JANINE LA PAS FINE ?

Mon ex-voisine, Janine (Huard), est pas fine aux yeux des ses odieux tortureurs : elle ose encore se révolter contre l’horreur venue d’Ottawa et de Washington, via la CIA. Avec l’acoquinement funeste de Mc-Gill-University, son chic hôpital « Royal Vic’s » et sa réputée succursale, le Allen Memorial.

Imaginez maintenant un peu le topo : un coquet lotissement à deux coins de rue de la prison de Bordeaux avec des arbres et des fleurs, des pelouses proprettes. Derrières les cottages et les bungalows, ce vaste champ vacant de l’Hydro-Québec en un immense sauvage terrain de jeux…Des familles tranquilles, des enfants qui jouent dans la rue puisqu’elle est une impasse. Zotique-Racicot, tragique « impasse » en effet pour Janine !

À trois maisons de la mienne, une jolie jeune maman blonde qui part souvent pour des séjours en clinique. Légère dépression, Lafontaine : « ce mal qui… Ils n’en mouraient pas tous … ». La confiance règne n’est-ce pas ? Les bons docteurs, les gentils, les savants médecins veillent sur notre santé, n’est-ce pas ? Or, il y a aussi des docteurs cinglés, des fous raides !Il y avait là, pour ma voisine, ce salaud de docteur Cameron, hélas ! Subventionné par Ottawa et Washington-CIA, le bon docteur Ewen Cameron, Écossais immigré, se livrait sur ses malades à des expériences extrêmement dangereuses. Voilà notre Janine, et tant d’autres, devenus sans qu’ils le sachent, de simples « chairs à expérimentations ».

Lavages de cerveaux, et, c’est connu maintenant, drogué. Avec ce puissant « LSD », cher aux Timothy Leary et Jacques Languirand, du temps de leur inconscient « trip » d’un psychédélisme douteux. Languirand s’est bien assagi depuis. Somnifères, électro-chocs parfois, écoute en continu de messages subliminaux pour Janine, une simple « patiente » (!) toute confiante et pourtant bafouée. Jours et nuits ces « voix » enregistrées ! Un tripotage parapsychologique dégueulasse ! Le « savant fou », Cameron, encouragé par la CIA payante, soutenu par le ministère de la Défense d’Ottawa, tentait de programmer et de déprogrammer ces simples dépressifs. Pourquoi ? Pour savoir s’il était possible un jour de « zombinifier » des soldats, des prisonniers, etc. On osera dire : « Quoi, les méchants soviets faisaient de semblables recherches en URSS ! »

Les petits amis de ma fille et de mon fils, les enfants de Janine, continuaient à jouer dans les champs pendant que cette mère de famille était livrée à ce bandit, docteur en médecine ! On ne s’incline pas devant ces faits atroces par respect mais par envie de vomir. Quand le chat noir sortit du sac, beaucoup plus tard, ce sera les normales poursuites avocassières, comme il se doit. La CIA honteuse cracha du fric en 1988 pour ces horreurs médicales des années 1960. Pas moins honteusement, Ottawa avec notre argent public, versa des centaines et des centaines de milliers de dollars aux victimes. Pas à toutes, pas également, Janine Huard réclame sa vraie part et aussi celle de ses infortunés compagnons via le recours collectif.

On sait bien qu’il est impossible de bien chiffrer une existence bousillée. Les dommages sont irréparables. Une vie bouleversée n’a pas de prix, ne connaît aucune consolation, hélas. « Je n’ai rien vu à Hiroshima », disait l’actrice Emmanuelle Riva dans le célèbre film de Duras, moi aussi, je n’ai rien vu rue Zotique-Racicot, rien d’autre qu’une malchanceuse jeune maman aux prises avec une dépression. Innocent ? Mais comment imaginer que des autorités médicales pouvaient se transformer en Docteur Frankenstein ? En serviles domestiques d’un plan de guerre inimaginable ? Un cinéma d’horreur, près de chez moi, se déroulait. Du « Top secret » !

Je n’en reviendrai jamais : ma voisine vivait un cauchemar sordide. Janine certes semblait mal s’en sortir et sa vieille maman s’amena dans notre rue joyeuse pour la garde de ses enfants. Robert, propriétaire de buanderettes, son mari accablé, veillait aussi du mieux qu’il pouvait; les enfants n’avaient plus de maman normale. C’est un conte noir ? Oui, d’u noir absolu. À l’ombre des vieux et beaux arbres, Avenue des Pins, au pied du mont Royal, des gens en sarraus blancs s’activaient en suivant le protocole aliénant du fou-Cameron et notre voisine se faisait tripoter la cervelle. Non, je n’en reviendrai jamais. En ce moment même, en ce bel été de 2007, quel autre cobaye est l’objet de recherches infâmes ? A-t-on le droit d’être méfiant encore ? Certainement.

Bon courage Janine-la-pas-fine, continue à te battre, à ne pas être « fine » aux yeux des lâches « canadians » qui acceptaient ce sale argent US de la Cia pour ruiner des jeunes vies. Oui, il faut du courage pour admettre publiquement cette fracture imposée, cette déchéance planifiée.

LETTRE OUVERTE À « L’ARCHANGE » GABRIEL !

Cet ange biblique, mon cher Gabriel, apprécié par tous les monothéistes de cette terre, —Hébreux, Mahométans et Chrétiens— semble un fameux messager. Je te vois aussi comme un messager…en musique. Je t’ai donc revu ce mardi soir, cor cuivré en bouche sur la scène de la Salle Pierre-Mercure avec une grande joie. Tout autour, tes jeunes camarades, filles et garçons, la belle jeunesse !, nous envoyait de fameuses bourrées, une musique de souffles réunis. Que des vents ! Et quels bons vents, quels jolis vents, la chanson.

Et il « ventait » joliment devant nos portes (d’eustache), dirait Villon. À la fin du concert, encore mon vif regret d’être si peu initié, si peu instruit en musique. Mon époque chétive se privait en arts. J’étais absolument fasciné par toutes ces bouches bien ajustés capables de former ce bruitage divin. Que de pipeau, hautbois, flûte, clarinette, tuba et quelques coups de tambours et cymbales, un peu de piano au fond, merveilles ! Tous ces pavillons levés d’argent ou dorés, je rêvais au ciel, à un joli paradis de livres de prières, mon cher jeune archange.

La musique ! Ah, la musique ! Tu as choisi d’étudier cet art d’enchantement à l’Uqam, c’est une voie royale qui exige aussi, je t’observais agrippé à ton cor brillant, une sacrée discipline. Je n’y arriverais pas moi, vieil homme libertaire. Quel miracle étonnant que cette harmonie, ce symphonique bruitage, tous ces efforts pour nous faire entendre ces extraits des grands créateurs de jadis.


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Gabriel, jeune enfant, je te voyais bien en amusant « Amadéus », galopin énergique qui acceptait déjà de s’asseoir, oui, de mette « cul sur chaise » pour déchiffrer, décoder tes premiers cahiers bourrés de noires notes… quand, dehors, les appels à jouer au soleil te faisaient signe. Maintenant, à 20 ans, tu es sur ce chemin radieux de faire entendre les prodigieuses sonorités assemblés par des génirs, Mozart, Wagner et compagnie ! Une compagnie géniale, tu le sais bien désormais. Gabriel, si tu avais vu ce mardi soir la lumière dans les yeux d’Éliane, ma fille, la fierté de Marc, ton père, vissé à son caméscope au fond de la salle. Et mon plaisir. Ce chemin adopté ne sera pas facile, je suppose que tu le sais.

Un peu partout, en ce moment même, des jeunesses dynamiques et naïves —dans un garage ou dans un sous-sol— cherchent à composer des bruits inédits à coups de batterie, de guitares très électriques. Au royaume de la musique les domaines sont nombreux. C’est un besoin sauvage qui vient de très loin, du tam-tam des primitifs, des flûtes antiques, des harpes très anciennes. Tu fais partie intégrante des « fous de musique » qui tentent sans cesse de propager la « grande » musique. Cela honore ton grand-père de te savoir enrôlé dans cette pacifique armée à la conquête des oreilles fines.

Cher jeune corniste, je t’ai vu former avec quatre autres camarades un modeste quintette de « vents ». Je sais aussi que tu participes à un modeste orchestre à Westmount et l’été à une « fanfare venteuse » dans ma chère Petite Italie mais que, étudiant, —le salaire d’un gagne-pain oblige— tu vends, entre tes heures de cours à l’Uqam, des souliers, pas loin de ton université, rue Sainte-Catherine. Dans ma ruelle derrière le cinéma Château, à la fin des années 1930, je formais des fanfares enfantines me servant des flûtes et des tambours chinois venus du magasin de chinoiseries de papa rue Saint-Hubert. Défilés cocasses, processions loufoques, harmonies de guingois qui amusaient fort les commères sur leurs galeries. Grandi, j’ai bifurqué vers les écritures comme tu sais mais j’ai gardé cette fascination pour tous ceux qui, comme toi, apprennent, savent symphoniquement ensoleiller le monde autour d’eux.

Continue l’archange ! Sans la musique, Gabriel, la vie serait tiède et moche, l’existence prendrait souvent des couleurs misérables. Je t’ai dit être accablé par une surdité qui augmente lentement, c’est un chagrin de fin de vie. Un de plus. Mais ce mardi soir —avec ma prothèse au fond d’une trompe d’eustache— tu m’as donné, cher petit-fils, un plaisir merveilleux, merci pour cela. Quand tu seras vieux à ton tour, tu seras devenu un « professionnel » au milieu des musiciens, indispensables enchanteurs, moi je serai « mort mon frère » et « l’autre Gabriel » dans l’Eden promis aux croyants, pour se moquer de moi, me prêtera la cithare chinoise du hangar. Celle sur laquelle je grattais des improvisations d’un amateurisme à faire hurler les chiens du voisin, rue Saint-Denis.


Ndw | Liens utiles

  • Site Web du quintette à vents Les Cinq Sens fondé par Gabriel
  • LA MUSIQUE ? V’LÀ LE BON VENT ! – décembre 2005
  • « ON THE ROAD » AVEC UNE TROMPETTE ! – été 2004
  • Claude Blanchard: MORT D’UN P’TIT VOLEUR !

    Sidérés nous étions, entendant Blanchard, enfant pauvre, livreur à vélo, raconter au Canal D, qu’il « démanchait » souvent ses « commandes » pour garder à sa mère, veuve pauvre, une côtelette de porc, quelques saucisses, ensuite il refaisait en vitesse le paquet à livrer. Ô rue Ontario en 1940 ! Où, un peu plus tard, rue Amherst pas loin, un autre garçon se prépare à quitter son atelier pauvre pour obtenir, à Paris, une si fameuse renommée qu’il collectionnera des voitures de luxe, aura un voilier de luxe au large de Nice, Jean-Paul Riopelle. Quand, à 14 ans, Claude Blanchard perdra son pucelage avec des « vieilles » danseuses de vingt ans (!), qu’il s’égosillera dans des boites de nuit mal famées, qu’il sera initiée au « tap danse », moi, en uniforme gris et bleu, j’étudiais le latin et le grec ancien. À bon marché puisque je mentais : « Je ferai un prêtre plus tard ».

    Ô rue Ontario ! Un snobisme chasse l’autre ? Un temps, nos élites de l’Union des artistes méprisaient ces « venus du burlesque ». Un snobisme inverti maintenant car une certaine élite proclame que ces anciens d’un vaudeville pitoyable furent de grands créateurs. Pas moins ridicule. Ces spectacles grimaldiens contenaient surtout des sketches d’un humour très bas exploitant les fantasmes les plus grossiers, improvisations bâclés pour faire rire un public d’aliénés. Un opium. Ce théâtre de ruelle ne faisait rien pour stopper l’exploitation des ignorants, au contraire. Mais dans ce lot de cabots cochons sortaient de vrais talents, des exceptions, et il y eut Claude Blanchard. Nous partagions la même loge chaque fois que l’on m’invitait à « débattre » au populaire talk-show « Madame est servie ». Michel Tremblay a raison quand il affirme être devenu « un personnage public » reconnu à cause de ses prestations à « Madame est servie ». La vérité. Claude Blanchard co-animait en faisant intervenir des personnages hilarants d’une efficacité redoutable : un explorateur fou prétentieux, un arriéré mental plein de bon sens (dont il fera un gamin, épais), un peintre efféminé émouvant et, enfin, un caïd maffieux —facile, il en avait tant côtoyé en night club. Son talent d’acteur crevait les yeux et je lui avais concocté une dramatique où il devait incarner son cher quatuor. Le projet, hélas, avorta. Plus tard, il m’organisa un vaste caucus à son « tape à l’œil » bureau, rue Sherbrooke. Je me serais cru chez un « parrain » Italien. Mon Claude agitait son gros cabochon, frottait d’haleine ses boutons de manchettes, fumait le cigare chérant et se remplissait de rhum, son élixir quotidien d’avant ses maladies. Propos du meeting ? Blanchard allait louer tout un bloc d’appartements, m’indiquait l’adresse, me montrait des photos, il y aura cinématographie dramatique, je devais, vite, lui rédiger une « bible » en vue d’un feuilleton dont, producteur, il allait jouer le héros. Il cherchait des commanditaires et la promesse d’un diffuseur. Je le fis. Cela aussi tomba à l’eau, Dieu sait pourquoi.

    On sait la suite : enfin une reconnaissance de ses dons naturels, une solide réputation, des trophées en bout de piste, la gloriole méritée. Il y a peu de temps, il m’invite chez Marcotte en son resto de l’île Sainte-Hélène. Projet de feuilleton encore, une idée de sa jolie et jeune biographe, présente à notre table. Je refusai son maillage n’étant pas du genre à écrire « en comité », pas même à deux. On se quitte et lui : « Tu me déçois mon Jasmin, tu me déçois ». Ce bon géant me faisait la baboune et j’en était attristé car on voulait toujours lui faire plaisir tant il montrait d’enthousiasme enfantin dans ses illuminations.

    À l’annonce de sa mort, très triste, je me suis souvenu du p’tit voleur de dix ans à vélo, rue Ontario, qui refait vite les paquets « démanchés ».

    Adieu fabuleux gros ourson rigolard, adieu !

    J’ai croisé un grand bandit !

    À la télé, ça jasait d’un projet de film sur un bandit québécois notoire, un homme recherché dans toutes les Amériques, l’ennemi numéro un. C’était avant le fameux Lucien Rivard, qui fut un très actif agent politique des Libéraux des années 1960. Sur Rivard, un film se prépare aussi (M. Binamé). Pour ce Lemay, l’écran de ma mémoire s’est allumé : c’était le début d’un bel été, j’avais 20 ans, on m’avait embauché pour décorer un « Salon du livre » estival dans le curling d’un hôtel laurentien. Une fin d’après-midi, pause et une chic « dame patronnesse » m’invitait, avec d’autres bénévoles : « Allons faire une visite chez un de nos généreux donateurs qui est mon ami ». Ma coccinelle dans ce petit cortège, et, arrivant à un ponton, arrêt à un carrefour modeste pour une obole à jeter dans un « tronc » fixé à un Sacré-Cœur de béton, géant ! Ma chic dame aux cheveux bleus riait : « C’est un rituel pour entrer dans cet Îlot de Mont-Rolland ».

    Nous parvenons ensuite à un chalet à la rusticité très confortable, cheminée énorme, grand salon. Grogs alcoolisés, canapés goûteux, sofas accueillants. Soudain, séance de cinéma porno et je déguerpis, allergique au stupide onanisme du voyeurisme. Dame Fausse-Blondeur m’avait présenté au Sieur-en-L’Île : « Voici notre artiste-décorateur pour le Salon ». L’hôte ? Un certain Businessman. Comment savoir que cet aimable « souteneur culturel » allait monter bientôt l’arnaques des arnaques. Où ça ? Dans le Vieux-Montréal, la stupéfaction, la voûte d’une importante banque totalement vidée. Ce mossieu se signala comme le cerveau du « grand hold-up désarmé » de cette époque. Valeur ? Environ sept millions… difficile à évaluer car les coffres secrets furent aussi mis à sac.

    Notre « héros » avait d’abord loué un logement en face de la banque pour de l’observation indispensable et ses plans à étaler. Fin du reluquage un vendredi soir tard, début d’un ouvrage inouï. Des taupes pour un souterrain traversant la rue et aboutissant sous le plancher de la voûte. La porte blindée sautait et ouvrez les sacs ! La police fut littéralement dévastée. Le populo balançait entre condamnation et admiration. De Tokio à Paris, on pouvait lire dans les gazettes : « À Montréal, un coup digne du fameux « vol du train postal » en Angleterre ! »

    Hélas, on trouva l’empreinte de l’un… des fidèles. Délation obligée et le « héros du tunnel », orphelin de père, fils unique d’une riche agente immobilière, en eut sa binette épinglée sur les pare-soleil de toutes les voitures de police. Peine perdue, il fut introuvable ! La sœur de son avocat, un célèbre criminaliste, fut la première épouse de ce prodigieux Fantomas, une jolie « Miss Beauté. Manchette un jour : elle fut « portée disparue » au pays de Michel Tremblay, des keys floridiens.

    Le fuyard, avec son pactole, se fit une nouvelle « blonde » pour vivre « en paix » à Fort Lauderdale lieu à canaux, à cachettes. Son « home » ? Un yatch de grand luxe. On ne savait pas qu’il avait soutenu un Salon du livre un temps ! Il finit par lever l’ancre et, en Cadillac, fila en Californie, se baptisant M. Palmer. Déguisé en bon papa, il reconduisait sa fillette à son école privée. Pour son malheur, joueur, il déménagea encore, où ? dans la ville estimée du gérant de Céliiiiine. Du « Cirque du Soleil » dorénavant. Ô Casino ! C’est là qu’un simple quidam d’ici reconnut le héros de jadis et signala la police !

    Ce fut un retour menotté, au Québec, et grand procès. Notre brillant « maître-creuseur » se ramassa pensionnaire au « collège Leclerc », le pénitencier. Il y joua les princes graisseurs de pattes; c’était avant la syndicalisation sécurisante de la « gardiennerie » en uniforme. L’avez-vous vu, Canal D, vieilli, sorti de « l’hôpital », comme le racontait filialement l’ex-fillette ? Elle en jasait, encore émerveillée, au Canal D ? La suite ? Peine purgée, libéré, « l’homme au fabuleux tunnel », fort incorrigible, fit l’installation, au bord de la rivière des Prairies, d’un laboratoire clandestin. Dont les produits « hallucinants » devaient lui amener bien davantage de fric que son tunnel génial. Mais la police, surveillant l’entrepôt, y renifla de bizarres odeurs ! De nouveau, il fut pris la main dans… les éprouvettes de ses alambics et ce sera le retour au « pensionnat ».

    Y monta-t-il un mini Salon du livre ? Sa carrière s’achevait… libération de nouveau, et l’on perdit sa trace. Et aussi le souvenir de cet historique tunnel dans le Vieux. Écoutant, en reprise, les souvenirs de l’ex-fillette docile et innocente, je me suis souvenu du bizarre mécène qui vivait dans une île laurentienne, là où il fallait verser un écot sonnant et trébuchant au Sacré-Coeur de béton ! En cet été de 1958, je ne savais pas encore que je ferais des romans. J’aurais pris des notes, car, sans le savoir, je croisais un super-héros de polar alors que j’étais un simple et modeste étalagiste.

    voir aussi ce texte de 2002 (point 2)

    LA CHINE ET MOI

    J’avais cinq ans et demi, papa venait de subir un hold up dans son magasin de la rue Saint-Hubert à l’enseigne proclamant « Thés, cafés, épices, bibelots de Chine ». Émoi dans la famille ! Il avait été ligoté, bâillonné et on avait vidé sa modeste caisse ! Papa, sous le choc, décidait de fermer boutique et de faire creuser la cave du logis familial rue Saint-Denis, d’ouvrir ce restaurant au sous-sol où il alla s’enfermer le reste de sa vie. Que j’ai illustré (via le bon comédien Jacques Galipeau) dans le feuilleton télévisé (« La petite patrie ») des dimanches soirs à Radio Canada, de septembre 1974 à juin 1976.

    Ses stocks restants de chinoiseries furent donc entreposés dans la shed, cela sera mon plaisir, ma joie, mes accessoires pour, avec mes petits copains de Villeray, des défilés, bruyantes parades improvisés, dans la ruelle, processions enchinoisées de gamins, avec tambours, clochettes, flûtes, chapeaux pointus, parasols, éventails et kimonos dorés. Un très gras bouddha de porcelaine blanche nous souriait près de la fournaise à charbon derrière le restaurant. « Déjà petit enfant j’aimais » (Léo Ferré) …cette Chine lointaine. J’avais une autre raison.

    J’ai retrouvé, et relu, des lettres du frère de papa, oncle exilé vingt ans, prêtre missionnaire, en Chine du nord. Que j’aimais recevoir, enfant, ces longues lettres avec des photos qui m’intriguaient et m’enchantaient, des cartes postales exotiques. Cela me fit tellement rêver ! Je viens de terminer un roman-récit sur cette Chine de légende, mon manuscrit est maintenant en lecture chez des éditeurs, je guette un « oui, on le publie ».

    Ce Ernest Jasmin était un phénomène dans la famille, prix Collin, prix Prince de Galles, c’était « le génie » de la tribu qui avait tourné le dos à son pays natal pour avoir voulu évangéliser à Szépingkai. Nos parents parlaient de l’oncle exilé comme d’un saint, évidemment. Moi, je le percevais plutôt comme un explorateur intrépide, il était à mes yeux de gamin un héros de bandes dessinées, pas loin de Superman et de Flash Gordon ! En réalité, l’oncle s’acharnait à son important lexique de romanisation des dialectes variés, son chantier fameux.

    L’oncle exilé nous racontait sans cesse les funestes exploits de ces innombrables « brigands chinois » qui rodaient autour de la mission, se désolant de ces bandits de grands chemins qu semaient la terreur en Mandchourie. Comme il savait bien nous raconter, pas moins effrayant, ces horde de vagabonds de la Mongolie voisine, en caravanes dangereuses et qui vivaient dans des grottes; j’en examinais attentivement les photos : des chameaux par chez lui ! Je rêvais de tout cela, comme je rêvais en lisant ses minutieuses descriptions de diverses cérémonies dont ces pittoresques funérailles chinoises avec personnages masqués, images de dragons furieux, mythes infernaux où l’âme du Chinois décédé devait traverser sept enfers garnis de monstres terrifiants…les chandelles à allumer, les pétards à faire éclater, les encens à faire brûler, les marionnettes symboliques sur fil, les bizarres licornes du salut…

    Ah oui, je rêvais d’aller en Chine un jour !

    Notre buandier chinois au coin de la ruelle du cinéma Château , invité ( oh notre peur idiote alors !) par notre père
    à entrer dans le portique —parce que papa voulait se faire traduire des idéogrammes tracés par son grand frère— se montra impuissant, il lisait le cantonnais, pas le mandarin ! Déception. Le buandier reprit sa poche de linge sale, secoua sa longue natte et marmonna ses regrets. Qu’importe, nous guettions une prochaine lettre de Chine. En 1942, j’avais onze ans, fin de mes chères missives car l’oncle exilé fut fait prisonnier par les occupants japonais. Son long silence, total. Puis, cette guerre terminée, ce sera l’arrivée des communistes de Mao et encore la guerre !

    Mon oncle Ernest s’amena rue Saint-Denis, maigre comme un clou, vieilli précocement —ma mère éclata en larmes—, dans un trop grand uniforme de G.I états-uniens, ses délivreurs.

    Adolescent, j’allai parois le visiter à son séminaire de Pont Viau, il traduisait, du grec ancien, le célèbre Paul des épîtres, il inventait des patentes, apprivoisait des écureuils noires et, finalement, trop mal en point pour leur mission cubaine, il sera envoyé au Saguenay en aumônier de couvent de religieuses. Fin de mon héros ! Hâte de voir mon bouquin en librairies, il redonnera vie à ce bon raconteur, à ce héros intrépide de ma petite enfance.

    CLAUDE VERMETTE VIVANT !

    On vient d’apprendre la mort de Claude Vermette, fameux céramiste industriel. Un souvenir a surgi. C’était il y a très longtemps, c’était avant, bien avant, les éclats prodigieux de fors talents québécois reconnus à travers le monde : les Robert Lepage, les « Cirque du Soleil », les Céline Dion, les romans de Martel ou de Courtemanche. C’était un temps chétif et Vermette ne savait pas encore qu’il inventerait des céramiques en murales diverses de briques colorées, de carreaux variés, de tuiles sculptées.

    Il n’était que le fils du petit boucher de Villeray (rue Beaubien). Il sortait du collège Notre-Dame où un petit frère enseignant, (Jérôme) très « miraculeusement » jetait des feux curieux dans certains esprits juvéniles. En 1950, un petit noiraud de mon âge, 20 ans, maigrichon, rêveur enthousiaste, m’invitait dans sa cave, mal changée en atelier. Il y avait de la bière et du vin rouge, il y avait des énergumènes trépigneurs, des jeunes Mousseau, Filion, et Cie. Le poète Giguère, qui encore ?, qui s’imaginaient follement, tous, un avenir radieux dans la pauvreté de cet antre bétonné.

    Claude Vermette, en autodidacte curieux, me quêtait candidement, étudiant à l’école du Meuble, des formules de base pour l’argile à modeler, pour des émaux nouveaux à accorder. Lui mort tout récemment, je me suis souvenu. Je me souviens de sa joyeuse trépidation, de sa foi en un avenir de designer quand un certain Québec duplessiste, si conservateur, balbutiait son destin encore obscur et, péniblement, ouvrait timidement des brèches aux petits jeunes Vermette du territoire. Claude finira pas se forger une forte réputation, signera des fresques de terre cuite, de grands ouvrages muraux. Jusque dans le métro tout neuf de 1966. Seize ans passaient depuis sa cave de bohèmien. Le hasard fit qu’il fut un de nos voisins des rives du lac Rond à Sainte-Adèle. Nous le savions en mauvaise santé et une affiche « À vendre » apparut un jour. Vint une autre annonce, celle de sa mort et j’ai eu envie de lui dire « Repose en paix maintenant ex-gamin de Villeray , fils de petit boucher de coin de rue, illustre rejeton du Frère Jérôme, qui parvint à se faire un nom prestigieux.
    Bon paradis, Claude !

    Claude Jasmin
    écrivain (Sainte-Adèle)

    SUR LUCILLE !

    Elle était l’aînée et sera sacrifiée au destin du temps jadis. Mes parents l’ont vite sortie de l’école « la plus vieille ». Qui n’avait que 15 ans !

    Maman attendant son sixième enfant, il lui fallait de l’aide. La « servante », adolescente Gaspésienne logée, blanchie, nourrie, fini, terminé, trop cher pour le modeste budget familial. Lucille sembla heureuse et deviendra volontiers cette « deuxième mère ». Détestée parfois : « Quoi, tu nous donnes des ordres, pour qui te prends-tu ? », on rechignait. Mais, souvent, nous étions si contents qu’elle soit là, maman partie pour ses courses quotidiennes, quand on rentrait de la ruelle pour faire soigner écorchures, éraflures, ces genoux sanglants !

    Lucille nous aimait, comme « une mère », comme si nous étions ses petits enfants. Elle avait du temps, moins débordée que la vraie mère. Gratuite « jardinière » autodidacte pour les jours de congés, les dimanches pluvieux ! Jouant avec nous au parchesi, bingo, jeux de cartes enfantins, serpents et échelles, etc. Sa patience, meilleure que celle de notre mère.

    Vieux, ne l’avoir jamais remercié ! J’ai eu quinze ans, j’étudiais au collège pensant devenir avocat, je n’avais plus besoin de cette précieuse « seconde mère »…. Lucille nous quitta, amour, mariage, définitive séparation de nous tous pour aller jouer à la « vraie mère », d’abord un fils, puis deux filles. Enfants bien à elle.

    Beaucoup de temps passa. J’ai illustré « Lucille-l’aînée » en 80 dimanches soirs sur les ondes de Radio-Canada (sept.1974-juin1976). Une « Lucie » incarnée par la jolie Louise Laparée, aussi son René, en ce vif « Roland » de Michel Forget—, ouvrier chez Canadair. Nonagénaire, Lucille —veuve depuis peu— vit heureuse dans son cher Chomedey, à Laval.

    Je viens de lire un vieux magazine (ô attente chez un médecin !) où Gabrielle Destroismaisons déclarait sortant de chez le psy Corneau télévisé : « Dur d’avoir été l’aînée. L’influence obligée sur les plus jeunes. Oublier ses besoins personnels.. Être sur-maternelle avec soeurs et frères. Devoir vieillir plus vite. S’arranger toute seule, s’imaginer que seuls les plus jeunes ont davantage besoin de la mère ». Là, j’ai repensé à ma gentille « deuxième mère », privée d’école tôt pour faire la « bonne à tout faire » de maman. Fatalité des aîné(e)s des grosses familles d’antan ! Le chanteur Hughes Aufray en fit une jolie mélodie : « non, non, ne pleure pas, Céline», je l’écoutais remué. Lucille, tu recevras cette lettre ouverte et, je te connais va, tu vas te demander pourquoi te dire « merci ».

    MORT À SAINT-SAUVEUR ! [PAUL DUPUIS]

    Vive la Toile ! Un correspondant vent de m’annoncer qu’il prépare un texte sur « Le Parc Belmont. » Ma joie ! Il me demande un bref texte. Le livre, bien fait, est maintenant en librairie, plein de photos jaunies. Un autre correspondant me fait part qu’il songe à publier sur l’étonnant comédien qui, hélas, s’enleva la vie à l’Hôtel « Nymark » de Saint-Sauveur. Me demande ce que je sais de cet acteur surdoué. Plaisir encore de lui fournir des informations. Le beau Paul, il était d’une fracassante beauté, vivait, jeune, en face de chez moi, rue Saint-Denis. Mes sœurs, comme toutes les filles du quartier, en étaient amoureuses. « Le beau blond » de l’autre côté de la rue, hélas pour ces soupirantes énamourées, disparut soudainement, s’engageant dans la marine marchande.
    Elles se consoleront un brin avec l’arrivée d’un nouveau voisin, autre beau jeune homme, « un brun » cette fois, Jean-Guy Cardinal, qui deviendra le Ministre de l’éducation de Daniel Johnson. Paul Dupuis donc disparut mais la guerre s’achevant, l’on appris de ses nouvelles. Dupuis, resté en Angleterre, était en train de devenir une star au cinéma de Londres, « Rank films » firme qui s’annonçaient par un batteur de cymbale! Ce ne fut pas une vraie surprise, le voisin Paul était si séduisant élégant. Du temps passa et, surprise, Dupuis rentrait au pays. La télé se répandait à grande vitesse dans tous nos foyers et un théâtre populaire —les téléromans— se développait. Paul en serait. les aînés se souviennent du fougueux secrétaire du pionnier nommé Curé Labelle dans « Les belles histoires des pays d’en haut. » Dupuis joua donc ce fameux Arthur Buies, écrivain venu du Bas-du-fleuve farouche anticlérical avant de s’assagir à l’ombre d’un curé « peu commun ».
    Dupuis participa aussi à des téléthéâtres —« restants de « Beaux Dimanches » », dirait Gérard Laflaque qui m’amuse tant malgré ses dérives grossières, Chapleau étant un iconoclaste. Le bel acteur blond aux yeux de jade devenait donc, non pas une vedette de cinéma international comme on l’avait cru d’abord, mais un atout rare pour nos réalisateurs. Or le comédien avait tout un caractère :frasques, impolitesses, vanité mal placée avec caprices et désobéissances flagrantes aux indications du metteur en scène. Pire ? Improvisations mal venues. Bref, ce ne fut pas top long qu’il se mit à dos des producteurs. À la fin, ce sera « la liste noire ». Les engagements se raréfièrent ! Vraie peau de chagrin, lui qui avait d’abord émerveillé. Nous ne savions pas où il avait pu étudié l’art dramatique. Pas chez les marins ! Mystère de plus chez cet envoûtant gaillard sorti comme de « la cuisse de Jupiter ! »
    Dans le milieu, on le disait de plus en plus furieux
    misanthrope, rebelle aux us et coutumes d’un milieu reconnu pour sa convivialité, les artistes. Et « Il boit trop » : rumeur des couloirs de Radio-Canada. Inutile de dire qu’on ne le voyait pas titubant, buveur ou pas buveur, il avait une dignité naturelle. Un fils de juge ? Il l’était. Ce papa, « petit juge » de la rue Saint-Denis, fut renié par le superbe comédien. Un « Père adoptif », insinuait-il tout en insistant, qui cachait un ,membre du haut-clergé ! Oh !, on se croirait dans le « Montréal P.Q. » de V.-L. B. À « Propos et confidences » au petit écran, on vit donc un « Paul Dupuis aux aveux », troublé par cette découverte tardive d’archives personnelles. Il dénonça donc sa famille tutrice responsable de sa naissance « arrangée ». Il en fit toute « une affaire » face aux téléspectateurs médusés qui se questionnaient : « Est-il sain d’esprit » ? Sa cousine, l’écrivaine Andrée Maillet —une Dupuis par sa mère— cru bon d’y aller d’une dénonciation publique : « Un cousin fabulateur parano !» Qui croire ? « Insupportables ces mensonges », proclamait l’acteur.
    Hélas, sa carrière dégringola d’avantage. Il avait pourtant un talent fou, une « présence » fantastique. Je l’avais vite vu dans son « Henri IV » de Pirandello, aux Compagnons où il fut extraordinaire, comme dans « Oncle Vania » d’Anton Tchékhov, à L’Égregore. Il lui restait des admirateurs tenaces malgré ses emportements d’asocial, son comportement de « caractériel », et ….l’alcool. Il trouva refuge ici et là, par exemple un réalisateur du « canal 10 » l’engagea comme co-animateur avec l’ineffable « Madame Gaudet-Smet » ! Cela tourna au grotesque, Dupuis, bougonnant, verres fumés sur le nez, tournait carrément le dos aux caméras, à la digne dame ! Bouderies loufoques. De nouveau, congédiement ! Aux derniers temps de cette carrière comme « volontairement » ratée, Dupuis, soliloquait, tard en soirée, en borborygmes confus à CKVL. Vainement, des femmes l’aimèrent avec passion, amours contrariées hélas !
    Puis, un méchant matin, la radio funèbre m’attrista : « Hier, on a trouvé sans l’acteur Paul Dupuis, dans une chambre d’hôtel à Saint-Sauveur ». L’ex-beau jeune homme blond aux yeux de mer de ma rue Saint-Denis quittait l’affiche. Définitivement !

    La mort de Gustave !

    Qui ça Gustave ? Pas grand monde le connaît ? Vrai. Or juste de l’autre côté du Pont Viau, il y a —tourner à droite— une jolie presqu’île, et il y a un vieux séminaire de pierres grises, celui des Missions étrangères. Vient d’y mourir un québécois, le très vieux Gustave, un des québécois s’exilant jadis au nom du Christ. Ce petit pays, Québec, le sait-on assez ?, fut une étonnante pépinière de grandes intelligences, des gars super instruits qui nous tournèrent le dos, s’en allant, robe blanches, robes noires, sur tous les continents pauvres, Amérique du Sud, Afrique, Asie. J’ai déjà dit que ce fut une saignée, une lourde perte pour notre modeste collectivité aliénée, bafouée, dominée. Ces jeunes cerveaux —ultra brillants— allaient se consacrer à la diffusion du christianisme dans le monde quand, ici, nous manquions tant de cette matière grise essentielle. Ils étaient, la plupart, des garçons pauvres, venus souvent de notre paysannerie et qui, ainsi, trouvaient à s’instruire à bon marché dans ces austères « manufactures de prêtres ». Ai-je été trop cruel ?
    C’est que, à cette époque, la « longue instruction » était réservée à notre bourgeoisie —grande et petite. Les ingénieurs, architectes, médecins, notaires, avocats, sortaient rarement du petit peuple. Gustave Prévost donc est mort, vieux retraité de missions, il alla en Chine puis en Amérique du Sud. Paix à ses cendres ! Il en reste bien peu de ces étranges voyageurs. J’avais un oncle missionnaire qui me jasait de ce « cadet » Gustave Prévost. Un cerveau ce « mon oncle » absent de la famille Jasmin, ce grand frère de papa. Ernest Jasmin prit le bateau tout jeune homme pour s’exiler au nom de Jésus. Ma chère grand-mère, Albina, en était si fière mais elle mourut en 1942, ravagée d’inquiétude ! Son aîné, son Ernest, comme Gustave, était prisonnier des méchants Japonais, à Davao aux Philippines. L’oncle revint au pays, après la guerre, « les os et la peau », habillé de kaki, les grandes bottes d’un G.I aux pieds. On en eut peur en 1945 quand il apparut sur le balcon, rue Saint-Denis. Ma Germaine de mère pleura en voyant son beau-frère si amaigri, un squelette qui lui ouvrait les bras !
    Pour moi, à 11 ans, c’était, hélas, la fin des longues « lettres de Chine », des photos de Mandchourie, des cartes postales. Tout cela qui me fit tant rêver. Ernest le « brillant » de la tribu, du Collège de Montréal (sulpicien), avait gagné le fabuleux Prix Prince-de-Galles, le fameux Prix-Collin. Là-bas, à Zéping Kaï, il fut une sorte de mécanicien surdoué, réparant tout; il confectionna même des orgues avec des tubes de carton ! « Un génie », affirment mes annales des P.M. É. Il avait même composé des lexiques Chinois Français. « Travaux intellectuels volés », disait-on à Pont Viau, par les communistes de Mao. « Une bolle » quoi, répétaient les parents médusés. Très malade, j’allais parfois le visiter à son séminaire de Pont Viau. Il m’avait offert un pantographe —de sa confection— avec lequel, épaté, j’agrandissais des gravures. Sur le balcon de son étroite cellule chambre il attirait des tas d’écureuils (noirs) qu’il avait apprivoisés; je voyais mon oncle en bon Saint-François ! Il travailla sans cesse à « sa » traduction du Grec ancien des épîtres de l’apôtre Paul, le fondateur réel du christianisme. Trop fragile pour —comme Gustave Prévost— être expédié en Amérique du Sud, il mourut au Saguenay, dans un couvent dont il était l’aumônier.
    C’est avec sa belle bicyclette jaune, son cadeau héritage, que je parcourrai, deux étés de temps, les terrains de jeux de Montréal quand j’y enseignais la peinture récréative; rouleaux de papier, pinceaux et pots de gouaches au fond de mon panier. Apprenant la mort de Gustave, j’ai songé à l’oncle Ernest et j’écris tout cela. J’ai souvent voulu aller en Chine, tenter de voir les ruines (?) de sa clinique, séminaire, collège, etc. Peut-être aussi —je rêvais ?— retrouver son cher violon dont il aimait tant jouer. Un fou, une envie de revoir sur les lieux de son apostolat les contenus de ses photos et cartes postales envoyées, trésor instructif de ma jeunesse étudiante. Dans les années ’60, je débutais en écritures, mon oncle « bolée » rédigeait de longues lettres envoyées de Jonquière au Saguenay pour commenter mes premiers textes dramatiques à la radio et à la télé en y dénichant des symboles étonnants, vrai freudien sans le savoir !
    Un méchant souvenir ? Lors du retour de Chine de ce vieil « enfant prodigue », mon papa —bigot et dévot— refusa d’inviter l’autre oncle intellectuel de la famille, le notaire socialiste (oh !) Amédée Jasmin. Père « mécréant » de la cousine Judith.
    « Ah non ! Pas lui du CCF ! non, non, pas de méchant « communisse » à cette fête », décréta mon Édouard de père. J’aurais tant aimé voir discuter religion et politique « l’homme en noir », et ce brillant oncle Amédée, le manchot; gamin, il avait perdu un bras dans une machine aratoire à Saint-Laurent. Oui, voir deux intelligences vives se coltailler ingénument; « celui qui croyait en Dieu et celui qui n’y croyait pas », dit un poème de Paul Éluard. Trop tard ! Une chanson pleure : « C’était un temps que les moins de vingt ans… »

    PAPA-BOUGON SE RACONTE

    Comme tant d’autres, j’aime les biographies. Ou ce qui se nomme des entretiens. J’en lis sans cesse. Mon ami Jean Faucher offre (chez Québec-Amérique éditeur) le récit captivant d’une quinzaine de rencontres avec ce mécréant papa-Bougon, aussi avec « le » personnage filmique de Denis Arcand, l’intello jouisseur du « Déclin… » ainsi que l’agonisant des « Invasions… » collaborant volontiers à son… euthanasie ! Faucher qui a signé aussi « Gérard Poirier », « Albert Millaire » et « sa » chère Françoise, l’actrice emeritus connue, est un modeste. Avec lui, c’est le jeu académique mais si efficace des questions en rafales. Généreuses. Il est l’artisan de portraits minutieux. Faucher refuse, comme font tant d’auteurs ici, en France, aux USA, de composer une sorte de roman avec ses « proies ». Non, il écoute. Et il écoute bien. Toute oreille (avec son micro) à qui accepte de se livrer ainsi en toute confiance. Manière d’éditer sans risque, éprouvée, classique ? Oui mais l’humour si particulier chez Faucher, si vif, aiguisé, taquin mais jamais méchant, est d’une épicerie bienvenue. Ce « sel et poivre —huile et vinaigre— donne à ses bouquins une vivacité qui empêche le jeu des questions-réponses de sombrer dans l’interview banale. Ce n’est pas rien.
    Son « Rémy Girard », titre du volume, m’a permis de connaître mieux cet acteur omniprésent. Intimement même. Cet acteur venu du Saguenay, débutant à Québec, s’imposant rapidement à Montréal, l’an dernier, fut salué par le « Time » de New York, comme un des 20 acteurs parmi les plus prodigieux. Il vous étonnera. En un peu plus de deux décennies Girard a fait voir des dons solides de comédien. Girard ne ressemble à personne, cela en « Galilée » de Brecht ou dans du Beckett, avec Shakespeare ou Feydeau ou bien valet du Don Quichotte du grand Cervantès… avec son ami de toujours, Normand Chouinard. La télé, de « Scoop » à « Les Boys », on le sait, compte sur lui. Et aussi notre cinéma. D’un misérable Père Laloge dans « Séraphin » sacrifiant sa jeune Donalda à l’avaricieux jusqu’aux aux films d’Arcand (dont son « Jésus de Montréal » ). En passant aussi par le burlesque avec « La Florida » tant son éventail est large. Faucher, son « confesseur » haletant —qu’il aurait fait un bon prêtre mon ami Jean—, à travers le chronologique déroulement professionnel, installe ici et là d’instructives pauses. Pour sortir du métier et lui faire narrer ses grandes et petites passions, déceptions mineures, ses amitiés, ses passe-temps. Aussi ses croyances parmi son incroyance car il est athée.
    « Rémy Girard » raconte donc une part de sa vie privée, ses joies profondes, ses chagrins intenses…dont le malheureux suicide sa première compagne dépressive, la fatale naissance d’un fils handicapé gravement mais qu’il accompagne généreusement sans cesse. Contrairement au Canada (anglais), le pays de Québec a l’immense chance d’avoir ses propres héros. De télé et de cinéma. Toronto, l’ignore-t-on ?, en est très jalouse. Là-bas, c’est l’ultra puissante culture populaire de l’Empire-USA qui empêche l’installation « d’étoiles » comme cela se fait, et sans cesse, au Québec. Malchance de partager la langue commune ! Cela dit, on peut craindre de perdre ce comédien un bon jour ( pour nous tous, un mauvais jour !). Déjà un Spielberg, cinéaste qui n’a pas de temps à perdre, a songé à lui. Il a tenu à le rencontrer longuement à Manhattan ! Et Paris l’a déjà fait venir sur ses plateaux de cinéma ( La pagaille, Le secret de Jérôme) à quelques occasions. Vieillissant si bien, j’imagine sans aucun mal la reconnaissance plus définitive en Europe de notre célèbre comédien. Ce sera justice.
    Tout jeune, Girard l’admet volontiers dans ses entretiens , il a vite saisi qu’il n’y aurait rien pour lui du côté des « beaux jeunes ». À Québec, débutant, il devra donc jouer déjà « les pères », les rôles de maturité. S’il n’a rien du « jeune premier », Girard a tout pour personnifier des rôles lourds. Lourds dans le sens « d’ importants ». Il va en profiter. Il y a chez Girard et de la bonhomie et un charisme qui envoûte, un étonnant « naturel », époustouflant à l’occasion. C’est un don. Aussi il y a en lui de cette, quoi donc ?, gravité, pesanteur toute humaine, d’une densité singulière. Cela fait qu’immédiatement, sur scène comme au petit et grand écran, dès qu’on le voit, on y croit ! Girard n’est pas un acteur, non, par sa présence captivante, il devient ce personnage confié et y est véritablement, complètement « crédible ». Cela ne s’étudie pas même si Girard fait les éloges d’une bonne école. Préalable à la carrière. Il doit bien savoir que son art —pas d’autre mot— est un cadeau béni. Sur ce sujet il nous révèle dans le livre de Faucher que, chaque année, 400 jeunes personnes veulent entrer aux cours officiels ! Que seulement 50 y réussissent. Et que 5 sur 50, dit-il, décrocheront la timbale : celle d’avoir l’occasion de devenir un artiste doué, reconnu, louangé, employé quoi. Enfin dire aussi que Rémy Giard a le succès joyeux. On le sent heureux. Cela fait du bien. De plus il a des réponses intelligentes tout au long de plus de 200 pages. Il nous rend heureux rien qu’à l’écouter répondre à cette mitraille incessante de Jean Faucher. Rémy Girard semble apprécier sa bonne étoile. Et cette Nadine, grandes amours actuelles. Le bonheur est contagieux, il n’est pas si fréquent chez nos vedettes, pas vrai ? Lisez donc sur un comédien ouvert.