« MON OCTOBRE 1970 »

On riait, « v’là nos petits soldats », fusils brandis, dans tous les centres névralgiques du centre-ville ! Rien de cette mascarade à Ahuntsic à Saint-Henri ou à Bordeaux. Dans nos banlieues tranquilles. Voici un cinéaste, Wayne Grigsby, qui déforme, exagère, affabule. Cela n’annonce rien de sérieux avec sa série filmée pour octobre 1906 (en cours de production) pour le compte de la « Canadian Broadcasting Corporation ».
Trudeau installait donc ses « Mesures de guerre », content d’endosser l’ hystérie du Boubou-à-Québec, du maire Jean Drapeau, de l’ineffable Jérôme Choquette à la hanche armée de son revolver ! Un Trudeau hypocrite, calculateur à l’écoute du délirant Lucien Saulnier, tailleur-pour-hommes promu adjoint. Élections en ce octobre 1970 et le mégalo-Drapeau crie : « Le sang va couler dans les rues de Montréal ! » Haro sur ce jeune parti, le FRAP. Monté par des syndicalistes gauchistes. Dont j’étais aspirant-échevin, avec le papa du fédéraste Alain Dubuc, mon ami Carl. Une des trois « colombes » de la fédérastie, Jean Marchand, démentiel, « révélait » que le FRAP était une « couverture » des felquistes recherchés. Un certain Sire Côté publiait un lourd fascicule (fasciste) pour énerver : l’anarchie totale était à nos portes ! Dans les tavernes, ça rigolait ferme, devinant avec bon sens qu’il n’y avait pas même douze illuminés dans cette affaire clandestine. Peu importe, la soldatesque mercenaire cernait les immeubles à risque : une farce. Grotesque. Voilà donc cette série-télé ? Une crise exagérée par la panique de nos anglos névrosés de Montréal-West et ces niais racistes sont rassurés par cette opérette en kaki.
On vint soudainement chez moi rue Zotique-Racicot pour vérifier —minutieusement— les plaques des vélos de mes enfant ! Et puis l’on revient… pour inspecter longuement l’état ma fournaise à l’huile ! Je rigolais et ne cachait pas mes livres sur le cubisme… cubain ! Effarouchés, fragiles —allez-vous le croire ?— des camarades se rasèrent la barbe pour éviter l’image du gauchiste barbu, c’est que, rue Fullum, la prison-Parthenais débordait de suspects, je rigolais moins. Je ne savais pas encore —mais tout se sait un jour— que la « black list » policière était en deux colonnes et que j’y figurais. « Urgent-pas-urgent » quoi ! On m’expliqua plus tard que l’intellectuel catholiciste, le ministre Gérard Pelletier —écœuré par son arrestation inopinée à sa résidence de Westmount— avait obtenu un droit de regard. Il corrigea tard la sotte inflation des gardiens de l’ordre. Je ne serai donc pas menotté avec mes amis poètes, Gaston Miron, Gérald Godin ou Pauline Julien !
Le cinéaste Grigsby, via la Canadian Press, fait dire : « que cette Crise de 1970 reste pertinente illustrant la nécessité de disposer de mécanismes régulateurs ».Annonce-t-il que cette « farce armée » pourrait se reproduire, lors d’un « OUI » majoritaire ? Il ajoute même: « On gardait nos distances en voyant les soldats, quelqu’un pouvait faire exposer un immeuble ». Un idiot ? Et il ajoute : « Certaines situations donnaient le frisson ». Quelles situations ? « On passait en voiture devant un immeuble et vous vous retrouviez avec le canon d’un fusil sous le nez » ! Quelle imagination !, bêtises d’un jeune anglo typique tout excité par les politiciens calculateurs. L’acteur Patrick Labbé (rôle d’un inspecteur), abusé, mal renseigné, souhaite que « cette version télévisée soit montrée dans les écoles » ! Non mais…

TROP TARD POUR REMERCIER ?

(LU EN ONDES À RADIO-BOOMER, 1570 a.m. le LUNDI 10 OCTOBRE : fête de l’Action de Grâce.)
Pour écouter le conte, CLIQUER ICI

Un conte inédit de CLAUDE JASMIN

Mesdames, messieurs, c’est le désarroi, la panique, aujourd’hui en cette Fête de l’action de Grâce. Drôle de fête ! Vous avez entendu le bulletin de notre Jacques ! Vous le savez déjà sans doute un bombe a éclaté au milieu de la ville à Montréal. Aux dernières nouvelles, il s’agirait d’un engin complexe d’ordre nucléaire. L’on parle, selon les premiers rapports, d’une bombe achetée sur un certain marché noir depuis l’effondrement de l’URSS en 1990. On parle d’une mafia sophistiquée. Qui a trouvé une clientèle idéale pour écouler ces armes effroyables. Bien entendu, on a pu voir et entendre le communiqué, triomphal et montré, remontré, à une chaîne de télé arabe bien connu, c’est signé : Al-Quarzoui, ce chef de guerre de l’islamisme radical. Je cite : « C’est un avertissement aux croisés décadents enragés de l’Occident. Il y a Montréal, en Amérique du Nord mais, dit ce communiqué, il y aura d’autres cibles encore plus importantes».
Mesdames, messieurs, les aéroports d’Amérique sont fermés. Le nouveau Président des États-Unis a fait connaître sa révulsion de « ce terrorisme à Montréal, absolument écoeurant », ce sont ses mots. De tous les pays du monde occidental nous parviennent des témoignages de sympathie et, des grandes puissances, des promesses de châtier sévèrement ces jeunes déséquilibrés militants qui ne font que dévoyer le Coran, religion pourtant autant respectable que les autres monothéismes. Je suis, comme tant d’autres, rivé à mon micro et, dans ce studio, j’ai le regard fixé sur les images de télé. Ce fut donc un carnage impossible à décrire. Cet engin nucléaire a réduit en cendres encore fumantes, ici, à Montréal, tout un quartier. Cela s’adonne que c’est Villeray, le quartier de ma jeunesse Adieu petite patrie chérie. Voici donc un jour de fête tourné en un fatal chantier de débris. Les dégâts vont de la Gare Jean Talon à l’ouest jusqu’à Saint-Léonard et Ville St-Michel à l’est. Au nord, on rapporte que l’Église St-Vincent Ferrier, rue Jarry n’est que décombres, au sud, cette église « vendue en condos », St-Jean de la Croix est aussi un amas de ruines. Le 11 septembre 2001 à New York paraît un accident grave mais mineur par rapport a l’explosion de Montréal de ce jour, les morts du métro de Londres, de celui de Madrid, sont eux aussi ramenés à des attentats d’une moindre gravité. Oh comme tout est relatif ! Un jour d’action de Grâces ! Jour caricaturé par la haine des fanatiques.
On ne compte plus, dit-on, les ambulance qui sillonnent les alentours de ce macabre charnier. En vain car dit-on il n’y a pas de survivants. Les pompiers ne sont pas moins futiles, et les sapeurs n’éteignent aucun feu, ils sont transformés en funèbres brancardiers. Civières remplies de tas d’os noircis ! La police, venant de partout, tente de garder à bonne distance les citoyens accourus vers les lieux du désespoir. Ainsi, nous, Montréalais, Québécois, peuple pacifique, sommes devenus à notre tour la proie du fanatisme Mahométan fou de ce début de siècle. On ne retrouvera jamais les jeunes kamikazes parmi tous ces restes humains carbonisés, impossibles à identifier. L’explosion a eu lieu ce matin, tôt. Je venais à ce micro comme toujours descendant de nos collines laurentiennes en « feux sang et or », si jolis en octobre. Je n’avais pas mis la radio dans ma Beetle ce matin, quand, aussitôt arrivé, je découvris la catastrophe. Étrange Fête de l’Action de Grâces ? Il y a cinq ans, c’était, ici, une gentille fête pour inaugurer notre « Radio-Boomer », c’était en 2005, jour de réjouissances. Ici, à Laval, au bord de la 440, comme ailleurs maintenant c’est funèbre, l’athmosphère dans les parages. Il semble faire nuit en plein jour. Et c’est, sans cesse, le flot des noires image, sur tous les canaux de télé du monde, atroces images d’un Montréal bombardé. Ainsi nous vivions insouciants, nous croyions posséder cette bonne paix des petits pays tranquilles et crac ! la mort s’installe, en quelques secondes. Ce jour d’action de Gâces, n’en doutons pas une seconde, va poser une pierre noire sur le calendrier des jours qui s’écoulaient jadis en douceur. L’automne du Parc Jarry au couleurs flamboyantes vient de se changer à un paysage pitoyable. Un pré de cendres grises ! Des parents en larmes, des amis, s’effondrent, on en voit en ce moment à genoux dans les rues des alentours du volcan maudit qui prient le ciel. Trop tard ?
Mais oui, nous vivons la plupart sans soucis très graves, nous allions au boulot sereinement et soudainement c’est l’apocalypse-à-Montréal ! La fin du monde là dans ce quartier central. On rapporte qu’on se réfugie en foules tout au haut du mont Royal, d’autres se rassemblent au Parc Lafontaine ou au Jardin Botanique. Beaucoup fuient à l’ouest vers Vaudreuil ou à l’est, vers Repentigny ou encore vers la Rive Sud . Tous les ponts sont surchargés. Rien ne garantit qu’il n’y aura pas une deuxième bombe nucléaire. Ces sales engins mal remisés étaient si nombreuses du temps de l’URSS. Ces ex-soviétiques devenus de maffieux vendeurs d’armes nucléaires, ces mafiosi russes recyclés en spéculateurs avec l’Enfer, ils sont à maudire. On a pu voir le visage de jocrisse de Ben Laden dans sa cachette pakistanaise, caverne du diable, tout souriant de cette funeste semence de mort à Montréal.
Des jeunes soldats d’ici sont là-bas justement dont mon neveu Pierre-Luc. Pierre-Luc ? tue la bête, étrangle la bête ! Tout l’Occident est ravagé aujourd’hui. Montréal a cent et mille alliés désormais. L’occident est épouvantablement angoissé. À qui le tour…? où ? Il n’y a plus de sécurité nulle part, se disent les foules atterrées. Jamais cette Fête d’Action de Grâces ne fut plus mal nommée que dans ce Montréal gravement percé, troué. Est-il…trop tard pour prendre une résolution ?, Pour mieux savoir apprécier la vie ici. Ainsi nulle pace dans le monde entier n’est donc à l’abri d’un sort aussi fatalement mortuaire ? Ainsi, nous aurions dû mieux fêter L’Action de Grâce, en 2005. En 2006, en 2007, etc. Mieux apprécier notre paix qui a régné si longtemps. Combien de jours d’Action de Grâces passés innocemment, fermés à double tour sur nos égoïsmes ? Répondre sincèrement. Sans remercier la Providence pour notre paix durable… si longtemps avant aujourd’hui. Grâces jamais dites pour une vie à l’abri des conflits de la terre, de la terrifiante pauvreté africaine. Ou celle d’Amérique du sud. Nous avions tout, nous profitions de tout, nous déambulions torse bombé : nous ne devions rien à personne. Quoi rendre grâces ?, remercier qui ? « personne », nous disions-nous. Nous venons d’apprendre que l’Action de Grâces aurait pu avoir un sens, que nous aurions été sages d’être reconnaissants, de remercier le ciel, le Créateur ou Allah, ou Jéhovah. Ou Dieu si on y croit, pour tant de confort, tant de paix.
Bon. J’irai maintenant en ville, tenter de savoir si les miens, mes sœurs de Rosemont, sont saines et sauves. Mon frères à Ahuntsic est-il bien vivant ? Le vieil oncle Léo, alité à l’hôpital Jean-Talon, ne doit plus exister, misère ! Cette tante vendeuse au kiosque à journaux du métro Jean-Talon ? pulvérisée. Sans doute. Revoir des nièces, ce cousin gentil serveur à la CASA ITALIA. Mes vieux parents sont morts en 1987, mon Dieu, ils auraient pu se faire anéantir, péter en mille morceaux sur leur balcon de la rue St-Denis. Papa, maman, pris vifs dans cette fournaise atomique « made in URSS ». Tant mieux : ils ne verront pas leur quartier bien-aimé en ruines, leur cher marché Jean Talon disparu à jamais, leur pratique Plaza St-Hubert envolée, leur église Ste-Cécile rentrée dans la terre, et, rue De Gaspé, rue Henri-Julien, nos écoles d’enfance… en fumées parties. Ils ne verront pas leurs voisins en squelettes broyés, ils ne verront pas les rues en cratères, les maisons rasées. Retraités à Marie-Rollet, ils n’entendront pas ces descriptions anxieuses que font en ce moment même tous les reporters.
Oui, il y a cinq ans, en octobre 2005, j’étais venu enregistrer un gentil conte pour illustrer cette fête d’octobre. La vie était belle en ce temps-là. Jamais je n’aurais cru devoir vite aller enquêter dans Villeray « mort et enterré ». Je m’imaginais, je suis comme tout le monde, que notre existence en ce coin du monde était sous une garantie-sans-conditions. Du bon vieux Maytag ! Celle d’une vie calme et douce. Quoi ajouter ? Rendre grâces pour ma sauvegarde. Diable, avant-hier, j’étais là, rue Christophe Colomb au Centre Le Prévost, je faisais joyeusement ma causerie dans la coquette bibliothèque, je racontais justement cette belle jeunesse des années 1940, des années 1950. Bonheur candide. Voici que mon récit est devenu caduc. Voici que c’est « la fin du monde » dans mes souvenirs. Rendre grâces aujourd’hui même, en ce jour qui s’est maquillé en mini-Hiroshima, en petit Nagasaki, ce n’est pas facile du tout. Quoi qu’il en soit, avant de descendre à ce vaste cimetière bombardé oui, murmurer au moins : merci. Merci pour la vie. Ne plus jamais oublier, au moins une fois par année, en début d’octobre, de rendre grâces si on a la chance d’être encore du monde des vivants. Bon. J’y vais. Allons voir les traces démoniaques d’une poignée qui ont la haine au cœur, quand, ici, le ciel est si beau, les couleurs des érables, oui, luisent de sang et d’or. D’un sang végétal innocent qui n’a tué personne. La nature donnant le bon exemple sur une planète dont l’Orient contient des jeunesses mal prêchées par des imans-prêtres dégénérés. Salut amis, courage camarades en cette fête d’Action de grâces bien singulière.

Fin

OKA, OKA, MORNE PINÈDE !

Le Waterloo de Charest ? Une vraie farce : Kanesatake. Une fausse banlieue ce Oka-sur- Sulpiciens. Un petit village. Un petit ghetto. Et sept (7) chefs ! Et le gouvernement québécois nerveux. Silencieux, attentif et mou. Sans souveraineté aucune. « Mais quoi? Comprenez nos prudences :il y a Ottawa et son ministère en Amérindiens ». Ah oui, du guignol cette chicane à répétition ! La pagaille dure entre membres d’un clan, d’une tribu. Des enragés incendient une maison de chef et pas de coupable clair encore ! Belle leçon au public, édifiant non ?
Un élu exilé… à Laval ! Trois (3 sur 6 et un branleux ) chefs dissidents. Scrutin électoral en danger ! Un mini-carnaval absolument ridicule. Poste de police saccagé, chef de police (Thompson) qui démissionne. Motif : « la SQ et la RCMP ne nous protègent pas », dit-il ! Quoi ? On veut la liberté totale mais on veut aussi nos polices ? Ouen ! C’est surréaliste. C’est l’effet d’une vaste culpabilité. L’histoire d’aujourd’hui illustre sans cesse la paralysie qui découle de… l’histoire. Une honte diffuse. Le passé qui taraude. Un peu partout dans le monde, c’est porte ouverte aux chantages. Les dominants d’un temps, d’hier ou d’il y a longtemps, marchent sur des oeufs. Aux USA pour le racisme anti-Noirs, les esclaves. En Nouveau-Brunswick, pour les déportés de 1755. En Turquie pour le génocide des Arméniens. Ici, au Québec pour les incessants efforts pour nous diluer, nous assimiler. Face à nos patriotes un Trudeau déraciné volontaire, fédérat hystérique, criant : « Les Québécois, un peuple de maîtres-chanteurs. »
N’empêche, se mettent alors en place la discrimination positive ( politique ) et aussi l’inertie, les gouvernants immobilisés. « …Plus rien ne bouge », chantait Brel. À Oka et banlieue, plus rien ne bouge. Voilà où ça conduit les installations de ghettos. Des minorités s’en vantent : « Ils ont peur, ils sont culpabilisés, profitons-en, ils nous laisseront faire n’importe quoi ». Feu aux maisons, feu au poste de police ! Et quoi encore ? assassinat planifié ? Ça viendra ? La peur s’installe alors, même chez les élus du village amérindien. Ottawa s’inquiète et recommande : « que les opposants fassent de la médiation ». En clair : « Débrouillez-vous maudits sauvageons, on refuse de s’en mêler. » Frais d’avocats en vue, oh la la ? Frais de body-guards itou ! Une rencontre a eu lieu mercredi le 12 et… dehors les médias ! Huis-clos, pourquoi donc ? Belle démocratie ! Un certain Joey Day sera accusé d’incendiat mais l’élu, James Gabriel (la victime) est discrédité, et raidement. Les villageois iront-ils voter —le 4 septembre, selon les dissidents, le 5 octobre pour les gabrieliens— ben, on a peur de la peur…des représailles.
Non mais… Pour le loustic qui se gratte le coco redisons la cause première, la racine de ce mal, des niaiseries pégrieuses (Warrriors, trafics d’armes et de tabac), c’est la culpabilité des Blancs. Le colonisateur, dont les Seigneurs-prêtres zélés évangélistes, les Sulpiciens) déménageait ces dangereux Peaux-Rouges, alors réunis au Sault d’Ahuntsic. « Clan Panneton en soutanes » et déménagement obligatoire à la nouvelle « mission catho » aux rives du Lac des Deux-Montagnes. Oka, « poisson doré », un enclos. Un ghetto.
Défaite de 1759 et alors à Oka, feux, batailles, émeutes : « Adieu curés papistes ! On va virer protestants et anglophones ». Ghetto qui dure néanmoins. Il aurait fallu intégrer normalement les indigènes. Quoi ? Donner les mêmes droits à des « sauvages » mal dégrossis, que les Anglais n’arrivaient pas bien à génocider —avec les couvertures infestées du noble Amherst. Ottawa installera donc des ghettos nommés des « réserves », un racisme soft qui ne dit pas son nom. « C’est pour mieux vous protéger, mes enfants (rouges) ! » Ouen, ouen ! Oka ? Une semi-réserve à ententes floues. Oka aujourd’hui : c’est sept chefs en querelles et du banditisme. Et la paralysie humiliante de Jean Charest et ses ministres, celle des autorités policières.
La sotte culpabilité blanche est une impasse, est néfaste et engendre encore ce ravage démocratique. En 2004.

Zoom-in sur Claude Léveillée !

Quittons vite ce funeste lit d’hôpital où son sang fait des siennes, venez, faisons l’oiseau, voyez cette section au milieu de notre ville. Soyons dans une montgolfière pour observer ce petit garçon endimanché dans sa rue Drolet. Écoutez bien —comme Claude enfant— le vrombissement des cloches de Sainte-Cécile, rue De Castelnau. Claude en fera un fameux fracas inoubliable pour piano seul quand papa-Léveillée fait le maître-chantre au jubé et que maman-Léveillée servait ses élèves au vieux piano salon.
« Je me fous du monde entier quand Frédérique… »
Suivons-le maintenant dans la ruelle, rue de Gaspé, écolier malingre de l’école Philippe Aubert de Gaspé des Clercs de Saint-Viateur. Claude compte ses billes au fond de sa poche mais il est distrait par les cris du furieux maraîcher ambulant descendu de son Saint-Benoit (où, adulte, il se bâtira maison) : « On a des choux, des navets, des radis, des carottes, du beau blé dingue » !
« Je me fous du monde entier… »

Voguons plus au nord, rue Crémazie et voyons le chétif collégien boutonneux des Sulpiciens d’André Grasset. Claude délaisse sa raquette de crosse à babiche mal nouée pour mieux écouter comme toujours. Le tramway numéro 24 grince vers Ahuntsic mais n’arrive pas à couvrir les cris des alouettes en chamaille dans le voisin boisé de cenelliers, derrière le back-stop du collège.
« Et papa nous aimait bien… »

Notre ballon suiveur ne le lâchera pas : l’étudiant osseux rêve de sons inédits sur le coteau de son Université de Montréal, adolescent distrait par le tintamarre ambiant, celui de « la vie, la vie ».
Adieu les livres scolaires, ce sera le profond mariage avec la musique. Un ancien chanteur de Paris, pas encore rond comme un marbre, Buissonneau, reconnaît une musique authentique, dynamique. Paul va s’attacher à ce très jeune bizarre vieillard précoce, au dos déjà voûté. Féroce accoucheur de talents, Paul se l’attachera pour
« Quat’sous ».

Décelant le génie brut, l’instruit André Gagnon, médusé, écrira cette musique d’un jeune autodidacte surdoué qui ne sait pas même lire la musique. Édith Piaf l’invitera chez elle mais revenu chez les apatrides involontaires, désormais, Léveillée nous installera, et pour toujours, ses lumineuses mélodies. Il sera poète mais aussi comédien solide, animateur incontinent, trop généreux, revenant du haut de la Côte-Nord jusqu’à s’écraser mardi soir dernier, à Ville Émard, sur le piano du poète Marie-Uguay.
« Les rendez-vous qu’on n’a pas su… »

Un poète unique décrit finement nos émotions, nos sentiments, paroles et musiques. Avec « la patron », barde-Leclerc, avec le fleuve-Vigneault, c’est un trio indispensable pour chanter nos heures et malheurs.
Les autres pourront naître, Claude Léveillée a ouvert tous les chemins. Léveillée doit se rétablir vite, il doit se relever. Qu’il continue !
Toutes nos petites patries t’en supplient Claude :
prompt rétablissement !

Lettre ouverte à M. Tetley, ex-ministre.

Monsieur le prof de droit à Mc Gill, je viens de lire (Le Devoir du 24 octobre) votre étonnante version d’Octobre 1970 » qui vane les bienfaits de l’armée dans Montréal et des 497 incarcérations préventives. Selon vous, trois manifs de 1969 (7,31 oct. Et 7 novembre), un an avant (!) l’automne de 1970, pavaient la justification des « Lois de guerre ». La grève des médecins (spécialistes) aurait amené Bourassa et Drapeau, le 15 octobre, à songer « déjà » à cette loi d’exception. C’est tout noté. Selon vous, le 16 octobre les dés étaient jetés et Trudeau consentait comme malgré lui (hum…) à envoyer la soldatesque. Cette liste noire policière (avec des Godin, Pauline Julien, Miron, etc.) révisée par la bande à Gérard Pelletier fut stoppée plus tard par Jérôme Choquette qui en « eut assez de la farce » (ses mots en interview), était donc bien plus longue qu’on croit.

Alors candidat à l’échevinage pour le FRAP (dans Ahuntsic ouest), j’avais eu droit à deux subites inspections : pour les plaques des vélos de mes enfants et puis pour vérifier l’état de ma fournaise ! Ça fouinait dans la cave et le garage du maudit barbu gauchiste. Sachez, maître, que les cris « du sang dans nos rues », par un Drapeau hystérique en campagne électorale, de « Ce FRAP paravent hypocrite du FLQ », par un Jean Marchand enflammé à Vancouver, de ce « Coup d’état-putch des Pépin, Ryan, Lévesque », rumeur répandue par dame Gérard Pelletier à Ottawa, tout cela, assassinait dans son berceau un démocratique parti municipal de gauche. Toutes nos assemblées publiques ou « de cuisine » se faisaient annuler très subitement. Ce fut la fin brutale d’un espoir. Cette hideuse propagande fit triompher Drapeau en pleine Crise d’octobre.

Le démocrate (?) William Tetley s’en trouve tout content, lui, et vante Frank R. Scott qui respirait d’aise avec son « le gouvernement est de nouveau stabilisé ». Non mais… Ce pauvre vieux Scott qui se baladait sur sa longue galerie —avec sa carabine— tant il craignait les terroristes en Estrie ! Bouffonnerie. Il ne reste qu’une franche lecture d’Octobre 1970 : sous prétexte de capturer une toute petite poignée de terroristes québécois, il fallait en profiter pour discréditer et le Parti québécois (avec vol de ses listes électorales, incendies frauduleux, faux communiqués felquistes) et du même coup le jeune FRAP. L’ex-ministre libéral n’a qu’un seul regret : « N’avoir pas mieux vérifier la liste des internés ». Mais il s’abrite aussitôt : « Bourassa nous disait qu’il ne fallait pas s’immiscer dans le travail policier ». La police bien au dessus des élus quoi… Franchement M. Tetley, téter comme ça, c’est « téteux » rare !

Claude Jasmin, écrivain

Sainte-Adèle,

24 octobre 2003.

Le snobisme ?

Ça ne cessera jamais ? Hier, encore entendu cette scie à la radio : « On va bien voir les snobs intellos d’Outremont-ma-chère s’exprimer là-dessus ». D’où peut bien venir cette hargne, comme fatidique ? Comment riposter à ces préjugés ? On entendra : « Hochelaga-Maisonneuve, cette misérable zone sinistrée ». Il y a plein de bons petits bourgeois confortablement installés dans ce joli quartier montréalais, non ? Nous installant une résidence secondaire à Sainte-Adèle, une camarade me fait : « Faites très attention, c’est une place de pégrieux, chaque année, on découvre un cadavre de la maffe dans ses rues; c’est le spot des Cotroni et Cie ». Allons il y a plein de bons catholiques en ce village laurentien ! Certains aiment les clichés, faut croire.

Maman, née rue Ropery, à Pointe Saint-Charles, fut adolescente dans la modeste rue Hutchison, à Outremont. Mère, elle devint très fière de Villeray. Enfants nous l’entendions se « gourmer » avec affectation au téléphone : « Viens-nous voir, chère, nous habitons le boulevard Saint-Denis ». Papa, fils de cultivateur de Saint-Laurent —Rang du Bois-Franc— se moquait d’elle : « Fais donc pas ta fraîche Germaine ». Inouïe, elle me dira : « Pourquoi vas-tu rôder en bicycle rue Mont-Royal ? C’est commun par là. Si tu te cherches une blonde, va pédaler à Ahuntsic, c’est plusse de notre monde ».

Michel Tremblay du Plateau raconta que sa mère, elle aussi, interdisait de descendre en bas Sherbrooke : « Trop commun » ! Snobisme amusant, non ? En bas de Sherbrooke ?, feu mon éditeur Yves Dubé, frère de Marcel, vivant dans le « Faubourg à mélasse » (rue Logan) me confiait l’interdiction maternelle —elle aussi ?— d’aller au sud. Dans ce dangereux « Faubourg Saint-Laurent », hélas, sauvagement démoli quand Radio-Canada s’y installa. Il y a toujours plus « commun » avec du monde cheap. Le romancier André Langevin (lire son étonnant « Une chaîne dans le parc ») y fut en ce damné recoin de Montréal et Arthur Gladu publia un livre chaleureux sur sa petite patrie, là parmi le « commun ».

Allons, il y a des malfrats infâmes à Outremont-ma-chère et des intellos valables dans des villages laurentiens. Ou estriens. En mai 1986, (en ai jasé dans une entrevue), je découvrais à fond Outremont. Un autre village et plutôt semblable au quartier de mon enfance. La métropole se faisait en multiples villages. Jadis, dans Villeray on vivait comme en autarcie. On n’en sortait à peu près jamais. Aucun besoin de courir ailleurs : un marché (Jean-Talon), des magasins (la rue Saint-Hubert), un grand parc (Jarry). Bien plus, chaque paroisse était un ghetto consenti et affectionné. On ne disait pas je viens de Villeray mais je suis de Saint-Arsène, de Saint-Édouard, ou de Sainte-Cécile.

C’était avant les automobiles pour tous. Les centres commerciaux à vastes parkings. Avant la télé et les mères-à-carrière, les familles à un (parfois deux) rejeton. Avec chien. Mais nous ? Pas de maisons vides de 8 h à 16 h. Plein de copains et copines dans les ruelles. Plein de monde —d’avril à octobre— sur les perrons et les galeries. « Je vous entends jaser… », oh oui Vigneault ! Nous savions les noms —les petites histoires, les malheurs graves, les chagrins légers— de tous nos voisins. C’était un temps de solidarité. Chaud. Mes petits-fils ont des copains aux quatre horizons, ils y vont en métro. Je ne suis pas sorti de Villeray avant 13 ans, en 1944, à cause du collège Grasset où j’allai en vélo en si lointaine contrée !

Et le snobisme, hélas, régnait déjà : « Ces nouveaux voisins nous arrivent de Ville-Émard, non, de Côte Saint-Paul, c’est pire encore ». Maudits clichés ! Le génial Riopelle, voisin du Père Ambroise, est pourtant né rue Delorimier-sud, là où il ne fallait pas traîner selon des gens « de la haute », du boulevard Saint-Joseph. L’excellent écrivain, Gilles Archambault, vient de ce Côte Saint-Paul honni. Cessera-t-on de fustiger un lieu ? Il y a des gens de condition très modestes dans Outremont-sud, il y a du bon monde, honnête, à Ville Mont-Royal la mondaine, j’en connais.

Hélas, désormais, partout, le jour, c’est le vide, plus aucune vie animée. Le fisc est bien content, ces mères-au-boulot amènent des sous dans le Trésor public (si bien administré). Une immense business s’épanouit : « les gardienneries ». Ces dépôts-à-bébés-aux-couches-jetables organisés. Durée ? De 8 à 10 heures chaque jour ouvrable. Dangereux kibboutz généralisés, horreur bienvenue au royaume-de-la-consommation-compulsive. Pauvres bambins socialisés précocement. De force et en vitesse. Deux psychiâtres britanniques fustigeaient ce sort. C’est pour quand le salaire aux mères-à-la-maison ? Quand je vois défiler les trâlées d’enfants aux visages fermés, attachés le uns aux autre ou empilés en chariots sans suspension valable, pantins désarticulés, le cœur me fait mal. Hohé, Ernest Hemingway !, deviens-je le vieil homme et l’amère-vie.

« TOMBEAU POUR ROLAND GIGUÈRE »

Après Miron, Pierre Perrault, mort maintenant du poète et graveur Giguère. C’était un enfant de Villeray. Les « un peu plus jeunes que lui » nous l’observions : modeste, yeux lumineux, peau grêlée, frisé, bègue, timide et pourtant entreprenant en diable. Nous serions tous un jour poète, comme lui ! Miron prenait le tramway Saint-Denis, son sac plein de plaquettes, et, bien effronté —de Sherbrooke à Crémazie— à la criée, offrait de la jeune poésie au peuple des travailleurs. Roland, lui, diplômé de l’École des arts graphiques (un recoin derrière l’École technique avant de s’installer rue Saint-Hubert dans Ahuntsic), publiait « son surréalisme québécois » et celui de ses jeunes camarades.

Il rôdait, venait siroter un café —à dix cents— au Caboulot de mon père-bricoleur et « patenteux ». Roland lui acheta —sa première vente à papa— un maigre cycliste, silhouette primitive. En papier-maché. Fierté de mon père !

Giguère, comme Jean-Guy Pilon, et tant d’autres, s’inspira d’abord des poètes de la Résistance en France. Que nous aimions tant : Éluard, Aragon, Supervielle, Char, Desnos; il y greffait des mots d’ici en Résistant de la Grande noirceur duplessiste. Il y insérait ses gravures aux allures bien terriennes :monceaux de terres brûlée, racines tordues, troncs lamenteurs, feuillages inquiétants ou bien pierres usées, roches cabossées. Un monde minéral aspirant à se déterrer. Mythiques mandragores du dessinateur Giguère. Nous étions épatés.

Lui aussi, il s’exila. À Paris, lui aussi. Pour survivre là-bas il fera du graphisme-maquettisme ici et là, même pour Paris-Match. Avec la Révolution tranquille, il rentra, —rassuré enfin— au Québec bouillonnant. Il ne cessera plus de rédiger « ses mémoires » en forme d’appels exigeants, d’idéalisme, d’espérance humanitaire. C’est le graphiste Giguère qui inventa le sigle bleu et rouge d’un parti tout neuf, le P.Q. Enfin, on fit un espace —pas une grande place— à l’art d’ici. Roland s’y creusera une niche solide et les amateurs —jamais nombreux hélas— ont pu s’abreuver à sa fontaine d’images de mots choisis.

Adieu Giguère! Au revoir sans doute… quand nous nous rassemblerons tous, les solitaires descendants d’Orphée. Cette Rivière des prairies, où l’on t’a repêché la semaine dernière —presque aveugle, presque sourd— nous fera un fameux Styx, Achéron-des-prairies en mots inédits, long fleuve mirifique. Et, à jamais, Cerbère sera vaincu.

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Journal – 30 Janvier 2003

Mercredi 22 janvier, nuit glaciale, archi-polaire. Notre fenestration (antique) fournit courants d’air arctique. Ici, cette « Gaillarde » me saluant en « conteur » : ne serait-ce pas Véronique, cette amie d’enfance ? Son frère, Nicolas, disparaissait un jour, on ne l’a jamais revu : effrayant mystère. Journal intime, mon bonheur : après celui —intello— de Drieu-le-raciste, celui —très intime — de Cocteau, « Le temps défini ». Étonnantes révélations. Plongé maintenant dans « la vie de Jean Anouilh », le dramaturge noir. Par sa fille. À la télé : le brillant Minc (essai nouveau) jase « homos » : « un puissant réseau international ».

Jeudi 23 janvier, arrêt-stop à cigarettes, etc. Mon toubib Singer de Saint-Sauveur, m’attend en « Dracula ». Demain, à jeun, y jeter du sang :j’aurai de l’ail et un pieu ! Aile lit en « poche » —énervée de tant d’emmêlements— « Les heures », de Cunningham, en attenant de voir le film éponyme, très fêté. Ce matin, Foglia s’énerve : « Que les aveugles oublient donc le ski, que les handicapés assument leur impuissance ». Il est tanné de « la rectitude » emmerdant la majorité. Hon ! Ai terminé « vie d’Anouilh, hagiographie complaisante, temps perdu.

Vendredi 24 janvier, vu hier soir, au Pine, « L’être et l’avoir », fameux film. Un instituteur d’une France paysanne. Troublée, Aile pleurait et moi itou. Louez la cassette ! Posté —en Beauce— vingtaine d’illustrations pour « La petite patrie illustrée par son auteur ». Revenu de chez Dracula ce matin, écoute Bourgault chez Bazzo qui avoue être « sous censure » à Radio-Canada ! Donc, ne causera pas sur « Ottawa et l’argent ». Très surpris de cette soumission. Il vieillit ?

Samedi 25 janvier, vu « Le pianiste » de Roman Polanski. Oh ! Effrayant récit sur l’antisémitisme. Salauds d’Européens (Polonais compris) aux yeux bouchés. « Collabos » partout. Du cinéma essentiel. Je lis l’excellent « tome 3 » de Godin sur René Lévesque :victoire de 1976 et la dégringolade, la patrie à installer refusé ! Son chagrin total. Dehors, le froid qui dure et qui va bien avec ma désolation de cet échec historique.

Dimanche 26 janvier, le froid nous lâche enfin. Sur le lac alors : plein de patineurs et fondeurs, un bouffon-ourson, un Bonhomme-hiver, attelage avec chiens, des feux de bivouac, des ballons. Beauté hivernale, tableaux vivants, d’un Breuegel, d’un Krieghoff, d’un Lemieux.

Lundi 27 janvier, firmament tout bleu avec soleil, la dure froidure revenue. Demain à « Tous les matins » : une vérité tue : le destin —foin des mérites, des talents, des études. Il est fait de « hasards et de circonstances ». Injustice de la vie ?

Mardi 28 janvier, « frette noére » persistant et matin-studio : débat donc sur « saisir sa chance ». À midi je file —à Ahuntsic— chez Radio-Ville-Marie, une Yolande questionne : dans votre livre, « Écrire », pourquoi vous peindre en raté ? Je lui raconte nos grandioses aspirations adolescentes et la dure réalité, les échecs. Le soir à « La Licorne », un étonnant —et fort bien joué— « casse-tête » de Létourneau : « Cheech ».

Mercredi 29 janvier
, le bleu du ciel avec l’Astre. Après dix ans en Laurentie, conscience de n’être plus Montréaliste mais Adélois. Vaine résistance : on a acheté un four micro-machin. Mon fidèle et amusant Daniel Marleau, 50 ans, me courrielise: « Mon premier bouquin, c’est fait ». Il va voir l’aventure que c’est « romancier ».

Hier soir, rue Mont-Royal, après le captivant « Cheech », achat de livres usagés rue Mont-Royal. Aubaines rares. Ce matin, chemin Bates, Aile et moi tristes : dans la cour, dernier soleil de nos mercredis matins car le building-à-condos monte, monte.

Journal – 3 Janvier 2003

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toute nouvelle année de glace luisante, mais où sont les neiges d’antan ?, trois jours déjà et plus anxieux que jamais tant on voudrait du changement, sérénité de fond tout de même, comment faire autrement quand on émerge de tant de banquets modestes ou grandioses, pour aile et moi, cela allait d’une bouffe au joli grenier du giorgio’s de saint-eustache samedi dernier, près de quarante convives pour saluer mon marcogendre et webmestre en neuf quinquagénaire, du jeune gabriel —qui joua de sa trompette— à la grand-mère barrière, 94 ans, un phénomène que j’admire, pimpante, vive, lucide et tout, mon modèle, puis, le dimanche soir, à ville-modèle, « simcoe circle », dans la serre chauffée du dubois et sa mimi lépine où l’on put visionner un vieux « tous pour un » quand la mimi, jeune popoune blonde, brillait fort en matière de costume anciens, on a ri, puis, veille du jour de l’an, « summit circle », à quatre rues d’ici, avec le clan paltakis-lapan, un repas de carole et john paltakis, expert-hôtelier venu de Toronto, pas moins de neuf services , 9, oui, un régal rare, et , au dessert, le murray lapan se transformant en prestigitateur inouï, puis, mercredi, chez mon fils, un buffet bien chaud, une lynn enjouée, mes deux chers enfants, mes cinq mousquetaires grandis autour de moi, le bonheur…

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suffit la bouffe ?, non, demain, samedi, chez « les filles de rosemont », mes sœurs, la benjamine nicole en hôtesse volontaire nous attend… aile détendue dit : « ce fut mon année de répit », mais l’an prochain ce sera son tour de nouveau, la bedaine aux casseroles, eh !, mode des caméscopes nouvelles : j’ai visionné mardi le long ruban de trois longues fêtes d’été —de 1988, 89,90— chez frère-raynald près de la prison des femmes à ahuntsic, chez marielle et son alberto à pointe-calumet, chez nous au bord du lac, incroyables babillages et folleries du clan, une bande sonore toute stridente, quinze paires de folles babines qui remuent, crient, rient, s’exclament sans cesse, j’en sortis comme exténué, abasourdi…ce temps-là ne reviendra plus, je le sais, douze ans plus tard, c’est, désormais, le calme relatif des vieillissants… on a aucun ruban-souvenir des agapes d’antan, ah, pouvoir revoir nos parents, jadis, quand nous étions si jeunes et eux encore si vifs… non, rien, pas de ces machines à conserver les célébrations- excitations de ce temps-là, aucune image, juste une mémoire et souvent chancelante

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étrange réalité : quand j’ai offert toutes mes archives à la biblio nationale, on me dit : « avez-vous dans votre stock de paperasses, des romans avortés » ?, je dis : « oui, beaucoup », et eux : « ah, merveilleux, bravo, formidable! », ma surprise, il semblait que ces « ouvrages interrompus » avaient une grande valeur archivistique, aussi, je me dit : pourquoi pas, ici même, offrir à mes lecteurs deux « avortements » récents : « l’exilé… » et « l’écume… », deux neuves tentatives de « partir » un roman et qui viennent d’échouer puisque je me cherche une troisième idée de roman, une autre voie d’inspiration… avec l’intuition —ne me demandez pas pourquoi— que ce sera, cette fois troisième, un scénario pour la télé ou le cinéma

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donc : oui, d’abord raconter ce missionnaire jeune exilé au soleil et aux prises ente chair et foi :

Journal – 27 Décembre 2002

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Hier, avant-hier aussi, le beau soleil, voici un vendredi sombre pas mal, pas grave, mais hier midi, un spectacle rare alors que nous montions en laurentie, le ciel en deux vastes sections, au loin un bleu pâle parsemé de nuages pourpres, presque noirs, et, plus proche, firmament d’un bleu royal, très saturé, avec des nuages d’un blanc immaculé, stimulant paysage céleste à deux voûtes dissemblables, tout roule, sommes sur une boule, l’oublier sans cesse, tout roule, jeu de bascule des jour, oui tout roule, l’an nouveau s’en vient, tout roule, 2003, paf, coup de pistolet, de départ, mercredi qui vient, vu à la télé mardi soir le pape agonisant sur son autel au vatican romain, temple sur-décoré, aile fort émue de ce petit vieux en blanc, incapable même de lever le calice symbolique, on lui tient tout, le missel, le livre des épîtres et des évangiles, image d’une caméra fureteuse, une belle romaine en train de bailler à pleine bouche, oh !; le lendemain, noël et pas de journaux, malaise, drogue absente enfin, je termine le document-magazine sur nietzsche, bon débarras, un réfléchissant mystérieux, une pensée se voulant décapante, novatrice et, au fond, des idées aventureuses, un programme fou sur le volontariat, la recherche d’une puissance insolite, superman non, me retenir de juger trop vite n’étant pas du tout familier avec ses livres, juste le sentiment d’un grand inquiet qui méprise au fond ses entourages, qui voudrait réformer radicalement l’homme, une prétention valable certes, il finira fou, à jamais interné dans ses condamnations, rares sont ceux qui sont aptes à un tel brassage des convenances, des héritages accumulés, ambition démesurée qui mène à des potences, des prisons, à la folie, et, il y a longtemps, à la croix du christ

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avant noël, deux sorties nulles, l’ouvre boîte chez duceppe avec deux bons acteurs mais un texte qui vieillit mal, du sous-beckett, une soirée bien décevante, même inutilité de descendre à saint-jérôme pour ce « gangs de new-york » du cinéaste martin scorcece, faux documentaire bien rempli de coups funestes, de sang, de morts, gros paquets d’images, immense tas de figurants et un récit inchoatif très insignifiant, espérer mieux en visionnant « le rapport minoritaire » de stephen spielberg, plongée dans l’anticipation, nous sommes en l’an 2050, récit d’une brigade policière sophistiquée, d’un visuel étonnant, une histoire compliquée quand trois « voyants », plongés dans un bain capricieux, ont le don de prévoir qui va tuer et où, l’organisme policier baptisé « precrime » est, hélas pour ses promoteurs enrichis, faillible, oh, et l’on assiste alors à une conspiration pour stopper ses manigances, aile toujours excitée quand il faut décoder un récit complexe, son vif plaisir et, à la fin, une certaine déception, hier soir, « infidèle », un film loué encore, et, cette fois, une bonne vieille histoire classique, le triangle connu, le récit d’un coup de sang, du coup de foudre surprenant entre une jolie épouse de banlieue newyorkaise et d’un bel amant, avec une fin amorale illustrant le mari cocu en tueur du jeune séducteur qui ne sera pas puni, bien reposant pour les méninges que ce drame bourgeois bien ficelé

un certain gaston beauchamp nous a fait part, la presse, de sa fuite des fêtes rituelles qu’il honnit, il s’en va loin, au soleil et « adieu familles et cie », mon frère raynald fait cela désormais, son droit bien entendu, il est rendu loin, à l’île maurice, il a quitté l’afrique du sud, cape town, il vante le soleil, la bonne bouffe, il nous annonce son retour pour bientôt, encore parti donc sans prévenir, il a toujours été secret, indépendant, ce « petit frère » me reste une sorte d’énigme, à noël, aile et moi à « la cité de la santé », dans une chambre d’isolement, observant fernande en débat grave contre un cancer, chauve, pâle, elle fait face, le frère d’aile, jacques, tente le stoïcisme devant la fatalité, après, au souper à la dinde et cie, chez colette, ce sera le petit bonheur des gens en santé, le gros labrador noir innocent qui fouine sans cesse, les jasettes variées sur la vie qui…roule, le lendemain, promenade au soleil sur l’anneau-aux-piétons du lac, le soleil revenu, c’était noël dépassé et il n’y a que les enfants pour y avoir pris tant de plaisir, c’est la fête de la candeur et nous sommes vieux, vieux mais sereins, laisser le temps rouler

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hier, ai signé le contrat de VLB pour « tuer le temps », le tome deux du journal, signé aussi pour les arrangements du salon du livre de l’abitibi au printemps prochain, ai reçu de gentils méls pour mon conte de ckac, l’amie marie-josée au téléphone tantôt qui me dit l’avoir entendu dans la nuit de noël, en reprise et l’avoir apprécié comme, me dit-elle, les appelants en tribune téléphonique qui suivait, ce récit naïf du temps de l’orphelinat saint-arsène si éloigné de ce que je lis :on vend, au nevada, usa, des lots sur la lune, folie pure ou quoi, je songe alors à mon île à la baie james, baptisé « la petite patrie », oh, y aller mettre les pieds un jour ? folie pure, j’ai terminé le raymond queneau, une vie bizarre, le fantaisiste de son académie de pataphysiciens : « la grand guidouille », il était savant mais refusait carrément ce qui se nomme l’esprit de sérieux, le mathématicien-poète abonné de « l’ouvroir », de « l’oulipo », naviguait entre sciences et surréalisme, offrit à la juliette gréco une chanson célèbre, « si tu t’imagines… », et quoi encore ?, se fit scénariste de cinéma et, jusqu’à sa mort, « fleuretera » avec le catholicisme, allant encore à la messe vieux, imprégné des lectures spiritualistes de sa jeunesse, dont son cher rené guénon, comme lui, influencé par le grand confucius et la pensée mystique asiatique, bref, un bonhomme hors du commun

une fidèle correspondante internaute, sachant que je veux écrire sur un missionnaire exilé me recommande de lire, d’émile zola, « la faute de l’abbé mouret », je dois dire que ce projet de roman semble s’évanouir, oui, il ne me tenaille plus très fort et quand un sujet se ramollit, je le sais d’expérience maintenant, vaut mieux m’en éloigner et jeter mes notes au panier, j’ai plutôt envie de mes illustrations pour l’album promis par mon beauceron-éditeur, le goût, cette fois, d’images vraiment libres et sans me limiter à l’aquarelle, oui, j’y mêlerai tout, mine de plomb, sanguine, feutres, encre de chine, pastel, huile, tout et mon rené jacob sera épaté…j’espère

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mohammed lofti, animateur valeureux des « souverains anonymes », se débat avec moi car nous échangeons des méls, il vomit la notoriété, s’insurge contre les dany laferrière qui feraient un bien mauvais usage de la célébrité; je tente de lui expliquer que « les gens connus » sont victimes d’un effet et que la cause de cette notoriété, si funeste aux yeux des lofti, est leur talent et non l’inverse, il me fait rire quand il dit « fuir comme la peste la notoriété », or, la célébrité, on ne la fuit pas, elle vous attrape que vous le vouliez ou non quand vos ouvrages sont reconnus; il y a chez les lofti une pose saugrenue quand, justement, aucune notoriété ne s’attache à eux puisque les lofti nagent en eaux de confidentialité; quoi?, il fuit ce qui le ne le poursuit pas ? c’est d’un comique non ?

avant noël, chez mon fils, pas de mon cher simon à Ahuntsic, ah les filles !, parti chez la petite amie, c’est inévitable quand nos enfants vieillissent, la maison se vide peu à peu, chez colette le soir de noël, pas de son cher Claude, une « blonde » à québec, eh !, je me souviens, à certains noëls, maman triste, ses plus vieilles parties fêter dans la famille du fiancé, ma crainte pour demain soir, à la fête de mon marcogendre, mes trois ex- mousquetaires y seront-ils ?, pas sûr, la vie roule, le temps roule; un internaute tantôt me narre qu’il fut contrarié par son enfant et son envie urgente de « pipi », lui qui rate, à regret me dit-il, la fin mon conte rituel à ckac, il ignorait le texte ici sur le site, il en est averti; je lis que Ricardo trogi, cinéaste à succès avec « québec-montréal », était gêné quand son papa parlait italien, il ajoute : « je l’ai appris plus tard pour comprendre aux fêtes familiales ce qui se disait », je me suis souvenu de la honte de mes petits camarades, rue drolet, quand les pères parlaient en italien pour les faire rentrer à la maison, cruel cette honte non ?, je ne comprenais pas cette gêne, enfant, j’aimais déjà cette langue, ce trogi ajoutera : « comme moi un jour, ils sont tous allés voir d’où ils venaient »; la vérité, la réalité : impossible de renier ses racines à la longue etc c’est bien parfait et cela fera suer les déracinés, tous ceux qui éprouvent une honte imbécile quand on veut causer « commencements, patrimoine, ancêtres, histoire, etc. »

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je me suis revu avec horreur à « tous les matins », la veille de noël, tentant à plusieurs reprises de faire taire mes petits auditeurs pendant que je racontais mon « alligator du lac gelé »; on vous a dit « tu as huit minutes, Claude, pas une de plus », le minutage horrible; avec mes petits fils c’était la liberté, mon bonheur de les écouter m’interrompre pour ajouter leurs inventions, des suggestions parfois, et je bifurquais volontiers, je joignais leurs spontané propos, ils collaboraient à l’édification de mes contes, ils me guidaient, j’y voyais un intérêt formidable, un besoin de corriger le tir avec des : « non, non, papi, pas de ça, on va dire plutôt que… », quel plaisir c’était alors; aucun régisseur de studio pour me montrer avec ses doigts : « quatre minutes, trois… »

on ira gueuletonner chez mimi lépine samedi soir, puis chez lynn-à-daniel, mercredi soir, jour de l’an neuf, aile toute heureuse dit : « c’est mon année de répit », on fait du chacun son tour par chez nous, or, hier soir, je lis un petit livre-guide pour voyageurs au mexique, bien fait, avec des conseils précis, me voilà rêveur, ah oui, partir visiter ce Mexique où nous ne sommes jamais allés, je m’empare alors d’un bouquin plein de photos —de larousse— sur ce pays, une bonne fois, une bonne année — hon! la tentation— plus de repas de famille en série, louer un véhicule de caravaning westphasia (?) de volkswagen, s’en aller parcourir les grandes villes mexicaines, vagabonder au soleil, de la caraïbe au pacifique, boire de la tequila, visiter les ruines précolombiennes; non, non, je ne pourrais pas, au fond, ces fêtes, encombrantes peut-être, sont le bon moment pour nouer un peu plus solidement les…racines, ces sacrées racines, ces racine sacrées… nous irons au mexique, aile, un bon jour, après ce temps des fêtes, des retrouvailles, promis… quand ?

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louis cornellier du devoir, séducteur habile, me donne le goût de lire « l’évangile selon pilate » du dramaturge connu éric-emmnkjel schmitt; cornellier écrit : « il a un génie inégalé », diable !, « une évocation d’une puissance renversante », diable de diable !; ce schmitt raconte judas, hérode, joseph d’arimathie, un jésus crucifié à mort qui aurait un double, un sosie peut-être… pilte se questionne, doute, cherche… le critique ajoute : ce pilate romain, pèlerin ébranlé, dont l’épouse s’est convertie secrètement … « offre une expérience dont le lecteur ne se remettra pas facilement », bonté divine !, faut le lire, non ? Piqué, je lis en finale que Norman Mailer aurait publié un tel « récit

bouleversant », titre : « l’évangile selon le fils » (chez pockett-2001) mais que cet « évangile selon pilate » (éditeur : livre de poche, paris, 2002), lui, subjugue », c’est dit, je me le procurerai…

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j’écoutais à la radio publique, cbf,fm, un beau parleur belge itinérant —la cinquantaine— qui racontait avec verve, innocent, inconscient— sa fabuleuse, selon lui, rencontre dans un restau avec l’acteur connu, burt lancaster; étonnante l’idolâtrie de ce « vieux tintin » face au cinéma américain, il va s’agenouiller devant l’idole de sa jeunesse, lui contera en détails sa filmographie, lui dira sa reconnaissance totale; le vieux lancaster ému, troublé même, lui donnera une belle longue dédicace, un souvenir —son chapeau— et lui fera une pirouette de cow-boy avant de quitter le restau; voilà mon petit belge, un intellectuel bien colonisé, complètement bouleversé de reconnaissance; j’ai jamais vu cela !, comme je suis étonné chaque fois quand j’entends un tel dévot des américaineries; la belgique fut, après la guerre, un chouchou des usa, c’est bien connu, dans ce petit pays —au fond, et en fait, colonie, province intellectuelle de la France, réticente, elle, à l’empire-usa— la puissance des puissances devait y dénicher une sorte de bonne volonté utile, la domination américaine s’y installait, pas seulement avec ses films; une déferlante face au grand chaos de l’après-guerre…viendra plus tard la « révolution tranquille » de sa majorité humiliée, les flamands et viendra une belgique menacée coupée en morceaux…

sur ce même sujet, j’expliquais l’autre jour à mon aile bien-aimée, une fatalité maudite : nos émigrants, pendant si longtemps, trop longtemps —portugais, italiens, grecs, etc.— se joignant aux anglais d’ici, une minorité pourtant; je faisais un parallèle, à Bruxelles, les émigrants ne se joignaient pas aux flamands pourtant majoritaires dans le pays, oh non, ils s’alliaient à la minorité régnante, dominatrice, les belges francophones; ainsi, imaginons la hollande comme une province allemande avec un bon noyau d’allemands à Amsterdam, les émigrants se joindraient à cette minorité allemande et négligeraient les hollandais…c’est inévitable; à montréal, nos nouveaux venus découvraient rapidement de quel côté était la puissance —économique, culturelle aussi— un continent entier était anglophone tout autour… l’émigrant, fragilisé toujours, songe à « l’avenir le meilleur » pour ses enfants; « cui cui cui », mon histoire est finie, elle illustre l’abandon généralisé —il faudra une loi, hélas, pour stopper l’hémorragie— de ces gens qui auraient dû —normalement, naturellement— se joindre à nous français d’amérique et ne le firent point

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aile revient du magasin public d’en bas de la côte morin, là où on vend l’alcool, foule, cohue, on donne une bouteille par achat de trois, elle parvient malgré tout, sans resquille, affirme-t-elle, à acheter son stock, pour chez lynn mercredi, pour chez mimi samedi qui vient, on a vu à la télé de ces foules furibondes envahisseurs de boutiques de toutes les tailles, on veut profiter des aubaines, mouvement moutonnier curieux baptisé « boxing-day », fou mais il m’arrive de me croire anormal ne participant jamais à ces vagues courantes, l’instinct grégaire, si fort au fond de nous tous, fait cela, on se questionne :pourquoi est-ce que ces modes répandues me laissent de glace ? suis-je bien incarné ? est-ce que je vis en… asocial ? je ne veux tellement pas me sentir différent de mon monde, de mes gens, de mon groupe, bêtise ?,

enfant, nous voulions le yoyo populaire, ou le bilboquet, le bolo à la mode, on va porter la casquette à palette… comme tout le monde, on va rire à des farces cochonnes idiotes ou racistes parfois, tout le mode rigole, pourquoi pas moi ?, faiblesse maudite, pour bien montrer son appartenance au groupe, le jeune résiste mal, bien mal, à se distinguer, à résister aux us et coutumes ambiants, c’est une loi, non écrite, personne ne veut se monter comme réfractaire à ce qui excite la foule, la foule des siens

j’ai vu parfois des nouveaux-venus, surmontant un certain dédain normal, une réticence louable, se fondre volontiers dans une mode niaise puisqu’elle allait se répandant et qu’il voulait tant montrer sa bonne intégration; il n’en va pas autrement face à cette rumeur confuse qui fait que, oui, oui, il faut absolument voir tel film, lire tel bouquin, regarder telle émission de télé, le plus souvent, je fais partie des méfiants et n’en suis pas toujours content car la fierté a ses limites, il vient un moment où l’on a envie —abandonnant ses airs rebelles, sa nature profonde de dissident— oui, où on a envie de se fondre, car il est bon, il es chaud, de faire partie d’une vaste famille, d’un vaste groupe, c’est un vieux besoin enfoui en chacun de nous, mais bon, je résiste et je résisterai encore et souvent aux diktats des « jet sets » mondains, je n’aurais pas dû aller voir « gangs of new-york » par exemple, on m’avait prévenu de l’inertie d’un récit mal mené, la putain de pub fait ces ravages, l’écœurante complaisance des (souvent jeunes) commentateurs fait cet ouvrage de « suiveurs », je n’aurais pas dû acheter le Rolin « si parisien », —« tigre de papier », comme je regrette d’avoir acheter ce tout récent livre du professeur Chassay, « l’angle mort », un roman bavard et si niais, si con, si emberlificotant et si nul, histoire sans colonne, invertébrée, que j’ai abandonnée vite, où le récit est noyé dans une affreuse diarrhée d’un logogriphomane fade, mais il y avait tous ces articles aux éloges mécaniques —dans « voir » surtout— ainsi ma chère aile regrette son achat du dernier john irving, « la quatrième main », disant : « j’ai négligé tant de bémols —avertisseurs utiles pour une fois— publiés un peu partout », que d’argent gaspillé, viande à chien ! oh, à propos, notre surprise, à duvernay, à noël, quand frère-pierre et sa colette nous révèlent n’avoir éprouvé aucune émotion, aucune, au film de binamé « séraphin », on se questionne, sommes-nous devenus des sentimentaux braillards, cette « donalda » sacifiée…jouée si parfaitement pourtant… mystère, de gustibus hein ?

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émus hier au bord du lac voyant l’ami et voisin jean-paul avec sa soeur aînée en visite, tremblotante un peu, toute contente d’admirer le paysage d’hiver en laurentie retrouvée, son élocution heurtée, fragile, la voix de ceux qui achèvent de regarder un paysage aimé justement, vieillir, mourir, oui, oui, le temps roule vraiment trop vite…

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aile monte , me dit : « pour fernande, ça va pas mieux, on va la vider de tout son sang, on va lui injecter de la moelle, je ne sais trop comment ça va finir, mon frère jacques en alarme, tu sais… », le temps roule tout croche pour trop d’entre nous…à noël, elle nous dit, assise raidement, poupée blanche, sur son petit lit d’hopital très mécanisé : « qu’est-ce que j’ai fait ? », le « pourquoi moi » fatidique; « non, fernande, tu ne mérites pas cela », personne ne mérite rien de mauvais, cette lancinante question quand on tombe, quand tombe le malheur sur soi —ou sur quelqu’un qu’on aime— ce terrible « qu’est-ce que j’ai fait », —sous-entendu :de mal— comme l’enfant puni sans raison, se sachant innocent, « pourquoi moi » ?; le temps roule de travers parfois, il roule tout croche pour ceux que nous aimons, victimes de malchance, peu importe la belle zizique à la radio, les tites lumières joyeuses pendues aux sapins ici, pendues aux balcons des maisons de ville, partout quand on roulait mercredi dans la noirceur, dans des rues si pauvres parfois…Éclate soudain tantôt à mon poste : « glo-ooo-ria… in excelsis deo… », si jamais on me laisse monter au plus haut des cieux, si jamais je rencontre ce Yaveh, oh lui, « l’éternel » ! Bon… me taire, redevenir modeste, aller lire cet « épître aux corinthiens » juste pour voir, pour savoir pourquoi nietzsche aimait tant ce vieux texte écrit d’abord en grec, tiens. !