-le ou non, j’avais eu ma « bine » dans un numéro du « Variety », autre magazine ultra tout puissant des USA. En vérité, j’étais pas seul avec ma binette, il y avait toute la troupe de Paul Buissonneau. « Variety » voulait faire les éloges de notre théâtre ambulant, « La Roulotte ». Qui était une idée de Claude Robillard, drôle d’ingénieur, cultivé, imaginatif, qui dirigeait le Service des terrains de jeux. Les fous de « baseball-et- hockey-only » enrageaient en découvrant les initiatives de Robillard. Voyez-vous ça ?, des cours de danse, de théâtre, de marionnettes, de musique. Et aussi de peinture, j’en fus le propagateur de 22 à 25 ans, trois ans pour les « p’tits pauvres » des centres récréatifs, de Pointe St-Charles en passant par le faubourg-à-mélasse. En 1955, j’organisais une première : toute La Galerie-12 du Musée des Beaux-arts, , avec l’accord du directeur fut consacrée aux barbouillages de mes « créateurs en culottes courtes ». C’est mon ami Lafortune -celui de la « petite maison dans la vallée »- qui fit les affiches.

       Revenons au village pour dire que c’est de Saint-Adèle qu’est né en 1960 mon tout premier roman, « La corde au cou », roman se méritant le « Prix du Cercle de France ». Roman qui fit débuter -« pour trop longtemps » diront mes détracteurs- cette vie d’écrivain. Je vous explique qu’ en ce temps-là, 1960, il y avait une vie culturelle vive par ici dont, je l’ai dit déjà, l’âme ouvrière dévouée était Pauline Rochon. Décédée en exil consenti, à Ste-Augustine, Floride, très malade). Il y avait même un « Salon du livre » ! Une société « bourgeoise » active nichée au Sommet Bleu principalement (avec un club prestigieux), animait le tout. De ce groupe d’heureux bien nantis, l’active épouse du poète -qu’on disait « mondain »- le radioman (« La pension Velder »), Robert Choquette. Avec leur chalet joli du côté des cotes 40-80, derrière le vaste domaine du feu-Montclair, les Choquette collaboraient au Centre d’art.

      À l’été de 1959, je fus choisi pour faire la décoration de ce Salon-du-livre tenu au Curling (démoli depuis ) du Chantecler. J’avais décidé d’en faire un jardin naturaliste à l’aide d’allées bordées de centaines de jeunes sapins coupés. Mon aide était un ado plein d’entrain, fils d’un célèbre chrooner, Jean Lalonde. Petit Pierre sciait et clouait en chantonnant sans cesse et, bon sang, on lui trouvait volontiers une jolie voix. En guise de haltes en ce début d’été chaud,  madame Choquette m’amena à la piscine. « De mes bons amis, gloussa-t-elle, les richards Bronfmann ». Beau domaine feuillu et fleuri aux abords de la 117. Mais voyant sa mignonne héritière s’exciter de trop avec « le simple décorateur » que j’étais, -vilain matelas gonflable !- madame mit fin rapidement à ces haltes !

       J’avais mon thème. Le roman « La corde au cou » dès ses premières lignes, décrit cette piscine des « Driftman » (changeons les noms) à Sainte-Adèle. En ouverture de récit au « je » : l’assassinat -par mon héros- d’une jolie « mannequin », maîtresse infidèle. La suite de « La corde au cou » ? Facile. Après chaque jour de « décoration », je rentrais au terrain paternel de Pointe-Calumet en roulant -ô coccinelle !- par des chemins de campagne, l’autoroute finissant au nord de Blainville. Je « piquais » donc par des routes secondaires, Sainte-Monique, Saint-Augustin, Saint-Benoit, Saint Joseph-du-lac… débouchant au lac des Deux Montagnes. Ce sera les stations du fuyard « recherché ». Chemin de croix du jeune  assassin.

« Cu,i cui,  mon histoire est finie »,  disait maman-Fonfon !

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