MICHAUD:LA CAUSE AVANT TOUT!

Objet : MICHAUD:LA CAUSE AVANT TOUT!
M. l’éditeur,
J’ai voulu conseiller Yves Michaud en début de querelle. M. Rény de Mercier, me fit part, au téléphone, qu’Yves était, dans son salon, en grande discussion avec Jacques Parizeau, qu’il me rappellerait. Il n’en fit rien, hélas. Ce que je voulais lui dire? Ceci: »Prudence! Silence! Surtout ne pas envenimer la querelle débutante, ce qui ferait bien l’affaire de tous les John Charest et autres ennemis de notre cause sacrée, l’indépendance.
Plusieurs commentateurs ont cité mon nom en exemple dans ce genre de conflit au P.Q.
Justement. Candidat à l’investiture péquiste dans Outremont, en 1994, découvrant que la centrale du P.Q., alors rue Saint-Hubet, se questionnait sur l’utilité (le danger?) du candidat-Jasmin, j’avais donné ma démission. M. Parizeau joua le grand inquisiteur et plastronna aux « téléjournaux » qu’il m’avait « jeté », que mes idées ne convenaient pas avec l’idéologie du parti.
Des militants en colère firent parasdce aux assemblée publiques d’Outremont, clamant que j’étais « leur meilleur ». Des dizaines de demandes d’ interviews firent « rougir » mon répondeur téléphonique mais je refusai toute rencontre avec les médias. Je gardai un silence total et je m’enfuis… dans mes terres. Je savais trop bien que l’on voulait jeter de l’huile sur le feu. La cause sacrée passait devant ma frustration et les accusations folichonnes. Yves Michaud devrait se taire, s’éloigner au plus vite des troublions intéressés à semer la pagaille chez les indépendantistes.
Le « vox populi » (on l’a bien vu dans les tribunes publiques à la radio comme dans la presse) est de son côté. Cela devrait le consoler et puis, diantre! on ne meurt pas d’un blâme unanime de l’assemblée des élus orchestré par deux énervés de la « rectitude politique ». Il n’a qu’à dire qu’il s’est exprimé maladroitement et qu’il retire ses propos. Il le fera s’il a vraiment à coeur notre combat politique pour l’indépendance. Tout le monde comprendra qu’il pense ce qu’il pense (avec raison à mon avis). Ce qui a été dit a été dit. Nos adversaires vont rager de voir ce feu s’éteindre quand ils croyaient tenir enfin un bon filon (tison!) de dispute grave parmi les indépendantistes.
Qu’il m’imite, ne tombe pas plus longtemps dans le piège des fédéralistes sauce John Charest.
Claude Jasmin
Sainte-Adèle

LE MYSTÈRE TRUDEAU

En tant qu’adversaire idéologique j’ai voulu attendre l’enterrement de Trudeau (ce que « l’espion alternatif » Claude Morin aurait pu faire, lui aussi) avant de publier mon sentiment sur le « grand homme » des Chrétien, Lalonde, Joyal et Cie. Il s’agit d’une question de bienséance élémentaire face à ses proches en deuil. Jeune auteur, je le croisais souvent (festivals de cinéma des Juneau-Demers, ciné-clubs, lancements et vernissages), plus régulièrement aux formidables séances publiques (1958-1963) de l’ICAP (Institut canadien d’affaires publiques). Il était un richard gauchiste (ça existe!), dandy engagé (ça existe!), indépendant, séduisant. Le regard farouche qu’il nous lança (comme son ami Sauvé et d’autres fédéralistes) quand, dans les salles d’hôtels des Laurentides, nous proclamions, indépendantistes infiltrés, qu’il fallait changer le sigle de l’ICAP par IQAP, Institut québécois des affaires publiques.
Plus tard, grèviste de Radio-Canada,1958-59, j’ai côtoyé et j’ai vu un Jean Marchand, ami de Trudeau, intelligent tribun, à peine inquiet quand il vit René Lévesque se muer en nationaliste. Plus tard encore, travaillant sous la direction de Gérard Pelletier à La Presse (1961-1966), je voyais un patron pas trop nerveux face à la montée de l’indépendantisme de quelques uns de ses collaborateurs. Des observateurs mieux informés nous expliqueront-ils clairement d’où pouvait bien venir la méfiance viscérale, dès 1963, de Trudeau, cette haine qui relevait de la passion (dont il disait pourtant tant se méfier), d’un patriotisme pourtant progressiste, gauchiste même, qui n’avait rien à voir pourtant avec le vieux nationalisme cléricaliste et obscurantiste du duplessisme moribond. Ces trois brillants esprits (Marchand, Pelletier, Trudeau) auraient pu donner un sérieux coup de main au nouveau et jeune nationalisme aux couleurs de la sociale-démocratie, tendance pourtant appréciée chez Trudeau.
Aujourd’hui, nous savons que Trudeau, en jeune nationaliste, fit campagne, au début de la guerre de ’39-’45, contre l’appel aux armes fédéraliste, impérialiste et monarchiste du temps de la « ‘Conscription », que Trudeau était à la même tribune, par exemple, qu’un ex-confrère du collège Brébeuf, Michel Chartrand. Nous avons aussi appris qu’il soutenait les ouvriers québécois en grève, qu’il en appelait même à la révolte armée et qu’il se fit calmer et gronder par le chef syndical Jean Marchand.
Quand Duplessis meurt à l’automne de 1959, quand Jean Lesage s’installe à la formidable roue de la révolution « tranquille », Trudeau au lieu de s’y joindre, au moins d’applaudir ces changements qu’il avait tant souhaités, parle soudainement de s’y opposer, d’y faire « contrepoids ». Mais pourquoi donc? Quel contrepoids? Contrepoids à quoi? Contre quoi au juste? Ah oui, un mystère opaque!

TRUDEAU EN CHEF NATIONALISTE QUÉBÉCOIS?
Désemparé, René Lévesque, en 1980, commit la bourde de faire une méchante et mesquine allusion à sa mère Grace Elliott. C’était un peu court, gros, et montrait la peur de Trudeau, sentiment prémonitoire puisque, oui, Trudeau gagna sur Lévesque en 1980. Indubitablement. Mais le mystère reste entier. On a donc le droit d’imaginer un Trudeau virulent réformiste qui aurait accepté naturellement de batailler pour la modernisation, voire pour l’indépendance nationale. Lui qui applaudissait, dans son « Cité libre », l’Algérie algérienne et une patrie pour les Israéliens. en ce temps-là! Un Trudeau que Jean Lesage aurait réussi à enrôler à ses côtés.
Est-il inimaginable de songer à un Trudeau devenant, un jour, chef du nouveau nationalisme québécois? Pourquoi pas? Qu’est-ce que c’est que « sa » théorie de « faire contrepoids »? Une improvisation vaseuse, peu crédible, non? Ca ne tient pas debout. « Les circonstances, il le disait, font un destin ». Il aurait donc pu dire « oui » au formidable mouvement libéral québécois, étant un héritier naturel des penseurs libéraux d’ici, Nadeau et Lapalme. Trudeau aurait pu devenir par la suite un leader souverainiste décidé, plus agressif, plus habile aussi, et, osons le dire, plus « victorieux » que René Lévesque, calculateur velléitaire, pusillanime souvent, soupeseur de risques, fabriquant de questions référendaires ambiguës, à l’occasion. Mais trêve de supputations et reparlons du « mystère Trudeau ». Car, « cages à homard » ou question alambiquée à un référendum, ces « astuces » font surtout voir le désir de s’accrocher au pouvoir, coûte que coûte.
Donc les « circonstances » ayant propulsé Trudeau ‹après de longues hésitations de sa part, confesse-t-il‹ en chef politique fédéraliste, il va constater qu’il y est fort bien installé pour poursuivre son étrange ‹et haineux‹ combat contre les nouveaux nationalistes québécois. Trudeau, mauvaise conscience?, va tenter d’imposer à toute la fédération le bilinguisme officiel. Se venge-t-il en somme d’un racisme « outre-outaouais » qu’il a constaté et vécu plus tôt quand il y était grand commis? Ce Trudeau annonce aux Québécois valseurs, timorés, archiprudents (pour des raisons culturelles et politiques bien connues), oui, il annonce, promet aux nationalistes prudents que « son » Canada va changer, se transformer: »nouis meetons nos szièges en jkeu là-dessus! Pourtant son initiateur de jadis, Marchand, lui, a fini par fuir Ottawa écoeuré par la francophobie. Enfin lucide, Marchand constate l’incorrigible francophobie du ROC, lors de la lutte pour le français chez « Les gens de l’air ».
On sait la suite, sont arrivés la vague bleue, l’affairiste Brian Mulroney et son alliance avec le René Lévesque du « beau risque » et « le retour dans l’honneur » bouchardien, ce qui transformera Trudeau en vieillard précoce, rongeant un os amer, demi retraité, veilleur entêté, saboteur de deux projets d’entente (dont Meech). Bref, l’idéaliste du pays aux cent ethnies, l’équarrisseur aveuglé ‹ »il n’y a pas de nation québécoise », ce n’est qu’une « tribu »‹ s’enfermera dans son utopie pendant que les partis indépendantistes (Parti Québécois ici et Bloc à Ottawa) se feront élire par une majorité des nôtres. L’échec de son rêve est total! N’empêche, il reste le mystère-Trudeau, celui du rédacteur de 1963 à Cité libre: « Adonques que je me rase quand j’entends l’engeance nationaliste », celui de « Genoux tremblants, coeurs saignants… just watch me! » de 1970.

DÉDOUBLEMENT DE PERSONNALITÉ?
Résumons: un Québécois d’Outremont, fils de millionnaire, orphelin de père jeune, voyageur indépendant de fortune, à la fois séducteur et solitaire sauvage à la haute scolarité, fainéant intelligent et parfois bûcheur, timide et arrogant à la fois, pingre et généreux à la fois, playboy longtemps et puis époux-sur-le-tard, chef politique et par conséquent vieux « papa manquant », a été nationaliste ardent d’abord puis anti-duplessiste comme tous les nationalistes de gauche et finira, en octobre 1970, comme instigateur de rumeur ‹ »une insurrection appréhendée » folichonne‹ et emprisonneur de centaines et de centaines de pacifistes gauchistes en accord avec les excités (face au parti municipal populiste naissant, le FRAP) Côté-Saulnier-Drapeau, L’action noire d’un Trudeau déboussolé par la « persistance » indépendantiste? Ce Trudeau, ancien dissident d’ici, délinquant de classe, emprisonné en Palestine, lui qui se mu en super police répressive? Ah oui, il y a un mystère-Trudeau!
Dans l’excellente série télévisée du réalisateur Pierre Castonguay et du questionneur J.-F. Lépine (que l’on rediffuse), Trudeau se désole de son rôle de « bouffon », de « pitre » (ses propres mots), il parle carrément d’un dédoublement de personnalité. Il avoue ingénument qu’il s’observait, quasiment incrédule, en matamore à pirouettes. Il nous signale donc deux personnages, l’un en naturaliste nostalgique et l’autre en politicien cabotin. Trudeau nous le dit: « je jouais comme un personnage », « je ne me reconnaissais pas ». Hélas, ce « double », aquinesque, malfaisant, retardait la naissance officielle (car il existe en réalité) d’un pays pour les Québécois.
C’est le docteur Jeckill et Mr. Hyde! Cette schizophrénie, (doublé à l’occasion d’un paranoïde) avouée devant la caméra quelques années avant sa mort démontre une névrose indiscutablement. Une psychose, diront ses pires adversaires. Trudeau devait savoir, intelligent comme il l’était, qu’il servait de « lieutenant émérite » du Canada anglophone, sauce Louis – Hyppolite LaFontaine, sauce Georges-Étienne Cartier, sauce Ernest Lapointe, sauce Louis-Stephen Saint-Laurent. Comme Ottawa a su en tolérer avant et depuis 1867. Alors, le mercenaire, le serviteur du statu quo, pour compenser, pour pouvoir se regarder dans le miroir, a pu brasser certaines cages d’intolérance anglophobe. Ainsi l’ex-jeune adversaire nationaliste et syndicaliste a réussi tout de même à faire de la rénovation, du « ravalement » de façades du côté d’Ottawa.
Si Jean Lesage (en 1960) n’avait pas eu tant peur du formidable populiste Jean Marchand, ce dernier y aurait sans doute entraîné Trudeau et Pelletier, si Lesage ne s’était pas contenté d’inviter seulement le communicateur-vedette du petit écran, René Lévesque ‹indépendantiste timoré et frileux‹, rien de tout ce cauchemar furieusement fédéraliste ne serait advenu. Au delà des hagiographes récents, inévitables, un psycho- historien, écrira-t-il, ici, à son tour, sur le « mystère-Trudeau », afin de dépasser mes intuitions? Je le souhaite.

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FUMEURS COMME DES LÉPREUX?

Ah bien oui, il peut y avoir, ma foi, une tyrannie odieuse! Celle d’une majorité abusive. Le projet du ministre ( avec ses images sordides), Allan Rock à Ottawa versent dans une sorte de fascisme, d’intolérance insupportable. D’entrave à la liberté des citoyens libres. Ses images de poumons agonisants, de gencives putréfiées relèvent de l’illustration  » punk « ,  » skinhead « , d’un expressionnisme sordide. Il devrait y avoir des non-fumeurs intelligents pour s’élever contre cette propagande. Ma foi, haineuse. Il y a des limites. Trop c’est trop. Voici donc le fumeur transformé en lépreux à honnir, à pointer du doigt, à offrir à la vindicte populaire. Même le droit de s’enlever la vie, en toute lucidité, si on est pas aux prises avec une maladie nerveuse (la dépression), doit rester un droit. Exemple: le grand écrivain Montherlant, lucide, avait le droit de vouloir en finir avec sa vie.

Les nouveaux règlements du ministre de la santé (au fédéral) relève du code civil car il est interdit (c’est dans le code criminel ) de menacer de mort qui que ce soit. On menace le fumeur de mort par le cancer dans cette imagerie sordide proposée. Un catéchisme chasse l’autre. Nous souvenons-nous, les aînés, des images noires du temps des péchés à comptabiliser? Un temps de peurs, de menaces sordides!

Je suis disposé à porter plainte, à aller en procès contre Allen Rock si un avocat veut s’ engager à plaider notre cause (lui ou son bureau), étant un écrivain pas assez riche pour s’engager sans aide dans une telle poursuite. Qu’il me téléphone vite, ce libérateur du fascisme mou, en douceur, mais pas moins affligeant.. J’ai le droit de fumer, j’ai le droit de négliger ma santé. J’ai le droit au respect de mes congénères, de ne pas me faire remarquer comme un illuminé, un fou, un insensé., un maniaque.

L’État-mafia est un hypocrite. En taxes, il tire huit fois plus de revenus que le producteur (et vendeur) de cigarettes. C’est d’ une inconséquence intolérable, un paradoxe d’hypocrite fini. L’État-complice est un sépulcre blanchi. Il tient à ses taxes et n’ose pas, en toute logique, déclarer la cigarette produit illégal, c’est un poltron, un fourbe, un profiteur déguisé en vertueux bonhomme sept-heures. Oserait-il faire poser des crânes et des tibias, avec le sigle « poison » sur les bouteilles d’alcool? Non? Il en vend.

L’État-Maquereau ose-t-il fustiger le joueur crédule de ses diverses loteries et casinos, non? Il en est le propagateur! L’alcool tue souvent pourtant . Le vice du jeu de hasard, lui aussi, fait prendre des risques de santé économique exhorbitants, non? Là aussi l’État tire des revernus énormes. Oserait-il marquer les billets de loterie, gigantesque activité de l’État -putain, avec des illustrations de pendus, de suicidés, puisque le « gambling » étatisé tue souvent? Jamais de la vie! L’État-hypocrite!

Les vignettes écœurantes sur les paquets de cigarettes relèvent d’une attitude « gestapoïenne ». La liberté de vivre à sa guise y est bafouée. Les non-fumeurs qui se taisent, innocents à courte vue, négligent d’y voir une escalade qui pourrait nous conduire rapidement à un totalitarisme « soft ». Prenez garde, non-fumeurs: le jour ou on forcera les vilains fumeurs à porter clochettes au cou comme aux temps moyenâgeux pourrait être la prochaine folie de tous les Allen Rock au pouvoir fédéral. Souriez mais vous verrez. Il faut nous souvenir du socialiste hollandais, bourré de remords, qui déclarait après la guerre: « Quand on est venu arrêter les juifs, je me suis dit, je ne suis pas juif, quand ils arrêtèrent les communistes, je disais, je ne le suis pas, quand ils vinrent m’arrêter comme socialiste, il était trop tard pour protester! » A moi, un avocat vraiment libéral!

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BERNARD-HENRI LÉVY ET SON « SAINT SARTRE »

VOICI UN TEXTE PARU DANS LA PRESSE MAIS ,ICI, SANS LES 4 COUPURES

par Claude Jasmin

Monsieur l’éditeur, votre jeune lectorat doit savoir qu’après la guerre, Sartre fut pour nous, jeunes artistes et intellectuels du Québec, une lumière, un phare, un modèle de conduite pour la gauche québécoise. À Montréal, à cette époque duplessiste, on avait osé monter, dans une suite d’hôtel, sa pièce mise à l’index, « Huis Clos » ‹L’enfer c’est les autres »‹ devant un Sartre médusé. Cela avec notre surdoué comédien Robert Gadouas, hélas suicidé prématurément. En Europe, Sartre enrégimentait dorénavant sous ses drapeaux rouge communiste une majorité d’existentialistes. Le maître déclarant: « un anticommuniste est un chien! » Le « Livre noir du communisme parle de: « veaux suiveurs et aveuglés ».
J’avais lu une première biographie du « pôpa » de l’existentialisme écrite excellemment par Annie Cohen-Solal (Seuil éditeur). Récemment, j’ai lu celle de Bernard-Henri Lévy (Grasset éditeur). Renversant! C’est, le plus souvent, une hyper super hagiographie, c’est « Saint Sartre », comme il y eut le « Saint Genet » de Sartre, assommant d’éloges Jean Genet, le réduisant longtemps à l’impuissance. Tenons-nous bien, selon Lévy, récupérateur insolent, Sartre est mort en odeur de sainteté. Le chantre aveuglé des dictateurs ‹Staline, Castro et Mao‹ y est transformé en négateur de ses ouvrages, repentant spiritualiste. Une imposture, une fumisterie que même le goguenard Bernard Pivot n’osait pas condamner sur son plateau tant ce Lévy nouveau l’intimidait.

DEUX ÉCHECS DE SARTRE
Cohen-Solal avait bien narré les premiers cheminements politiciens de l’auteur de « L’être et le néant », de « Critique de la raison dialectique ». On y voyait d’abord un Sartre fêté, avant le conflit mondial, adoubé par le « maître » de la NRF-Gallimard, un Gide qui, devant le manuscrit du premier roman, « La nausée », affirmait: »Il a du génie, faut publier ». Un peu plus tard, la France envahie par les Nazis, Sartre va tenter de réunir tous les résistants et fonde donc un groupement. Il part (avec sa caisse de résonance, Simone de Beauvoir, chercher des appuis solides. Or, dans le Midi, Gide, retraité de tout, lui claquera la porte au nez. Or, Malraux, en attente de jours meilleurs lui aussi, lui rétorque: »Non, je n’embarque pas, c’est trop tôt ». Dépité, Sartre n’arrive donc pas à constituer son mouvement unificateur. Premier échec grave pour Sartre. À Paris, les nazis allemands et leurs collabos vont tolérer la présentation de ses pièces de théâtre (dont « Les mouches ») qui sont d’un tel symbolisme qu’ils ne dérangent donc pas le nouvel ordre établi, ‘brun ».
Cophen-Solal raconte qu’après la guerre, Sartre tente, nouveau essai politique, de réunir tous les socialistes (communisants ou non). Ignorant total de la « praxis » politique, Sartre va encore échouer complètement et la brillante biographe constate que ce deuxième échec « électoral » entraînera le philosophe dans sa funeste dérive: le stalinisme aveugle. Sartre décide donc de rallier une « grosse machine politique efficace »: le parti communiste français, aux ordres de Moscou. Ainsi Sartre, jadis « esprit libre », s’englue dans le totalitarisme soviétique. « Un anticommuniste est un chien! »

AU STALAG, SARTRE MUE!
Jeune prof de collège au Havre, comme sa « servante » Simone-le-Castor, le premier Sartre était un libertaire pessimiste, un individualiste farouche, (aussi, ce fut publié et commenté) un sinistre suborneur de mineure. Il va muer. Soldat (météorologue-amateur) lors de sa captivité, le néantiste, le nauséeux, le nihiliste ouvre les yeux, découvre les vertus de la fraternité soldatesque et le voilà transformé en néo-solidaire. Libéré du stalag allemand, pour raison de santé, ce sera donc cette première tentative de ralliement et son premier échec. Les autres c’est encore l’enfer! Et viendront ses « noces noires » avec l’horreur, le dictateur Joseph Staline. N’importe quelle arme pour déstabiliser l’infâme « bourgeois de droite » qui règne sur la France libéré, le Général De Gaulle. Il va le haïr de toutes ses forces, sans cesse. « Élections, piège à cons! » Complètement déboussolé, devenu vieillard ahuri, récupérateur des extrémistes, Sartre va même fleureter avec le terrorisme. Il se réjouira du massacre célèbre aux Jeux olympiques en Allemagne.!
L’ex-farouche misanthrope, l’Alceste dédaigneux, deviendra le zélateur du totalitarisme. Invité à Moscou, il joue l’aveugle, ignoblement, contrairement à Gide qui avait dénoncé courageusement le soviétisme.. En 1956, Sartre fermera les yeux face à l’écrasement de Budapest Il faudra attendre 1968, Prague sous les chars moscovites pour qu’enfin il se secoue un peu. Cohen-Solal, objective, sans juger, raconte tout cela. Au fameux « Congrès de la paix » ‹ infernale machine de propagande déguisée en grand concile du pacifisme et où plusieurs Québécois candides vont accourir‹ Sartre trône et se fait applaudir: « Le salut des hommes viendra par le soviétisme ». Je sors d’une relecture du livre de Simon Wiesenthal qui illustre efficacement le lien entre nazisme et soviétisme. Surtout en Autriche-l’antisémite.
L’enquête philosophique », 600 pages, de B.-H. Lévy forme le pavé d’un odieux pacte de solidarité ignoble entre philosophes, avec, ici et là, quelques reproches édulcorés. « Le siècle de Sartre » tente de transformer ce misérable, cet allié des dictateurs ‹Staline, Castro et Mao‹ en « Saint Sartre ». Lecture déroutante pour ceux qui ont lu Cohen-Solal et appris définitivement que notre héros de jadis, notre phare du temps de notre jeunesse naïve, fut le « collabo » actif du totalitarisme, le chantre d’un marxisme dévoyé.

À TU ET À TOI AVEC SARTRE!
Or, dans le sac de l’hagiographe, il y a un drôle de chat et Lévy va le faire sortir. D’abord, confidence éclairante, B.-H. Lévy nous apprend qu’il fait un retour au judaïsme. Pourquoi pas? Vive le ré-enracinement! Or, quelle coïncidence?, Lévy nous révèle que, sur son lit de mort, Sartre lorgnait lui aussi vers le judaïsme. C’est que le vieillard cacochyme s’est déniché une nouvelle « caisse de résonance », une nouvelle « ‘Simone », un certain activiste, ex-militant d’extrême gauche, de « la Cause du peuple » plus ou moins retraité, Victor Serge. De son vrai nom, Benny Lévy. Il est l’ultime confesseur de Sartre. Ce jeune effronté est à « tu et à toi » avec le vieux maître. Ce Lévy-numéro-deux brasse Sartre, le secoue, le fait renier ses ouvrages et ses actions. Le repentir tardif a été enregistré et se fait vite imprimer, puis le jeune « abbé-rabbin » court porter ce brûlot au Nouvel Observateur. Son directeur, Jean Daniel, en tombe sur le cul, contacte Sartre pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un canular. Mais non, Sartre persiste et signe. L’auto-révisionnisme, l’aveugle Sartre, se fait lire dans la revue de Daniel sous le titre « L’espoir maintenant ». En format livre, ce sera: « Pouvoir et liberté ».
Stupeur partout! Un disciple s’écrie: « C’est un affreux détournement de vieillard! » C’est le scandale dans la chapelle sartrienne de stricte obédience. Ce Sartre en Saül sur un étrange Chemin de Damas révolte les entourages de l’aveugle soi-disant contrit. Malade gravement, aveugle et faisant sous lui, ses zélotes avancent qu’on a mis Sartre « à la question ».
Or, dans « Le siècle de Sartre », Bernard-Henri Lévy, lui, n’y voit aucune manipulation. Mieux, il découvre que le confesseur de Sartre, Benny, fréquente, tout comme lui, le vieux philosophe judaïque parisien, Levinas. Que ce Lévy-numéro-deux fut une sorte de « go-between » entre son illustre moribond et ce philosophe de la judaïtyé. Pour B.-H. c’est Sartre-nouveau-né! C’est le rimbaldien Paul Claudel à une messe de minuit, à Notre-Dame, derrière une colonne, qui se convertit! L’aveugle voit enfin la lumière, découvre un lien inédit entre solitude (Sartre rédigeant « La nausée ») et solidarité (le Sartre du stalag), qu’il aurait suffit que Sartre sache mieux lier ces antipodes.

RÉCUPÉRATION HONTEUSE
Ce Lévy-numéro-deux, Benny, a donc été l’exorciste de Sartre. Horresco referens! Voici Sartre en « témoin de Jéhovah ». De Yahvé! Muni de ce témoignage « agonique », B.-H. Lévy court chez son gourou Levinas et découvre que le « baby-sitter » du « vieux Sartre », ce Benny en veste de cuir, fréquente lui aussi le même guide spirituel, Levinas. Alors B.-H. sous-titre un chapitre: « Un Sartre juif? » Avec un point d’interrogation mais il répond: « oui! » Un peu plus loin, B.-H. sous-titre: « Juif comme Sartre ». Voilà donc Sartre, grand sceptique, athée farouche, agnostique impétueux, sauvé par Le Livre, par le message biblique de l’ancien Testament. Faut le faire!
Ce jeune exorciste, Benny, est maintenant, nous apprend B.-H., exilé en Israël où il étudie, se spécialise dans le Talmud. Conclusion: le grand hérétique, Sartre, a pu mourir en paix! Pour clore son enquête-biographie, B.H. Lévy raconte que le poète Mallarmé disait qu’un jeune poète qui meurt ce n’est qu’un fait divers( pauvre Rimbaud!) mais qu’un vieil écrivain, au moment où enfin il comprend tous ses moyens, où il est enfin disposé à commencer son oeuvre, et qui meurt, cela, ‹ seulement cela‹ est une tragédie! Alors, B.-H. va conclure: il faut donc excuser les déraillements de Sartre. Mourant,. avance-t-il sans rire, Sartre était redevenu un tout jeune homme, un homme nouveau, prêt à vraiment commencer son oeuvre. C’est écrit, noir sur blanc.
Après avoir paralysé, juste avant la guerre, pour deux décennies le romancier Mauriac par une critique vitrioleuse, dans la NRF: (« Dieu n’a pas d’imagination et M. François Mauriac non plus! ») après avoir assassiné symboliquement son ami Camus (pour « L’homme révolté » et « Le mythe de Sisyphe ») dans sa revue « Les temps modernes », après avoir sanctifié trois dictateurs ‹emprisonneurs et installateurs de camps pour dissiendente et esprits libres‹ Sartre confessé est rajeuni, pardonné, en état de grâce! Le moribond se trompait sans cesse mais, potion magique, poudre de perlimpinpin, le Sartre-Lazare, tout rajeuni, sortant de son tombeau, allait tout recommencer.
On s’incline bas devant cette « récupération ». Pas par respect. Par envie de vomir. C’est le vaillant Hugo de « Les mains sales » ‹pièce que Sartre interdisait de représentation par courtoisie envers les soviétiques‹ masqué en Hoderer hallucinant. Ça suffit. Je m’en vais relire le roman « La nausée », tant aimé à 20 ans, relire « Les mots », splendide autobiographie de son enfance, tenter de revoir « Les mains sales » (avec Daniel Gélin) en vidéo-cassette. À la Boîte noire? Comme on relit le Céline romancier malgré son antisémitisme effroyable du temps de l’Occupation en France. Ou Louis Aragon, le poète, malgré son stalinisme puant.
Est-ce que, sur son lit de mort, le philosophe B.-H. Lévy, nous fera le coup, à son tour, de renier tous ses ouvrages? Ce serait trop facile. Sartre fut l’entraîneur néfaste qu’il fut, point final! Cette grotesque fable d’un Saint Sartre, illuminé par judaïté impromptue, ne colle pas. Il faut relire le « Sartre » d’Annie Cohen-Solal et éviter la foutaise de cette enquête folichonne.
On en discute à « claudejasmin@claudejasmin.com ».

LA MAIN SUR LE COEUR

LA MAIN SUR LE COEUR

par Claude Jasmin

prologue

Dans la noirceur, ils montaient, tous, vers le nord. Il y a eu cet accident. « Une déplorable bavure » a conclu l’autorité policière. Plus tard, une adolescente, en larmes, m’a offert ce qui suit, quelques feuillets. Elle m’a confié: « Y s’en venait à ma rencontre, lui et la vieille trafiquante fardée, y faisait noère comme dans le poêle. C’était la nuitte. Y m’restait juste çà, un p’tit paquet »

Le pouce. Je.

Je t’aime Chantal. J’avais réussi à me sauver. Je voulais te retrouver à Saint-Sauveur dans le nord. J’avais perdu mon emploi, je sais pas comment. Je reste précaire, comme toujours. J’avais fait un mauvais coup, vol à l’étalage, encore une fois. Je voulais pourtant plus rester un voyou. Je m’étais retrouvé en tôle. Je suis né croche, Chantal? Je donnais raison à ma pauvre mère là-dessus. Je voulais changer de vie, je te le jure. Je voulais te retrouver, mon amour. Je t’ai connue et j’ai su qu’il n’y aurait plus jamais que toi, Chantal. J’ai voulu m’évader. J’avais un plan. Je partais avec toi, le lendemain matin, pour l’Abitibi. J’y avais mon cousin, Léo, à Val d’Or qui disait vouloir m’aider. J’avais aussi, en Floride, mon frère Albert, le concierge fiable d’un gros motel.

Je voyais diminuer, en courant, la maudite prison des juvéniles. Je rampais, je courais, je tombais, je me relevais. Je voulais tant te retrouver à Saint-Sauveur. J’ai entendu dans la noirceur le moteur d’un vieux camion et j’ai grimpé vers la route. J’ai levé le pouce. J’ai pris mon air d’enfant bien élevé, de garçon gentil. J’ai grimpé dans la cabine, j’ai dit « merci », j’ai dit: « montez-vous dans le nord? »

Je fixais son profil de vautour couleur carotte. Je voyais ses oreilles pleines de poils roux. J’ai dit:  » Ma blonde m’attend dans les Laurentides. « J’avais levé un pouce tout saignant, le pouce droit. Je saignais beaucoup de la main droite, écorchure grave. Je voulais pas que mon bloke rouge s’imagine des affaires. Je lui ai parlé de toi et moi, de l’amour. Je disais des mots: Léo, l’Abitibi, Albert, le motel, la Floride. Je répétais: « My cousin is rich ». Je l’ai entendu grogné: « J’ai parle l e french, tabarnak! » J’avais mal aux genoux, tombé trop souvent. J’avais vu une clôture ébréchée, j’avais pas vu le rocher quand j’ai sauté. Je parlais, je parlais, lui, rien, il disait presque rien, il regardait souvent mon pouce rougi.

J’ai fini par retrouver mon souffle, je me sentais mieux. J’allais enfin pouvoir te resserrer dans mes bras. Je flairais la vraie liberté, Chantal. Je tournais une grosse page. Je t’aimais plus que jamais. Je voyais défiler les paysages sur l’autoroute. J’avais pris le bon pouce. Je le regardais, si rouge, l’ongle arraché, bleu.

L’index. Tu.

Tu vas voir Chantal, tu vas avoir une autre vie. Tu diras plus: tu me tues! Tu vas voir qu’on va s’en sortir. Tu n’iras plus au Mont-Providence, ni ailleurs. Tu es mieux que ce qu’ils disaient, les gardiennes, les travailleurs sociaux. Tu vas vivre avec moi jusqu’à la fin du monde! Tu verras, à Val d’Or, mon cousin Léo va nous aider. Tu vas constater qu’il m’aime, qu’il a encore confiance en moi. Tu vas voir qu’il m’aime lui, au moins. Tu vas t’apercevoir qu’il reste encore des vrais êtres humains. Tu vas l’aimer mon cousin défroqué, une tapette fine pis intelligente. Tu vas aimer sa collection de chats de toutes les couleurs en Abitibi. Chantal, non, tu ne seras plus une fille mise à l’index, une fille interdite, une fille tabou. Tu as eu ton lot de mauvais coups du sort. Tu vas te rappeler nos bons moments, te souvenir de la plage déserte, en octobre, à Old Orchard, la fois du canot trouvé sur le Richelieu, du Vietnamien et de son banquet improvisé dans sa cour, rue Saint-Valier, de ses petits enfants rieurs.

Tu es celle que j’ai aimée tout de suite, aux Foufounes, comme un fou. Tu seras de nouveau ma belle princesse aux fesses si rondes, tu redeviendra ma souveraine misérable avec sa cicatrice sur le ventre. Tu vas oublier pour de bon ton enfance pauvre rue Hochelaga. Tu sauras tout de moi, ma mère hystérique rue Bélanger, bonne femme aux mille pilules. Tu sauras mon père, l’ex-débardeur chômeur, le géant disparu un matin à jamais, en scooter. Tu sauras tout de mes sœurs, des jumelles exilées en Californie. Tu vas me caresser la nuque comme j’aime tant. Tu reverras plus le garçon interdit, tabou, mis à l’index.

Tu reverras le soleil chez ta tante au Saguenay. Tu pourras caresser son grand chien jaune, Ringo. Tu reverras le nain comique, le mime, rue Ontario. Tu reverras le camping de Spring Lake au New Jersey. Tu retrouveras le ruisseau du Point-du-Jour à l’Assomption où tu es née. Tu aimeras de nouveau m’enlacer de tes longues cuisses autour de mon cou. Tu vas chanter tes belles tounes de Leloup comme avant. Tu vas pointer ton index sur moi et me redire: « te voilà mon beau voyou, mon gentil bandit, mon mal aimé de la rue Bélanger, mon bum blond adoré! »

Le majeur. Il.

Il se taisait toujours mon camionneur roux. Il klaxonnait pour un rien. Il avait les cheveux noués dans le cou, grosse queue de rat rouge carotte. Il grognait des imprécations chaque fois qu’une auto le dépassait. Il exhibait le majeur de sa main gauche, souvent, tout le bras par sa vitre abaissée. Il avait un grand tatouage de dragon vert sur les avant-bras. Il me jetait des petits coups d’œil sans cesse. Il grinçait entre ses dents des « On arrive. On arrive. » Il grommelait des « on approche. On approche, ciboire! » Il ouvrait la radio, il pitonnait dessus en sacrant. Il a dit qu’il cherchait une musique western. Il hurlait comme un démon. Il me faisait penser aux gardiens de Providence. Il a fini par ralentir. Il avait pu capter enfin une musique country.

Il a fini par me sourire, dents cassées. Il a marmonné: « C’est qui, au juste, que tu connais dans le nord? » Il voulait tout savoir sur mon cousin Léo. Il est devenu bavard subitement. Il m’a sorti des histoires, des affaires de son temps de jeunesse. Il m’a parlé de contrebande « b’en payante ce temps-citte! » Il dit qu’il sa bourlinguer longtemps avec des Warriors Mohawks du côté de Saint-Régis, aux trois frontières. Il m’a dit être un Major de Joliette, un Rouge par son père et un rouge par sa mère-carotte comme lui. Il a ri. Il a crié soudainement:  » Tabarnak que j’ai eu la chienne des fois! Pis encore là, à soir! » Il m’a expliqué qu’il cachait dans sa boîte des A-K-47, un plein chargement, dans des matelas usagés. Il avait peur d’un certain Gaston, un associé qu’il avait lâché.

Il a freiné, il a pris une bretelle, il a crié: « Saint-Jérôme, tout le monde débarque hostie! » Il m’a ouvert la portière en rigolant. Il m’a dit: « Là. mon p’tit bonhomme, tu vas te pogner un autre pouce.  » Il avait tout su pour ma fugue. Il avait levé le majeur une fois de plus en riant. . Il m’a regardé marcher vers un dépanneur du parking. Il a observé Jetta une blanche qui est venue s’immobiliser comme pour me ramasser. Il m’a fait un grand signe d’encouragement.

L’annuaire. Nous.

Nous étions des chiens fous, non? Nous étions comme les cinq doigts de la main, non? Nous étions « le gang des cinq », toi et moi, Marthe et son Marc, et Coucou, notre bouffon ébouriffé. Nous faisions de la musique dans la cave chez Marthe-poitrine plate. Nous allions devenir, tous, de fameux rappeurs. Nous finirions bien par lui mettre le grappin dessus au succès, au disions-nous. Nous avions quinze, seize ans.

Nous devions cogner pas mal fort parfois, alors Marthe et toi vous alliez vous cacher, peureuses. Nous avions nos livraisons d’herbes. Nous devions tenir parole, sinon gare! Nous étions bien braves dans le hangar à Coucou. Nous vagabondions des heures sur la Plaza Saint-Hubert, au Parc Jarry, au Marché Jean-Talon. Nous jacassions sur nos enfances maganées en machouillant de la rhubarbe crue, du chou-fleur, piqué. Nous bavions sur nos parents si cons, leur golf, leur bière, leur vidéo-cul, tous des cons finis, nous répétions-nous. Nous avions ri du vieux branleur DiBlasio, lui et ses chères poésies de Dante. Nous forgions des poèmes en faux amérindien pour l’épater. Nous étions heureux quand le gros dealer des Hells en BMW disait de nous: « Un couple emblématik, vous deux, toujours ensemble! » Place Jacques-Cartier, dans le Vieux, nous piquions de tout, un peu partout, nous écœurions les touristes américains. Nous avions chialé comme des veaux quand le maire Doré a fait démolir notre taudis, rue Sanguinet.

Nous avons fait de beaux voyages. Nous avons aimé les « bouquets » dans les îles Mingan. Nous avions aimé passer Pâques à Daytona, au bord de la mer. Nous gardons un bon souvenir d’une Saint-Jean à Percé, d’un fameux Noël à Hollywood, Fla. Nous devenions, un temps, des vagabonds célestes, disait mon cousin Léo, l’instruit. Nous étions devenus des orphelins débrouillards. Nous nous étions fiancés, Chantal, avec des bagues d’acier aux annuaires, chez Poitrine-plate, Marthe.

Nous serons deux encore si cette folle fardée au max, la dame à la Jetta blanche, veut bien s’arrêter de zigzaguer sur la route I5. Nous allions nous retrouver si la grimée-en-guenon cesse de rouler comme une dopée.

L’auriculaire. Vous.

Vous levez un petit doigt et on vous fourre en dedans. Vous êtes tous des bourgeois névrosés, . Vous nous guettez partout, tout le temps, les méfiants. Vous m’aviez pas dit ô Grand Bon Dieu tout-pissant que la maigrichonne fardée cachait un gros sac de dope dure dans son coffre de Jetta. Vous avez joué aux cow-boys les flics de la I5. Vous avez tiré sur nous quand la grimée a sorti sa mitraillette ; feu, à l’aveugle, les bandits costumés! Vous êtes venus voir si la pomme-cuite en couleurs respirait encore. Vous avez dit: « On y aurait donné le bon yeu sans confession, hein? » Vous avez aidé à nous coucher sur les civières de l’Urgence-Santé. Vous m’aviez promis d’avertir Chantal, qui m’attendait au garage de Saint-Sauveur.

Vous vous êtes moqué du gros brancardier qui s’enfonçait sans cesse l’auriculaire dans l’oreille, frottant à toute vitesse. Vous l’imitiez en rigolant rigolant. Vous veilliez à la porte de ma chambre d’hôpital à Saint-Jérôme. Vous aviez hâte de me réenfourner dans ma prison de délinquants, pas vrai? Vous vous fichiez bien de notre amour, de ma vie interrompue. Vous ruminiez votre gomme rose baloune. Vous avaliez café sur café. Vous engloutissiez des sandwiches de merde brune. Vous me grommeliez des « Oui, oui, on l’a avertie ta Chantal. Oui, oui, tu vas pouvoir y téléphoner à ton cousin.  » L’ambulancier obèse n’en finissait plus d’agiter son auriculaire dans sa trompe d’eustache. Vous ignoriez que pour moi, la lumière baissait, baissait. Vous crachiez par terre pendant que la clarté s’étouffait dans le corridor.

Épilogue, ils

Ils parlent ensuite à l’enquêteur joufflu. Ils parlent d’une bavure. Que je suis une bavure, c’est çà? Ils font sonner les menottes d’acier. Ils frottent leurs badges puis leurs revolvers, bombent les torses. Ils se fichent bien de ce voyou bandé de partout qu’ils vont maintenant ramener dans un cachot. Ils se foutent bien de toi, Chantal. De Léo aussi. Albert qui m’avait écrit:  » Un motel neuf va ouvrir à Sunny Islands, viens, t’auras une bonne job.  » Ils chient sur la plus belle fille d’Hochelaga.

ILS VOUS NOUENT des chaînes.

ILS NOUS VOUENT aux enfers.

Fin


(Anecdote: cette nouvelle, inédite, fut envoyée au concours annuel (sous pseudonymes) de nouvelles de l’hebdo VOIR en février 1999. On souhaitait découvrir et non confirmer des auteurs? En tous cas, l’année suivante VOIR annonçait que son concours serait dorénavant interdit à ceux qui ont déjà publié!)

POUR GÉRALD GODIN

«Elles me parlaient de toi et je riais tout seul, Godin ,les filles des Trois-Rivières, des hommes dans des tavernes se souvenaient du comique trifluvien, des gars-draveurs, sans eau bénite mais avec beaucoup de sacres, ils parlaient d’un beau frisé

ta mère ne riait plus, ton père s’en allait, toi, le petit snoreau qui jouait dans les caniveaux, rue Notre-Dame, toi, le timide enfant à sa moman

Godin, tu devenais un important un beau jour et des conducteurs de charettes enlevaient la casquette, ça te faisait drôle, ca te faisait ni chaud ni frette, tu restais le petit morveux de la Mauricie d’en bas, le petit tarlais de Duplessis, Godin, il y avait des jours tristes, il y a eu du bon temps, tu as été le valet des écrivisses avec et sans pinces et aussi le roi des beaux parleurs, tes cantiques étaient des cantouques et tu jetais tes mots au fond des journaux, pelures de patates chaudes, tu rêvais aux ouvriers mortifiés, tu songeais aux exilés dépenaillés, tu faisais ton curé, ton malin, ton petit ministre et tu restais le nez au vent, accroché aux barrages politiques, jouant l’incrédule, l’insoumis

il n’y avait que des mots ourlés, que des chansons, celles de ta blonde pauline et celles du populo, tu rigolais sans cesse, tu congédiais tes cauchemars, tu éloignais ton chauffeur, tu devenais transparent et tu redevenais naïf l’enfant de chœur de l’église au bord de la Saint-Maurice, tu rapetissais et d’autres t’agrandissaient, tu fuyais dans tous les horizons, les pourris et les rêvés, tu étais resté le Poète et la tête t’a fait mal le jour où t’avais enfin ta campagne et cette migraine du diable t’aura joué un sale tout

tu riais jaune et tu chantais faux et ton cœur d’entrant se révoltait, tu continuais d’écrire ta poésie d’édredon et de cabanes à moineaux, tu savais trop les prétentions des mots , tu fouillais dans ta vareuse d’éclopé, tu alignais les vieilles affaires

et tu glissais sur les phrases entourloupées comme un dément glisse entre les barreaux de son asile, tu aimais mordre dans l’air, tu n’avais rien de vrai tout autour, tu gardais des grands silences

rue Gilford, tu paradais, tu accrochais des mains, tu voguais en titubant sur des promesses mal faites, tu avais mal partout, tu grognais, et puis tu dévorais des restes de vie

enfant, tu savais tout déjà, plus tard je t’ai vu te sauver d’un film, au fond de l’ombre, avec une fille inconnue

je t’ai entendu te faire la barbe, rue Bayle, un matin de novembre bien gris, tu sifflais des airs de Trois-Rivières

rue Selkirk, tu avalais des cafés, des poèmes et des simagrées, tu cochonnais un article et tu polissais deux vers sans rimes officielles tu gossais de pauvres proses

tu maudissais ta tribu un soir et un matin tu faisais des gâteaux pour ta pauvre petite race de morigénés embarrassants, tu faisais le député et tu représentais la populace, sur des tétraux de bois ravagé

tu grognais des discours improvisés, tu sortais des ardoises de carton et tu laissais des marque: tu griffonnais des éraflures poétiques et des clauses pour des lois à venir

tu aimais parler, tu aimais la langue vivante, mal garnie, mal partie, mal arrangée tu courais vers le train, vers le bus bien plein, vers Québec, vers les Plaines et tu revenais de nuit dans le temps d’avant la gloriole et les simulacres

je t’écoutais rager, pleurer dans des épaules étroites

tu te sortais le nez dehors et tu frappais les culs terreux, les rampeurs, les quémandeurs, tu supportais l’apatride fiévreux et tu blasais le gros matou dans sa limousine Calfeutrer

tu es Godin et sur Godin j’allais bâtir un empire pour rire, on s’esclaffait des estaminets

jeunes on paradait rue Guy, au Pub Royal, on chantait faux, la nuit les pieds crochus, on se tapant des blondes, on ayez carafes de houblon, des cruches de vin rouge

le Grec souriait dans sa boutique et des agneaux tremblaient mais toi, toi, le poète désossé, le grand funambules tu te gargarisais et les organisateurs frais rasés te collaient au train , tu baignais dans des mots trop beaux pour nous, tu promettais des avenirs à nous tous: les frigorifiés du destin française

tu encourageais la fille de chambre au motel du salut perdu, tu stimulais des itinérants aux dos de velours, tu ne t’ennuyais: jamais grand flanc-mou d’escogriffe, Godin oh mon vieux Godin, nous avons perdu tes grimaces, nous avons trop couru après l’air du temps, tu voyais des anges partout, le diable te maudissait, toi et ton grand cœur, porte de grange ouverte, tu as été le fou de nous tous, le fou furieux, le dégingandé frétillant, le compositeur de foleries, le balanceur de balles de nuages, le grand prosateur de tout

Il y a longtemps que je te voyais aller et jamais je ne t’oublierai, mon serpent de vent, mon cerf volant, mon ténébreux des rivières à trois, mon enfant rosé, je vais continuer de te raconter, tu peux nier tout, tu pourras t’esclaffer encore et encore, il reste que je sais qui tu es, qui tu as été, je t’ai connu, sans que tu le saches sur les rives d’argenterie de ton coin de pays, Félix a chassé ce pays et les pitounes roulent pour toi pour l’Éternité, tu es un chinois, tu es italien et portugais, tu es de partout

tu faisais le nigaud et tu grommelais des imprécations dangereuses contre ton chef et un autre colonel, tu prenais tous les risques, tu avais ta chaloupe de sauvage, ta plume aiguisée, tes petits calepins, des carnets de notes sur la folie des mots d’amour

tu aimais nous mélanger et, l’épivardé, tu te sauvais de nous les enfargés dans les fleurs de ta moquette poétique, tu cantouquais à qui mieux mieux, démonté, défoncé tu caracolais en des rimailleries inédites et on buvais ta lamentation grise ou rose

tu voulais devenir fou le lendemain tu souhaitais prier à genoux dans la verdure d’une femme, tu aimais ta vie de fou, tu râlais pour faire taire les thuriféraires

tu es un garnement, un effronté, tu allais à la pêche aux songes creux, enfant, aux perchaudes sur le quai de ta vieille ville

tu avais tes oncles et tes tantes, tu avais tes souvenirs un album doré sur tranches

ô les photos de tes mots s’imprimaient en lettres incendiées

Godin, ô mon vieux Godin, que de chemins sous tes pas de draveur de mot bien rustres

que d’images dans ta tête blessée, que de rires étouffés, à l’école et au parlement

ton peuple mercériste était ta bande, les fidèles s’accrochaient un quête un job, tu lui trouves un radeau de vie

l’épave maladie est encore un cargo de richard, tu te moquais, tu crachais dans la soupe, tu ricanais devant le petit grand René, tu jouais la carte malice, tu léchais une souris de chocolat, tu as fait ta première communion debout en riant, tu jouais à ne trouve jamais dans les petits sentiers des forêts mauriciennes

Godin mon sacripant de Godin, tu as été une étoile filante si rare, un si soleil étonnant soleil de feu qui glace, forestier en ville, tu déroutais les complimenteurs, les élogieux intéressés tu savais grimacer aux vitrines du pouvoir, tu n’avais qu’une envie : celle des mots sonnants.»

Texte présenté sous pseudonyme au concours organisé par l’Union des écrivains (UNEQ), le café «Porté Disparu» et la SIDAC du Plateau Mont-Royal

Premier Prix, été 1997

Texte inédit

publié dans le recueil de poésie «Albina et Angéla», La mort, la vie, l’amour dans la Petite Patrie» chez Lanctôt Éditeur, printemps 1998

Transcrit par Laurent Barrière

SI NOTRE TERRE S’AFFADIT, IL Y AURA MIRON

« Si notre terre s’affadit, il y aura Miron »

Par Claude Jasmin

Texte présenté sous pseudonyme au concours SIDAC Plateau Mont-Royal

Lauréat, été 1997,

TU ES PARTI, le poète? où vas-tu aller? Gaston Miron, où?

Ne nous quitte pas , ne va pas trop loin Gaston Miron.

Tu n’avais pas fini ta besogne, poète, reste parmi nous

J’entends encore ta voix de mâche-fer, Gaston Miron le poète

Au dessus de la ville, on voit encore tes marques, tes signaux

TU N’ES PAS PARTI, le poète, pas vraiment, je t’entends encore

Tes rires à pleine gorge, tes imprécations, ta poésie raide

Reste un peu, reste à veiller Gaston Miron

Ne me quitte pas, le poète, veille sur moi, veille sur nous tous

Hante la ville, épie nos campagnes, Gaston le poète

Toi, le grand rôdeur de nos angoisses

Reste un peu parmi nous, encore un peu, juste un peu ai.

TU ES PARTI trop vite, trop jeune, tu me manques Gaston Miron

Sois le bon fantôme de nos nuits, la lumière dans nos vies

Ta parole nous hante, tes mots nous cernent encore, le poète

Mon grand disparu trop tôt, fais moi signe Miron

Miron, ta trace est partout, dans mon cœur, sur nos visages

TU N ‘ ES PAS VRAIMENT PARTI, je me souviendrai de toi

Ta frustre silhouette dans nos rues et nos squares

Mon beau bonhomme de âge, mon monument d’humanité

Gaston Miron, tu restes mon image lumineuse, mon beau souvenir

Regarde, Gaston, nous restons debout dans ton pays magané

Regarde, nous lisons ta parole survoltée, ton langage d’amour

Baptèche, Miron. tu n’es pas mort le poète le bel original

C’EST VRAI, TU ES PARTI mais je tiens ton héritage de mots

Je tiens ton regard sombre, tes cris, tes saluts, tout ton visage

Tu es présent dans nos tourments, dans nos espérances

Ton âme rôde à n’en plus finir dans notre paysage amer

Ton courage, Miron, ta musique, Miron, tout nous est laissé!

TU ES PARTI, le poète, j’ouvre ton baluchon, il y a la vie

Ton esprit plane au dessus de tout, ses grognements, ses soupirs

Ton harmonica ne rouillera jamais, flèche d’or dans nos veillées

Ta chanson d’amitié et d’amour, Gaston, je l’entends toujours

Ta complainte m’enveloppe, Gaston, me tiraille, me trouble

TU N’ES PAS PARTI, le poète, on nous a menti au cimetière

Sainte-Agathe dort mais toi , Gaston, tu es ma vigie

Tu es mon phare de poésie, tu es la mer et le fleuve d’ici

Tu es un bateau ivre de mots, un vaisseau d’or luisant

Tu restes parmi nous, tes pauvres tricots desserrés

Tu mords encore dans tes phrases de toute beauté

TU ES VRAIMENT PARTI avec ton gros dos, tes larmes sucrées

La bouche ridée, les dents serrées, les mots ouverts

Miron, je revois tes mains en ailes battantes

J’entends toujours ton rire, tes éclats, Gaston Miron

Nous écoutons tes pas dans un jardin de dentelles de frimas

TU AS FAIT SEMBLANT DE T ‘ EN ALLER, tu écris, debout, face aux vents

Pas un matin, pas un soir ne vient sans que je te vois

Les jambes écartées, la bouche ouverte, le cœur ouvert

Reste un peu encore, la nuit nous fait peur, Gaston

Reste avec nous encore un peu, répète ton hymne aux rapaillés

Redis-nous ta confiance, poivre-nous de paroles d’argent

NE PARS PAS, ne pars jamais, je te serai fidèle Miron, je t’aime

J’ouvrirai ton livre comme l’abbé un bréviaire sur sa galerie

Je te lirai encore demain et dans l’éternité

Le Saint-Laurent se sauve sans cesse, Miron, reste avec nous

Les Laurentides verdissent et puis s’enneigent, toi, reste ici

Gaston Miron, décembre ’96, m’a fait mal

T’EN VA PAS, le poète, ne nous oublie pas, l’enfirouapé

Je t’entends gueuler dans la tourmente Gaston Miron

Nous t’écoutons toujours, tu ris, tu pleures, tu fais l’ange

Tu te déguises, troubadour gercé au Carré Saint-Louis

Tu fais le clown et tu fais le sage, tu résistes et tu cognes

T’EN VA PAS, Gaston Miron, le temps de la poésie s’incruste

Donne nous la main dans le noir et gigue encore

Tes sourires sont une si belle folie dans nos poudreries

Gaston Miron, il y a des oriflammes rouges sur ta poésie

Il y a du vent, des processions, il y a ton toupet au vent

Voici du point dans ta mort, voici des bras et des plumes

Tu nous as ensemencés avec tes libertés, tes sonorités

TU T’EN ES ALLÉ pour regarder mieux tes horizons du pays québécois

Je le sais, Gaston ,je le sais, arpenteur de nos âmes

Tu es sorti du monde et tu entres dans l’univers du souvenir

Nous apprendrons longtemps tes itinéraires de beau saltimbanque

Nous marcherons dans tes plantations de mots sacrés

TU PEUX T’EN ALLER, c’est un mirage, l’illusion de la mort

Tu es vivant en Gaspésie et en Abitibi, tu bouges un peu partout

Tu restes le gigoteur, le flambeur, le bruyant marcheur

Tes semelles de neige, ton pas de boue, tes allures de grand vent

Tout nous rappelle tes grands coups de gueule dans le pays

VA-T-EN, Gaston Miron, vas-y, vase d’argile, glaise cuite, poème

Va où tu veux, ne te retourne même pas, nous te suivons

Partout, nous écrirons ton nom, dans tous les cahiers de l’espoirs

Va, le poète, l’éternité n’est rien, l’amour est tout

Et tu nous aimais, tu nous a aimés, faibles, médusés, inquiets

VA, VA, VA Gaston Miron, tu es libre désormais, tu as tout gagné!

Notre souvenir, nos haleines, nos sueurs, notre amour total.

Fin

Transcrit par Laurent Barrière