La petite patrie en images – Préface

Si, à vingt ans, en 1950, j’avais suivi, comme on disait, ma « pente naturelle», je ne serais pas du tout un écrivain. Je serais un peintre. un sculpteur peut-être. Plus sûrement, un céramiste. J’aurais donc accompli bien plus tôt ce que je montre ici, aujourd’hui.

Or, les circonstances -ce dieu « hasard » qui oriente capricieusement nos vies .:.- firent que je me mis à publier roman après roman durant quatre décennies. C’est mon vieux père retraité,- Édouard Jasmin, avec sa céramique dite naïve, qui devenait l’imagier de son enfance à lui.

Cette pente ? Jeté comme « indésirable » du collège classique, je pars pour l’École du meuble étudier le dessin avec le doublement « oscarisé » Frédéric Back, la peinture avec Maurice Félix, la décoration sur argile avec Louis Archambault et, par les soirs aux Beaux-Arts, le dessin de nu (bon!) avec monsieur Marcotte.

Ensuite, sur le marché du travail, j’apprendrai tout en décoration de vitrines -Window Displays -et puis j’aboutirai dans un théâtre ambulant, La Roulotte de Paul Buissonneau, pour finir, durant trois décennies, en scénographe de télé aux Variétés.

En 1959, un accident de parcours ( une grève) va me jeter, et pour longtemps, dans l’envie, le besoin d’écrire.

En 1985, encombré de textes divers -le polar populaire, le journal intime, des récits, des pamphlets, des contes de radio… je reviens à ma « pente » : peinturlurer, barbouiller, colorier.  Je retrouve de la toile écrue, du papier. bien blanc mes pinceaux, mes brosses et un peu d’argile. Je revenais aux expositions comme à ma toute première, à vingt -cinq ans, mes fusains dans le hall du théâtre Gesù.

Virage encore? 

Voilà qu’à l’automne 2002 -l’occasion, l’herbe tendre de la belle Beauce – Clémence DesRochers me vante son nouvel éditeur de Vallée-Jonction, son cher René Jacob, à qui j’offre, ce projet-ci d’un album illustré.

Sa toute modeste maison, les Éditions du Lilas, me dit un « oui » enthousiaste. J’ouvre vite ma boîte de couleurs et reprends mes pinceaux.

Automne 2002, hiver 2003 : les doigts beurrés! Amusé, excité, heureux, j’ai donc mis en images -comme on disait « le catéchisme en images » -ce livre des récits de mon enfance, La petite patrie, qui m’avait installé solidement en couleur mémorialiste.

Aller ainsi bien au-delà des mots imprimés-en 1972, faire voir les marchands ambulants de ma ruelle: le « guenillou », le vendeur de glace, de frites, de gâteaux, et le gardien de la patinoire au marché… les cow-boys de dix ans -tueurs , innocents -les cordes à linge, lampadaires et bornes-fontaines pour accrocher les cordes à danser. Le modeste décor dans Villeray – sublimé.

Le bonheur: mes souvenirs visuels m’entraînaient, me prenaient allègrement par la main droite qui tient mes pinceaux. ,

Voici donc un florilège d’illustrations du petit monde que des millions de gens connurent par la télévision de 1974, à 1976. Examinez bien les binettes de ces gamines et gamins, nous nous ressemblons tous, libres, heureux et sauvages enfants mal contrôlés, mal élevés? par nos mamans débordées.

La grande Colette dit: « L’enfance est une cicatrice jamais refermée. » Saint-Exupéry : « On est de son enfance comme d’un pays.» Voici donc l’amusant pays des premiers temps d’une vie. La recherche d’un « temps perdu » en couleurs, teintes de l’espérance vague, de la candeur, quand nous prenions des chats de gouttière orangés pour des panthères cruelles. –

Bon plaisir des yeux!

Claude Jasmin

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