DIMANCHE.

Rentré tard d’un bon buffet pascalien chez mon traducteur « sommet-bleutien », Paul Paltakis, je sors une vieille chaise, me juche et répare un « store-à-spring » déglingué. Badang ! Trop de pastis et vin rouge ? La chaise éclate et je revole —tête par dessus cul— dans la haute cage de l’escalier. Souffle coupé. Cris de mort —un homme hein ? Aile accourt affolée ! J’ai cru venue ma dernière heure. Vous liriez ici le post-mortem d’ Accès : « Mort subite —escalière— d’un chroniqueur ». Mardi annulation chez « Tous les matins », aussi au « Salon du livre », à 3-Rives, pour le week-end. Francois Jodoin, champion-skieur, me recommande « messieu Champagne », « r’bouteux », « ramancheur » du bas de la côte-Morin. Le souffrant endolori hésite. Ma peur des toubibs. Conventionnés ou non.

L’HORREUR. Le génial peinturlureur de Sainte-Marguerite, Riopelle, ne se soucia guère de ses trois rejetons : il n’y avait que son art. Sa compagne-infirmière veilla longtemps sur le vieux buveur peu paternaliste. Mais lui trépassé, très publique et scandaleuse chicane-à-héritage. Exemple :son manoir rupestre de l’Île aux Grues ira à qui ? Et tous ses tableaux en jachère ? « Charognage » sinistre, inévitable ? Cette tardive « belle-mère » —reniée par les enfants négligés— se verra (en cour) transformée en vilaine marâtre incompétente. On songe au monstre-Picasso crevé puis déchiqueté par l’État et les rejetons-héritiers. Pénibles péripéties extrêmement matérialistes ($$$). Éloignées de l’art.

DÉBAT CAPTIVANT. À « Campus » sur TV-5 : « Science versus croyance ». Y sont Régis Debray —jeune ami du « Che » jadis— viré en grand défenseur des religions. Le ministre de L’Éducation, Luc Ferry qui installe l’enseignement officiel des « trois religions » (monothéistes). Y est aussi le savant Albert Jacquard (il publie « DIEU ? ») qui proteste : « Que les trois « Livres » changent vite les fadaises face aux découvertes avérées ». Le « Je crois en Dieu » l’horripile mais pas « Le sermon sur la montagne ». Debray s’insurge : « Fausse question ! Science et croyance sont deux domaines à ne jamais emmêler ». Certains savants se questionnent (Einstein lui-même) sur la survie de l’esprit. Fascinante télé. A notre télé, jamais de ces panels stimulants. L’intello de Lemelin braillait : « Y a jamais de place, nulle part, pour les Ovide Plouffe » !

LA FOI. Études biologiques, tiens, sur « croyant de naissance » avec 140 jumeaux ! Des généticiens fouillent : « Y aurait-t-il un chromosome-foi » ? La preuve —via les gêne— n’est pas encore définitive mais on creuse, on cherche. Ce ne serait pas seulement la société (familles, églises, communautés ) qui faciliterait une prédisposition à la foi. Fascinant débat —inné la foi ?— entre psychologues et biologistes. Comme toujours désormais. Ce sujet me passionne. Adolescent « une sainte vierge qui enfante », et autres fariboles, m’assommaient. Je n’aimais que l’Évangile. Je l’aime encore. Agnostique —mon horreur des dogmes— je prie souvent. Ultra-prostestant (?), je lis encore la Bible mais je fuis et ses contempteurs et ses zélotes issus des 54 sortes de réformismes aux USA, comme pour le Ketchup Heinz ! « Mgr » (titre ridicule) Ouellet de Québec déclare : « Les syndicats d’enseignants marxisants chassèrent notre religion des programmes ». « Mon Seigneur » oublie que la gauche condamnait les dévotionnettes et les piéticailleries du vieux catholicisme infantilisant. Ouellet souhaite le « retour en force » de l’enseignement religieux aux écoles. « Sur 100 jeunes québécois, 5 vont encore à la messe », déplore-t-il. Les diocèses ont moins de fric alors il compte donc sur l’État (laïc) pour le grand retour à la pratique. Niaiserie. « Oui » à davantage de cours de philosophie comprenant l’enseignement des trois grandes religions.

UN VRAI QUESTIONNEUR. Notre voisin Grand’maison, chanoine et sociologue à Saint-Jérôme, publie : « Questions interdites » ( Fides éditeur). Il ose dire la vérité :que nous sommes devenus une société contradictoire, individualiste. Qu’il y a eu un silence complice, lâche, des croyants quand on a jeté (dès 1960) le bébé avec l’eau sale du bain. Exemple : fin de l’enseignement de notre histoire durant 20 ans ! Dit qu’on n’a pas subi un « changement » mais une « rupture » fracassante. Que cela nous a donné une société-passoire, molle, le cul-de-sac actuel. « La confusion mentale ». Un peuple devenu fou ? Je le pense souvent. Le refus global conduisait à tout discréditer. Alors déshérités, les mains vides, nous sommes devenus des déboussolés. J’aime sa lucidité : « On veut tout, dit Grand’maison, fédéralisme et indépendantisme, état-providence et privatisations, socialisme et libéralisme ». « Réveille » (Zacharie Richard) nation nigaude !

« Tu ne te tueras point ».

Sur le Sinaï, pas de ça à Moise sur tablettes du décalogue : « Tu ne te tueras point ». Je passe parfois, juste à gauche du 2321 rue du Chantecler, devant ce site disparu où l’ex-écurie de l’hôtel servait d’atelier pour le potier candide du l’ex-Centre d’art de Sainte-Adèle. 1951, j’avais vingt ans. Les jeunes skieurs qui appréciaient mes céramiques n’avaient pas d’argent pour me soutenir et je n’avais plus d’élèves-en-terre-glaise. J’avais faim. Je refusais de retourner comme plongeur à l’hôtel. Trop tard (?) j’avais obtenu enfin, enfin, les éléments pour me bâtir un four. Découragé, un jour d’avril, j’ai osé fleureter avec la sordide Camargue. Si facile : joindre dans mes mains les fils électriques (du 500 volts) que je m’évertuais à connecter. En finir une bonne fois pour toutes avec mes illusions d’artiste génial ? Je ne l’ai pas fait. Juste une tentation. Je me suis jeté dans la porte et suis allé voir, de l’autre côté du chemin, le lac Rond qui dégelait. Deux gamins, en riant, jouaient sur un radeau de fortune. Ça m’a calmé.

L’autre soir, à Télé-Québec, l’acteur Michel Barrette racontait sa tentative à lui —déception d’amour grave— pour en finir sur un pont du Saguenay. Très émouvant, l’humoriste, très. C’est 1,300 jeunes morts, ici, chaque année ! Écrivain invité à une école (près de Sainte-Thérèse), on m’a suggéré d’en parler. J’ai dit : « Ne vous tuez pas, les jeunes. Vous le regretterez tellement ». Et j’ai raconté « le petit bonheur » (Félix !) de vivre. En effet, au delà des déceptions et chagrins, comme tout le monde —chacun pour soi— dresser ma longue, très longue, liste des grandes et petites joies connues depuis ces affreuses secondes d’avril 1951, de tentation —pulsion de mort maudite, cher Freud— dans mon écurie mal chauffée, rue du Chantecler.

Chaque jour qui passe, disait le document de T.-Q., 80 jeunes y pensent et 4, hélas, passent à l’acte. Chaque jour ! Funeste hécatombe ! Dutrisac suggérait des pubs à diffuser pour démotiver les jeunes désespérés. Un coroner —qui en a vu tant— disait : « Non, ça ne se montre pas ». Un invité disait : « Le candidat au suicide veut « débarrasser son entourage » d’un poids, lui le dépressif ». Ou bien c’est « se débarrasser de la vie ». Qu’on juge trop dure. Maintenant que je pense à mon actuel bonheur de vivre, dans l’Éther —au purgatoire, limbes ?— je me maudirais tellement si un écran magique me faisait voir l’abandon de ce bon gros paquet de si bons moments de ma petite vie.

De grâce :ne vous tuez pas, les jeunes ! Nous connaissons tous des parents (oh combien dans le milieu des artistes !) inconsolables depuis le fatidique geste d’un grand enfant suicidé. Une terrible cicatrice jamais vraiment guérie. Terrible culpabilité. Durable. Ce monstre gâcheur de bonheur.

« Tu ne te tueras pas…jeune » ? Il en va autrement des décisions d’adultes quand l’espoir a fui à jamais. Le cinéaste Jutra —sans plus aucune mémoire— flotta sur le Saint-Laurent. Montherlant horrifié par sa diminution, ou Romain Gary, au bout de son ticket-vie, lucide, qui écrit : « Merci beaucoup, au revoir, je me suis beaucoup amusé ». Et paf ! Un seul coup de revolver.

Je rêvassais au Salon du livre de Québc, l’ami Hubert Aquin —ne s’assassinant point au Jardin de Villa Maria— est en train de dédicacer son 30 ième roman ! Sa carrière fleurit de plus belle, il a son maigre sourire « thanatossique » et je lui dis : « Hube (il signait Hube), la vie est belle, pas vrai ?

Ne pas juger ces « vieux » au-bout-de-leur-rouleau. La « violente auto-euthanasie » de ces gestes est affaire de conscience personnelle. Écoute-moi bien toi du noir quarteron (oui, chaque jour quatre jeunes suicidés québécois) : impossible de savoir, de prédire, si tu n’es pas l’héritier d’un beau bouquet de bonheur. Ne te mens pas, tu l’ignores. Alors, ne fait pas ça ! Je t’en prie, ne fais pas ça ! Quand je me promène, rue du Chantecler, que je revois ce cabanon installé sur l’ancien solage de mon écurie-atelier, je m’en veux encore d’avoir songé à cette bêtise. Encore hier, sur notre galerie, un couple de tourterelles, parfaitement sculptées me donnaient à voir la beauté du monde. Ce matin quatre, non, cinq, six ! parulines, vêtues de jaune si brillante, oiseaux vifs, aériens, se balançaient autour du lilas bourgeonnant… La vie est belle, pas vrai ?

Revenant du « Salon »…

Revenant du « Salon » dimanche, dans le bus, dans ma tête, je turlutais : « En revenant de Québec », « Nous irons à Québec à pied sec », (Trenet) et « J’irai à…Québec » (Charlebois) ! Tout un week-end derrière mon kiosque pour mon tout neuf « Écrivain chassant aussi le bébé écureuil ». Hommes, femmes —et enfants que l’on tire— déambulaient tranquillement sur les tapis rouges. Amas de livres en tous genres : biographies, polar, b.d., livre d’histoire, saga, poésie et…journal. Jouer l’homme-sandwich : envie de faire à la criée : « Livres à vendre, pas cher » ! Un commis-voyageur quoi ! Des auteurs entourés (Louise Portal), d’autres isolés (Pelletier, historien). Le soleil brillait en cette veille de scrutin. À l’est du Hilton, le haut building-château de Chantal et Bernard. Un couple nouveau va s’y amener. Depuis lundi soir, les politiciens du P.Q. enfin libres de parler. Fin de la peur de perdre un seul vote. Alors, vive l’opposition ! En Irak, la guerre est finie et, comme tant de monde, très heureux de m’être trompé : pas de Vietnam no. 2. Ouf !

En tribune libre d’ « Accès », le grand bonheur d’avoir su un lecteur avouer qu’il a couru acheter des livres recommandés. Envie d’en séduire d’autres alors. Par exemple « Origines » (Trois-Pistoles, éditeur) du jeune batteur de femme, Christian Mistral. Des aveux, une confession, un conte fou. Ce terrifiant « Grand-père » (Denoel, éditeur) par la petite-fille de Picasso, Marina :une enfance sabotée, effroyable. Son sinistre papa —le fils-du millionnaire-peintre— en con fini. Sa maman en sexoliste dépravée. Oh la la ! Jacques Attali raconte pourquoi les Juifs se firent « financiers du monde » depuis leur dispersion forcée. Lisez « Les Juifs, le monde et l’argent » (Fayard éditeur), un document étonnant en diable ! L’acteur Yvon Leroux —le « Bidou » de Séraphin— raconte les éphémérides d’une carrière en dents de scie : « Les plus beaux jeux… » (Trois-Pistoles, éditeur). Un plein grenier de souvenirs parfois fort cocasses. Pas moins cocasses les mémoires de Gérard Poirier dans ses « Entretiens » (Québec-Amérique, éditeur).

Je lis beaucoup. À deux coins de rue, la biblio Claude-Henri Grignon me prêtait « Le rêve… » (Libre-Expression, éditeur), l’étonnant parcours de cette simple mais douée ménagère beauceronne, Rose-Anna Vachon), si habile avec ses pains aux raisons, ses brioches. Qui va donner naissance à l’ « Empire Vachon » envahissant toute la Nouvelle-Angleterre. Deux vies lues : fascinante celle du crésus mégalomane hypocondriaque, Howard Hughes et celle, pas moins étonnante, du patoisant « Frédéric Dard » (un titre chez Fleuve noire, éditeur) l’inventeur de jargonneur limier « San Antonio ». Enfin, suis en train de lire la jeunesse française d’une fille (du Lac Millette, pas loin), Marcelle Martinet qui s’exilait au Québec avec son jeune « Docteur Favreau ».

Qui disait : « pas un seul chagrin qu’une heure de lecture ne dissipe » ? Vrai.

Ah que la vieille capitale est jolie au soleil ! Je me morfondais au « salon », mais, consolation, s’approchaient d’aimables curieux, des sceptiques (du polémiste) et des admirateurs. Chauds propos. Quelques amateurs de journal intime. Ou bien des collectionneurs d’autographes. « Je vous aime tant à « Tous les matins » le mardi. Vous me faites rire quand vous vous emportez » ! Envie souvent de « donner » ma dernière ponte à ces afficionados. Mais la « Julie-à-Victor-Lévy » me surveillait, les doigts sur sa caisse. Pas de farce à faire ! « C’est donc cher les livres, messieu Jasmin, non » ? Celle qui dit cela est couverte de beaux bijoux, coiffure impeccable, maquillage étudié, elle porte une lingerie griffée, pousse une voiturette de grand luxe où un enfant, « vêtu dernière mode », arrache des pages à un livre de contes illustrés, signé Gallimard, à 50 piastres l’exemplaire. Eh ! Tout est relatif :un livre se prête, se donne en cadeau, est lu par plusieurs, dure longtemps et s’offre… en héritage. Non ? Une aubaine, toujours, un livre. Moins cher qu’un repas dans un resto de bon ton…dot il ne reste rien. Pas vrai ?

Lettre à ma petite sœur, Marielle

Quoi?, te voilà enragée contre l’indépendantiste Parizeau ? Tu m’annonces, dans ta « lettre de Rosemont », que tu voteras pas pour Landry à cause de lui. Écoute-moi ma petite sœur, n’étant pas candidat, je suis libre de dire publiquement ce que je veux. Toi comme moi, on connaît des « nouveaux québécois » indépendantistes. Une minorité, hélas. Lundi, « vote ethnique » en vue ? Oui. Encore. Chère ex-minidinette syndiquée, le peuple n’est pas fou —ne le méprise pas— il voit clair et n’a jamais été scandalisé par Parizeau. Ni au référendum de 1995, ni cette semaine. Ceux qui jouent les vierges offensées sont des menteurs, des langues de bois, et tous excitateurs stipendiés par leurs patrons-de-presse, ça les arrange de crier « horreur ».

La vérité, les faits, c’est têtu, Marielle. La majorité des émigrants, et, parmi eux, des gens s’installant au Québec il y a très longtemps— votent contre ce pays à faire naître. En 1995, dans certaines régions, ce fut —comme lundi prochain — la quasi unanimité. Un chef indépendantiste de grand génie, serait à la place de Landry que ces gens venus d’ailleurs voterait en majorité contre son parti. Pour eux, le Québec doit rester une simple province. Et les Québécois, « une minorité » parmi les 25 autres du beau grand Canada. Nous ne formons pas une nation, même on est plus de 80% de la population.

Plus grave, parmi nous, Marielle, il y a 4 personnes sur 10 qui se disent « non » à eux-mêmes et se joignent aux anglos, à leurs assimilés, aux gens des communautés ethniques, retardant la venue du pays normal. Si nous arrivons bientôt à dés-aliéner deux seulement de ces quatre traîtres —le mot est pris objectivement ici— nous gagnerons une patrie, comme toutes les nations du monde y ont droit (ONU dixit). Finirait enfin ce « Québécois-peuple-maître-chanteur », paroles de Trudeau. Finiraient les vains maquignonnages ( Victoria, Meech etc.), les fastidieuses sempiternelles querelles. S’il est vrai que les enfants actuels des émigrants — et vive la Loi 101 !— changent un peu ce vote culturel « fatal », ils ne sont pas bien nombreux encore.

Tu te souviens de 1995 ? Les chefs des associations de communautés —grecques, italiennes, etc.— appelaient à voter « non », à l’unanimité contre notre patrie ? Ce soir où nous découvrions qu’ils ne nous manquaient que quelques milliers de votes pour accéder enfin à un pays, Parizeau a eu tout à fait raison de blâmer deux faits têtus.

Un : « l’argent ». Nos adversaires, faisant fi des lois votées, dépensaient davantage que tout l’argent des deux camps pour cette « foire à unifolié » du Square Dominion.

Deux : « le vote ethnique ». Marielle, le mot chien ne mord pas, ces deux mots pas davantage. Ceux qui se voilent la face sont des poltrons, des mauviettes, des froussards paralysés de « rectitude politique ». Crois-moi, en 1995, le peuple devant son téléviseur —même nos « 4 colonisés sur 10 »— comprenait fort bien le diagnostic de Parizeau. Nous étions à un cheveu de la victoire. Sa déclaration était fondée. Allons, ceux qui avaient voté dans —par seul exemple— « Darcy McGee », comprenaient bien Parizeau eux aussi.

Marielle, à ce débat télévisé, Landry ne pouvait pas parler librement. « Le régiment médiatique des arroseurs d’huile sur feux » guettait. Si Landry avait eu des couilles il aurait déclaré : « Mon cher John, Parizeau parlait de façon vraie et réaliste ». Ma chérie, je te le répète, je ne me présente pas, partant je peux dire ce que je veux. L’on se tait « sur tribune » à cause d’un dévotion niaise à la statue pourrie nommée « La paix des hypocrites ». Pour des raisons variées (économiques, culturelles, sociologiques, historiques) nos émigrants —à part les juifs séréphades et beaucoup d’Haïtiens ?— sont associés à la vie à la mort aux anglos. Et donc à John Charest. Si je n’ai pas réussi à te faire changer d’humeur, au moins lundi qui vient, va pas voter pour la droite du « mariole » dumontier, ni pour « le parti des Blokes », va annuler ton vote.

Claude,

ton grand frère tombé jeune dans « soupe aux lettres » à môman-Germaine.

Journal, février 2003

Dimanche 9 février, oh !une pieuvre noire gigantesque se déploie dans le ciel du lac Rond ! Ah ! énorme calmar à couleurs acides, cerfs-volants géants et rires des patineurs. Krieghoff vivant : rouge carriole antique tirée par de sombres percherons, l’église en fond de tableau, « Séraphin » revenu, cloches à la volée. Bonheur dominical. Rentrée pour voir Derome qui m’écoute jaser sur la télé de jadis comme, avec Scully («à Bilbilotheca »), jasette sur l’émouvante « ‘tite maîtresse d’école » dans l’île de « La petite poule d’eau », Gabrielle Roy.

Lu donc « Entretiens avec Noam Chomsky ». Ça ouvre les « queneuilles » en (grandes) osties. Ensuite, 1- on lit Mario Roy (La Presse) : « Trois pouvoirs, l’État, les financiers-entrepreneurs et les syndicats ». Pauvre cloche : L’État (Chrétien comme Landry) accroupi se meurt car il n’y a que les géantes entreprises (souvent subventionnées !). Et puis rien ! Le syndicalisme ? Souvent viré en corporatisme égotiste— ne touche (hélas !) que des minorités. Les « wise guys », Mario et Pierrot (Bourque) ont compris. 2- Un prof, La Sablonnière, proclame : « Ma mission consiste a transmettre mes connaissances ». Pauvre con : ils sont pas des vases (cruches), un prof doit enseigner à « apprendre », à rester l’esprit ouvert et libre. Ça donne cela lire Chomsky : la lucidité.

Lundi 10 février, visite chez « Accès », rue de La Gare, jeune équipe dynamique et joyeuse puis filer chez mon toubib : Sérieux cholesté-cul. « Mangez cela, ne mange plus ceci… » Tout ce qui est bon est mauvais ? C’est ça ricane mon cher Singer. Merde ! Crevez (très tard) mais bien frustré. Non, envie de désobéissance. Honte : acceptez de mourir —un peu plus vite— mais content, heureux, satisfait de mon existence. Cruel dilemme pour des tas de gens. Alors on se fait des promesses…qu’on tiendra ? Hum ! Le culte du corps, de la santé en ravageur des bons petits plaisirs de la vie. Ouash ! Que faire ? Au secours les hédonistes ! « Mon pauvre pitou », dit Aile. Aie, « chuis » pas ton chien, ni « l’ombre de ton chien » (Brel). Passe-moi de ce gâteau et vite ! Honte !

Vu une star auto-sado-maso :Michael Jackson sur ABC. Enfant-bateleur Noir battu, tourmenté, magané mué en bloqué de phase buccal, anal et autre al. Une bébite, blanchie à la chaux, hurluberlu déboussolé, pitoyable multimillionnaire.

Mercredi 12 février, hier, queue de veau, critiquer la télé à CKAC tôt, puis à « Tous les matins », fustiger le caméscope partout sans cesse, à midi, entente à signer avec mon éditeur pour l’Album illustré d’octobre. Le soir, chiard visuel au Vieux-Port, avec notre président-Curzi. Il sort d’une visite à L’Élysée —si-ou-pla— d’un Chirac à la rhétorique flamboyante. Son union sur Internet (uniondesartistes.com) pour négocier et envoyer les C.V. Plein de belles jeunesses guettant les producteurs invités. Que de talents en « salle d’attente » !

Hier matin, un Paul Houde totalement écœuré —il s’est investi « très, très » généreusement dans « Tous les matins » et on « floche » le tout — me confie : « J’en ai assez de ce cruel milieu des médias, Claude, je retourne aux études (polytechnique) en septembre… ». Sa tristesse me touche.

Ce matin, remontée en Laurentie. Neige neuve légère avec froid vif. La vie aux USA ces temps-ci ? Lisez : « la Cia a obtenu la collaboration des libraires —les biblios publiques ? c’est déjà fait, vive les ordinateurs hein !— on veut « ficher » certains lecteurs à risques, à esprit trop libre. Vous lisez un livre de Chomsky et vous voilà sur la « black list » du Pentagone. On se penche, on s’incline —pas par respect. Pour vomir sur ce gouvernement buschien, marcarthysme pas mort !

Journal – 6 Février 2003

Jeudi 30 janvier, soleil sous vent glacial mais promenade-sur-le-lac rituelle. Le lac-à-pistes en « place publique » avec pauses-rencontres. Un voisin, Jodoin, lassé des propos sans cesse sur « mes maladies chéries ». Brise de cynisme? Non. Il a son mal mais se tait, lui. Nation hypochondriaque ! Accablante fixation sur « la santé menacée ». Obsession entretenue aux actualités sans cesse. Morbidité nationale. Compensation pour quoi donc ?

Vendredi 31 janvier, mon fleurdelisé —déchiré— en berne, un soleil libre. Notre premier bain de soleil sur un « banc public-banc public », salut Brassens ! Nos visages illuminés par mille millions de cristaux : argent, rubis, or, turquoise et grenat ! Relu : « Notes américaines » de M.-C. Blais. Un univers (1963) nous sépare, elle, libre, la boursière raconte ses séjours subventionnés femme-« dandy » : Paris, Boston, Cap Cod (Wellfleet), Floride (Key West). Les hippies changés en yuppies. Lecture fade. Me plonge alors dans le Max Gallo, « Histoire du monde ». Captivant de récapituler l’Histoire à partir de 1789, « Ah ça ira… ». Laferrière lui a engrossé— et fait ré-éditer— le captivant « Cette grenade… ». Un parcours mou, fictions et réalités : l’itinéraire flou « d’un nègre sans se fatiguer ».

Samedi 1er février,
du temps doux avec le bonhomme Galarneau. Promenons-nous…tandis que le loup y est pas. Terminé le Dany L. : « Cette grenade… » Imposture que ses interviews imaginaires avec des Noirs célèbres ? Ce roman, et-ce une arme ? Tissu des événements racistes survenus aux USA. Me garroche en nouvelles illustrations pour mon album de cet automne. Mal aux reins, mal aux reins (du Félix) : peindre, c’est physique.

Mardi 4 février, depuis dimanche, médias remplis à ras bord d’infos sur Columbia perdu. Nécrologie spatiale détaillée. Secouant la morosité, sommes allés voir le gros « Chigago » au petit Saint-Jérôme. Bonheur total pour l’ex-scénographe en variétés. Chorégraphies hallucinantes :le tango à la prison des femmes, les marionnettes humaines, le tribunal sur « tap danse », la trapéziste et la pendue. Lundi soir, appel de CKAC : devoir vite remplacer Mme. Cousineau en critique de télé. Retrouvailles avec mon Arcand « ex » comme moi de CJMS. Rigolades avec piques et horions :mon genre.

Mercredi 5 février, ce matin, parking et centre-ville sous froid sibérien. Mortels miroirs, à perte de vue. Bedang !, je m’écrapoutis de tout mon long, miracle, pas une égratignure. Lunch du midi avec David-petit-fils, celui avec qui je dialoguais tout un été dans La Presse. Sympa « Café de Vienne » sur la Catherine. Le jeune « concordien » me vide son lourd sac à manuels scolaires dont « Istamboul en Sicile ». David adore l’histoire, aussi le droit ! Il hésite sur son avenir, court ses deux lièvres. Le soir au « Petit Italien », rue Bernard, bouffe extra et jasettes avec le « Groupe des 7 ». Tous les matins —pour CKAC— voyant les fourmis à « attaché-case » (Peel et Ste-Cath) naviguant entre les hauts buildings, l’infernal grouillement citadin, j’ai très hâte de remonter en Laurentie. Suis donc devenu villageois heureux ?

Jeudi 6 février, ouf ! Retour ici. bienvenue « sweet home », adieu les glaces métropolitaines aux mille reflets sinistres. Rue Morin : de la si jolie neige. Feu de cheminée ce soir et mes chers bouquins (le Gallo, vie de « Duras », un livre neuf sur le Prof Lauzon des USA : Chomsky, l’anarchiste. Fascinant. La paix dans le nord, le cher.

Journal – 30 Janvier 2003

Mercredi 22 janvier, nuit glaciale, archi-polaire. Notre fenestration (antique) fournit courants d’air arctique. Ici, cette « Gaillarde » me saluant en « conteur » : ne serait-ce pas Véronique, cette amie d’enfance ? Son frère, Nicolas, disparaissait un jour, on ne l’a jamais revu : effrayant mystère. Journal intime, mon bonheur : après celui —intello— de Drieu-le-raciste, celui —très intime — de Cocteau, « Le temps défini ». Étonnantes révélations. Plongé maintenant dans « la vie de Jean Anouilh », le dramaturge noir. Par sa fille. À la télé : le brillant Minc (essai nouveau) jase « homos » : « un puissant réseau international ».

Jeudi 23 janvier, arrêt-stop à cigarettes, etc. Mon toubib Singer de Saint-Sauveur, m’attend en « Dracula ». Demain, à jeun, y jeter du sang :j’aurai de l’ail et un pieu ! Aile lit en « poche » —énervée de tant d’emmêlements— « Les heures », de Cunningham, en attenant de voir le film éponyme, très fêté. Ce matin, Foglia s’énerve : « Que les aveugles oublient donc le ski, que les handicapés assument leur impuissance ». Il est tanné de « la rectitude » emmerdant la majorité. Hon ! Ai terminé « vie d’Anouilh, hagiographie complaisante, temps perdu.

Vendredi 24 janvier, vu hier soir, au Pine, « L’être et l’avoir », fameux film. Un instituteur d’une France paysanne. Troublée, Aile pleurait et moi itou. Louez la cassette ! Posté —en Beauce— vingtaine d’illustrations pour « La petite patrie illustrée par son auteur ». Revenu de chez Dracula ce matin, écoute Bourgault chez Bazzo qui avoue être « sous censure » à Radio-Canada ! Donc, ne causera pas sur « Ottawa et l’argent ». Très surpris de cette soumission. Il vieillit ?

Samedi 25 janvier, vu « Le pianiste » de Roman Polanski. Oh ! Effrayant récit sur l’antisémitisme. Salauds d’Européens (Polonais compris) aux yeux bouchés. « Collabos » partout. Du cinéma essentiel. Je lis l’excellent « tome 3 » de Godin sur René Lévesque :victoire de 1976 et la dégringolade, la patrie à installer refusé ! Son chagrin total. Dehors, le froid qui dure et qui va bien avec ma désolation de cet échec historique.

Dimanche 26 janvier, le froid nous lâche enfin. Sur le lac alors : plein de patineurs et fondeurs, un bouffon-ourson, un Bonhomme-hiver, attelage avec chiens, des feux de bivouac, des ballons. Beauté hivernale, tableaux vivants, d’un Breuegel, d’un Krieghoff, d’un Lemieux.

Lundi 27 janvier, firmament tout bleu avec soleil, la dure froidure revenue. Demain à « Tous les matins » : une vérité tue : le destin —foin des mérites, des talents, des études. Il est fait de « hasards et de circonstances ». Injustice de la vie ?

Mardi 28 janvier, « frette noére » persistant et matin-studio : débat donc sur « saisir sa chance ». À midi je file —à Ahuntsic— chez Radio-Ville-Marie, une Yolande questionne : dans votre livre, « Écrire », pourquoi vous peindre en raté ? Je lui raconte nos grandioses aspirations adolescentes et la dure réalité, les échecs. Le soir à « La Licorne », un étonnant —et fort bien joué— « casse-tête » de Létourneau : « Cheech ».

Mercredi 29 janvier
, le bleu du ciel avec l’Astre. Après dix ans en Laurentie, conscience de n’être plus Montréaliste mais Adélois. Vaine résistance : on a acheté un four micro-machin. Mon fidèle et amusant Daniel Marleau, 50 ans, me courrielise: « Mon premier bouquin, c’est fait ». Il va voir l’aventure que c’est « romancier ».

Hier soir, rue Mont-Royal, après le captivant « Cheech », achat de livres usagés rue Mont-Royal. Aubaines rares. Ce matin, chemin Bates, Aile et moi tristes : dans la cour, dernier soleil de nos mercredis matins car le building-à-condos monte, monte.

Journal – 19 Janvier 2003

Mercredi, 15 janvier, soleil nordique aujourd’hui. Hier, le chef-penseur (La Presse), André Pratte, ose proclamer qu’un chef politique (Landry versus Dumont) doit obéir aux sondages. « La rue a parlé ». Imaginez cela : formidable décolonisateur, Papineau —on est en 1835- dit : « On a lu les sondages, la décolonisation, b’en le peuple est pas chaud, on va discourir sur « notre place de colonisés de Londres » ! Un leader, un vrai, se fiche de « l’opinion publique du moment ». Pratte invite au docile « mob rule », le con. Un Landry courageux osera-t-il : « Battez-nous aux urnes si vous ne voulez pas d’une patrie », en vrai leader ?

Jeudi, 16 janvier, adieu soleil frileux ! Je classe une lourde masse de « lettres » que m’a rendue ma sœur Marielle : quinze ans de souvenirs précieux. Archives à classer ou bouquin en vue ? Des secrets délicats ici et là… Suis allé rue Lesage : lapin, canard, rognons, bon stock goûteux ramené de l’École hôtelière d’ici. Les canons tonnent sur les côtes-Chantecler en face, guerre à quoi ?

Vendredi, 17 janvier, ciel mat, mastic blanchâtre. En 1970, Lautrec chantait (dans mes décors) : « Le soleil est parti , il m’a dit d’te l’dire ». Après Sainte-Adèle —et son « Séraphin » méchant— projet de film sur Sorel ! Avec le formidable roman « Survenant », de la cousine de Grignon ! Roy Dupuis encore ? Ce jeune acteur archi-lumineux y ferait florès. Les doigts beurrés de gouache, je barbouille :un gamin en patins à roulettes accroché derrière un tramway, un hockeyeur de trottoir, sa rondelle ? Une ronde crotte de cheval gelée bin dur.

Samedi 18 janvier, l’ami cinéaste belge de « Pleure pas Germaine » se désiste. De New-York, il devait venir ici. L’amie Josée, scripte, s’installe au grenier. Catastrophée, elle dit :« Radio-Canada toute livré aux compagnies privées ». Je lui explique : notre Office national du film, copie d’une « ONF » de Londres, c’était l’installation de la propagande » face à la guerre (de 1939-1945) à l’horizon. Lesté de « culture-arts-spectacles » Radio-Canada agrandira l’« information », la propagande « sheilacopétienne ». RDI le fait… mais le gouvernement québécois est trop « pissou » pour imiter, à Télé-Québec la machination. Ce jeune Dufort en « Infoman » : fameux avec topos ravageurs sur Raël-le-cinglé, sur le fou Kim-Corée-du-Nord, sur Vieux-Guilda.

Dimanche 19 janvier,
une lumière arctique pour nos promenades de santé autour du lac, avec chiens fous partout ! Gazettes jasent encore sur : « Contrôle des armes ». Fumisterie ruineuse (2 milliards de notre argent !), tous savent qu’un malfrat trouvera des revolvers dans bars et tavernes.

Lundi 20 janvier, soleil « avec capuchon ouaté ». Demain matin en studio, j’oserai parler de spiritualité. Hen quoi ? Pas « à mode ». On verra bien… si l’esprit sain —et Saint— descend sur moi. Oh, on va rénover (youpi !) le vieux cinéma « Plaza » sur la St-Hubert angle Beaubien. Nous y allions, ados boutonneux de Villeray, les dimanches après-midi de pluie. Ah, revoir la lumineuse Rita Hayworth chanter : « Put the blame on me, boys » !

Mardi 21 janvier,
ce matin, unanimité à « Tous les matins » : oui, il y a un peu partout quête de spiritualité. Je ne passais pas du tout pour un hurluberlu. Froid terroriste aujourd’hui. J’avais lu, de Soljenitsyne, « Le pavillon des cancéreux », je sors de la « Cité de la Santé », Fernande —chauve, les deux bras bleuis par les seringues— attend, en nous souriant, de sa propre moelle.

J’observe ces soigneurs zélés du « cinquième » avec, tout autour, plein d’alités qui espèrent. Revenu ici, je cours vers la rue Lesage : Saumon. Lhote. Un gâteau sans sucre. Travaux d’élèves en cuisine. Je ramène cela et, oh, la croix qui s’allume au Sommet Bleu, j’expédie des ondes positives à Laval, à Fernande.

Journal – 15 Janvier 2003

Jeudi 9 janvier, notre impuissance : cet homme enveloppé, marche comme nous deux —mais seul, lui— sur l’anneau piétonne du lac; on le croise, il ne nous voit pas, il habite pourtant la même rue adéloise ! Une victime de la guigne : épouse très malade, enfants frappés —maladie, malfonction— et lui, cancer, on lui a enlevé un œil. Je ne sais comment le « dé-senfermer ». Il marche vite, ne voit personne de son œil valide. Ce soir je prie « mon dieu » à moi : « que cesse la guigne sur cet homme d’ici ». Tous les matins : plaisir total de lire deux quotidiens, avec du café et, hélas, du tabac. Depuis si longtemps, cet appétit vorace pour les « nouvelles du jour » et ne pas comprendre ceux qui ne lisent pas les actualités… comme un de mes voisins.

Vendredi 10 janvier, ciel d’hiver d’une blancheur comme salie ; partout encore ce débat sur le clonage, le savant Testart en vif opposant. Pourtant : l’eugénisme c’est aussi d’avoir voulu, enfant, que mon œil croche se redresse (merci docteur Gervais), que ma bronchite chronique se guérisse (merci docteur Mousseau), qu’on m’enlève mon appendice pourri (merci docteur Favreau); l’eugénisme ordinaire ? Quel parent ne souhaite pas la parfaite santé pour le bébé à naître… je réfléchis sur le clonage.

Samedi 11 janvier, ça gèle à pierre fendre, je m’installe au chalet du « Golf de la Vallée pour une jasette télévisée, ad lib, avec Claude Valade en questionneuse, vidéo pour le canal communautaire d’ici (Cogeco); ça passera quand ? Réponse vague. Ma tendre et fragile Aile partie au « Totem » pour son épaule démanchée, alors aller vite nager à la piscine de l’hôtel d’en face ? Trop de ce frette « noère » et je sors mes pinceaux pour chercher des images nostalgiques pour cet album projeté de « La petite patrie »; les doigts vite beurrés de toutes les couleurs…

Dimanche 12 janvier, pas de promenade de santé, un froid arctique; appel de la recherchiste, Marie-Claude : « On recommence « Tous les matins », trouvez vite un sujet de chronique »; j’ai vu « 450 rue du Golf » de mon ami André Dubois à TQS où l’on moquait cruellement « le misérable banlieusard », versus « le gars brillant du Plateau ». Mardi matin à la SRC ce sera mon topo : défendre « les vertus de la banlieue » quand on a de jeunes enfants. J’y fus heureux quinze ans. Aile lit le Nothomb de l’année : « Le petit Robert » et me dit : « C’est une fable, c’est fantaisiste, j’aime bien ».

Lundi 13 janvier, le « frette noère » fait relâche ! Daniel, mon fils, m’explique —par courriel— comment agrandir du lettrage :

« Facile, tu cliques ici, tu cliques là… ». J’essaye et ça ne fonctionne pas, merde ! Trop vieux pour ce pitonnage électronique ? Je lis goulûment la vie de « Coluche » (2002, chez Plon), récit terrifiant d’un humoriste drogué, fou de publicité, grossier mais qui avait un cœur immense (fondateur de « Les restos du cœur »). Appel de mon éditeur, V.-L, B., ce matin : il me veut comme auteur d’un livre (collection nouvelle) sur « Écrire du téléroman » et m’annonce qu’il veut mousser ma candidature —avec l’universitaire Aurélien Boisvert— pour le prestigieux « Prix-David 2003 » ! Enfin, il me dit qu’au Salon du livre de Québec, il y aura le tome 2 de mon journal —de 2002—, j’ai trouvé son titre, qui me vient de Jean Genet : « Je tue le temps et le temps me tue nous sommes bien entre assassins ». Descente en ville pour, demain, le studio de télé de « Tous les matins »…

Mardi 14 janvier, en forme ce matin, je pétais le feu avec le tandem Houde-Bertrand, on a discuté et du clonage et de la vie en banlieue, pas la place ni le temps pour jouer « les graves », juste faire fuser des idées… parfois folichonnes, j’aime; je rebondis chez ma quasi-jumelle rue Viau angle Beaubien : « Toi ici, je viens de te voir à la télé, as-tu pris l’avion » ? On rit. Lunch chinois ensuite avec le benjamin de ma fille, Gabriel termine le « secondaire » et on a jasé gravement sur l’avenir : papi-conseiller pas si age ? Tantôt, montant en pays adèlois, étonnant ciel vert à l’est, oui, vert pastel, avec du rose taché de pourpre : la beauté laurentienne !

Journal – 8 Janvier 2003

jeudi, 2 janvier, fin des bouffes-fêtes, digérer désormais; ma chère Aile et moi en promenade sur le bel anneau blanc du lac Rond sous un soleil d’hiver ; le soir, chez l’arméno-québécois tom, vision de « hable con ella », extraordinaire film d’almadovar que ce « parle avec elle » : un infirmier « sublimise » tant sa patiente madrilène comateuse qu’il lui fera un enfant (!), un film inoubliable et, hâte, mon tom nous annonce la venue prochaine du « le pianiste »

vendredi, 3 janvier
, narcisse-raël fait les manchettes, il aura permis les législations s’élaborant partout sur la planète, merci au clown; chère Aile a détesté le dernier Irving « la 4 ième main », « infect », elle lis « la brèche » et dit déjà : « fort bon talent, on dirait de l’autofiction avec une sotte étudiante éprise de son prof bedonnant »; je termine le 3 ième « bouscotte » de mon éditeur actuel, stupéfait de ses charges envers ses collègues feuilletonnistes

samedi, 4 janvier, dernier « bouffe-ouf » chez nicole, la soeurette de rosemont; glouton, j’ai dévoré deux magazines français, stimulants, pourquoi, au québec, n’avons-nous pas une telle sorte de revue; « l’actualité » si peu « actuel », six québécois sur dix votaient « oui » à l’indépendance en 1995 et aucune publication pour soutenir ce lectorat, anomalie

dimanche, 5 janvier, diffusion de ma visite chez « madame b », pour « parler des femmes », « l’avenir de l’homme » selon le poète aragon, regrets de n’avoir pas dit ceci et cela; dany la ferrière, chronique dominicale de « la presse », raconte son intérêt pour notre histoire et en profite pour conter les libérateurs de son haïti natal… qu’il a fui : lâcheté d’un jeune journaliste ou sauvegarde

lundi, 6 janvier, m’ayant vu bombardé chez miss bombardier, ma « poucheure » de cigarette me gronde vertement : « pas fin de rigoler sur une ex-blonde devenue obèse », le risque des entrevues impromptues; suis allé au magasin de notre « école hôtelière » : bœuf au bleu (!) et fameuse tarte aux poires; j’ai mis sur mon site deux récents débuts de romans avortés, casser l’illusion que c’est facile d’accoucher

mardi, 7 janvier, journée à barbouiller des aquarelles pour un projet d’album illustré de ma « petite patrie », parution chez un artisan-éditeur de beauce, rené jacob, une seule me semble vraiment réussie : trois gamins changés en bonshommes de neige; avons loué « signs »-« signes », un film raté, navet

mercredi, le 8 janvier, oh !, ce matin, frédérique david me dit « oui » pour mon journal dans le sien, « accès » au bonheur, mon ex-voisin, claude-henri grignon, débutait dans un hebdo régional à saint-jérôme, moi itou dans « le progrès de villeray » en 1950, retour au sources ?; ah !, le critique louis cornellier du « devoir » aux courriels : il va lire et commenter « à cœur de jour », mon journal pour 2002, frais paru chez « trois-pistoles, éditeur », il m’a dit : « je dégaine », un vrai cow-boy !