Journal – 19 Décembre 2002

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oui, comme chaque année, énervement quand s’achève une année, quand se pointe une nouvelle année, bêtise, oui, peut-être, car, au fond des choses, bien savoir qu’on ne changera pas, qu’on reste semblable, vouloir, tellement vouloir, une mue, être différent, nos faisons pitié avec ce désir de transformation alors que l’on traîne avec soi les mêmes valeurs, les mêmes habitudes, les mêmes tendances, foie, je me dis : s’en aller, vivre ailleurs, autrement, couper, oh, mais couper fait mal, comment accepter une distanciation qui fait peur, la vérité, ne pas vouloir changer vraiment, on aime bien ses petites affaites, pas vrai, la routine triomphe, je me secoue, faux que je n’arriverai pas à changer, à évoluer, le créateur, dans tous les domaines, souhaite un neuf projet, un travail qui le fera creuser une niche nouvelle, je lis la vie d’un auteur reconnu, je le vois s’instruire et puis tenter de faire sa marque, Raymond Queneau, le papa de «Zazie dans le métro », éducation de petit normand catholique, famille bourgeoise, monte à Paris, décroche un diplôme d’université et puis décide qu’il sera écrivain, il va d’abord, dans la vingtaine, se coller au pape André Breton et puis prendra ses distances, son refus permanent d’embrigadement, trois premiers romans assez (trop ?) hermétiques, à trente ans il va vagabonder, journalisme, employé-lecteur chez Gallimard (jusqu’à sa mort en 1976), Queneau n’aura pas les succès de son camarade Prévert, lui, Prévert, moins cérébral, Queneau entiché de notions mathématiques, aussi curieux de parapsychologie, par exemple, il demande une rencontre avec la stigmatisée, Thérèse Neumann, étudie minutieusement l’art des fous, s’égare dans des chemins d’un « encyclopédisme » flagrant, oh la la, je songeais sans cesse aux nôtres, même époque, un univers les sépare, Queneau nage dans des eaux intellectuelles savantes, ici, un Roger Lemelin tente de s’élever avec des moyens d’une modestie totale, une Gabrielle Roy rédige des articles commandés, un Yves Thériault joue le cow-boy à une radio des Maritimes, oui, un monde entre ces écrivains de France et les nôtres

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j’observe de ma fenêtre des véhicules sur le lac, comme chaque année, l’on trace trois grands anneaux, l’un pour les patineurs, l’un pour les skieurs de fond, le dernier, le plus large pour les promeneurs, viendront des bancs de reps, viendra le week-end et de pas trop d’utilisateurs de ces aires pour résidents et visiteurs, voici donc l’hiver installé sérieusement, une centaine de jours avec la blancheur, déjà je m’ennuie des feuilles et des fleurs, fou cela, hier rue Lesage, écouter deux golfeurs pépiant joyeusement sur leurs projets d’exil pour bientôt en France du sud, volée de bonnes adresses, pour délicieux restaus, sites fameux sur la côte d’azur, grands bourgeois qui vont fuir notre hiver, j’aurais les moyens de les imiter désormais, je questionne, « oublier ça, la France et les belles plages chaudes, c’est deux choses », me dit mon voisin, compris mais je refuse la Floride et on ne va à Cuba ou en Guadeloupe pour deux mois, je resterai ici une fois de plus,

je vois bien que je ne serai jamais un « snow bird » évitant l’hiver québécois, Aile qui me dit : « va-y, reprend le ski alpin, je resterai à t’attendre, toi en ski ou devant ton clavier, ça changera quoi », justement, tout car, à mon clavier, nous sommes ensemble tout de même, sous le même toit, non ?, oui, oui, les bons juges, « dépendance affective », mais oui, un couple uni fait cela, et si Aile insiste, je m’entends lui dire : « non, pas de ski alpin, non, à mon âge, s’il fallait que je me casse une patte, les ennuis, le lit d’hôpital, les soins de réparation, non, non », je ne m’ennuie jamais, accompagner Raymond Queneau jusqu’à son tombeau, et puis ce sera un autre, pondre ces images pour le Jacob, éditeur beauceron, à un moment donné, plonger radicalement, tout janvier ?, dans la rédaction de mon « éxilé », guetter des méls sur mon i-Mac bleu, y répondre, au fond voyager sans cesse par la lecture, être étonné si souvent par « les actualités », journaux, radio, télé, voilà comment va se vivre cette fin de décembre et le début de 2003, une vague honte, bien savoir que je resterai le même, chasser cette envie, ridicule ?, d’un « je » devenant « un autre », eh oui, au diable cette anxiété, en fin de compte bien comprendre —et mal accepter— que le temps coule, puissant fleuve indifférent à nos desiderata folichons

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le « couac » de ce mois m’encadre —pour me citer— parlant dans mon « À cœur de jour », affectueusement, de cet hebdo d’iconoclastes enragés; mon beaulieu hier au téléphone : « claude, pas encore un seul article pour recenser ton journal, bizarre ça » !, non, et aucun « pré-papier » dans les gros quotidiens, suis habitué, « l’annuel jasmin » ce n’est pas de la nouvelle littéraire, ça m’apprendra à tant publier; beaulieu, répondant à mes reproches « aucune pub », me dira : « fini le devoir et compagnie mais j’ai mis des annonces dans toutes nos revues littéraires », eh b’en !, bien servi, moi justement le fuyard de ce maigre monde littéraire à lectorat confidentiel , ensuite, à sa demande, ai trouvé le titre du tome deux pour le « salon du livre de québec » au printemps : « tuer le temps », et, en exergue, il y aura de jean genêt : « Je tue le temps et le temps me tue, nous sommes entre assassins », me reste l’interview dans cet « accès laurentides » de samedi qui vient, aussi, dans « l’express d’outremont », me voilà donc « écrivain de quartier, de région » !, ça m’amuse, l’hebdo de Prévost voudrait un « deux pages », « la vallée » a voulu un conte de noël; retour à la case départ quoi quand je tentais de me faire imprimer dans « le progrès de villeray » à dix-neuf ans

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ce soir, notre joyeuse « bande des six » à la bonne bouffe d’avant noël chez france-la-veuve dans son île des sœur, demain matin, lecture de mon conte-rituel pour paul arcand à ckac, l’après-midi, party des fêtes avec les équipes de « tous les matins », samedi nous fêterons mon marcogendre en « tout neuf cinquantenaire » —déjà?— c’était hier, il me semble, que le soupirant de ma fille, à bordeaux —un chemin de fer du cpr séparait les deux tourtereaux— frais diplômé de « concordia university », debout dans ma vieille camaro rouge rouillée, arrosait en rigolant le plancher de cette bagnole vendue pas cher; mercredi prochain, repas « du grand jour » —« alla collette »— à duvernay de laval, chez le frérot d’Aile, et, enfin, au jour de l’an nouveau, la tribu en entier chez mon fils, à ahuntsic…et puis fin des agapes rituelles, je serai attablé pour en finir avec cet « exilé », ou non, ce sera la mise en marche d’un autre paquet de jours, douze mois, 365 jours, et pour noël 2003, je me lamenterai de nouveau : comment muer, changer, devenir « un autre », connerie ?

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le ciel est bien gris en ce jeudi de l’avent, à la radio, le midi et quinze, chroniqueurs et auditeurs jasent, funeste impression d’un bavardage vain, est-ce je deviens blasé, pas mon genre pourtant, mille et mille opinions déferlent partout, la loi immuable de la démocratie certes, pourtant la hantise d’une vaste inutilité, je devine trop bien, derrière ceux qui défendent des idées, des lots énormes de citoyens seulement accaparés par les petits devoirs du temps des fêtes : quoi donner en cadeau ?, et j’imagine la faramineuse foule aux comptoirs dans tous les centres commerciaux, carte de crédit en l’air, cherchant l’objet qui fera plaisir; m’émouvoir au fond de tant de quêtes sympathiques, candides, oui, vouloir rester léger, désirer être en sympathie avec la population qui oublie volontiers de vastes continents —afrique, inde, amérique du sud, amérique centrale— remplis de démunis qui n’ont pas nos loisirs, nos moyens de dépenser; en finir parfois, j’en rêve, avec cette maudite mauvaise conscience, des intellectuels, des écre-vices dans mon genre, ah oui, comment redevenir un enfant, bien égocentrique, très innocent, cet enfant que j’ai tété, si content de voir seulement les ampoules électriques si colorées dans le parterre de monsieur le notaire, de monsieur le docteur, voisins riches rue saint-denis …, s’exciter d’entrer à l’église paroissiale, à minuit, oh à minuit !, d’entendre le père de claude léveillée, maître chante à sainte-cécile, rue de castelnau, dans son jubé, s’époumonant d’un « minuit chrétiens… »; non, c’est terminé l’innocence, ne reste que la nostalgie, ne restent que des souvenirs, le mains vides ?, les mains pleine aussi de la lucidité qui nous encombre mais, oui, on le sait bien qu’elle est utile, il faut s’indigner du sort, du très mauvais sort, des autres, ailleurs, et, trop souvent, dans nos alentours, hier encore, raflant trois bonnes tourtières de l’école hôtelière, 4.50$, j’ai vu un dame, vêtue modestement, répondant à une « riche », un peu gênée : « non, j’en prends pas, sont trop chers, ma fille, des tourtières, elle m’a promis de m’en faire en masse », je l’ai vu, au milieu de nos voitures, qui rentrait chez elle, à pied, son petit sac pressé dans ses bras; j’ai revu en pensée les excellents décors adèlois du film « séraphin » : on a bien respecté le site —j’ai vu une monographie avec photos du village de jadis— l’église, que je revois, rue Lesage, en pierres, était une modeste petite chapelle de bois, et les pionnières faisaient leurs tourtières, pas de chic comptoir pour les paresseux dans notre genre, pas d’anneaux de glace vive et bien entretenue sur le lac Rond en 1880

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pierre samuel chaleureux sur courriel : « en 1960 vos m’aviez dédicacé « la corde au cou », au premier salon du livre, avec Godin, Major (« parti-pris »), vous représentiez pour moi un grand bol d’air frais, comme les « automatistes » avant vous… »,

il ajoute : « maintenant la vague est haute et les nageurs tellement prudents », je lui parle de la relève, d’un jeune parenteau (chez le bigot) par exemple; mon fleurdelisé tout rataplan sur la rive du lac, pas le moindre vent, un temps d’arrêt, d’attente, hier, mes petits-fils au téléphone, je ne décèle plus l’excitation du temps d’avant noël quand ils étaient plus jeunes, des voix d’homme désormais, des propos calmes, raisonnables, terminé les « papi, on a tellement hâte aux cadeaux, d’ouvrir tes gros « bas de noël » suspendues hauts, cloués aux chambranles de nos chambres »,quoi, resterons-nous toute notre vie comme inconsolables, accrochés maladivement à nos enfances, à ces temps de joie niaise ?, non, non, il ne faut pas, il faut parvenir à cette joie « gionesque » et qu’elle demeure; comment garder sa joie quand Aille téléphone chez son frère pour mieux avoir comment évolue un sale cancer accroché après la belle-sœur Fernande, qui se débat, se défend se fait soigner —chimio et radiothérapie— « c’est le cancer le mieux maîtrisable disent mes docteurs », soulagement un peu, pas de joie, oh non, juste l’espoir, fernande viendra-t-elle à duvernay ?, guy lachance de ckac : « claude, faut couper dans ton conte pour vendredi matin, beaucoup trop long », je coupe, toujours trop long les écrivains, tassez-vous entre les pubs

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aile part pour son centre d’entraînement physique dans l’ancien hôtel « le totem », cette épaule qui l’a fait souffrir, en venir à bout, à son retour, encore devoir garnir le petit frigo portable et en voiture vers cette « île aux nonnes », margot larin-chenard, ancêtre guillerette, m’expédie une longue fameuse lettre remplie de souvenirs étonnants, je lui téléphone : « oui, un jour, je passerai à votre centre d’asbestos, rue simoneau, oui, on jasera sur l’époque des aïeux », un peu sourde comme moi, on se chevauche dans nos propos, et on en rit, voilà que mon fils, travailleur autonome, accepte d’aller bosser quelques jours par semaine chez publicor, pour de la « fabrication de livres », explique-t-il, il a misé trop bas dans une « offre d’achat » pour un chalet bon marché au lac marois, l’affaire lui échappe, semble pas vraiment déçu; un courriel étatsunien du « burlington art centre » : mon père mort mis sur un site web d’artisans émérites là-bas, comme « valeureux céramiste primitif », papa pas vraiment mort donc, je serais disposé à « donner » (disons contre crédit d’impôts ) toutes les céramiques du paternel, édouard jasmin, au musée de trois rivières mais…on me dit qu’il est fermé faute de fonds publics, ah !; je garde pas loin un terrible témoignage —paru le 30 novembre— de sébastien hotte, le fils aîné du tueur Jocelyn, ex-agent de la rcmp, il dit : « il était resté avec ma mère pour protéger les enfants, nous… j’avais l’impression de parler à un jeune enfant, j’avais peur qu’il se suicide tant mon père déprimait… maintenant, nous vivons une tragédie », non, je n’arrive pas à jeter cette coupure, le romancier ramasse et garde ainsi des bouts de vérité tragique, au cas où… non, je viens de le mettre à la poubelle, c’est fini le genre romancier dramatique, je dois pas l’oublier, il n’y aura plus jamais de « corde au cou » dans mes projets, j’ai vieilli…

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fou, je repense encore au roman de dame sissie (!) labrèche, titre « la brèche », symbole du vagin, je n’en reviens toujours pas de cette histoire de copulations frénétiques et bien molles à la fois, entre un gras Tchékie et une (sic) Kikie; l’étrange relation tordue entre l’étudiante en lettres et ce vieux prof « à grosse bedaine », est-il souvent spécifié, l’épouse cocufiée montrée, évidemment, en grosse conne vache aux chairs étirées… un récit de désaxée totale, un appel clair au voyeurisme le pus grossier; aventure sinistre d’une groupie bien sotte et qui dit avoir vécu avec deux folles, sa mère et sa grand mère, dans les punaises et les coquerelles, qui, pourtant, fait une savante thèse à l’université tout de même; comment y croire, une jeune auteure qui pimente en masse, un « putain » numéro deux, tome deux, sauce nelly arcand; mode curieuse où des pages et des pages distillent des images de génitalité furibonde, les coulis de bave, du sang menstruel bien entendu, ce duo mal assorti se démène en sauces gluantes : pas de pénétration, jamais, ah ?, infantilisme du vieux prof de 56 ans ?, jus de vulve, sperme sur les joues; on se questionne : un besoin de quoi au juste, un goût de « commerce littéraire », j’en ai bien peur, la littérature à hauteur du « suçons-nous les uns les autres », puis ça veut un enfant, l’incroyable désir de l’hallucinée et, en finale, séquence classique, banale et prévisible, tentative de suicide de la jeune tordue; franchement, lire deviendrait « voyeuriser » le malheur sexuel d’un vieux con abuseur et dominateur avec sa masochiste enchaînée, pouah, ça pue fort, croyez-moi, et boréal décrétait : « bon à tirer », ah oui, c’est bonjour « le commerce du livre », le plus triste : cette « labrèche » a du talent, ici et là, de très bonnes lignes avec du style étonnant, quelle erreur de viser seulement à hauteur du cul, quelle tristesse et quel mépris des lecteurs, quelle manque de confiance en soi

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ah, un vent d’ouest s’est levé, mon drapeau lève, la météo annonce de la pluie, consternation imaginable des proprios de centres de ski par ici, bon, j’avais voulu du journal plus trépidant, j’y arrive mal, le talent, le talent, en arriver à échapper aux éphémérides ordinaires de la vie ordinaire, non, impossible, comment s’empêcher de parler de ce bush-père vu à historia hier soir, un président mal servi quand l’économie s’écroule, un bonhomme qui a retenu son cheval et fait finir vite la guerre du koweit, refusant de traquer le saddam hussein, assez de morts, aurait-il dit, éviter de commenter de trop ce film ancien, de Tati, qui vieillit bien mal; « les vacances de m’sieur hulot » en une suite de séquences bien soporifiques, hier à artv, notre bien-aimé cinéma vénéré, maintenant du cinéma d’amateur très ténu, fragile, les choses aimées qui se métamorphosent en choses méprisables, aile et moi étonnés, « on trouvait ça si fort, jeunes », mais oui, tout change, ainsi, le passé sous examen, j’achève « le livre noir du canada » du vaillant normand lester, long chapitre instructif sur le racisme effroyable des anglais d’ici, la haine des japonais, même avant la guerre, horrible, découverte utile : ces canadians détestaient viscéralement les Juifs, les japonais, les canadiens-français, les chinois, vraiment des racistes pitoyables, les faits abondes, les vérifications bien montrées par lester, c’est pour tant des nôtres une révélation, quoi, « ces gens-là », m’sieur brel, nous dépeignaient en racistes fascistes maladifs mais ils furent, eux, pires que tout, il faudrait faire lire cet indispensable « manuel scolaire » impitoyable chez nos écoliers, pourquoi, pour qu’ils sachent démasquer nos accusateurs, pour qu’ils apprennent les sources de la francophobie ambiante, ils sont si nombreux les oublieux, les sucrés qui disent « il faut s’entendre, ils furent bons envers nous, ils nous tant apporté, toutes ces fadaises que répandent les zouaves du bon ententisme « coast to coast », une bible rare ce livre noir…

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la bonne mémoire ce n’est pas la haine, c’est du « je me souviens » essentiel, c’est bien savoir les racines de nos malheurs, la mémoire c’est le sang de la vie, de l’histoire, henry miller acceptait le cri du parisien : « la mission de l’homme sur terre est de se souvenir »; trop de monde vit sans cette mémoire utile, ils vivent au jour le jour, ils sont des épaves, des bois morts qui flottent sur la mer trop tranquille des endormis, victimes sottes des événements, refusent de avoir d’où nous venons et ne savent donc pas où ils vont, se laissent dériver, n’ont aucun sens à donner à leur existence, ils vont en aveugles, « dodo, métro, boulot », c’est un devoir qu’il faut se donner —si on les aime vraiment nos concitoyens manipulés— ils n’aimeront pas cela au début, un devoir : les réveiller, chante l’acadien déporté, zacharie richard —qui dormait lui aussi, il le disait l’autre soir chez christiane charrette— chante maintenant avec lui, pauvre anesthésié d’ici : « réveille, réveille » ! ça n’empêchera pas la joie, ça n’empêche pas le bonheur, non, non, savoir n’assombrit pas, se souvenir ne tend pas nécessairement triste, allons, au contraire, c’est un tremplin formidable, pour refuser les manigances des fédérats, pour retrousser les manches et , désormais, vouloir toute notre liberté, ainsi, l’autre soir, au film de binamé, revoyant l’exploitation des politiciens retors sur les misérables villageois adélois, on se disait, je me disais, c’est le passé mais plus jamais… à jamais prendre la défense des nôtres, ne plus jamais laisser dire des inepties sur les nôtres, nous n’étions pas des racistes —s’il y avait un noyau de désaxés— encore moins des fascistes, nous ne sommes pas, collectivement, des caves, c’est faux, c’est du racisme inverti les bobards de diffamateurs intéressés, racistes, ces assertions sordides des Esther Delisle, des Francis, des PitBull Johnson, des Mauditkakailles Richler et cie, il y a parmi nous plein de citoyens, mieux informés, décidés à vivre debout, en cette fin d’année, j’y crois plus que jamais et je ris de ces urgentissimes dadais qui baissent les bras; des nations durent attendrent des centaines d’années avant leur liberté, ici, après 50 ans de luttes, on en voit qui se découragent, allons, je suis certain, très sûr, qu’un jour viendra où nous l’aurons notre état français, c’est écrit c’est si normal, inévitable partout sur la planète, comique d’entendre, autour de john charest ou du mario-adq, que « c’est assez le vœu de la souveraineté », au RIN, jadis, c’était pas même 10 % mais en 1980, c’était 50% des nôtres votant « oui », en 1995, c’était 60% des nôtres, pourquoi cette rengaine répandue : « l’indépendance, les gens ne veulent plus en entendre parler » ? du « whisfull thinking » dit-on aux USA, celui de nos adversaires —dont les « saboteurs », pas d’autre qualificatif pour les députés libéraux à Ottawa— une propagande entretenue par nos bons maîtres et leurs valets stipendiés….maintenant, accrocher un sourire à ma face, pas difficile, je suis d’un tempérament joyeux, et m’en aller fêter chez la chère France, demain matin livrer à ckac un autre petit pan de mon passé dans villeray et voir mon tit-paul arcand, goguenard, qui va m’écouter raconter un orphelin, rue christophe-colomb, hélas jamais revu… maintenant, je la connais, aile va sortir mon « beau linge », mon veston noir comme en cachemire, ma cravate et ma chemise comme en or, un vrai p’tit roi mage, elle va me sourire —j’aime ses si beaux yeux quand elle me sourit— me dira : « parle pas trop ce soir, écoute les autres, pas de farces trop crues, ne bois pas trop »; je l’aime, c’est vraiment un ange gardien incomparable vous savez…

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Dimanche soir, le 5 janvier, Jasmin sera interviewé à « PARLEZ_MOI DES FEMMES » par Denise Bombardier à Radio-22h.30 à la SRC. Mais avant ça:

Vendredi 20 décembre à CKAC, Jasmin et son conte de Noël (vous en recevrez le texte la veille!

Mardi le 24 décembre, le matin de la veille de Noël, vers 11h et 45 à « TOUS LES MATINS », Claude Jasmin, devant quelques enfants en studio, racontera un conte de Noël: « Le dragon de Noël ». On pourra ainsi voir à l’oeuvre, à chaud,ce « papi raconteur » tel qu’il le fut dans la chambre de ses petits-fils de 1985 à 1995. Ne pas rater cet exercice d’impro !

Le lundi 21 octobre 2002

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Ce lundi matin : je lève le store, soleil flamboyant sur mes érables, bouqet fleuri d’ocres, d’orangés, de rouges, de citrons et, autour, contraste aveuglant, la neige de cette nuit, si blanche. Oh ! La beauté naturaliste ne finit pas d’éblouir, non ?
Miche de Sherbrooke, choqué pour moi, lui ayant raconté avoir été chassé du collège (après l’année de l’Immatriculation) et traité dans un « billet aux parents », d’indésirable. Peine atroce de ma mère, déception cruelle pour mon père. Moi choqué, bouleversé, de ce mot affreux, cruel : « élève indésirable ». Le collège actuel a changé d’idée ? On va me nommer « élève à imiter » ! C’est bin pur dire. Pas dupe, je sais bien qu’on veut mousser l ‘Institution du « boule Crémazie » en se servant de ma notoriété et je marche volontiers car j’ai connu quatre ans de bonheur au Grasset malgré certains incidents. Cette Miche me raconte avec talent ses souvenirs de « chouchou » —« pas docile mais peureuse »— du couvent et en profite pour proclamer qu’elle a connu des nonnes formidables, ce qui est toujours vrai.
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Hier, beau soleil, Aile me voyant aux petites orgues de mon clavier : « Clo ? Je pars marcher » ! Je partirai à mon tour mais je ne la vois plus. Je la cherche mon Aile bien aimé. Aller vers l’est ou vers l’ouest ? Je tourne en rond rue Morin, pas trop loin de la maison. Introuvable ! Revenue, elle me voit transporter chaises et tables de la terrasse, accoter la planche à voile sur le saule, poser un tuteur pour le bouleau penché, et quoi encore ? Heureux de nous retrouver comme si elle avait fui le domicile conjugale…Non mais…Dépendance affective ?
Quelques rares liseurs du journal me disent leur désolation ayant annoncé que cela s’achevait. Ils me troublent. « On est responsable de ce que l’on apprivoise… », m’écrit un lecteur saintexupérien. Vrai. Mais bon, Dieu sait ce que je pourrai pondre sur internet. Ce « collier » du journal m’est pesant. Me sentais pas vraiment libre et pour moi, la liberté ( qui m’a coûté cher parfois) c’est sacré. Je donnerai à mon webmaestre, Marco, des textes divers, c’est plus que probable.
Durant les pubs criardes, hier soir, je glane dans un livre de Jean Marcel (« Lettres de Siam » chez « L’Hexagone ») : « le bouddhisme n’a jamais fait se répandre une seule goutte de sans en plus de 2,000 d’existence, quelle autre institution spirituelle peut en dire autant » ? Trop vrai ! Mon Daniel qui s’approche de cette planète asiatique sera content.
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« Ici, Joyce Napier, à Jérusalem », voilà une excellente correspondante de la SRC, aussi ce « Ici, Christine Saint-Pierre, à Washington ». Une autre bien parfaite. Écrire cela pour montrer que je ne suis pas que négatif avec ces voix d’ailleurs à Radio-Canada.
Cessera-t-on un jour de nommer « juif » tous les Israélites de la diaspora ? Plusieurs ne sont pas des « pratiquants ». Chez les Israéliens, à l’est (comme ici à l’ouest) il y a beaucoup d’agnostiques, des athées aussi, on le sait pourtant. Juif, c’est une religion. On ne marque pas « catholique » ou « Chrétien » tous les baptisés de la planète ! Et puis il y a des gens, hors cette nation, convertis à la religion juive. Dans le même sens, Pierre Bourgault (à la radio de Bazzo) fustigeait qu’on marque « Iraquien » (chez la mère Dussault à Télé-Québec) des invités en forum qui sont des Québécois désormais. Il avait bien raison. Facile de mettre un carton marqué : Iraquo-Québécois comme on dit Italo-Québécois.
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J’ai vu « Bilan » de Dubé, filmé par Lorrraine Pintal, adapté (?) par Gilles Desjardins, hier à la télé. Une dramatique bien noire. Qui laisse froid. Pourquoi ? Aucun des personnages n’est sympathique…à part peut-être ce bras-droit, Gaston…et encore ? Ainsi, le téléspectateur de cette famille bourgeoise cassée, perdue, écrabouillée, n’arrive pas à sympathiser —avec personne. Le héros de « Bilan » est une fameux salaud —fort bien rendu par mon cher Vincent Bilodeau— et qu’il se fasse déculotter ne nous émeut pas un instant. Aile d’accord là-dessus. Dans « Mort d’un commis-voyageur » (pour seul exemple), le héros arrache l’empathie. C’est une victime. Dubé, délaissant les « pauvres », décidait de dépeindre les « riches » un jour, et y allait avec une encre impitoyable. : « tous des corrompus ». Vision manichéenne qui lui aliéna une grande part de son public. N’empêche que l’on s’ennuie (les ges de ma génération) du « Téléthéâtre » de jadis.
Avant « Bilan », vu un fort bon docu sur Marcel Duchamp à ARTV. Ce personnage, surréaliste à sa façon, étonnant révolutionnaire en art, fut un pionnier pour secouer le monde visuel, à Paris comme à New-York dans les années ’20. Duchamp (que j’enseignais à mes jeunes élèves avec délectation ) termina sa vie… en jouant aux échecs. En expert ! Cet abandon subit des arts visuels… Il a tenté de l’expliquer mais cela reste un mystère.
Après « Bilan » nous zappons sur « Actors Studio » et c’est, s’achevant, la rencontre de Lipton avec Melanie Griffith. Timide, mal à l’aise (elle aurait jasé sur sa dépendance aux drogues) l’actrice montrait une étrange personnalité. Ah, ellle déclare qu’elle tient son journal sur Internet ! La vilaine copieuse ! Dit que c’est « une sorte de thérapie » (hen ?) pour elle ! À la fin, Aile : « Elle semble bien tristounette la dame » ! Oh oui ! Le réservoir des forts talents s’épuise-t-il chez le père Lipton. On dirait.
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À « Découvertes » hier, utile dumping de la BBC encore, le cloning humain. Débat filmé. Controverse vivifiante. Un « pro cloning humain » dira : « Il faut penser aux couples inféconds » ! Sommes-nous deux vieux schnokes ? Aile, comme moi, toute dubitative : « Laissons donc la nature faire son ouvrage… ». Oui mais… ouvrage bien cruel, bien injuste parfois.
Mon Éliane au téléphone avant le souper. Longue jasette père-fille. Des nouvelles des garçons. Gabriel voulant devenir chef d’orchestre, songe à un DEC là-dedans. Mère inquiète. Laurent irait aussi à « Dawson college ». Je ne dis rien. David (en administration à Concordia)veut maintenant virer vers le droit ! Pauvres parents ! Je me suis souvenu de mes anxiétés quand Éliane et Daniel jonglaient « avenir ». On veut pas trop orienter, on souhaite la liberté mais… Éliane me dit que ce chalet au Lac Caché, c’est « non » ! Les fils : « On ira pas là, pensez-pas nous y voir, on a tous nos amis en ville », etc.
Le drôle Laporte, La Presse du dimanche, nous fait litre le journal intime (Ah, le journal !) de la Reine Bebeth-Deux. Voilà la monarque, toute émoustillée, libido enfin relâchée, profondément troublée par ce bras autour du cou à Otttawa. Il m’a fait éclater de rire.
L’astro-physicien bon vulgarisateur, né ici, vivant en France, Hubert Reeves a jasé 50 heures face à sa réalisatrice Cardin-Rossignol. Elle en a gardé…une seule heure ! Ah, ce gaspillage. Il déclare : « Je suis découragé et volontairement optimiste car devenir négatif n’arrangerait rien ». C’est mon programme de vie.
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Martel, le plus fidèle chroniqueur de nos livres, vantait dimanche, énormément, un récent roman : « Banlieue » de Yergeau. Hélas, Martel n’a aucun talent pour bien transmettre à son lectorat ses choix, ses bonheurs de lecture (toujours éclairés). Il en sort donc encore un article plat qui n’amènera guère de lecteurs chez les libraires. Réginald Martel ferait mieux de publier des interviews avec ses favoris s’il souhaite vraiment les aider. C’est un bon questionneur. Mais, paresseux ?, il le fait une ou deux fois par année. Et pas chaque année, hélas ! C’est quoi, un don ?, de pouvoir faire aimer ce qu’on a aimé, de donner l’envie d’aller vite chez le libraire du quartier. Sa prose hebdomadaire est comme un devoir scolaire, il n’y peut rien. Il y a du prof ennuyeux chez lui. Dans la vie l’homme est autrement chaleureux, je l’ai un tout peu fréquenté jadis (rencontres d’écrivains, interviews). On verra ici que je ne cherche pas à me protéger comme auteur. Martel aime la franchise et n’est pas rancunier.
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Un policier-auteur, Farrell, dénonce la police secrète d’Ottawa. Le SCRS. En créant notre FBI-CIA bien à nous , on a voulu corriger la sale et illégaliste « GRC », engluée dans des scandales énormes, on le sait. Eh bien, ce serait encore pire avec ce SRSC ! C’est 2000 bonshommes disposés à sombrer dans les fautes graves d’éthique, ce serait 200 millions de notre argent public pour propager ces « truands » en uniforme. Horreur ! Et, dissidents de tout poil, ouatchez bien vos lignes, pour un oui ou un non, on vous met « sur écoute », on ouvre votre courrier. Un autre « ancien » de ce SCRS confirme les odieuses révélations de ce Farrell.
Le voisin d’en face bourre des tas de gros sacs orangé.s de feuilles mortes. Pourtant les feuillus ne sont pas encore dépouillés vraiment ! Un zèle rare. Un besoin de propreté pathologique ?
C’est l’attente de novembre, le mois le plus laid de nos quatre saisons. Pire que mars qui est pas rigolo. J’ai vidé le reste des jardinières d’Aile, si belles cet été, flop ! flop! la terre sur les pieds des lilas encore verts, eux, les tenaces.
8-
J’ai terminé « Le joueur de flûte » de Louis Hamelin. Heureusement, au milieu du roman, l’auteur se concentre sur ce pauvre Tit-Luc Blouin qui tente de trouver son père abandonneur. Il le verra au bout des sentiers sauvages dans son « schack » en ruine, avec une femme fanée et soumise, une torcheuse du « grand esprit raté » —comme toujours avec ces zigues révolutionnaires ! Le meneur d’antan, l’entraîneur « joueur de flûte » fatal, est devenu une loque humaine, dopé à la codéine et à l’Absolut (vodka). Ce sinistre papa va se tirer une balle après avoir deviné que le tit-Blouin est son fils oublié.
Hamelin a un talent rare pour décrire. Je ne regrette pas d’avoir continué ce « Joueur de flûte » malgré mes réticences du début avec trop de monde dans le domaine « vancouvérien » des cocos écolos, des granos désaxés. Un portrait cruel. Un liseur « à premier degré » pourrait croire à une charge terrible de Hamelin contre ce monde de « vieux ados » déboussolés. Ces paresseux rêveurs (on en connaît tous), en effet, sont dépeints en misérables candides, enchaînés à des idéaux de pacotille et surtout aux hallucinogènes de toute farine, de tout champignon ou herbes sauvages. La finale verse dans l’onirisme et c’est bien foutu. Tit-Luc est cuit. Il rampe dans le tronc d’un arbre géant évidé par les tempêtes, crapahute vers un coin de ciel bleu, orphelin, il a des ailles imaginaires. En bas, la police scie le vieux feuillu. C’est la fin des protestataires généreux, crasseux bohémiens modernes, gitans à cause noble aux cervelles fêlées. Partout, la police gagne ? Les « coupeurs à blanc » triomphent ? Les Indiens reculent ? Les idéalistes sont broyés ? Un très bon roman, Martel, tiens, avait bien raison.
9-
Samedi après-midi, soudainement, la brume partout ! Ensuite, le soleil s’avance là-dessus. Oh ! Belle bataille de lumières. La beauté encore ! Aile : « Clo ? T’as vu ça ? Dehors ? Tu regardes ça » ? Oui, je regarde ça et c’est troublant. Le soir, film loué par Aile, « Une hirondelle ne fait pas le printemps » avec Seigner (fille du grand acteur) et Michel Serrault toujours juste. Cristine Caron signe. Une urbaine (de Paris) quitte la grande ville et étudie (un peu) l’agronomie, achète la ferme du vieux bougon (Serrault). Le ronchon acariâtre l’observe et doute de ses capacités, il peut jouir (pour un temps) d’une maison collée à la ferme. Choc de deux mondes. Amusant récit de la débrouillardise de la jeune dame. Péripéties qu’on voit venir. Histoire en apparence banale. Un film amusant, sans plus. Une fin ouverte comme un roman inachevé. Pas plate ! Pas fort !
Vu Molinari —une vieille femme— à « Tablo » et qui ose parer « impulsion » alors qu’il « beurre » entre des papiers collants. J’ai toujours aimé son esprit, sa faconde. Hélas pas ses toiles. Critique j’avais osé mettre : « fabriquant d’auvents » ! La vérité à mes yeux, lui et son « masking tape » et ses raies colorées. Il me chicana raide un temps. On le voit à « Tablo » posant toujours son maudit « tape ». Misère picturale, suiveur docile des Mondrian et Cie. Des plasticiens expérimentaux du début du siècle. Il jase mieux qu’il peint. Persistant en farouche « manufacturier » de bandes colorées (décorateur ?), mon Moli (installé dans une vieille petite banque d’Hochelaga) a fini par être amalgamé avec les « anciens » du vieux fort contingenté de nos peintres « historiques ». Grand bien lui fasse…en subventions. Pour la caméra, cabotinant, mon Moli a repris un truc de sa jeunesse : barbouiller une bout de toile « à tubes que veux-tu », les yeux bandés. À l’aveugle. Résultat :une bouillis fade. On le voit la bouche crochie. On le comprend de rependre son « masquing tape » !
10-
À « Tablo » ces ouvrages venus de « Loto-Québec-collection », avec « bla-bla » de doctes connoisseurs —ce qu’ils disent, sauce passe-partout à la Guy Robert, « fitterait » avec n’importe quel peintre— font songer à de la complaisance niaise pour un commanditaire. Insupportable ! Justement, téléphone tantôt : « M’sieu Jasmin? ARTV très satisfaite de notre série « Tablo », on vous prévient qu’il y aura des « passes » (reprises) supplémentaires. On va vous envoyer un papier à signer ». Tant mieux !
J’ai envoyé hier, pour un tome futur, les entrées de juillet, août et septembre à la « saisisseuse de textes » de Victor-le-matamore. Ce matin, un « OK, bien reçu » de cette Martine Aubut. Sortie quand ? Pour le Salon du livre de Québec, en mai 2003 ?
Je feuillète le magazine « L’Âge d’or » de novembre où, sur quatre pages avec photos, est installé mon entretien avec Stanton. Médicaments, prothèses, dents, oreille, yeux…Hum ! Recettes prudentes pour les vieux. Voyages organisés pour les vieux. Ouengne !
11-
Je lis que « Van Houtte » va s’installer jusqu’en Europe. Pauvre pôpa ! En 1925, à vingt ans, financé par sa moman veuve, il tente « son » Van Houtte à lui. Trois magasins. Échec total. Aucun sens des affaires, c’est certain. Il finira, penaud, à vingt-cinq ans, par faire creuser la cave du logis familial et vendra des hamburgers et des « grill cheese » durant de longues décennies, enfermé sept jours sur sept, de 9h à une heure du matin. Pauvre pôpa !
Le cas Foglia. Au fond, il se raconte en racontant à Moscou un ami émigrant. Foglia gémit que c’est dur d’émigrer. On n’en doute pas. Pas moi en tous cas. Il gémit. De là son humour coriace, ses critiques acerbes parfois. On s’en ira pédaler fréquemment en Nouvelle-Angleterre. C’est les USA rêvés. Son ami moscovite imprudent, un physicien, est dans la « guénille » à Ahuntsic. À salaire minimum ! « Je l’avais pourtant prévenu », dira Foglia ! Clair message : dur d’émigrer.
En Écosse (pas encore vraiment ibre !), un politicien con parle du Québec : « Danger de vouloir l’Indépendance, voyez le Québec, tout s’écroule depuis leurs referendums ». L’ignare. Depuis 1995, le PNB, ici, est le meilleur de toute la (fausse ) confédération. Daniel Audet ( à Londres) lui a fermé le clapet à cet idiot. Et « Vive l’Écosse libre » !
Je vois des petits placards du nouveau jeu de société inventé par mon cher fils. « Top secret » est dans « Voir », dans « Le Devoir ». Je touche beaucoup de bois. Je lui souhaite le même succès qu’avec ses « Bagou », « Visou » et « Polémiques ». J’admire mon gars de vouloir demeurer un travailleur autonome.
12-
Vendredi, j’observe « L’Infoman », cet hurluberlu cocasse. Son ton m’exaspère. Criard. Parfois il vise juste et fort. Parfois c’est d’une vanité, d’une vacuité totale. Bien plus étrange cette longue émission (TVA vendredi soir) avec Claire Lamarche. Elle organise, pour voyeurs, des retrouvaille dans son studio. En direct. Aile en est mal aise et puis éclatera en sanglots face à cette mère, pleurant de joie folle, retrouvant son grand « garçon-donné » en adoption. Les yeux pleins d’eau à mon tour. Irrésistible procédé. Mélange donc de voyeurisme et aussi d’ humanisme. Une télé bizarre ! Des gns acceptent cette impudeur sachant l’efficacité des téléphonistes experts de Claire Lamarche. Irruptions gênantes en effet, intrusions audacieuses. On regarde et on voudrait être ailleurs aussi.
Des pubs sottes entre (avant) les grands moments forts. C’est accablant. Commercialement d’une vulgarité qui dépasse tout. Lamarche joue ce jeu audacieux et semble en être très heureuse. Bon. Un drôle de monde hein ? C’est le nôtre.
Chez Homier-Roy, bon portrait de la comédienne (cinéma et télé surtout) Louise Portal. Elle publie depuis peu : deux romans. J’aime les artistes qui font, soudain, autre chose . Bon signe. Envie de passer à autre chose souvent. Sortir de la littérature. Des écrits. Allez m’inscrire chez ces bureaux de casting ! Avec C.V., photos. Dernier début quoi ! Me faire employer comme « acteur à cheveux blancs ». L’Union n’en contient pas trop. Folie ! Oui, je sais. Faire autre chose… Briser des carcans ? Je sais pas trop.
13-
Christiane Charrette dimanche (SRC), toujours stridente, énervée, au bord de l’hystérie. Une si habile questionneuse. Et elle applaudit, frénétique, ses propres entrevues ! Elle est brillante et devrait se calmer, parfois elle coupe inopinément, elle chevauche ses invités et c’est bête, inutile. Dimanche, on a jasé sur l’affiche d’un film (de Morin) « Le nèg ! ». Un débat curieux. Le film n’est pas encore montré qui dénonce le racisme de certains Québécois. À suivre.
À mon côté, pile de coupures de mes gazettes. Unutilisée une fois de plus. Des sujets qui m’invitent, tous, à … » opinionner » sans aucune vergogne ! Pas le temps. Pas d’espace. Le journal s’enflerait de pages et de pages. Stock inutile donc. Chaque matin, pourtant , je coupe, je déchire…et cela grossit vainement sur ma table de bout.
Aie s’énerve un tantinet. Il faut descendre en ville. « T.L.M » demain matin avec Houde et la belle Bertand. Je suis très prêt. Visite au garage V.W. rue Saint-Hubert. Ces pneus d’hiver. Aller voir Francine L., rue Liège. Courses ici et là. Oh, prothèse auditive neuve à recevoir rue Fleury. Et quoi encore ? Alors en route pour monrial au soleil …

Le dimanche 4 août 2002

1-

Un dimanche mat. Ciel bouché. La blancheur intimidante, annonciatrice de pluies. Il a fait si beau ces derniers jours. Oh (oui) les beaux jours, monsieur Beckett ! Hier, un samedi parfait. Éliane, ms file s’amenait au chalet avec mon Marcogendre et le grand Laurent (il pousse à vue d’œil mon cher cégépien d’Ahuntsic !). Baignades à répétition sous ce beau soleil. Du vent. Marco sort une de mes planches à voile pour initier son gars. Tout de suite, Laurent saisit les astuces du véliplanchisme. On ira chercher au garage d’en bas le benjamin (qui rentrait d’un camp de vacances chrétien de Mont-Laurier tout ragaillardi. Gabriel retrouve donc son copain (un voisin), William (habitant du 3 e arrondissement à Paris) dont la maman va rentrer de France bientôt. Hier, William dit : « J’ai su par Jacob (fils du voisin Lagacé) que vous écriviez des livres. Je lui donne une « Petite patrie-en-poche. Dédicace. « Merci, merci monsieur ». Il dit : « Je vais commencer à le lire ce soir ». Alors hier matin, au rivage : Épis, as-tu aimé ta lecture ? » Il fait : « Oh oui, beaucoup m’sieu » ! Riant, je dis : « Sur une échelle de 1 à 10, tu me mets combien William » ? Sa réponse polie, il jongle un instant : « Euh…Neuf et demi » ! Le gentil garçon et… j’ai honte de moi.
Sortie des cannes à pêche, en fin d’après-midi pour Gabriel et ce William… et un achigan en sort. Et des crapets, aussi de la mini- perchaude. Clic, clic ! Photos par Laurent. Aile offrait des trempettes et s’en allait ensuite voir au souper. Ce groupe-des-six jasera ad lib sur la galerie en dégustant fraîches laitues —le « dressing » expert d’Aile, yam !— et hamburgers bien cuits sur le barbàqueue (oh vache folle !). Vin rouge et coke diète. Enfin de ce bon gâteau (sans glaçage sucrée) dont Aile a le secret.
Avant le départ, expo-minute de mes essais graphiques en cours. Marco, mon web-maestro, et ma fille, bien admiratifs. Ils sont très stimulants. Laurent et Gabriel aussi. Ma foi, je me trouve « pas si mauvais » que je croyais. Marco en prend « pour, dit-il, « scanner » pour mon site web ». N’y connais rien. Confiance. Faut dire que je suis fier de mon « guenillou plein d’poux » et sa barouette à cheval.

2-
Dodo ? Aile poursuit le Bouchard saguenayien et je lis du Rimbaud car j’ai installé le célèbre voyou de Charleville, Arthur —et Paul (VerLaine)aussi— à mon chevet. Ce « Coffre de cèdre » de Mac Donald m’échappera, l’ayant abandonné il y a si longtemps, il faudrait que je recommence ma lecture pour m’y retrouver dans son fatras de personnages. Je dérange Aile pour lui lire des bouts exemplaires de la prose rimbaldienne. Oh le génie ! Téléphone tard : Éliane a oublié les bagages du campeur Gabriel dans ma Jetta. Demain matin, un ami, Mario-Paquette-l’architecte (du 12 ième Rang ), qui doit « descendre », viendra chez nous récupérer tout ce stock. Je lui donnerai un exemplaire de « Papa papinachoix » pour le remercier du dérangement.
Mercredi, le jeune réalisateur La Frenière (pour « Tablo » à Artv) me courriellise. Il me remercie pour l’hospitalité et est fébrile devant « beaucoup couper » pour son montage de… 8 minutes ! Je lui quête le vidéo sauvage « au complet » pour mes archives. Pour ma bio du Canal D, chez Béliveau Inc, on avait accepté de me donner les « chutes » des enregistrements. Il me quémande —à moi et à Aile l’ex-réalisatrice— des échos « après diffusion » me disant (comme il a raison !) qu’il y a peu de « feed-back » dans le métier (rétro-réactions).
3-
Je lis le Gilles Courtemanche à succès : « Un dimanche à la piscine à Kigali », prêté par mon voisin Jean-Paul. Pas un bien bon roman, il est journaliste —longtemps efficace « grand reporter » à la SRC— et cela (pour mon vif plaisir) lui fait farcir son roman de documentation réaliste sur ce Rwanda en sang. Courtemanche, dans Outremont comme aux Salons du livre, me bat froid, « ne me voit pas », tel un Hassidim, sans que je sache trop pourquoi. Mépris du « romancier populaire » ? Je dois dire qu’il n’est pas du genre (son droit) à se mêler aux camarades en écriture. Ce « Dimanche à la piscine.. » est d’une cruauté terrible face aux fonctionnaires en tous genres qui s’offrent « jardinier et cuisinière, indigènes bien tournées, le tout —vains bureaucrates satisfaits— aux frais de l’ONU, des bouts que j’aime beaucoup évidemment. G.C. écrit : « La France : suffisance, le Canada : innocence, les USA : ignorance ». Il réussit excellement, via l’histoire d’amour de Bernard Valcourt (son héros québécois venu installer la télé sans y parvenir), à illustrer cruellement l’effrayant massacre des « beaux » Tutsies minoritaires par les Hutus racistes et nazifiés (depuis la petite école).
N’empêche, cet ex-reporter de télé, payé par Ottawa, dans un programme-ONU, (on songe à André Payette —ou Pierre Castonguay— qui alla en Afrique), entché du merveilleux « physique » d’une « petite jeune » serveuse indigène de son hôtel-à-piscine (le « Mille-Collines ») est bien faible. Il fait l’éloge de la beauté physique avant tout. Il fait du héros (divorcé ) une sorte de voyeur (et consommateur de chair fraîche) plutôt pathétique. Pas très humain. Pas attachant du tout. C’et , ensime, une harlequinade : au début de l’idylle, la « pauvre jeune beauté noire » songe à l’exil salvateur avec son « Blanc instruit » venu du confortable Canada.
J’ai donc sauté des passages —d’un érotisme convenu— pour lire avidement sur les tenants et aboutissants de ce « très » épouvantable génocide. « Ils n’avaient (les Hutus déchaînés) pas les moyens des fours à gaz, c’est tout », écrit Courtemanche. Ce sera donc « à la main », à la machette, les empilements de cadavres mutilés, violés, le long des routes —à tous les carrefours— du Rwanda.
4-
À T.Q. ce mercredi, étonnant documentaire sur une vieille dame d’un petit village italien qui tient absolument à retrouver son frère et sa sœur, orphelins pauvres, vendus par des curés à des adopteurs étatsuniens vers 1950, après la guerre. Elle questionne les autorités cléricales : « omerta ». Une maffia ensoutanée. Mais elle s’entête et avec l’équipe du film ($), part pour les USA. Recherches. Péripéties. « Omerta » là aussi chez des curés « oublieux » culpabilisés.
Retrouvaille enfin ! Chocs émotifs terribles, on l’imagine. 35 ans passaient ! Un bon film. Étrange : hier, Éliane et Marco me parlent d’un Italienne rencontrée à leur église (baptiste évangélique) qui, elle aussi, fut victime de ces « catholiques » ventes d’enfants. J’ai raconté ce film. Le monde, oui, est tissé serré !
Enfin, on a vu (loué) « La pianiste » avec Isabelle Huppert, très primé à Cannes. Mystère ! Mon correspondant de Concord, G. Tod, avait bien raison : un film débile, un film racoleur, sans logique, avec une fin ratée. Une sado-maso toute déboussolée, prof de piano, cherche à se mutiler de toutes les manières. On a juste envie, dès le début de ce navet, de crier : « Appeler le 911 de Paris, c’est urgent ». Critiques louangeuses pourtant et ces « prix cannois », il y avait, cette année-là, des jurés morbides complaisants. On sait bien que la mauvaise santé mentale fait des ravages chez cette jet-set ultra-mondaine, ici comme ailleurs.
Correction : c’est une autre —celle au « distinguo »—, pas Gisèle Halimi, dans une gazette, qui acceptait la prostitution au nom de la liberté (des malheureuses démunies).
5-
Vendredi soir, Tommy Lee Jones (« Man in black ») est le 35 ième invité de Lipton à Artv. Son papa a un contrat —en Lybie pour le pétrole, avant Kadhafi et ses fermetures aux USA. Au secondaire alors, Jones refuse de s’exiler. On l’installe dans un pensionnat utra-prestigieux (à Houston ?). Cette école riche est une « porte-ouverte » ensuite pour une université chic de New-York. On l’inscrit. Il y découvre par hasard le « jeu »…celui du théâtre et s’y mettra. Il a du talent aux théâtres de New-York, du succès mais… il apprend qu’on lui refuse de bons rôles parce qu’il n’a pas « un gros nom » L’affiche de Broadway en a besoin. Pour le fric ! Alors, il part pour Hollywod se faire « un gros nom ». « Et puis, chose faite, je ne reviendrai pas dans l’est », dit-il, sourire en coin. Un ton sec, Texan oblige ?, un débit difficultueux (ex-bègue sans doute). Un peu sosie de notre Lalonde, acteur et romancier, Jones répond intelligemment aux questions avec une sorte de terreur : sa difficulté à parler !
Lipton : « Du côté de votre mère il y a du sang Commanche, non ? Lui : « Non, pas du tout. Cherokee. » Lipton : « Bon, bien, c’est de l’Amérindien, non ? » Lui : « Attention, Comanches et Cherokee c’est aussi différent que Français et Chinois ». Étonnement partout. Comme le paralysé Christopher Reeve (correction : pas de « s »), les chevaux sont sa passion désormais. « Oui, je trouvais le tennis ennuyeux (!) et le golf ça restait une affaire de riches à mes yeux ». « Le cheval est le plus beau des mammifères », s’écrie-t-il. J’ai alors songé aux misérables canassons (percherons ?) des voitures du laitier ou du boulanger, des maraîchers ou du regrattier de mon enfance. Bêtes que je tente d’illustrer ces temps-ci. Mammifères bien peu esthétiques Mister Jones !
6-
Hier matin, samedi, songeries —je compose des images d’illustrateur—, rêvasseries au bord de l’eau. J’oublie mon petit carnet de notes à « journal » qui me suit dans la maison. Je m’échappe sans cesse de mon devoir d’aquarelliste, je songe à cet anarchiste « des marais » Henri-David Thoreau (qui inspira un Gandhi), celui du « gouvernement qui gouverne le moins est le meilleur des gouvernements », ouais ! Vrai quand on songe aux bureaucraties énervantes pour tout libertaire mais si faux quand on souhaite, comme moi, une justice sociale, redistributive, pour les malchanceux du sort, les démunis, les « ceux qui ont pas eu la chance de s’instruire », les « ceux qui sont nés avec un quotient intellectuel déficient ». Alors oui, je consens volontiers « à taxes et impôts » et tant pis pour ce maudit lierre épais des fonctionnaires tatillons. Je mourrai socialiste. Et déçu.
Sylvio LeBlanc (mes chères « lettres ouvertes ») dit juste. Pourquoi tant de doués en musique populaire refuse-t-ils de choisir les mots de nos meilleurs poètes.
Ils devraient imiter un Léo Ferré, par bon exemple, qui a su dévoiler aux foules Baudelaire, Verlaine, Breton, Éluard, et qui encore ?, avec ses chansons. Charlebois a fait un beau Rimbaud. Et puis plus rien hélas ! LeBlanc juge (lu aussi) si débiles, si pauvres, tant de paroles niaises sur des musiques réussies.
Samedi matin, le Dev, Courtemanche narre d’excellents souvenirs de fêtes modestes en Bretagnedu sud où il avait séjourné. Il souhaite qu’au Québec l’on s’y mette davantage. Si vrai. Ici, le 24 juin, il y a eu une de ces « fêtes au village » très modestes. Ravi d’y avoir croisé des jaseux qui racontaient de formidables souvenirs. C’était tout simple, humain, d’une convivialité familière, et bien chaleureux.
Aile suivait avec passion les jeunes téléastes de « La course… » à Radio-Canada. On voit bien qu’il en sorti de fort talentueux jeunes talents au cinéma québécois de maintenant. Un certain Trogi —qui fit « La course… »— vient de signer un film —« Québec-Montréal »— cocasse et qui semble faire florès. On a mis la hache —coupures budgétaires !— dans cette glorieuse jeune « École ». Un désastre, non ?
Sartre préférait Honoré Balzac à Marcel Proust. Hon ! Il dira sur le fameux Marcel : « Un esthète compassé ». Hon, hon ! J’appludos. N’ayant jamais pu continuer sa « Recherche… », j’applaudis le vieux « coq-l’œil » de Saint-Germain-des-Prés. Je préfère Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline.
Lysiane —fédérate— Gagnon rigolait samedi et c’est rare tant elle fait des boutons à fesser les indépendantistes. Je lis : « Il n’y a plus que les prêtres et les homos pour tant souhaiter le mariage ». N’y a-t-il pas des notaires partout pour rédiger des contrats d’union entre individus ? Et des testaments ? La loi Bégin garantit les droits des homos —le mot « gay » est interdit chez moi tant ce vocable (amériquétainerie)— est sot— et c’est justice. Mais c’ est trop peu : le ghetto-homo militant réclame « plusse » :le mariage en règle, le vrai, le normal, l’ordinaire, le total, le gros mariage à l’ancienne ! Non mais…
7-
C’est quoi cette guerre cachée, tue, camouflée, niée, en Tchétchénie depuis 1999 ? C’est 1,000 indépendantistes actifs —« foin des fédérations forcées »— face à 70,000 soldats russes bien équipés ! Il y eu une première guerre anti-souverainiste (menée par Moscou) en 1994-1996. Le nouveau KGB, baptisé FSB, crache du fric pour infiltrer les nationalistes, déniche des délateurs de « patriotes ». Le sang coulait hier, il coulera demain. L’ONU se tait (se terre), comme pour le Rwanda où l’ONU —tout comme les paras belges, allemands, français—)savait fort bien ce qui se tramait (lire : « Un dimanche… »). Comme pour Israël. La Russie, pays démocratique et souverain n’est-ce pas ? Washington-le-pentagone-la-CIa est aveugle. Laissons-les s’entretuer. Bush a besoin de Poutine, oui ou non ?
Alain Stanké a fait ses adieux d’éditeur dans La Presse. Il résume sa longue carrière et a bien raison de son satisfecit. Il qualifie —énumère— ses bons coups, ses auteurs. À mon nom, je lis : « le brillant Claude Jasmin …. » Hum ! Ça peut être péjoratif non ? Brillant comme dans superficiel ? Parano le bonhomme ? J,sais pas, j’aurais préféré, tiens, candide, naïf. Oui oui !
Un autre qui barbouille ? Oui. L’acteur André Montmorency. J’aime bien tous ces « amateurs » à « violon dingue ». J’en sais les bonheurs. À Sainte-Agathe, une vaste expo : des centaines de noms. Plein d’inconnus du public. Pis ? Démonstration que peinturlurer est un besoin souvent. Une quoi ? Une porte ouverte sur la liberté. « Une thérapie », disent plusieurs. Oui, oui, pis ? Un monde hoirs du rationnel, comme la musique, une pace accordée aux sentiments, aux émotions. Hier soir, je lisais dans mon Rimbaud qu’il abandonnait, adolescent, la poésie ancienne, celle des raisons raisonnables, des buts louables, des idées nobles (Banville et Cie), il cherchait des…sensations. Des illuminations. Ainsi de la peinture, à des degrés fort variables cela va de soi. J’irai à Sainte-Agathe.
Aux actualités hier soir : « Montréal devient une des capitales du tourisme…gai ». Bravo ? Bravo ! Ces célibataires (pour un très grand nombre) sont d’excellents consommateurs et le fric répandu est bienvenue ! Pour le fric-à-touristes —subventionnons, tous, nos restaurateurs, nos hôteliers :jobs, jobs !— il y a l’humour, le jazz, les francos —souvent anglaisés—le cinéma, la parade homo, et quoi encore. Vite, si vous avez une idée, correspondre avec le Ministère-Tourisme. À Toronto, comme ici, joyeux défilé antillais ! Les Caraïbes dans nos rues ! Est-ce qu’aux Antilles, —Jamaïque, Trinidad et Tobago, Martinique ou Guadeloupe— l’on organise une fête nordique —voire arctique ? Une fête des neiges ? Avec chiens-loups, traîneaux et iglous, avec tuques et foulards multicolores, grattes et pelles, avec une grosse souffleuse toute décorée ? Eh maudit qu’ils pensent donc pas au tourisme dans ce sud-là hein ? On nous montre des travestis en folie et on entend l’animateur tout guilleret : « C’est merveilleux, formidable, on dirait que la ville leur appartient ! » Sa taire. Un mot de travers et c’est l’index —bien « correct »— braqué sur vous : « intolérance ».
Oh, oh ! Aux nouvelles d’hier encore : « Moins d’émigrants —sortez des terres occupées, ça ira un peu mieux M. Sharon— en Israël et les Palestiniens font davantage d’enfants que les Israéliens (orthodoxes) » ! Danger flagrant de minorisation. Peur ! Campagne de l’État très inquiet là-bas pour faire s’accoupler —ô mariages, mariages !— les jeunes célibataires. M’sieu Sharon, ces fertiles Arabes, pas moyen de les stériliser, non ? Vous y pensez ? Vos chars blindés en Cisjordanie, distribuant des tas de capotes, non ? Il trouvera c’est certain.
Quoi litre maintenant ? Hésitation : des nouvelles de Shlink (dont j’ai tant aimé « Le liseur », ou Dolce-Huston, son repas de bourgeois très arrosé, avec elle-même-narrateur-Dieu-le-père qui conduit ce bal des gourmets ? Je verrai.
8-
Ce matin, lecture sur le… mandala, sauce bouddhiste. Une planche et dessus, du sable coloré distribué pour former une abstraction. Tu t’assoies devant et tu médites. Puis tu vas jeter ça à la rivière. Papa faisait-il cela avec ses tableaux au sable dont j’ai quelques modèles. Lui, le jongleur perpétuel. C’était avant son essor fameux en céramique naïve. Papa ne jetais pas son mandala friable, non, il le vernissait pour qu’il soit durable. Parant « papa », ce matin, Stéphane Laporte (La Presse) raconte bien « l’été, le soir, le balcon, la canicule, l’enfant (lui) qui peut veiller tard ». Laporte devrait faire éditer tous ces beaux —parfois savoureux— morceaux sur son enfance proche de la rue Décarie —il y revient assez souvent— et titrer : « La petite patrie de Stéphane ». Il y aura un jour cent, mille « petites patries » ? J’en serais ravi le premier. Même canard du dimanche : mon éditeur —et prolifique auteur— c’est son tour, est dans les devinettes du jour. Je lis : « Auteur né le 2 septembre à Saint-Paul de la Croix ». Ah ! Saint-Jean de Dieu viendra donc après ? Et puis, jeune ado, ce sera Montréal-Nord —« Race de monde »— à quatorze (14), douze rejetons dans un 4 et demi » ! Je n’en reviens jamais, je lui ai dit, de ce fait.
Canular ? Roger Drolet, le « preacher » laïc (pas tant que ça !) de CKAC et du cinéma Château a accepté de faire « Juste pour rire » l’été prochain. Je peux, si c’est vrai, lui garantir un fort bon succès.
Correction : Marchaudon et non Marchildon, la modeste et dynamique libraire qui jette son tablier, rue Laurier.
9-
Philippe Moreau, monomaniaque des lettres ouvertes ? —comme moi avant l’exutoire merveilleux du journal— réplique solidement au Arseneau qui, récemment, « plantait bin raide » tous les jeunes pèlerins réunis à Toronto. Il le traite de rien de moins que : « nouvel inquisiteur ». J’ai croisé sur la route-médias un laïciste forcené de cette trempe. Un petit tonneau du nom de Baril (!), présidant outremontais d’une ligue… d’inquisiteurs athées à masque de « droits de l’homme ».
La brève prière —assez neutre au fond— aux assemblées de l’hôtel de ville le rendait malade. Son acharnement à interdire ce moment de réflexion spiritualiste me fit le traiter à TVA —­la langue dans la joue, hein— de belzébuth ! Il en resta interdit un moment craignant peut-être que je sorte de ma poche un goupillon pour l’ arroser d’eu bénite. Quand j’ai défendu les crucifix chez le maire Gérald Tremblay, même émoi chez ces énervés.
Même si la majorité des nôtres désormais n’est plus « pratiquante » toute notre histoire —notre culture— (montréalaise en particulier) est tissée par les dévouements des Croyants —religieux et laïcs— qui fondaient Ville-Marie. Réalité incontournable. J’avais dit (à TVA encore) : « faut-il vite aller déboulonner le grand crucifix de métal sur le mont Royal » ? Depuis silence chez, oui, Philippe Moreau, les nouveaux inquisiteurs.
Oh le bon « papier », mercredi ! Signé par la jeune Rima Elkouri : « Il faut toujours se méfier des vieux », phrase prise au vieillard alerte, Henri Salvator (85 ans). Elkouri, comme tous ses collègues, séduite par « l’ancêtre » venu de Paris, note : « …nous qu craignons tant le passage du temps ». Ce même jour, un vieux verrat est en prison ! Chaque jour, il vidait de ses sous et de ses cennes —avec deux comparses— la fameuse « Fontana di Trevi », à Rome. En voilà un grippe-sous, littéralement. C’était, dit l’agence de presse, un revenu dans le 15,000 $ par mois. Non imposable ! Rome ramassait des miettes —prudent Roberto Cercelletta— pour donner à ses pauvres. Pour gagner plus de 150,00 $ par année, Roberto devra travailler dur quand il sortira de sa geôle. Souvenir : en 1980, au détour de rues et de venelles, Aile et moi, tombons sur la fontaine surchargée, immortalisée par Fellini (« La dolce vita »). Notre déception. On imaginait une vaste plaza à la hauteur de sa renommée. Rien du tout. Coincé, le lieu célèbre. À ses pieds, c’est la vue étonnante de personnages neptuniens, un baroque déchaîné, ouvrage fou, une vision excitante et ses eaux mugissantes….
Les éditos des journaux des USA font des réserves sur le projet —W, et ses militaristes conseillers— d’abattre Saddam Hussein. « L’après Saddam H. » reste l’immense point d’interrogation. En effet ! Ce matin, sur cinq colonnes, des experts divers (certes démocrates souvent mais aussi des républicains) font voir les difficultés à prévoir. Sagesse qui rasure un peu. Si W. B. les écoute ! Il y a Saddam débarqué, voire assassiné avec un guerre ruineuse de l’Irak (« axe du mal ») et de la « reconstruction » pas moins ruineuse. Et alors ? Le chaos total, prédisent certains. Ou bien, se sachant perdu, il se défend : bombes (biologiques) venus de ses dépôts clandestins et, plus inquiétant encore, capacité de « ré-actionner » des arme chimiques (bactériologiques) —il en usa, allié des USA durant la guerre à l’Iran, contre ses ennemis religieux— cachés, oui, cachés, entreposés, aux USA. Chaos « at home » ?
Tremblez mortels !
10-
Ma fenêtre. Le drapeau bin flaque. Pas de vent hélas. L’humidité règne. Hier, plein de cris sur les berge, des pédalos en grand nombre, et « le canot du dragueur » qui depuis 20 ans, sillonne le lac. Lui debout, ou à genoux parfois, avec, à son bord une jeune pouliche ramassée on ne sait trop où. Rituel qui nous amuse comme nous amuse cette jolie dame digne, raide dans son pédalo bleu poudre, au chapeau de paille 1900, qui passe et repasse, une fois par jour, à heure fixe, son « Devoir » sur les genoux, acheté au bout du lac, à un coin de rue de la plage municipale. Souvenirs : longtemps, à Ogunquit, durant 20 ans, chaque été, un zigue bizarre —sosie de Jack Lemon— s’amenait chaque midi, son filet sous le bras, son ballon sous l’autre. Il guettait, appelait des jeunes gens libres pour qu’une partie de ballon volant débute. Une vraie curiosité. Aile et moi toujours fascinés par son manège chaque été. Sa casquette sur l’œil, son maillot de bain bien ajusté, on le vouait tout heureux quand, au bout de vingt minutes, il parvenait à former deux équipes de jeunes joueurs. Pas un seul été, le Jack n’apparut pas. Étrange loisir, non ?
Hier, je dis à Laurent —et c’était vrai— que je venais de voir une drôle de bestiole entre deux eaux. Sorte de (trop) longue grenouille, immense bebitte inconnue de moi. Il rit. Je lui dis : tu pourrais filmer ça, tiens, tu aimes les caméras. Titre : « le monstre du Lac Rond ». Scénario de papi : on voit la plage municipale, mon Laurent : un gars et une fille, sa blonde, nagent. soleil aveuglant. Rires. Ballons. Sauveteur qui roupille sous son parasol dans sa chaise-haute. Vu ? Soudain, qui sort de l’eau, une tête monstrueuse surgit de l’onde ! Cris. Panique ! Témoignages contradictoires. Plus tard, crépuscule et farces pour se rassurer. Un comique ? Un homme-grenouille aimant les attrapes ?
Une semaine passe. Autre séquence :plage du Chantecler, en face. Jeunes touristes chassant les rainettes à l’ouest de la plage. Encore une fois, stupeur, cris de panique : au large, cette tête effrayante, serpent, poisson inconnu. Monstre survivant aux chutes des moraines quand, ici, dévalaient les plus vieille pierres du monde connu, celles de ce bouclier laurentien. Le temps des glaciers qui fondaient. De la grande Mer Champlain quand on ne voyait que le mont Royal et les hautes cimes des Laurentides. Des vieux en débattent, ce soir-là, autour d’un feu de camp.
Une semaine passe encore. Des reporters sont venus. De partout. En vain. Un bon matin. Nos deux jeunes héros, à l’aube, avec des filets, vont aux ouaouarons, ceux du marais deltaïque, petit site protégé à la charge du lac. De nouveau, proche du rivage la bête… apocalyptienne ! Un des héros sort du canot, criant, se sauve dans le boisé. L’autre reste dans son canot. Le fuyard, essouflé, raconte à ses parents. On part, en groupe, un à sa carabine, vers le marais aux nénuphars. Plus rien. Le calme. Le canot renversé…
« Pis ? Pis ?, me dit Laurent. Moi : « Ah, faudrait rédiger toute l’histoire, tu vois ça, un conte pour tous. Tout simple. Juste pour nous amuser, ilustrer la paix, la beauté de l’été ici et… soudain la bébite… qu’il faudrait confectionner, à l’épreuve de l’eau ». Laurent ne dit plus rien, il regarde ailleurs, il doit se souvenir de toutes mes histoires quand il était un petit garçon. Il est maintenant plus grand que moi. Se dit-il : papi change pas. Il cherche à inventer des fables encore.
N’empêche que je me demande encore ce qu’était cette créature, vue hier, sous notre saule aux longues branches dans l’eau, cette longue bestiole aux pattes palmées…Je ne me raconte pas d’histoires ?

Le dimanche 30 juin 2002

Le dimanche 30 juin 2002
Jours de pluie…

1-
Ouf ! C’est fini. Voici juillet. Demain. Congé de journal ? On verra. Certains jours d’orage, je reviendrai à ma petite machine mettre de l’ordre dans mes notes de calepin. Je vais expédier ce « tout juin » chez Victor-le-matamore du bien-bas-du-fleuve et sa tartineuse, Martine (Au but) saisira mon texte. Saisir ? Hum !
Ils sont venus. Mon Daniel toujours fier de sa neuve fausse-jeep, le beau Thomas, et Lynn la noiraude espiègle, Du Sommet (pas si bleu), Paul et Carole, sœur de ma bru, —ma dépanneuse émérite en ordi— descendaient aussi vers notre rivage. Deux petites cabotes, Lili et Zoé, se tiraillaient un bout de bois, ououf, ououf ! Baignades à répétition. Jasettes et puis trempette (aux légumes crus) offerte par l’experte Aile. Bières et limonades.
Le papi bienheureux en oubliait volontiers le beau bloc à papier-aquarelle qui l’attendait pas loin. Plus tard ! La sainte paix dominicale. L’été bien installé enfin.
En soirée revoyons, à TQ, un film cocasse :« ce roi fou un temps, Georges le numéro 3 ». J’ai rapproché le curieux roman de MacDonald, je veux terminer son « coffre de cèdre ».
2-
Il y a un zigue étonnant, un certain G.Tod, qui me tient parfois au courant de ses activités poétiques. Un anarchiste ? Un jeune ermite grouillant en quête de combats gauchistes ? Je ne sais trop encore. Il est de Concord, USA. Il aime le Québec. Il vient parfois ici, rue Saint-Hubert, pour réciter des strophes chez « L’inspecteur Épingle » devant « un parterre d’ivrognes », spécifie-t-il. Il semble bien connaître nos ébats (littéraires) et débats (politiques). L’ordinateur nous amène ainsi de ces correspondants hors du commun. Ainsi, le cher Marleau, lui, m’encourageait hier — et vivement, spirituellement— à ne pas passer la batte « aquarellisante » à un autre…que moi. Chaud au coeur.
Ce « poche » signé Hawking refermé, il me taraude avec ses calculs si renversants. Son histoire des jumeaux dont celui installé sur une haute montagne vieillissant moins vite que son frère !!! J’en reste baba ! Il m’a fait voyager entre Bing bang, bing, bing et bang bang et, à la fin (il n’en est pas certain) le grand Crush ! Des Jésuites savants l’invitèrent (lui et d’autres astrophysiciens) à jaser cosmos avec le pape à Rome.
Le Vatican si content depuis que les physiciens acceptèrent l’idée d’ un « début », d’un commencement de l’univers.« Ah, la Bible le disait bien ! Il y a eu un commencement…une création du monde ». Il n’y aura plus « l’obscurantisme catholique » enfin, ni un Galilée numéro 2 ? Non, plus jamais. Stephen Hawking, la langue dans la joue, laisse entendre qu’il n’a pas voulu provoquer une polémique mais … oui, il a certains doutes. Ainsi, cette expansion dure peut-être depuis toujours sans qu’il y ait eu un départ.
« Go, partez galaxies ! »
Là-haut, faut filer à 500 km-heure pour éviter de tomber ! Le Newton-à-la-pomme-qui-tombe l’avait prédit. Tout est sujet de gravité. C’est 720 km-h. Ou 12 km-h à la seconde ! C’est bien rapide en ce monde-là !Je relisais, je relisais, moi le zéro en maths au collège. Ces explosions d’étoiles, ces trous noirs —« des trous rouges », devrait-on dire selon Hawking. Ce « tout n’est que gaz » d’abord, ces nutrinos, ces photons, ces particules très invisibles à nos yeux … je me débattais avec mes synapses de neurones.
Nous ne serions que carbone et oxygène ? L’enthropie y est vicieuse : cette nécessité de se multiplier dans le chaos total. La surfusion et l’eau qui ne gèle pas même sous le zéro ! Bon sens ! Pas facile à saisir. Bon sang !
Je naviguais du mieux que je pouvais entre Euclide et Hubbles l’essentiel chercheur. Hawking songe à « pas de début et pas de fin ». Et il continue de chercher. Le « principe d’incertitude » de la nouvelle physique (la quantique) change tout désormais. Il y aurait non plus une mais trois flèches du temps : la thermo, la psycho et la cosmologique. Aïe ! La mémoire humaine, on ne sait trop comment elle fonctionne (ah ?), la mémoire des puissants ordinateurs, elle, on peut la comprendre, la démonter, l’examiner dit-il. Ouen !
Un Québécois travaille avec Hawking (le Einstein d’aujourd’hui), Raymond Laflamme, son nom. Fierté soudain, car ce Laflamme fait se corriger le maître à propos de l’effondrement de l’univers, le « big crunch » envisagé. « Il n’y aurait pas inversion des flèche du temps lors de la contraction (des trous noirs). S.Hawking, modeste génie, admet son erreur puis raconte l’erreur du grand Einstein, reconnu par lui, quand il voulut, un temps, « installer un modèle statique d’univers ». « La plus grande erreur de ma vie », aurait déclaré Einstein.
Ouf ! Tout ne serait qu’ondes en fin de compte ! Donc lumière ? Ce besoin de comprendre (l’univers) est formidable. Nous autres (écrivains, philosophes, psychologues), on tente de comprendre « son frère, ses amis, les humains modernes, la nature environnante », ces chercheurs embrasent l’espace tout entier. Quelle immodestie ?
Même lui, Einstein, qui ne croyait pas au terrible Yaveh de ses compatriotes, à la fin, luttait pour le sionisme, la patrie à reconquérir. Ardent militant pacifiste à Berlin, il est conspué et interdit, un long temps, de voyager. Pire : les USA refusent d’abord son visa de simple visiteur. « Jerusalem, l’an prochain ? » Nous voilà plongé dans l’actualité chaude du jour hein ? On tenta de l’assassiner. Arrestation d’un tueur, amende : 6 dollars ! Pétition contre lui. En 1933, Hitler est au pouvoir et Einstein, alors en Amérique, déclare qu’il ne rentrera pas son pays. À Berlin on publie : « Bonne nouvelle : il ne reviendra pas ! »
On sait la suite, sa lettre du génie à Truman. La bombe atomique. Ses remords. En 1952, on lui offre rien de moins que « la présidence d’Israël »! Il refusera, se disant un « naïf » en politique. Il dira : « la politique c’est le présent, une équation (à trouver) est quelque chose d’éternel ».
3-
Je lisais avant-hier (dans un quotidien) sur un bonhomme qui a quitté librement les actualités, —les nouvelles du jour. Il disait qu’il voulait être hors de ce présent qui rapetisse. Oh ! J’ai réfléchi longtemps là-dessus, le journal sur les genoux, le nez en l’air, regardant un goéland voltiger sur le petit lac Rond en cherchant un poisson à engloutir. Quoi? Vrai :une perte de temps tout ce fatras des nouvelles, des batailles politiques, ici ou à l’étranger ? Je ne savais plus. Il me reste dix ou vingt ans de vie, si on pouvait savoir ? Moi qui aime tant la vie, j’en suis devenu tout fébrile. Ne plus perdre mon temps. Comment ? J’ai eu la tentation d’imiter ce personnage. Que cela serait libérant, que cela me donnerait du temps pour…pour la création. Créer pour qui ? Pourquoi ?
Mais non, le lendemain, je me colle le nez de nouveau aux manchettes. Une sale vox me murmurait : « trop con, trop petit, pas assez fort hein » ? Je fis taire cette voix embarrassante. Tous, nous devons vivre « ici et maintenant » et nous ne sommes pas des Hawking. Au diable ces trous noirs (ou rouges), il y a des images à faire naître à propos de mes chers souvenirs d’antan : le guenillou, le vendeur de glace, les cordes à linge de ma ruelle. Je le ferai juste pour donner raison à cette voix d’Henry Miller —dans « Paris est une fête »— qui répétait sans cesse : « La mission de l’homme sur terre est de se souvenir. »
4-
Il est tard. Je veille. J’écris tout ceci. Je suis très énervé (excité aussi, amusé ?) de devoir fermer ma baraque aux mots pour un temps. Vaniteux : vouloir terminer ce six mois d’entrées diverses de façon captivante. Mon vieux souci :ne pas ennuyer les gens. À sept ans —avec Devault, Malbeuf, et Moéneau— j’avais déjà si peur d’ennuyer, dans la cour, avec nos séances dramatiques improvisées.
M’amuser d’un édito (de Saskatoon) où un compère, anglo pure-laine ?, recommande de nous « voler » de nouveau. Oui, dit-il, comme nous les Canadians nous ont volé le mot Canada, l’hymne nationale— oui, nous voler la fête du 24 juin, qu’il trouve « la seule réussie à travers le Canada ». Il n’y aurait qu’à allonger cette fête du Canada (demain), publie-t-il, mais oui la prolonger en incluant ce maudit 24 juin. Dont il est jaloux, il l’admet volontiers.
La vie ordinaire c’est aussi, ce midi, vite, vite, aller acheter un bidon de gaz (profane) pour qu’Aile puisse faire rôtir ses douze bons hamburgers. Ils furent succulents. Bon vin rouge, fraises et glace à la vanille…oui, la vie ordinaire, bonne.
« Tout ne fut, au commencement, que gaz accumulés », m’expliquait Hawking dans cette « Brève histoire du temps » (« J’ai lu »).
Je veux lire, de Julien Fortin, « Chien levé en beau fusil »(Triptyque), je veux tout lire. Écrire et lire, mes deux passions. Ma tristesse de nous savoir si peu nombreux les fous de lecture. Je questionnais mon beau jeune Thomas là-dessus au bord du lac. « Toi qui lisait tant jeune…pourquoi ? » Réponses vagues. Ai cru comprendre : « Papi, trop de lectures obligatoires au collège ! » Je crains tant qu’il passe à côté de plaisirs si féconds. Je l’aime tant.
Ma paresse ? J’avais voulu organiser à Val David ( à l’expo de poteries annuelle) un grand moment : montrer les céramiques naïves de papa. L’été prochain. Promesse de paresseux ? Mon ex-camarade, illustrateur et graphiste à la SRC, René Derouin, sur son domaine de Val David, en août, fera voir des « installations » comme l’exige la mode branchée.
Derouin prône la venue de liens entre les trois Amériques comme si des liens valables pouvaient se tisser avec l’éléphant du groupe, les USA. Il s’est souvent vanté d’avoir coupé avec l’Europe, la France. Le vieux rêve des muralistes célèbres (Rivera, Orozco, Siqueiros ) quand ils jouèrent des cartes truquées en tenant d’assimiler l’art « candide» des indiens, les seuls vrais indigènes des Amériques du sud. Un échec forcément.
Ah, ces Blancs torturés, gênés de descendre des Blancs d’Europe ! Je n’y crois pas. Le vieux complexe des « colonisateurs » (nous), refusant de continuer les liens normaux avec d’où nous venons quand nous avons émigré sur les terres des « sauvages ». Aucune confiance dans ces tentatives folichonnes, artificielles, de jouer les « nouveaux » sauvages. Un leurre.
Il y a un axe tout-puissant chez les anglos. On refuse de tenter de fortifier un axe francophone. Danger : la langue est le sang de la pensée créatrice. La culture véritable en découle. Les musiciens ou les peintres, eux aussi, ne peuvent s’en dissocier de ce fait têtu, la langue. L’axe espagnol (et portugais ?) des lointains voisins du sud est valable pour les usagers de ces langues. Comme les Noirs du nord ont des liens à se forger avec l’Afrique, leur patrie ancestrale lointaine. Derouin rêve de connivences artificielles. Hors-langue. Laissons-le rêver, tiens, il ne fait de mal à personne. Gaspillages d’énergie tout de même. Il y aura, sur « ses terres » boisées de Val David, entre les poissons d’argile multinationaux, les poèmes de Lapointe et les « installations » intellos-symboliques, quelques marcheurs pour rêver avec lui.
5-
Mon correspondant « imac-ien », le sarcastique humoriste Daniel Marleau, me conjure de ne pas confier mes illustrations à un peintre de profession. Merci ! Il a bien raison. Dès demain, j’affronte mon affaire, on va bien voir qui c’est qui mène chez moi. Marleau ne cesse pas de me souhaiter « une belle Fête du Caaaaanada », je l’étriperai un jour. Il me taquine franchement ? Il a braillé —en un courriel souffrant— que l’on ait osé lui changer le nom de sa petite patrie au Saguenay. Il a raison : ma foi, je fesserais rare s’il fallait que l’on nous change le nom de Villeray, par exemple.
On a donc, avant-hier, regardé « I am Sam », j’y reviens ?, et cette « fin heureuse, inattendue certes —qui a chagriné tant de critiques— me fait songer que la gent intellectuelle déteste le bonheur. On veut du tragique, c’est plus sérieux ! Jeune, j’étais de ce lot… dramatiseur à souhait. Mon Daniel : « Ah, je vais louer « I am Sam » alors, moi, j’aime bien le bonheur ! » Bravo fils ! Pas un garçon bien élevé ça ?
Tenir à dire que j’aime les intellectuels, que j’en suis un (autodidactement !) et fier de l’être, que j’ai le droit de dénoncer les illusions, les marottes, les lubies funestes de mon monde.
Je songe à mon marcogendre et ma fille, Éliane, roulant vers l’océan atlantique du New-Jersey et je suis jaloux. Ça persiste. J’espère que l’ami Dubois dénichera une piaule pour une quinzaine au Maine en août. Folie ? L’idée de convaincre le Marco d’organiser une soirée-jasette libre avec mes fidèles du journal. On serait dix ou cinquante, peu importe. Parler ad lib avec ceux qui m’aiment et aussi avec ceux qui —fidèles—voudraient aussi me critiquer. Une folie ? Une idée de mégalo ? Je verrai.
6-
Il vient de mourir l’acteur fabuleux des « Nuits de Cabiria » de Fellini où il fut un extraordinaire souteneur, veule, lâche, salaud. François Perrier est mort vendredi à 81 ans. J’aimais sa bouille de chien « battu ». Sa tête de « serviteur dévoué » dans le « Orphée » de Cocteau quand il jouait cet ange Hurtebise sorti des enfers, échappant à Cerbère, nageant à contre-courant pour L’Eurydice émergeante du Styx.
A ce sujet : soudain, il y a dix jours, bloqué en illustrations villerayiennes, je reprend un petit manuel —expurgé, à l’usage des écoles— de mythologie. Lecture attentive. Je prend des notes et puis je descend à l’atelier pour peindre Jupiter, sa jalouse d’épouse, Junon, Diane, Neptune, Bacchus et compagnie. Pouah ! Pas fort !
Mais j’y reviendrai. Je me laisserai aller davantage en accidents visuels et je parviendrai à produire une bonne série d’aquarelles sur les mythes fondateurs de tant d’écrits (littéraires ou psychanalytiques). Dimanche matin, chez le camarade Folch-Ribbas (La Presse), je lisais : « Aquarelles de l’auteur », pour une édition de « Le petit prince ». St-Exupérit en illustrateur, bien !
Le Meyssan, parano des complots, se ferait déboulonner déjà. Pour l’auteur Meyssan, le 11 septembre, les quatre avions-à kamikazes c’était le fait de méchants conspirateurs du puissant complexe militaro-industriel. Ils avaient tout organisé pour qu’enfin un grave conflit armé éclate que le pognon puisse rouler dans leurs poches. Deux Français, en 125 pages, lui fermeraient le bec. Il reste à attendre un film de Stone grand amateur du genre : « FBI-CIA : des pourris alliés à des pourris » ! Le manichéisme est payant pour les foules crédules, on ne le sait que trop. Internet serait rempli de ces paranos déboussolés.
7-
Coup de fil, appareil cellulaire béni !, de ma fille qui roulait vers la frontière Canada-USA. Il y a, c’est bien connu, des coupures de son. On s’y fait ? Mal. Aile ne supporte pas ce gadget. Je la sens légèrement inquiète :ses deux « grands» (18 et 20 ans) seront seuls au foyer. J’ai du respect pour ces mamans pourtant vieillies, qui, jamais, ne seront tranquilles d’esprit quand elles s’éloignent du phare, de l’abri, du port d’attache. Je trouve ça touchant. J’ai mal quand je songe à tous ces jeunes pris par le job d’été, à mon David, gardien de piscine à Sophie-Barat, à Laurent surveillant aux parcs de la Ronde, à Simon gardien à la Plage-Doré. Un été chez le diable non ? Je viens de raconter ces boulots ingrats dans « Pour la gloire et l’agent » en quelques lamentos bien braillards… lyriques et fondés.
Souvenir : j’ai quoi, 16, 17 ans ? Maman lisant sa chère Colette sur le balcon d’en avant. Je sors avec mon vélo. « Où vas-tu encore trotter là, mon garçon ? » Moi, exaspéré : « Oh, m’man, je t’en prie, j’ai pus dix ans ! » Elle : « Si tu veux te faire une blonde, j’suis pas folle, va donc pédaler vers Ahuntsic, par là. C’est du monde de notre genre. De notre classe ». La mère snob ! Bin snob la tite fille de Pointe-St-Charles, non ? Elle savait et n’aimait pas trop que je fréquente une mignonne noiraude de la rue Villeneuve sur le Plateau.
Un jour, j’apprend que Michel Tremblay —je veux lire son dernier : «Bonbons assortis », même si on doit écrire « Bonbons variés », signale Chartand du Devoir— avait une mère qui disait : « Restez sur le Plateau, ne descendez jamais en bas de Sherbrooke, c’est pas de notre monde » ! La grosse femme snobinarde ? Mon ex-éditeur, Yves Dubé (frère de Marcel) me disait —il était du Faubourg à mélase, rue Logan— que sa mère disait aussi : « Ne traversez jamais Dorchester, évitez le Faubourg Saint-Laurent (où est Radio-Canada), c’est du monde « cheap ».
Snobisme inouï allant du nord vers le sud, vers le bas ! Le romancier André Langevin (que devient-il, lui, si doué ?) y habitait dans ce faubourg mal aimé — lire « Une chaîne dans le parc ». Mère snob aussi ? Non. Impossible. Rien à faire : il n’y avait pas plus bas, c’était le fleuve, que le port, la Molson.
8-
Les cailloux de Mars ? Hum ! Il faudrait à la NASA deux milliards de fonds publics pour aller en cueillir. Y a-t-il traces d’eau, traces de vie… la grande question ! Ce sera pour 2014, semble-t-il, la réponse. Et c’est pas sûr. Patientia !
Dans quatre jours, se rappeler, du fondateur républicain des naissantes provinces unies d’Amérique, Jefferson, le « Tous, nous sommes nés égaux, doués par le Créateur de droits inaliénables :la vie, la liberté, la recherche du bonheur… » Oh, cela, la quête du bonheur depuis Platon et même avant. En 1776, ce terrible virage définitif, anti-monarchisme, une quinzaine d’années avant la Révolution française qui utilisera les mêmes termes. Son successeur, Double-V, utilisant la peur, tente de mettre la police partout, partout. Avec primes aux délateurs maniaques qui verront un saboteur dans chaque dissident, parmi les contestataires les plus pacifiques. Jefferson, au secours !
En ce temps-là, ici, même aux portes de nos églises de village, placardage « bostonnais » :Canadiens-français, joignez-vous à nous, à bas la monarchie ! »
Du bon peuple et nos petits curés favorables. Mais… la hiérarchie cléricale, déjà collaboratrice, excommuniait les libertaires qui osaient souhaiter que nous joignons les voisins décolonisés. Les occupants satisfaits, contents de ces valets en soutane rouges ! Par frousse, par intérêt, on nous accordera bientôt un faux gouvernement « représentatif ». Une Assemblée truquée. Surveillée.
Ensuite, Louis-Joseph Papineau tentera de réformer ce leurre. Ça va coûter cher aux Patriotes de 1837-1838. Le feu partout, des pendus et des exilés en Australie. Vive le 4 juillet !
9-
Laporte parlait avant-hier (La presse) avec son ironie décapante des tricheurs « initiés » dans les bureaux capitonnés des énormes firmes américaines. Scandales sur scandales. On gonfle les profits. On attire des investisseurs candides. Le ballon prêt de péter, on vend vite nos parts (de PDG) et ensuite seulement on déclare faillite.
Un observateur dit : « Quand il n’y a plus de police, les voleurs s’épivardent ». Les vérificateurs sont bafoués partout, moqués, trompés, éloignés…pas assez nombreux, mal équipés. Et vlan ! les spéculateurs modestes ont le bec à l’eau. Les employés de ces bandits —en « grey flanel suit »— deviennent des chômeurs. Aile: « Quoi? Il n’y a plus de rigueur, il n’y a plus de conscience, plus d’honneur, qu’égoïsme et jouisseurs pressés, voilà où nous conduit l’immoralisme ambiant actuel, constitué de prédateurs pressés, d’égocentriques. » Elle a bien raison. Bush, venu de ce monde des « rapaces », joue le râleur indigné : « Suffit ! On va y voir » !Quand mister B. ?
Yves Boisvert, chroniqueur à « La Presse » a une plume vigoureuse, brillante, son allégorie récente (avant-hier) entre ces terribles « poissons rampants » qui voyagent à travers les étangs pour les vider de toute vie aquatique et le jeune chef de la droite, Mario Dumont, était une chronique géniale.
Quoi, quoi, on fesse et puis on vante La Presse ? Bien comprendre : je cogne sur les éditos soumis au boss mais des reporters y sont souvent fameux. Ainsi à « The Gazette », le quotidien raciste, francophobe malade, que je fustige, les reporters y sont souvent très compétents. Il faut faire la différence entre les journalistes (syndiqués souvent) qui honorent le métier et les chefs soumis, les petits-chefs dociles et les sous-chefs accroupis sous les patrons. Le « boss » —derrière le proprio— stipendié, déshonoré, qui a vendu, et cher, sa liberté, tels tous les Pratte, Mario Roy et Cie.
9-
Un calmar d’une tonne (!) est exposé à New-York. L’article fait rêver aux lectures de jeunesse des gens de ma génération, à Hugo et sa poulpe (pieuvre ?) effrayante, Jules Verne et son calmar inimaginable…au fond des mers ! Autre article et autre sujet de rêverie pour les pauvres, les démunis : on oublie de l’argent dans des banques. Cela forme 180 millions ($ Us) en argent ! Personne ne réclame ces magots ! Mystère ! Rêvons encore :le Mexique produit des tas de feuilletons de télé. Une vaste industrie. Des gros mélos pour la plupart. Il doit bien y avoir au moins un ou deux téléroman valables dans le lot. Pourquoi ne pas en voir un peu. Pourquoi seulement le « dumping USA » ? Même le Japon (Chine, Corée) achète de ces « telenovellas »… pas chers forcément. Colonialisme aplatventriste étatsunien accepté. Quelle station briseera le moule. Les Québécois apprécieraient le meilleur de cette industrie Mexicaine… Ou Indienne. Nous ne sommes pas imperméables comme le public chauvin des USA aux cultures étrangères.
10-
À Saint-Jérôme, pas loin d’ici, annonce d’une expo de tableaux. Pas 5 ou 10 peinturlureurs, non, 30 peintres ! Je lis la liste. 90% d’inconnus ! Terrible : toute cette activité peinturluresque et si peu de connaissance de ces manieurs de pinceaux. Aucune information valable. Il y a là un mystère opaque, non ?
Le diable devenu vieux se fit ermite ? Un compagnon d’armes du révolté célèbre, Che Gueverra, l’intello Régis Debray, révèle à Robitaille (Le Devoir) que la politique (il fut, une fois libéré de prison) conseiller de Mitterand) c’est terminé. Il est plongé, dit-il, dans l’étude des religions. Ah ! C’est à lui que je faisais allusion plus haut en parlant de décrocher des actualités. Le bonhomme semble épaté par une connaissance (De Chayssac) qui a abandonné la France et le français, vit à New-York, ne parle plus que l’anglais-américain et recommence sa vie aux USA. Il dit qu’il est logique. Que Washington c’est Rome. Que tous les de Chayssac sont logiques. Exactement ses mots ! Qu’à Rome, tout de même, on parlait deux langues, le latin et le grec. Debray ne croit donc plus à l‘avenir de son pays. Il s’est donc englouti dans les vieux manuels d’histoires des religions.
Qu’en penser ? Effrayant non ? Plus aucun espoir ? Il plaint nos luttes (ADMIRABLES)au Québec, rappeLle que les Français à l’ ONU (New-York) rédigent les rapports en …américain (comme font tant d’hommes de science en France) ! Debray lance le gant. Il fuit. Il s’exile de tout. Écoutez cela : « Oh, horreur, nous allons devenir un grand Québec ! » Un auteur a dit cela, le français Jean-Claude Barreau. Ça donne un sacré choc, non ?
Debray avance que lorsqu’il y a un vide, un empire s’y installe. Une loi incontournable. Or, dit-il, les gens d’Europe refusent de combler cet espace dsisponible. Il dit que très peu de monde chez lui croit vraiment à une Europe forte. Alors ? Le trou, le vide. L’empire s’avance. Résultat : l’américanisation volontaire partout là-bas. Debray m’a captivé en disant que la quête de puissance a donné, deux fois, deux massacres horribles (1914-1918 et 1939-1945) et que cela pourrait faire la méfiance et du désintérêt des Européens en face du pouvoir, de la puissance.
11-
Une fin pour ce premier tome ? Je vois bien que les actualités m’intéresseront toujours. Je ne me cacherez pas dans l’étude des religions ou des arts de jadis. Je suis paré à raconter Marc-Aurèle Fortin aussitôt que « Vendôme » aura un coin de studio libre !
Demain, je lirai encore mes gazettes, encore et encore, j’aurai envie de chicaner, de rédiger des pamphlets…
Rien à faire. Je reste donc curieux comme une belette, accroché. À tout. Distrait et, de cette façon, comment me « cultiver à fond » à propos d’ un seul art, d’une seule discipline. Car la culture véritable c’est cela, foin de l’érudition puisque je ne veux pas briller dans les salons… littéraires ou autres. On ne change pas ? J’étais le grand distrait à l’école, au collège. Je le reste. Je m’intéresse à tout. Un peu. Comme tout le monde.
Aile, je la vois de la fenêtre de ma « chambre à écrire », s’est plongé dans « Le tueur aveugle ». Ensuite, on va pouvoir en jaser longuement. Le ciel, très lumineux est tout de même recouvert d’une sorte de brume. Humidité lourde. Au bord du lac, il y a une bon vent., mon drapeau tremble énormément, « fasaille » même. À partir de demain, je me le jure, Soeur Gagnon sera fière de moi, je me jette dans les aquarelles que je lui ai promises. Je veux que « La maisonnette » progresse.
Demain, je me trouve un autre bon livre à lire, pour les soirs quand la télé est trop insignifiante ou qu’il n’y a pas de bons films au vidéo-club du bas de la côte Morin. On ira voir « Chaos » au Pine, on se fera des grillades sur le barb’à queue. Et puis quoi ? Oui, Léo Ferré : « On s’aimera, on s’aimera ».

Le dimanche 26 mai 2002

Le dimanche 26 mai 2002

Jours de pluie…
1-
Lévitant de mon lit — toujours un peu tard, paresse grandissante avec le temps— store levé, regard sur le lac : un bien sombre dimanche s’annonce. Au coin des « Variétés », rue Morin, journal sous le bras et achat (honteux) de cigarettes (trop chaque jour encore !), une vision dantesque : tout le ciel avec des noirs d’apocalypse au nord-ouest, au-dessus des collines. C’est impressionnant mais…
Gazette lue avec Aile —commentaires sans cesse ente nous comme à l’accoutumée—, cafés bus, c’est la montée du forçat bienheureux vers… le journal. Avec paquet de coupures de quotidiens lus aux doigts —cela qui s’accumulent sans cesse. Fin bientöt ? Ne sais plus. Mai ou juin. Victor-l’éditeur-pistolien dirait quoi ? Finir avec juin ? Sais pas. six ou sept mois du journal cet automne ? Lui ai proposé titre nouveau (« À cœur de jour » à abandonner ?) : « Aile, oui elle et tous les autres. »
Coup de fil hier de Beaulieu : « Mossieu Jasssmin ! Ai reçu ton stock pour mars mais pas clair, plein de guillemets, parenthèses etc. Faudrait faire quoi? » Ah ! Je tente alors de renvoyer le texte par le mode « envoyer vers… » Comme je fais avec Marco pour le journal sur le site. Cause du brouillage ? Il est avec IBM moi avec Imac. Deux nonos en ordis, lui et moi ?
Message de Miss Dufour pour la télé de « Bibliotheca junior », à animer betôt. Elle souhaite recevoir nos vieux livre lus dans l’enfance ! Oh ! Je lui renvoie le singe. Qu’elle me déniche un Jules Verne, un Félix Leclerc (« Pieds nus… »), des comics-books à dix cents ! Elle me dit que le chauffeur du producteur R.-G. Scully ira nous chercher, Daniel et Thomas Jasmin, moi. Luxe !
Bon : mon imprimante kaput ! Misère !
Ce film loué et tant aimé : « Lantana ». Dire le grand moment filmique quand le héros, « une grosse police »,fond soudainement en larmes, seul, dans son auto de patrouille, vers la fin. Cette petite fresque, sauce bien-aimée « altmanienne », sur trois couples « ordinaires » dans le nord d’une petite ville étatsunienne. Six vies, six existences s’entremêlant en un carrousel étonnant. Prosaïsme et malheurs inattendus. Le bon film !
2-
Samedi, hier, soleil, Jean-Guy qui peint la galerie, l’escalier, habile, lui, « qui gratte la vieille peinture, lui, qui se beurre pas », dirait mon Aile. Très satisfaite de cette rénovation qui s’imposait. Je pose un crochet au couvercle du coffre de bois à vidanges au bord du chemin. Fini de s’y introduire monsieur le racoon ! Je l’ai vu, ce matin, se dandinant, filant vers chez mon voisin Jodoin, l’hypocrite déchireur de sacs verts ! Il a frappé un nœud avec mon crochet !
Avant d’aller m’étendre avec Aile au rivage avec livres et magazines, suis allé, hier midi, au courrier de l’ordi. Ah, me voilà bien piégé comme tant d’internautes ! C’est si bon, réconfortant. Des gentillesses de correspondants. Aussi, hélas, des appels à bosser : la Francine du Villeray renaissant, le gros Germain qui attend mon bref polar promis pour sa revue « L’ » et puis quoi encore ? Je riais des « accrochés » en ordi il y a pas si longtemps. « Tu quoque filii ? » disait César à son assassin, Brutus.
Hier soir, comme dans le beau film vu au cinéma Pine (« Peuple migrateur »), trois canards glissent sur l’eau et puis nagent. Vite, mes jumelles. La beauté au pied du terrain !
En soirée, télé pour « Thema » à Artv, un bien long portrait d’Isabelle Huppert. Déception. Douze mois de tournage pour bien peu. Un film de Serge Toubina sans grand intérêt. Préfére regarde un Bernard Rapp ou un Lipton questionnant ces vedettes. On a pu voir l’Isabelle petite fille. Vieux films, 8mm, de famille. Mieux qu’un album de photos fxes ? La chanceuse ! La petite bourgeoise chanceuse. Envie ! J’aimerais tant me revoir « en action » enfant. L’autre nuit, entre deux phases de sommeil, j’ai tenté —très fort— de m’imaginer, en 1934, pédalant dans ma mini-chevrolet, à trois ans ! J’ai fini par y arriver ! J’étais dans la cour, je pédalais. Étrange sensation, je vous jure. J’y étais. J’avais trois ans !
Dans le reportage de Toubina, je vois un écriteau : « Sans issue ». Ah ! Il y a aussi « impasse » et « cul de sac ». Ce « Sans issue » me semble…dramatique.
J’achèverai bientôt le « Mausolée… » guibertien. L’obsession des jeunes garçons ne le lâche pas. Une obsession, vraiment. Je connais beaucoup d’homophiles qui se conduisent bien. Qui ne sont pas, pas du tout, des « guetteurs » compulsifs d’adolescents comme ce Guibert. Qui ne sont ni voyeurs vicieux, ni onanistes névrosés. Qui fuient la porno infantile—dont se régale le Hervé— et autres misères sexuelles. Qui vivent en couples, loin de saunas à fantasmes grossiers (ô Mausolée…), qui mènent une vie heureuse, calme.
Hitler, Mussolini —tels des sorciers moyenâgeux— mettaient à mort les « étoilés roses ». Longtemps, l’on disait : une maladie mentale. Les riches parents d’enfants homosexuels, engageaient des thérapeutes —qui s’y prêtaient ces vilains ignares— pour qu’ils soignent cette « honteuse maladie » chez le chéri héritier dévoyé. Dans mes alentours, j’entends encore des : « cela se soigne ! » On refuse de croire que « cela » n’est pas un choix. J’ai eu des confidences de camarades homos : « enfant, déjà, il savait, il constatait, qu’il l’était. »
Dans « L’Actualité » reçu avant-hier : tiens, articulet sur l’homosexualité. Innée ou acquise? Finira-ton d’accabler, de culpabiliser les femmes, ces « mômans » couveuses, ces mères « trop possessives » et autres fadaises ? Trois phases à ce jour. 1- Docteur Dean Hamer (1993) : Gènes transmis par la mère. Ah ? Région du chromosome Xq28. Hamer a étudié 40 paires de frères homos. 2- Dr George Rice (1999) :Pas en assez grand nombre ces Xq28 ! Peut pas conclure à une hérédité, à de l’inné donc. Rice a étudié 52 paires de frères homos. Pas certain donc d’une origine commune. 3- Dr Spitzer, un spècialiste de la question lui aussi, en 1973, changeait d’avis : « c’est peut-être réversible et un traitement psychothérapeutique pourrait modifier cette orientation sexuelle. » En 1973. Quand on ne parlait pas du chromosome :Xq28. À suivre.
Bon, si, un jour, on corrige le Xq28 (ou un voisin, un autre), cela fera-t-il des homosexuels une espèce en voie de disparition. Et quand cela n’existera plus…en 2050, fera-t-on des documents folkloriques (livres, films, etc.) de ces invertis des débuts du 21 ième siècle ? Il n’en restera pas moins que ces « inversés » , —sublimation ou non sublimation— furent, sont encore, des créateurs féconds et indispensables et cela dans maints domaines, qu’ils ont enrichi le patrimoine culturel mondial de façon tout à fait remarquable. Pas vrai ?
3-
Souvent quand j’ai fait un rêve conséquent—dont je me souviens— Aile aussi en a vécu un. Ainsi, cette nuit, chacun de son côté dans le King size, flanc contre flanc, il y a eu de l’action.
Aile me raconte, ce matin : « Fou, j‘étais une sorte de chauffeur. Pas de n’importe qui. Pour René Lévesque. Qui était tres mal rasé, mal habillé, mal en point, râleur mais bon enfant parfois, toujours en retard, me pressant.
Je le conduisais ici et là, à gauche, à droite. Il y avait des caucus comme… secrets. Une sorte de clandestinité floue. Aussi des assemblées plus ouvertes. J’étais appréciée comme conductrice et cela me flattait, fou non ? J’attendais souvent. Je fumais. Je lisais. Ou j’y assistais mais sans droit cde parole. Sans permis d’opiner. Une nuit de déménagements, de déplacements incessants et lui, le chef, souvent moqueur, bien goguenard, café sur café, autoritaire aussi pourtant, commandait les voyages à faire.
Moi.
Cela s’ouvrit par une rue bloquée. Saint-Denis vers le sud. Je suis jeune, avec mes deux jeunes enfants. En coccinelle beige, la mienne dans le temps. Voyant la foule, les bannières, la rue remplie de manifestants, je fonce vers des rues à l’est. Je dois atteindre le Vieux-Montréal et vite. Sans savoir pourquoi. Des courses spéciales ? Arrivé dans le coin Berri-DeMontigny (dans mon rêve, cette rue y est encore), des bâtisses lugubres. On descend. Dans une entrée de narchandises, haute, aux briques sales et effritées, des gaillards m’interpellent. Un trou noir. Ils m’enlèvent mon fis, Daniel ! Disparaissent dans l’édifice inquiétant. Je tente de protester.
Je me hisse, avec ma fille, dans ce trou noir. Noirceur totale, puis, un peu de lumière. On s’y perdra et je me retrouve avec ma fille , dehors, dans la rue Saint-Denis, près du vieux cinéma du même nom. Un parterre sale. Une vieille femme en haillons. Couverte de bijoux de pacotille. Peinturlurée comme un vieille pute de cinéma. Elle tente de me calmer. Me dit qu’elle est la maman de mon ex-camarade, Louis-Georges Carrier. Mon étonnement. Lui si digne, une mère si ..ignoble ! Elle rit, pète, rotte, boit des bières. Elle me dit où se trouve mon gars et j’y vais,. Entrée d’un bar louche. Il m’attendait, seul, pleurnichard. Je le récupère. Nous repartons en auto. Filant vers le nord. À un feu rouge, un trio de jeunes musiciens en guenilles, sur un petit balcon. Ils semblent en boisson. Des cris pour attirer mon attention.
L’un, crasseux, que je reconnais vaguement, me salue de sa casquette. Il tient un petit accordéon. Me dit que je dois l’aider. La mère-Carrier, elle aussi, tantôt, me demandait de l’aide. Je dis : « oui, oui, je vais y voir, je vais vous revenir » Ces musiciens de rue souhaitent un contrat. Je le sens. Inquiet, je me dépêche de rentrer chez moi. Accélération rue Saint-Denis. Je me réveillerai.
William Shakespeare, dis-moi, de quelle étoffe, ces rêves ?
4-
Cahier livres de La Presse, ce matin, deux articles concernant mon cher éditeur-auteur. Édition trois-pistoliennes d’un vieux texte d’Aubin (arrivé en Canada en 1835). Une collection de nos « anciens » dont je lis le fort cocasse Arhur Buies (« Jeunes barbares ») en attendant les plats de l’École des marmitons. Aussi, re-parution de son « mon Tolstoï », la 34 ième brique de sa murale fascinante. Michel Lapierre parle du fréquent « gin and rhum » d’antan quand le Vic s’adonnait à la « saudite boésson ».
Il tisse un parallèle entre le vieux « Tolstoï à l’écart », —Seigneur déguisé en paysan— et mon Beaulieu, « seigneur de paroisse », revenu de l’arrachement, enfant, de sa terre natale. Et tenant journal (ah !) à l’ombre du Grand Russe. « Pour comprendre l’univers, tout doit être ramené à soi », conseillait le Grec fameux. Aussi je me ramène… hantant le Villeray de mes commencements et pris maintenant avec cette Lucille toute dévouée au quartier de mon enfance, m’y enrôlant presque contre mon gré. Quand, pur son projet d’expo, vais-je commencer à barbouiller mes figures d’origine, guenillou, maraîcher, etc. ? Ça m’énerve. Le Lapierre cite V.-L.B. : « «Écrire en bandant, écrire bandé » Les mêmes mots (de Lindon ) dans le journal d’Hervé Guibert, Ah !
5-
Une idée qui me revient parfois. J’avais dit à Aile à peine déconcerté : « On vend tout. Le deux logis, les deux autos, les mobiliers, etc. Vraiment tout.
Nous resteraient deux passeports, deux cartes Visa etc deux malles de linge utile.
Et on part, on voyage. À l’année longue. Les Reers-Feers, en lente fondue. Jusqu’à notre mort. Même à Montréal, on couche à l’auberge modeste. Plus rien à entretenir. Rien, absolument rien.
Je lui en re-touche un mot hier. Silence encore.
Comme moi, Aile se dit-elle :pour aller où ? Le premier voyage…où ? Ça donnerait quoi ? Meilleure vie ? Sûr ? Le bonheur plus grand encore ? En effet, quand j’y repense à mon plan, nous en aller où ? On a vu, loin, que Paris, Londres, Rome, un bout de Suisse… Ai-je vraiment envie (besoin) de voir…la Grèce, l’Espagne et le Portugal,, la Chine et le Japon ? Je ne sais pas trop. Sommes-nous deux sédentaires ? Je cherche quoi ? Pas des paysages. Pas l’exotisme. Quoi ? Quoi ? Souvenir : Notre ennui, en Floride (15 jours à la fois) car pas de biblios, pas de librairies, pas de livres, ni cinéma, ni télé, en français !
Ouen ! Ouaille ! Non mais…
La simple idée du « six mois au sud-ouest de la France » ne se concrétise pas depuis trois ou quatre ans. Alors ? Bof ! J’y repenserai plus tard. Toujours plus tard hein les humains, les branleux ? Aveu : ne plus revoir, longtemps, les miens : les enfants (ah !), les chers conjoints, les petits-fils (oh !), ma sœur Marielle, Marcelle, Nicole, mon frère Raynald (que je ne vois presque jamais, merde !) Hum…que je trouve niaizeux !
6-
J’aime arroser. Mystère ? Chaque fois, Aile me nargue : « On annonce de la pluie pur demain, Cloclo ! » Souvent vrai. J’arrose les petits arbres qu’Éliane m’a donnés, fraîchement plantés. Avant-hier, au téléphone, Éliane, ma fille, rit : « Tu peux pas imaginer, papa ! Le père de l’ami de mon Gabriel, Raphaël Drolet, Roger…il a fait aménager un étang près de son ex-couvent qu’il rénove. On l’a presque forcé à y mettre des poissons. Des rouges, des carpes exotiques quoi, gigantesque aquarium, tu vois. Or, s’amènent des goélands. Plongeons. Festin ! À pleines gueules. Énervement là-bas. Un voisin de Roger s’amènera, carabine à l’épaule. Protestations de l’animateur néo-moraliste. « Non. Ne tirez pas ! Pas permis. » Discussion. Contre sa volonté mâle : photos prises par l’épouse étonnée.
Éliane s’amuse fort de ce conte vrai. Et moi donc. Moi aussi. Je voyais les goélands maudits au dessus de l’étang drolettien avec, au bec —pas des vidanges d’un Mac DO— luxe, des poissons rouges ! Belles taches dans l’azur, M. l’astronome Reeves.
Je regrette encore que ma fille refuse de venir jaser « lectures d’enfance » pour « Bibliotheca ». Me semble que … « N’insiste pas, j’ai pas l’habitude, moi. Daniel va bien faire ça. » Son Laurent déçu. Lui ai promis qu’à une prochaine occasion. Aile un peu moqueuse : « C’est pas trop « famiglia » tes prestations-télé ? »
Pas ma faute, Marc Labrèche, alter-égo de « Boogie woogie » n’avait qu’a pas partir en vacances ! Aile encore : « Ça aussi, ta chère « petite patrie », c’est pas un peu beaucoup ? »
Elle m’enrage.
7-
Oh ! Lisant le Guibert du « Mausolée… » : « Journal… l’impression dans ce travail d’apprendre enfin l’écriture et la comprendre, c’est se mettre dans l’état de ne plus pouvoir la produire… »
Le cinéaste Groulx, au bout de son rouleau, disant : « il reste de vrai, les actualités, seuls vrais films, authentiques, le reste, mensonges et trucages. » Oh !
Jean-Pierre Guay qui, vers 1986, me donnait le goût, l’envie de journaliser, disait, lui aussi, vouloir abandonner la littérature, les littérateurs, les mensonges, via : « tenir, publier son journal ». Guay que je n’aimais guère, ses tomes trop remplis d’initiales, de prénoms inconnus, de querelles intimistes obscures.
À « Historia », soudain, une très jolie chapelle, moderne, sobre, de beaux vitraux de Plamondon (circa 1945), maître-autel en céramiques rares, des têtes de banc sculptées, un chemin de croix moderniste, des vases sacrés aux émaux (camaïeux de bleus de cobalt) vraiment éblouissants… et apprendre que cette chapelle des Clercs de Saint-Viateur était là, rue Querbes, à un coin de rue de chez moi, jadis, et que je ne savais pas. Merde ! Y aller visiter un de ces jours.
8-
John Chréchien à Ottawa : « Au référendum de 1995, on a frôlé la catastrophe, mes dames et messieurs, il fallait réagir…(à coups de millions, en pleine campagne et contre nos lois. ) Quelle catastrophe ? Mes dames, messieurs, on a frôlé la victoire, on a frôlé d’avoir une patrie, oui, une patrie, puisque nous formons une nation.»
C’est cela la vérité, sauf pour les Québécois stipendiés, francos de service vénaux du fédéral, anti-patriotes dont le rôle noir sera inscrit dans nos livres d’histoire un jour et fera la honte de leurs descendants pour des générations et des générations.
Le canot parti à la dérive, le pédalo à l’envers, avant-hier, un vent de tous les diables. Mon fleurdelysé se déchire…Seigneur ?
Grève terminée hier à la CiBicI. Ainsi on a traversé une ligne de piquetage. Sans aucun état d’âme. Juste des « beaux bonjours » en passant ? Combien qui « traversaient » ont donné aux grévistes, juste un petit % ?
Nous, en 1959, on a respecté la ligne de piquets des réalisateurs, les seuls en grève. Une solidarité qui nous donna rien. Il aurait fallu entrer et soutenir les réalisateurs en leur versant un petit % de nos gages. Ainsi, les grévistes, les réalisateurs, auraient pu tenir, négocier très raidement, rester dehors, ma foi, six mois, une année entière…
Mais non !
Imaginez la panique des gestionnaires sachant que ceux « en dedans », qui osent traverser une ligne de piquetage, soutiennent « avec de l’argent » les mécontents : précaires abusés, femmes sous-payées, etc. ? Oh la ! Panique et bordel chez le « boss » Rabinovitch à Ottawa et tous ses adjoints ! Ils se mettent à table et vite dans un cas du genre, non ? Trop tard. Mais..à la prochaine ?
9-
Pénible Annie Girardot s’entretenant avec Bernard Rapp à Artv. Un peu hystérique. Bonne actrice, brillante, névrosée quand elle veut raconter son long et fructueux parcours de comédienne. Le Rapp souvent instabilisé par sa verbosité fébrile et…incompréhensible. . Et, il y a une deuxième partie..Ouais ! On compense avec beaucoup d’archives visuelles, heureusement.
Pure merveille d’entretien brillant avec l’acteur américain Tim Collins chez « Inside Actor’s studio ». Rares moments, franchise, humour, modestie, intelligence vive, culture surprenante (il étudia la « Comedia del’arte », etc.). L’heure passa comme dix minutes. Décidément ce Lipton s’est révélé (à l’usage) comme un fameux questionneur.
10-
Avocat, beau métier ? Des fois. Mon père me le disait : « T’as pas voulu t’instruire … » Un beau gros 90,000.00 piastres, viande à chien, en gages pour un mois (un) de dur labeur ! Pour un ex-politicien, redevenu avocat. Cela, avec vos deniers, quand on utilise Yves Duhaime pour organiser du rapprochement épiciers (Marchands-Métro) versus Gouvernement !
Le père Duhaime « y va aux toasts » comme on dit. Il proteste. Il va poursuivre en cour ceux qui révèlent cette farce grotesque…Une de plus, une « pas pire » que les grossières farces se déroulant à Ottawa, ces temps-ci —Comedia del’arte ignoble—avec notre argent à nous, pauvres cochons de payeurs de taxes et impôts.
Saloperie. La Lysiane Grognonne (La presse), à froid, stigmatise : « Le pouvoir corromp ». Non ? C’est tout ? Eh oui. Un loustic, ce matin, dit, sans rire hein : « Le jeune Mario Dumont, lui (et ses complices ?), b’en, il est jeune, on devrait le faire élire aux prochaines (et aux partielles) ça ferait de l’air pur un peu, avant qu’il atteigne le soixante ans !
Oh ! Belle mentalité ? Bin ! C’est une forme du désespoir des populations devenus fatalistes. Fatal danger pour la démocratie. Il pousse toujours sur ce fumier fumant, un jour ou l’autre, un démagogue, un profiteur et l’on glissera dans la trappe d’un despote fou, d’un tyran effrayant.
Cela s’est vu souvent, non ?
Je viens de cracher un autre mille piastres… En taxes municipâles (sic), cette fois. Eh ! Pour mes vidanges, mes rues propres, mes lampadaires, mes parcomètres et quoi encore ?
Plus grave nouvelle hier : le bandit-motard-en-mercedes, le gros cousin —fesse gauche— d’Aile, « Mom » Boucher, se rapproche de nous. Il quitte la rue Tolhusrt (où habite mon frère, Raynald), à Ahuntsic, pour s’installer à Sainte-Anne des Plaines. Pas bien loin de Sainte-Adèle. Droit de visite au cousin rendu plus facile pour Aile ?
Au début, elle grimaçait là-dessus. Maintenant elle en rit et parle de « Mom » comme elle parlerait de ses frères, Pierre et Jacques. Nette évolution.
Le soleil est revenu. Sortons vite !

Le mardi 7 mai 2002

Le mardi 7 mai 2002

1-
Brume partout ce matin. Misère ! Un 7 mai ! Un printemps mal parti ? Patientia ! Couragio ! Daniel , le fils, communique. Chaud au cœur : il dit s’ennuie de nos rencontres fréquentes de jadis. D’avant ma casanerie en laurentie. Moi aussi, je regrette de ne pas aller le voir plus souvent pour jaser sur tout et sur rien, nos promenades, avec son petit Zoé, noiraud fou comme un balai, courant mes bâtons, dans son grand parc d’Ahuntsic. Je trouverai un truc. Il le faut. Étant par là, j’en profitais toujours pour aller aussi saluer sa sœur, ma chère Éliane. Il y a qu’à cette époque j’allais souvent, le midi, lunché avec leurs gamins.
Peu à peu, Aile et moi nous nous sommes… ancrés (?) ici. On ne souhaite plus descendre en ville pour un oui ou un non. C’est devenu vraiment notre « home » et on ne dit plus « le chalet » en parlant de cette maison. On dit plutôt « le pied à terre » à propos du petit condo du Chemin Bates.
Daniel en profite pour m’instruire davantage sur ses lectures …asiatiques spirituelles. Le zen et Cie. Il me préviens de ne rien craindre côté secte ou embrigadement. Je n’ai pas peur, je connais trop son côté « sauvageons’ » son refus de toute gnose, doctrice ou autre…évangile ! J’ai moqué légèrement l’aspect « fais rien, bouge pas, n’agis pas tant » de ces écrits… zennois (sc) et il me chicane : « Tu n’as rien compris pops ! » Bon, bon !
Un autre « jeune » courrielliste (sic) qui me gronde fort c’est l’ex-camarade Blanchette. Oh ! Il me semble « fâché noir » de mon acharnement à le houspiller en journal à propos de « nous, pauvres minoritaires exploités, bafoués et pourtant sécurisés par notre natalité « hénaurme ». Il écrit : « vieux patriotes », merci, « jouant les victimes », eh ! nous le fument si longtemps Jacques, « subtilité de la vérité historique », bon, bon, moi l’épais, le grossier quoi.
À la fin de son envoi, Blanchette affirme : « …tous les pays occidentaux ouverts à l’immigration ont des structures d’accueil. » Pas vrai ! Faux ! J’en mettrais ma main au feu. Certes il y a un « bureau ordinaire » mais absolument pas de ces complaisantes machines (genre : cours de français gratuits, les Cofi, etc. Il est plus jeune que moi (le chanceux et l’ignorant ) il refuse l’idée de notre « sécurité ethnique, ici ». Oh la la ! Il existait ce sentiment et pas à peu près car les autorités politiques et religieuses (cela ne faisait qu’un) nous enseignaient —encore dans les années ’30— que nous allions, les C.-F., évangéliser, illuminer tout le Canada un jour. Confiants, les pionniers, de proches ancêtres, partaient pour l’ouest canadien et on va les humilier, les écraser, les bafouer, les piétiner). Songez aux profs de Gabrielle Roy (elle l’a conté) cachant leurs manuels en français face aux inspecteurs francophobes. Léandre Bergeron, plus jeune, au kiosque du Salon, m’a narré ce racisme très actif quand il y vivait. Les tit-Jacques Blanchette sont de la bonne pâte : « faut oublier ça, c’est pas grave. Brûlons ces méchants livres d’histoire qui rappellent les saloperies des maudits anglais ! Faut pas demander aux monarques de la perfide Albion, à Buckingham, qu’ils offrent la moindre excuse pour le génocide des Acadiens, n’est-ce pas ? Oui Cyrano, mon épée me démange ! Vieux patriote? Oui. Et fier de l’être, mon Jacques !
2-
Oh le bon petit film modeste vu hier soir ! Aile a déniché ce
« Pain, tulipes et comédie ». Très désopilante histoire d’une jeune ménagère de Milan qui décide soudainement de ne plus entrer à la maison. Défile alors un paquet de personnages hirsutes et cela dans un décor fabuleux : Venise-en-arrière. Ses ruelles et ses venelles. Un zest de Fellini ici et là. Un conte de fée mais plausible. Belle soirée. Je l’ai remercié beaucoup pour une si jolie trouvaille au vidéo-club du bas de la côte-Morin. Nous nous sommes mis au lit de bonne humeur. Elle lit le « Cherche le vent » signé Vigneault jr. Et je poursuis mon « Mausolée…des pédés » où H.G. incruste souvent dans son journal des notations imagées d’une vraie belle coulée. Gallimard a bien fait de le publier.
Marco, mon gendre, l’initiateur de mon site web, me parle de mettre des critiques d’art (et quelques entrevues) du Jasmin des années « 60 » à La Presse quand le milieu arts plastiques –« révo tranquille » qui s’ébranle— bouillonnait, grouillait d’expos. Mais…mon temps… compté désormais ! Si un zélé archiviste voulait aller fouiller mes papiers à la B.N., succursale de la rue Holt, à Rosemont. Moi ? Pas ce courage.
Merde et re-merde : encore un « ça l’a ». Entendu hier à la télé, à Paris, par Claude Charron, un type qui fréquenta l’université pourtant ! Découragé je suis !
Qui comprend cela : un « Prix Nobel de la paix » mis en prison. 19 mois ! En Birmanie. Personne pour crier ? L’ONU —ou qui ou quoi encore?— n’a rien fait ? Non, je comprend pas. Cette Suu Kyi qui vient d’en sortir…pour combien de temps ? Je ne comprend pas.
Parcouru hier le dernier « Croc ». Chaque fois de la déception vient de notre (maigre) « canard déchaîné ». Quelques signatures solides : Vadeboncoeur, Lauzon, Falardeau, Beaulieu, de Bellefeuille, le fondateur. Le reste ? Hum ! Des anonymes prudents ici et là. Grande page de la fin signée Livernois (?) pour écraser Jacques Godbout. Pas pus que le roi, le cinéaste-romancier Godbout n’est ni mon frère, pas même mon cousin mais l’impression que le L. lui cherche des poux. Brûlot vaseux, comme éteint ! Mèche vaine ! L’homme n’est pas sans défaut (Rimbaud : « quelle âme est sans défaut ?) mais vouloir en faire un pitre, un sinistre profiteur…franchement ! Il y a des cibles autrement plus urgentes à viser. On a l’impression d’une histoire personnelle, privée, d’un besoin de vengeance aux sources inconnues.
À CBF-FM, malgré le conflit traînard, pour « Ici tout est permis » de bons entretiens souvent (reprises ?) avec le musicien Dompierre. Ce matin, Michel Tremblay. Il doit craindre le radotage comme moi tant on lui pose les questions traditionnelles. Pour la première fois, (à mes oreilles en tous cas) le fameux dramaturge avoue l’importance primordiale dans une carrière littéraire d’un agent compétent. Il a eu cette chance le veinard (que je n’ai jamais eu, hélas ). Avec ce feu-John Goodwin, Tremblay a raconté ses incursions partout (avec ses pièces) à New-York, à Los Angeles, à Paris aussi.
Comme Asile il a parlé de sa maman « bien plus vieille que les autres » et qui lui faisait honte…ce dont il a honte à présent. Aile souriait de connivence. C’est quand il a jasé sur sa demi-surdité que je « connivais » en masse avec lui. Cette infirmité le rend bougon, dit-il. En effet, on se sent poussé vers une certaine solitude, malgré soi, quand on arrive si mal à comprendre des discussions, chez soi ou ailleurs, entre amis ou dans un restau, etc. Temblay a répété que son oreille gauche est morte. Complètement. Je compatis.
Ce matin, toutes les lettres de lecteurs (La Presse), comme moi, exigent qu’on fiche la paix à nos témoins du passé, les crucifix à l’hôtel de ville. Je me sens moins seul. Certains zélateurs laïcistes diront : démagogue. Quand je suis en osmose avec les gens —c’est fréquent et je n’y peux rien— c’est l’insulte qe l’on me brandit sous le nez. Quand, à l’occasion, je m’oppose à un grand courant populaire…silence ! Tout à coup je ne suis pus qu’un mouton noir. La peste de ces catalogueurs !
Le Devoir, pétition pro Radio-Canada initiée par Solange Lévesque. Aile y voit, avec le mien, son nom et duit : « on va dire, on sait bin, s’il y a Claude… ». Ça m’enrage. Aile a travaillé là durant 39 ans, moi, 30. C’est son coeur, sa jeunesse, tous ses efforts pour, avec tous ses camarades, travailler à une télé qui aurait de la gueule. Les « en dedans » afficheraient maintenant aux fenêtres de tous les bureaux des grands cœurs rouges…de solidarité avec les « en dehors » sur le trottoir. Ça m’a touché.
3-
Que de nouveaux romanciers ! Et pas jeunes du tout ! Voici Roger D. Landry, ex-boss, à La Presse, qui publie chez Stanké, avec deux bonnes amies, un roman ! Voici que le frère cadet de Lucien Bouchard en fait autant. Un roman qui raconterait les pionniers de son pays chéri, le Saguenay-Lac Saint-Jean. Bienvenue au domaine des grandes solitudes chers collègues !
Nat Pétro moque cruellement la femme du grand boss de Radio-Canada, Cecil Rabinovitch. À la sortie d’un bal mondain, elle s’est échappée en face d’une reporter de la SRC : « Mon mari, le Rabinovitch, est un gros méchant « bocké » et il lâchera pas le morceau. Et vous n’ êtes tous que de pauvres manipulés par votre centrale syndicale menteuse ! » Aie ! Séraphin avait-il raison de garder Donalda à maison, viande à chien ? Une telle « créature » peut couler un brave mari. Ce matin, nous apprenons que les députés (ministres aussi) pressent le patronat SRC de régler ça et vite. Merci Cécil-la-grande-langue.
Enfant, nous lisions fidèlement « Superman », aussi « Spiderman ». Vieux « comic book ». Un film avec gadgets modernes sort et aussi avec machins d’incrustations multiplicateurs d’effets visuels. L’imaginaire des dessinateurs d’antan n’est plus impossibilités cinématographiques désormais. C’est le gros succès au box-office. Chanceux les gamins de 2002 ?
Pierre Trépanier, historien, démasque lune Esther malodorante. Danger des amalgames, dit Trépanier ce matin. Il fesse avec raison sur l’historienne déshonorée. Esther Delisle (avec son diabolique adjoint, le calominateur Jacques Zylberger) a osé, on le sait, mettre dans le même sac l’antisémitisme ordinaire qui régnait —hélas— partout en Occident des années ’30 avec
l’antisémtisme violent, mortel, des nazis.
Lionel Groulx ou Pelletier du Devoir, et Goering ou Adolph Hitler : « même combat », dit la Delisle. Elle n’a plus aucune crédibilité. La rage delislienne ? Voulant tuer son chien—nous tous peints par eux en nazis— on a reçu sa rage, celle d’une « raciste invertie », son mensonge amalgamé, en pleine face. Un cinéaste, Eric Scott, se joignait volontiers à l’enragée aveuglée et malhonnête pour en faire un documentaire, titré par méchanceté raciste : « Je me souviens », —pas vu— qui passait au Canal D. Un four à gaz en Allemagne de 1942 ou un graffiti au Marché Bonsecours en 1937, même horreur pour Esther-la-folle.
La shoa et une réunion de tit-counes avec le toqué Adrien Arcand :même horreur dit la désaxée. Voilà que le vieux Ramsay Cook, historien jadis respecté, signe la préface du pitoyable livre de l’Esther-sur-amalgames. Cook, cordialement, émet :« The rigour of her analysis. » Tirez la chasse d’eau, ça pue trop !
4-
Le redire, ce Nadeau, photographe quotidien au Devoir a du génie. Exemple ? Ce matin, comme un tableau de maître italien ancien, le portrait de la procureure (pour le boucher Mom Boucher des Hells) l’avocate France Charbonneau. Fameux œil qu’a ce Nadeau !
J’y reviens : Aile et Michel Tremblay. Comme lui, importance des romans imprimés durant la guerre dans la « si modeste » collection pour tous, « Nelson. Aile me l’a répété si souvent : « ma seule bibliothèque familiale ». Tremblay, toujours avec Dompierre, raconte que, typographe à l’ancienne, jeune, il fut promu « correcteur ». Pour des romans à dix sous chez Lespérance, l’éditeur des « X-13 » du bonhomme Daigneault. Ils étaient vite rédigés et pour le prix qu’il en obtenait, on peut comprendre la négligence du romancier polygraphe.
Étonné d’entendre Tremblay, d’habitude si modeste, disant que les Gratien Gélinas tout comme les Marcel Dubé faisaient dans « le réalisme premier degré » et que lui entra dans le métier avec un réalisme plus léger, plus stylisé, plus fantaisiste et qu’il était temps. Il a tout à fait raison. Comme, désormais, on peut voir une dramaturgie « réaliste » encore bien plus symbolique, plus éclatée. Voir « Le ventriloque » de l’« autre » Tremblay. Et il l’admettra volontiers. Il est très lucide.
Ah, le soleil revenu ! Ouf ! C’est beau. Vol de canards au ciel. En « v ». Vite descendre et trouver mes jumelles. Un vent franc du nord. Mon drapeau sur la berge le proclame. Que vois-je ? Il se déchire ? Un signe… Allons, foin de signes symboliques. Il n’y aura qu’à le changer, c’est dix piastres dans un dolorama. Ils ne durent jamais longtemps…les symboles.

Le lundi 22 avril2002

Le lundi 22 avril2002

À CŒUR OUVERT

1-
C’est pari : avec la nouvelle saison, chaque jour de beau soleil est une joie et…pourtant, quand, comme ce lundi matin, le couvert est mis, Aile semble contente et dira : « bon, un peu de ménage fera pas de tort ». Et moi ? Pareil. Je me dis : »bon, en profiter pour aller à mes paperasses diverses. Au clavier ! Fou non ? En effet ,e beau temps nous fait nous jeter dehors ! Si bien qu’avant-hier, j’ai envoyé un avertissement à l’éditeur du journal : « N’attendez pas trop de copie du bonhomme, il fait beau maintenant et il est pris par ses travaux de jardinier. »
Hier, dimanche éclatant de lumière et belle visite de mon fils avec Lynn. Sans les deux garçons : Simon bosse à son Métro d’Ahuntsic et le cadet, Thomas, avait trop de devoirs (hum !). Je me suis dis : sa très chère planche à roulettes ?
Le « char neu » est à l’affiche. On en fait le tour de ce « tracker» aluminisé, sorte de jeep, pas tout à fait jeep : solide engin, belle machine franche. Daniel, nerveux, guette la moindre saleté. Ça va durer un mois ? Pour nous le faire étrenner (!) départ à quatre pour la fougueuse rivière Doncaster dans l’ouest de Mont-Roland, pas bien loin. Il y avait longtemps que nous y étions venus. Marchement dans son joli sentier longeant la rivière aux enflures d’eau rares. Gonflement au maximum. Spectacle toujours saisissant de voir ses cascades. Ce tumulte chantant, comme revigorant, est toujours fascinant pour les yeux et les oreilles. On est bien, on est content, on est tout heureux, nous descendons un coteau, ici et là, pour voir de plus près la furie. Au bord d’un rocher, bruine sur les lunettes d’Aile. Le soleil fait luire ces rapides rageurs aux crinières d’un blanc tacheté d’ocre, et qui déferlent, galops intrépides de chevaux fluides, vers la Rivière du Nord plus à l’ouest.
Ondinisme, messire Ellis ?
2-
« La maudite, a m’a confisqué ma planche parce que je suis Secondaire-2, pas de danger, la froussarde, qu’elle oserait le faire pour un Secondaire-4 ou 5 ! »
C’est mon beau Thomas qui râlait, dit Lynn, quand une maîtresse du Mont Saint-Louis, l’apercevant rouler dans un escalier du collège, vendredi…eh oui, lui a confisqué sa planche chérie pour le week-end. Le drame, me dit Daniel. La rage noire. À la maison, Thomas va à sa vieille planche et lui répare deux vis et finit par dire : « Ouais, pas grave, je m’aperçois que j’aimais bien, ma vieille ! » Comme je suis amusé par ces incidents d’écoliers surveillés. Ainsi, en 2002, la « discipline », toujours exécrée par les enfants, est encore au menu ?
Samedi soir, souper « gastro », rue Simcoe Circle, à Town of Mount-Royal chez les D. Michèle D. toujours experte cuisinière. Miam ! Elle va retraiter bientôt, fin juin ?, de son job de « cadre » au collège Marie-Victorin. Elle n’a pas peur. « Je veux faire tant de choses », dit-elle. « Mais on ne cesse pas de me prévenir :
« Attention Mimi ! Tu vas t’ennuyer ». C’est impossible, tant elle veut rattraper ses beaux songes, dont l’aquarelle. À un mur, une sorte de para-Chagall illustrant son besoin d’un monde coloré très chaudement. Marie-Josée, la scripte émérite, jacasse sur « grève à la SRC », sur son devoir de piqueteuse, quatre heures obligatoires par jour, sinon pas de ce mince « salaire » de gréviste, 200 $ par semaine.
Rumeur samedi soir : « Radio-Canada à vendre ! » Bientôt même plus diffuseur ? La boîte de « chiffon-J » vendue à « La Presse » qui doit rivaliser avec « Le Journal de Montréal » associé, lui, avec TVA. Je me suis souvenu des rumeurs folles en 1959 lors de la grève célèbre à Radio-Canada. Aussi du loyer pas payé, aussi de devoir aller cherche le 15$ de soutien au local syndical. Mon humiliation totale alors et, de là sans doute, ce désir de me trouver vite un autre créneau de travail créatif. Faire des romans ! Départ d’une vocation face à la pauvreté ? Oui, il me semble.
3-
Vendredi soir, vidéocassette d’un fort bon film. Par les fameux frères Cohen. « The man who was not there ». Bien doublé en français. En noir et blanc. Le conte étrange d’un simple barbier d’une petit ville du Middle-West américain qui, mutique, taciturne, est cocu. Sa femme, plus dynamique (car ce mari est vraiment sinistre ), comptable dans un magasin à rayons, a une liaison avec son patron. Le déroulement, au début, d’une existence —ce coiffeur est si ennuyant !— très plate mais qui va tourner au cauchemar subitement.
Aile et moi mieux que satisfaits. On veut donc le recommander à Daniel et Lynn, buvant des bières au soleil, sur la galerie, dimanche. Et mon fils lâche : « Toi et tes fameux films ! On a pas tellement aimé ce film avec ce petit garçon de monoparentale qui s’attache au pensionnaire, un truand-médiumnique, joué par ton cher Anthony Hopkins. Plutôt plate ! Et ton fameux film, « Kandahar », tourné aux frontières Afgho-pakistanaises, pas bien fort. »
Je me rends compote de nouveau qu’un film plaira à X et laissera de glace Y. Qu’Il est délicat de trop vanter tel film. Que chacun a ses préférences. Aussi, je finis par dire en rigolant : « En té cas, nous aut’ , cet « Homme qui n’était pas là », on a aimé ça, bin bin gros, okay ? »
4-
Réception dans « la malle » de Montréal du « Liaison », dirigé par l’ex-camarade Lagüe, un modeste bulletin des retraités de la SRC avec, imprimé, mon petit requiem à « Chardola-mort ». Lecture d’une invitation en croisière en Espagne. Pas trop cher. En juin. Je dis : « Si on s’y inscrivait ? » Aile : « Non, oh non, danger, on sait pas trop qui en sera. On pourrait s’y retrouver avec des…collants, des achalants. » « Hum, elle a raison ? Parfois, depuis quelques années, on songe à essayer ça, une croisière. Vaudrait mieux, sans doute, se faire « enfermer en bateau » avec des inconnus. Sinon…une promiscuité —inévitable en croisière— pourrait engendrer une sorte de…malheur sur mer !
Samedi soir aux digestifs —mon bon vieux « floater » à cognac— André D. nous annonce: « On a vendu, —« Vendôme », sa compagnie— le cottage à Snowdon et on est allé s’installer au bord du canal à Lachine. » Un autre ? Cadre enchanteur depuis quelques années, quartier régénéré avec ses lofts modernes taillés dans du rouge-brique vieillot… celui de manufacture et d’usines abandonnées. L’ex-Cynique me raconte que le chic Scully a accepté volontiers de « figurer » dans un épisode de son sit-com, « KLM », à TVA. Que le chroniqueur « seurieux », voisin de studio à La Salle, sembla tout content de participer à une intrigue de ce feuilleton foilchon et « vulgaire » et tenant le haut du pavé au palmarès des « Émissions les plus regardées. » Sacré Scully va ! Vocation contrariée ?
Les D. revenaient de vacances post-pascales dans une île —« chic et cher »— des Antilles. André raconte sa fascination pour la plongée sous-marine : les coraux multicolores, les poissons tropicaux si beaux… Ravie, Aile l’écoute avec grande attention et semble avoir le goût de…goûter à ça : le masque, le snorkel et la bouteille d’air comprimé sur le dos, surtout voir ces bancs de nageurs ailés exotiques. Bon, j’y verrai un de ces jours, comme un cadeau-surprise !
5-
Téléphone dimanche après-midi. Les Faucher. Déception atroce avec ce LePen seul, Jospin K.O., face à Chirac aux deuxièmes tours des élections. Un vent de panique dans la voix de Françoise. Ils quittaient en vitesse le Lac Marois (où ils n’ont pas le câble-télé) pour aller zieuter la catastrophe à Montréal. Surprenante victoire de la droite extrême en effet.
Surprenant aussi, le soir, d’entendre tous les commentateurs de France (à Tv-5 etc.) ne jacasser —fustigations énervés — que sur le démago-mégalo Le Pen. Pas un mot, silence compact sur tout ce monde qui a voté en sa faveur. Comme si ces gens ne comptaient pas, étaient des invisibles, des extra-terrestres. Je reconnais bien là, une fois de plus, l’attitude niaise des commentateurs renfermés en tours d’ivoire.
Étant au Salon du livre de Québec tout ce week-end —sans Aile hélas— Françoise me dit jouer dans la Vieille Capitale dimanche après-midi. Vais tenter d’aller l’applaudir. Elle demande mon adhésion à une pétition « pro-Radiio-Canada », initiée par la critique Solange Lévesque du Devoir. J ‘ai dit « oui », évidemment.
On verra à Artv, vendredi prochain, ce fameux Adams, acteur rigolo le plus souvent, qui fut si brillant dans « La société des poètes disparus » ou dans ce « Good morning, Vietnam », etc. La veille, Aile et moi, avons hâte de voir la deuxième partie de l’entretien de Noiret, même canal.
La Diable et la Rouge en crues effrayantes au nord d’ici, à une petite heure de route. J’ai un peu fréquenté ces rivières du nord. Avec Daniel. Il y a quelques années. Le canot, la passion de mon fils. J’ai aimé naviguer sur ces longs rubans d’eau calme… en été. Mais là, ravages ! L’eau de ces « rus » gonflés sont en train de noyer les parages du Mont-Tremblant, tel Saint-Jovite. Panique chez plusieurs ! Ici ? La Nord reste dans ses coteaux. Ouf !
6-
Le francophobe en chef, Brent Tyler, terroriste à sa façon dans sa guerre à l’essentielle Loi 101 —dite la charcutée— est terrorisé par un certain ex-felquiste, Raymond Villeneuve et lui fait procès. Les extrêmes pataugent dans leur soue. S’attirent. Se font face. Chien et chat enragés.
En cour, le Tyler du « Crarr », va jusqu’à dire qu’il a peur, chaque jour, de démarrer son auto ! Dans, —organe du « Mnlq »— un petit « canard » qui l’épouvante « La tempête », journal au tirage d’ordre confidentiel comme l’on pense, Tyler a lu un « appel aux armes » et de « la haine ».
Quoi ? De la haine ? Moi aussi je hais. Et beaucoup de gens, beaucoup de choses. Je hais, par exemple, les pédophiles, surtout en soutanes, surtout protégés par les évèques, complices dégueulasses, ici comme à Boston, Maine, ou à Palm Beach, Fla. Pis ? La haine ? —malgré la chartre-des-droits-jamais-des-devoirs qui interdit la propagation de… la haine— elle a sa place à l’occasion, non ?
Ah ces damnées chartres qui individualisent, qui égocentrisent, qui émiettent, qui dissolvent les peuples, qui diluent les communautés, qui fracturent pernicieusement les sociétés, qui n’ont jamais de place pour les droits normaux des collectivités, les droits précieux des communautés, des nations.
Les maudites « chartres de droits »égotistes qui invitent à la maladie de la victimisation, qui déresponsabilisent les populations.
Ces diaboliques machines à tuer les patriotismes normaux, essentiels à la cohésion des collectivités furent installés (par les Trudeau et Cie), exactement installés pour cela : défaire les nations, l’obsession des déracinés, des racistes invertis, à la Trudeau et Cie. Pour aplatir, pour niveler, pour assassiner le sentiment normal d’appartenance nationale.
Ces grands malades de « l’équarissage pour tous (Marceau) , du déracimement pour tous, n’aiment que les mosaïques, les folklores, les ghettos —qu’Ottawa sur-subventionne— où l’on annonce aux nouveaux-venus qu’ils n’ont pas —pas du tout— à étudier une histoire, à apprendre us et coutumes, à se familiariser à une culture nouvelle, Bref, que les émigrants n’ont pas le devoir de s’intégrer au pays choisi, élu.
Pauvres cloches tous ces Tyler, misérables « québécois francophobe ». Alors ils ne sont pas des Québécois. Un Québécois est naturellement, forcément, francophile. Ou bien qu’ils prennent la 401 et pour ne plus en revenir, Seigneur ! La 401, au plus sacrant !
On trouvera des zigotos —au coco fêlé— pour dire que je prends la défense des Villeneuve, des nostalgiques du FLQ, cette démagogie « ne me fait pas un pli sur la différence ».
7-
Je hais les anglos ? Moi ? C’est certain. Comment ne pas détester ce qu’ils nous ont fait. Je fais partie de ceux qui se souviennent, moi. Je connais l’histoire, moi. Je n’oublie pas.
1- Ne pas oublier le sordide génocide des Acadiens, 1755.
2- qu’ils ont voulu nous atrophier, nous réduire à rien, dès la Défaite (ne dites plus jamais la Conquête !). Interdiction aux affaires, au commerce, Accaparement de tous les postes. Malheur aux vaincus, vae victis! Écoles anglaises « only ». Presque cent ans sans instruction publique (malgré nos taxes, etc). Nos grands-parents signant avec des X.
3- Émigration anglo encouragée de mille façons, dès 1763, de toutes les manières, tenter notre noyade. Noyer ces Frenchies encombrants !
4- Viendra l’installation des « harkis », des minables loyalistes. Prise des terres des nôtres (Cantons de l’Est) pour favoriser ces cons de monarchistes, contents de rester des pieux colons colonisés, et taxés, par le Roi d’Angleterre. Protection de ces niais rongeurs de Couronne britannique se sauvant de quoi ? De la neuve liberté des courageux jeunes Américains dès 1775. Des couards.
5- Écrasement impérialiste de nos premiers républicains, ceux (rares) de l’Ontario comme ceux (plus nombreux) du Québec.
6- Nouvelle tentative de nous diluer, de nous diminuer en fondant bas et haut Canada. Notre nom volé. Les dettes des anglos, bien supérieures aux nôtres, mises ensemble de force. 1840 odieux !
7- Devoir de dilution obsessionnel chez les anglos ? Oui : 1867, ça n’a pas fonctionné ces Deux-Canada ? Bien : division de leur Canada en provinces multiples. Nous dissoudre, toujours ce projet. Ils ne seront plus si importants ces —hélas fertiles— cathos de « langue étrangère ».
8- Sans cesse, émigration anglophone massive : expédition de stocks d’Irlandais que l’on a contribué à affamer en Irlande. Ramassage d’émigrants divers, d’Ukraine ou de Pologne, peu importe, mais parlez anglais et venez de n’importe où !
Maintenant ? Aujourd’hui ?
Il y a , par exemple, les millions en argent pour la diffusion des emblèmes d’Ottawa. Il y a les astuces variées pour réduire la force de ce Québec depuis 1960 et notre réveil. Quel est le résultat —prévisible— de notre infériorisation organisée et de nos retards sur tant de plans ? Plein des nôtres —au lieu de se révolter— qui s’inclinent, se renient, nous bavent dessus, collaborent —comme dans « collabos »— sont des racistes invertis. Légions d’assimilés, fiers et contents de l’être.
Je sais notre histoire.
Je n’oublie pas.
Je me souviens.
Je n’aime pas les anglos.

7-
Dimanche matin, je lis « La Presse » à l’envers (je fais cela souvent et ne sais pourquoi) et trouve Pierre Vennat citant un long passage me concernant quand le critique Clément Lockwell vantait mon urbanité, concluant que « la ville », c’était ma marque de fabrication. Des mots forts, des expressions louangeuses et me voilà bien content de ce déterrement de vieux papiers chez Vennat. Je tourne les pages, ouops ! Martel : « La complainte de Claude Jasmin ». Une critique de mon « Écrire » récent.
Papier plutôt aimable avec plein de bémols réginaldiens, comme à son habitude. Martel roule sur les « breaks », expression pop, c’est fréquent. Il souffre d’une sorte de constipation. Affaire de tempérament. De nature. Je n’ai pas à me plaindre de lui car il fut, le plus souvent, fort constructif face à mes bouquins depuis 1967, à son entrée à « La Presse »
Avec ce très fidèle observateur des proses québécoises jamais trop de compliments, pas de dithyrambe aucun. À moins d‘exceptions. J’ai même connu de son encensement total, pour mon « Rimbaud… » par exemple, en 1969. Il a vite lu mon manifeste édité aux Trois-Pistoles. J’explique souvent ce qu’il feint (son mot préféré à mon sujet)ne pas saisir. La nécessité de la visibilité minimum, par exemple., La lassitude de se faire cataloguer sur un seul thème pas si souvent (qu’il le dit) utilisé.
Prudent, Martel refuse d’embarquer dans mon vaisseau aux griefs. Il sait bien de quoi je parle quand je jase sur le « racisme inverti » actuel, très répandu dans les médias. Il sait de quoi je jase quand je jacasse contre les « doktors » en lettres !
Bon.
Son droit. Tant pis.
À la fin de sa recension somme toute gentille, Martel dit avoir apprécié mes envolées poétiques, « en italique », et cela m’a fait plaisir. Il semble espérer une orientation nouvelle chez le vieil auteur ! Oh ! Il y aura le journal intime, rien d’autre à se mettre sous la dent si d’ici là Martel est toujours à son poste car on m’a dit qu’il était demi-retraité déjà !
Il souhaite que je cesse de parler de moi et de ma famille, malheur à moi, s’il lit ce journal ! En frontispice du cahier Livres, une photo de moi qui me surprend ! Rigolard et Frisé pas mal, qui sort de je ne sais où ?
J’ai voulu aller fureter un brin, samedi matin, à cette « Rencontre québécoise inter… ». Prendre un pot avec les Royer, Martel, Péan, Des Roches, etc. J’avais lu « à Sainte-Adèle ». Je roule donc jusqu’à l’hôtel Chantecler pas loin. Rien ! Personne ! Pas d’écrevisses en salles froides ! Lundi, ce matin, je découvre que le savant caucus sur le thème de « la nuitte » se tenait au Mont-Gabriel et ce qu’en dit mon noiraud préféré, Stanley Péan, laisse entendre —involontairement hein— que ce fut… plate à mort ! Je suis content d’avoir fait chou blanc, samedi matin.
À la télé, chez des Jamaicaïns, l’horreur totale. Couple infernal. Enfant battu. À mort. Ac cadaver. On frissonne dans son salon. On refuse d’y croire. Mon côté juif, sémite ? Œil pour œil, pas de simple cellule d’une prison, non, qu’ils soient martyrisés eux aussi, torturés, oui, mais oui, torturées et lentement…
Bon, on finit par se calmer. Et l’écrivain, du fond de son être, se dresse lentement et dira encore : « mais d’où sort cette femme, cet homme, de quel enfer émergent-ils ces misérables ? L’écrivain, toujours, veut comprendre, faire comprendre l’inadmissible, expliquer l’innommable. Et si… si il n’y avait aucune raison, aucun motif face à ces êtres inhumains ? Si le mal, eh ben oui, nommons cela le mal, existait. À l’état pur. Sans excuse aucune ?Le diable, papa ? Le démon, maman ? ? Silence là-dessus. Et « Soyons absolument modernes » Rimbaud !
8-
Oh, vendredi, le bon bain de soleil ! On l’a promis :on bronze un peu et stop ! La peur du cancer de la peau, n’est-ce pas ? Je nous fais rire. Je descend arroser encore plantes, arbustes, lilas, bouleaux, sapins anciens et nouveaux. Ondinisme, sire Ellis ? Bin oui !
Le soir, pages de nouvelles, la neige, Kaboul, un tunnel creusé par les soviétiques, camions enlisés, vieux tacots, pauvreté, avalanches, détresse, un monde entre eux et nous, oui, nous au soleil dans les Laurentides luisantes de lumière de fin d’avril. Malaise ! Lecture autre : À Calais et à Pas-de-Calais. Misère. Chômeurs. Camp de réfugiés. Atrocités. Pègre profiteuse. Seigneur ! Nous…au soleil, plus tôt…Moi arrosant ma petite vallée de moins d’un arpent ! Dans un coin de canard : Yves Boisvert, oh ! parle comme moi : sa méfiance des chartres, profit des individus et à bas les collectivités… ! Ça fait du bien, on est au moins deux ? Ailleurs encore : l’acteur Dumont et Foglia, chroniqueur, même amour des chats. Le grand amour ! Fou hein ? mais je me dis qu’un chat ferait bien mon affaire. Aile « pas contre », pas du tout. Ça viendra un jour ? Papa en avait toujours un dans son restau-cave. Et je l’aimait bien sa vieille minoune aux couleurs de faux tigre pour rire, vieux matou de ruelle minable et attachent; même lui !
N’en rien dire ? Par crainte de vide, de manque, je ramasse des tas de coupures des journaux et magazines. Qui ne servent pas. Qui grossissent sur ma table de coin. Folie ! Refuser de transformer mon journal en livre de commentaires des actualités. Trop facile. Non, m’obliger à y mettre le réel des petits riens, c’est cela, avant tout un vrai journal intime. Sinon ce serait un essai déguisé en journal comme il y en a plein, comme il y en a trop.
Aile fut folle de la série télé : « La vie, la vie ». Moi ? Moins. En somme, 3 gars et deux filles qui vivotent autour d’un bar-café d’homos discrets et gentils sur le Plateau. La grosse femme de Michel Tremblay (1950) est morte et enterrée. Les enfants de Notre-Dame de Grâce, d’Ahuntsic et des banlieues calmes de la ceinture (nord comme sud), remplissent (1990)son logis délabré que l’on a rénové pas mal, la brique à nu, le parquet huilé, à la poubelle les beaux papiers-peints des Belles-sœurs mortes, les prélarts cirés.
« Les temps changent » dit« La vie, la vie » du jeune Bourguignon, bien mis « en images » par le jeune réalisateur Sauvé, (atout d’importance dans un tel récit flou, mou ). C’était un portait des trentenaires 2002 ? Comment savoir. Tous tournent autour de « médias, électronique, communications », etc. Cela me fatigue. On voit cette poutine « ouvrable », partout, dès qu’on veut montrer des jeunes au boulot : romans, cinéma, télé. Narcissisme des jeunes auteurs ? J’en ai peur.
Un soupçon de tragique avec cette bande de zigues sympas, sans la volonté, ce serait dérisoire ?, se forger un destin solide. Désabusement léger ? La précarité des emplois fait cela ? Un zest d’angoisse. Pas trop. Pudeur obligatoire ? Refus du lourd drame ? Peur de faire face ? En somme, une fresque gentille, microcosme de jeunes sans grande personnalité. Aucun tranchant, un réalisme doux-amer, la banalité salée-sucrée, , douce-amère : on veut le bonheur. Qui ne le souhaite pas ? On voudrait l’amour aussi mais on craint de trop s’engager. Égoïsme répandu comme lierre désormais.
Bref, j’aimais écornifler chez ces éternels ados.
8-
Cracher 180 tomates avant-hier :déneigement de l’entrée de voiture, trois coups de pelle mécanique et hop ! Écrivain ? Niaiseux ! Déneigeur, c’est payant ! Commence pas ça, tit-quelaude !Gros ou petit hiver c’est le même prix chez les messieurs Bertrand. Je lui montre de nouveau les hauts cèdres à couper. « Hum, ouaille…En mai, pas avant, la sève…On pourrait amincir surtout, couper les têtes, non. Euh…on verra… » Bon, attendre en mai pour du soleil au petit-déjeuner sur l’étroite terrasse de l’ouest. Puis je dis à Aile : « Si je grimpais là-dedans, avec mon égoïne, une corde… » Oh non, non ! Que je te vois mon chou, tu pourrais tomber et te tuer ! » Elle m’aime hen ?
J’entends, je lis : France D’amour. Non mais… Pourquoi pas Canada DeHaine ? Les baptiseuses d’ici, des fois…Il y a eu des Martial (DaSylva) et des Royal (Marcoux). Des Jeanne D’Arc ! Eh oui, j’en ai connu. Il y a, au vidéoboutique, une… Victoire-Amélie ! Qui est forte en rébus-ciné car elle a expliqué devant moi à Aile, dimanche midi, le nerf-moteur de ce film de Lynch (avec un Y) « Mulholland drive »! Et je lis, aïe, aïe : Marie-Pierre Jacques, dans mon courrier électro. Ah oui, folie de ces baptêmes aux prénoms insensés !
Coup de fil tantôt, l’animateur-reporter à « Enjeux », en grève, collabore avec à un projet d’une compagnie privée. Il me parle de Richard Blass, ennemi no.1, tueur féroce, recherché partout un temps. C’était, oui, un « p’tit gars de Villeray ». Sa tragique histoire —la police l’a assassiné à l’aube dans un chalet laurentien comme la police de Paris a assassiné son caïd—Mesrine. Le « chat » de la rue de Castelnau m’avait inspiré ce noir roman : « L’armoire du Pantagruel ». Au bar « Gargantua », rue Beaubien, Blass, encore évadé récent de taule, avait fourré tout le monde dans l’armoire réfrigéré et avait mis le feu au bar-joint-beer. Édifiant personnage, légendaire ! L’homme d’Enjeux ( son m’échappe) me veut pour une entrevue filmé. J’ai dit oui, je souhaite parler des gangs terrifiants d’Irlandais de mon enfance.
Je reviens tout juste de l’École-Bouffe. Nos étions six. Pas grand chose. Aile déçue et non. Potage. Agneau en côtes. Fêves au lard. Et, tant mieux, aucune pâtisserie; je n’aurais pu résister cette fois. Ne pas fumer m’excite pour du sucré !
Tremblay de retour au théâtre. L’homme de Key West en entrevue fesse sur la critique d’ici. Oh que c’est dangereux ! Certes, il s’en fiche bien. Sa réputation est assise solidement mais… Rancunes tenaces connues…Pas méfiant ? Ou au-dessus ?
La Moreau, l’actrice de Paris, parle de la Duras et dit : « L’écriture c’est la solitude absolue ! » Mon Dieu, je sais pas…Pas vraiment et pas toujours. Au temps de la rédaction, peut-être. À moins d’être plongé dans une sorte de totalitarisme littéraire et de ne plus vivre normalement. Le film sur Marguerite Duras et son jeune homo (qu’il faut cacher, taire, selon ses ordres) Yann Steiner (de son vrai nom : Lemée, Breton d’origine) ne fait pas dans le superlatif. Oh non !Critiques molles. Genre : « Pas mauvais mais… » Aile : « Ouengne, on ira pas voir ça ! » Quand deux ou trois, parfois quatre (La Presse, Le Devoir, Voir, Ici ) articles n’apprécient pas, on biffe la… marchandise ! Et ça vient de finir.
Dimanche soir, retour « Aux Délices de Provence », restau habituel et pas trop cher. Ses bons potages (aux légumes, dimanche) dans un grand bol avec louche ! Pâtes avec moules, sa tarte au sucre, recette de sa mère la provençale. Claude, le chef (il fut « Aux Trois Tilleuls » avant d’ouvrir sa boutique de la rue Chantecler), tout heureux de rouvrir. En hiver, il ferme, le saligaud. Client voisin, un certain Bessette avec épouse. Il est de Villeray. Oh non ? Pas encore ! L’impression que nous avons vécu, tous….Il me parle du grand garage des Jarry rue Saint-Hubert…
Vu à la télé un effrayant documentaire, vite fait hélas, à Artv, ou à Historia, à moins que…TV-5 ? non, RDI, ah ! ces canaux désormais…En té cas, on y a vu des génocides et en grand nombre. Surprenant. Le film portait là-dessus. On a oublié trop vite Pol Pot, l’Arménie, les Kurdes, la Somalie, le Rwanda, et tant d’autres génocides moindres, c’est une découverte fort désagréable : On a honte d’appartenir à l’humanité. C’est simple !
À PBS, dimanche soir, splendides images avec « Nature ». Des chevaux sauvages en Ohio. Campagnes vastes. Que des plainers, des collines. Quelle belle bête, le cheval ! Quel repos de visionner ce genre de télé ! Aile aux anges comme moi !On devrait dénicher où se trouve ce canal naturaliste exclusif. Il me semble qu’ il existe, non ? L’écran devenant une image mouvante en pleine nature, quoi demander de mieux ? Quoi voir de plus beau ? Il y en avait des bruns, des roux, des gris et des blancs, des noirs, vraiment la faune à longues crinières, à longues queues soyeuses au vent, la beauté parfaite. Soudain, carcasse : un ours glouton s’arrache cette viande de cheval crue. Ailleurs, deux renards qui guettent. La nature comme un risque : orages, éclairs violents, électrocution d’une bête, tuée raide, les jambes en l’air ! Nature parfois cruelle !
En fin de soirée, tard, (élections en France !) « Campus » de Guillaume Durand. On cause polars. Auteurs réunis. Jacasserie à toute vitesse. Le demi-sourd en perd de grands bouts. Et…Il y a cet accent 17 ième ! Et l’accent septième arrondissement :quartier des « écrevisses » rondouillards !Ouen ! Respect solennel pour les pionniers des USA, évidemment. Hommages rendus. L’amie Barcelo n’y était pas. Eh ! Un livre, « Rue du petit ange » fut décrété « chef d’œuvre » !C’est rare chez Durand. J’ai noté.
J’ai entendu, bout de document de télé genre socio-psycho, « la faute à la société » ! Oh non, chu pu capabl’ ! La faute au gouvernement ! La faute au système ! Merde ! C’est l’accusation fourre-tout. Facile. Si pratique. Pour se déresponsabiliser, les chefs syndicaux, les agences caritatives, les leaders d’opinion, tous, ils y vont à bride rabattue, tête basse, enfonçons dans ce bon vieux tas : la faute au système, au gouvar’ n’ment, à la société…Cette télé parlait d’une famille d’accueil remplie de manipulateurs face à face avec des manipulateurs du système « providentiel » … Le beau duel : exploiteurs versus exploiteurs ! Belle famille ! À nos frais de cochons de payeurs de taxes !
Suffit ! Nommons un (ou des) vrai coupable. Ciblons clairement. On ne cesse d’entendre cette scie :le système » ! Les ministères ont un nom, des ministres ont un nom.
Un soir dernier, Levant le nez de mon live, je pige des bouts de la série « Emma », on dirait que ma chère Aile —livre à la main pourtant comme moi— les guette, ces feuillerons surannés ? Et j’y entend un bien sombre mélodrame. Un mélo mélo mélo ! Je me crois replongé au siècle des séances pleurnichardes des sous-bassements d’église avec cette série « Emma ». Je n’en reviens pas. Aile rigole quand je sors mes moqueries, mes grimaces, mes râles et mes sniff, sniff. L’acteur Michel Forget, sérieux et grave, ridicule quoi, , au lit, mourant, entubé, la larme coulante… Un ex-batteur de môman, dit un fils révolté au chevet de l’ogre, femme, maganeur de famille, ronge le frein debout, ravageur de conscience antique…Le voilà en grand chaviré qui va tourner du regard fixe…Mais qui sont les sripteurs de ces fadaises ? C’est le retour à « La piastre varte », au « Sarpant de l’ alcoolisme » ! Incroyable ! Il y en aurait d’autres et pires ! Diable, qui regarde cela sans rire ?
Suffit pour un petit lundi frette et sans solaire lumière, non ?

Le lundi 15 avril 2002

Le lundi 15 avril 2002

À CŒUR OUVERT

« J’ÉTAIS « PERMANENT »
À RADIO-CANADA»
lettre ouverte
1-
Trois jours sans mon journal. J’aurais tant voulu noter dedans la beauté de l’ensoleillement, dimanche midi, hier, à une joyeuse terrasse de la rue Notre-Dame, angle Des Forges aux Trois-Rivières. Des piétons par coupoles souvent, ils embrasent sans cesse. Quoi, qu’y avait-il dans l’air ? C’est le printemps. Je n’avais pas hâte de renter au Centre Industriel, rue Du Carmel, en haut de la vieille ville, pour me réinstaller au kiosque de mon éditeur. Plus tôt, sortant de l’hôtel de la rue Hart, j’avais voulu entrer dans la belle église épiscopale au coin de la rue. Niet ! Portes closes ! J’aime bien examiner —m’y recueillir aussi, je le dis— les vieilles églises québécoises. Rien à faire. Pancarte : « les messes sont dites au sous-basement ». Je me contentai de faire le tour du gros monument sculpté sur les quatre côtés, en l’honneur de Laflèche, chef spirituel de tout le compté. Plein de personnage étonnants, —on voit de pauvres bougrines, des ceinturons délabrés, des vieilles bottines, des lacets défaits, de gros boutons de vestes anciennes, des écharpes— comme souvent, des silhouettes de pauvre paroissiens frileux qui se pressent, qui entourent le digne prélat. On dirait un Vincent-de-Paul, mon saint préféré. Le fut-il ? Hum ! J’ai lu sur ce Laflèche…
Il fut d’un type plus tyrannique que charitable, je pense bien. En ces temps-là, années 1850-1950, un peu partout, le haut-clergé jouait aux princes, aux despotes —ensoutannés— éclairés !
En fin de compte, rentrant dimanche pour souper chez moi, je devais reconnaître que ces deux jours en kiosque m’avaient plu. Pourquoi ? Par ce jeu des rencontres inopinées où des visiteurs —sans nécessairement vouloir acheter votre récent bouquin— sont contents, parois même enthousiastes, d’échanger avec vous quelques appréciations, ou critiques rigolotes, sur vos affirmations publiques à la radio ou à la télé. C’est classique.
Ainsi à ce Salon du livre, on a cru utile d’inviter la troupe d’une émission populaire de T.Q. « Ramdam ». Il y avait donc une longue file de badauds, tout le tour du Salon, pour ces rencontres. Plein d’auteurs mal connus et mal « publicisés », alors regardaient cette foule — veaux négligés malgré eux— foule qui ne les regardait pas.
Les loustics, on le sait bien, guettent les héros de la télé. Masochisme d’inviter ces jeunes stars de cet « autre » médium ! Ou bien, l’on se dit : « La télé va amener du public à notre Salon et on en profitera. » Faux calcul ! Pas certain que c’est une bonne idée, moi ! Ce qu’il faudrait — à heures fixes, dans les recoins à micro, les multiplier—, c’est présenter abondamment tous ces auteurs pas encore connus du public, les avantager, donner des références sur eux et sur les publications récentes. Agir comme si un tel Salon, modeste, partout en provinces québécoises, était un petit poste de radio-télé, consacré aux auteurs, pas autrement. En circuit fermé si on veut.
On le fait, timidement et sans vraie animation trop souvent. Pas d’autre solution.
2-
Samedi soir, table ronde improvisée au café de l’hôtel. Le poète et graphiste Desroches y est, un couple de jeunes, Julie l’aspirante éditrice, le Vigneault junior qui offre son deuxième roman, et Victor-Lévy en personne. Jasettes ad lib. Piques et horions. Taquineries foliochonnes. Craques et caricatures. Le Vigneault-fils se souvenait d’une moqueuse « lettre ouverte » du bonhomme Jasmin sur son premier roman.. Je montrais le gouffre séparant deux génératons bien différentes. La mienne, ouvriériste, socialiste, gauchiste, séparatiste et le reste, la sienne à Guillaume Vigneault, pas trop engagé, libertaire, édéniste, anarchiste-subventionné, coureuse de bourses et de voyages à Paris, New-York ou au Mexique, etc. Ça brassait un peu fort à un moment donné entre nous.
. Nous nous sommes expliqués. Il a mieux vu la teneur, le fond de mes griefs face à leur temps d’enfant pourri-gâté, j’ai mieux compris les risques, la dureté du combat actuel des jeunes pour percer, pour se tailler au moins le début d’une réputation, et survivre en attendant. Il ne voulait plus n’être que « le fils du monsieur riche de la place » (à St.Placide) , me dit-il, il a tout quitté, se loua un « un-et-demi », se chercha un petit boulpot, aimait le roman, s’y esssaya avec le risque encombrant d’être « le fils de.. ». Guillaume est « waiter » rue Saint-Denis (au Continental). Les temps d’aujourd’hui, où règnent des débats inconnus de moi en 1960, luttes difficiles où entrent des soucis d’un tout autre ordre qu’à l’époque où il y avait dix ou douze écrivains sur le pavois d’ici, pas cinquante ni cent comme maintenant.
C’est la vie. La vie…
Les générations si divergentes. Forcément, avec parfois, l’incompréhension.
3-
Vendredi soir, ma fille installée avec son Marco à l’ombre du château Frontenac, je suis allé « checker », mine de rien, la maisonnée à Ahuntsic. Bouffe de côtes levés au Saint-Hubert avec les grands garçons « sans la môman ». Plus tard, visites aux trois aquariums de Gabriel et puis je suis allé le reconduire, mon jeune trompettiste, chez son jeune copain, un Jasmin de Perrefonds.
Filant sur l’autoroute 40, ouest, la dite « métropolitaine », je redécouvre toutes ces installations quand je sors pour la « Montée des Sources ». La nuit débutante est traversée de lumières, reverbères nombreux sur les chemins, il y a , là où on vagabondait en vélo —champs déserts de population dans les années ’40— deux (2 !) centres commerciaux. C’est une vie champêtre bousculée, métamorphosée, changée. Arrivée rue France, remplie elle aussi de cottages modestes, c’est la banlieue quiète. Une sorte de luxe, de vie si calme, quand je compare avec mon coin de rue Saint-Denis-Bélanger de ma jeunesse à moi. Chanceux, ces jeunes, d’avoir une existence à l’abri des turbulences d’antan, de la promiscuité incessante. Le fils de Gaétan —un autre « Daniel Jasmin »— guettait à la fenêtre de sa chambre. Gabriel sort vite de l’auto, ramasse se deux sacs à dos, et « bonsoir papi, bonne nuit ».
Un monde. Ces jeunes vont constamment « coucher » chez les uns et les autres. Nous restions, nous, dans notre quartier. Nos amis étaient nos voisins. C’est, carrément, un autre monde.
4-
Je lis tout ce que je peux sur Arafat, chef de guerre, ex-terroriste, face à ce Sharon, ex-terroriste, « tueur d’État » au Liban en 1982. J’hésite à embrasser automatiquement, complètement, aveuglément, « la cause des Palestiniens ». Hier…oui, maintenant, j’hésite. Je calcule. Je cherche. Je tiens à ne pas m’enligner trop facilement du côté des…démunis, des pauvres, des plus misérables. Des propos de gens que je respecte me font réfléchir. Ainsi quand Bruckman qui, comme moi, déteste ce Sharon agressif, parle tout de même du peu de plan, du manque d’avenir planifié, chez Yasser Arafat…bien, je reste jongleur. Si souvent, nous avons, brave gauchistes, pris vite (trop vite) parti pour les mal-pris… Ces mal-paris ont-ils un chef capable de construire un avenir palestinien, un pays un petit peu démocratique. Veut-il ce chef rester chef ? Sans top jongler à un minimum de vie démocratique.
Comme il y a des Juifs qui condamnent « leur » Sharon, il y a de Palestiniens qui s’inquiètent de « leur » Arafat maintenant.
D’autre part, cette solidarité suspecte de tous ces Arabes des alentours, les uns princes monarchistes tyranniques, que je crains, ou bien militaires de carnaval, devenus des dictateurs effrénés…Pauvres populations musulmanes ! Oui, tous ces Arabes sont-ils ceux qui peuvent réellement aider les Palestiniens que l’on tasse, que l’on étouffe dans les rues pleins de chars blindés de l’armée juive. Prétexte : démasquer les terroristes ! Une mascarade ? Évidemment. Les clandestins ne portent aucun écusson. Ce sont souvent des adolescents que l’on enrégimente, que l’on fascise, que l’on nazifie.
Démocrate, je crains pourtant aussi, comme les lucides savent bien, les abus des « nombreux », ah ! Les attaques mêmes des « plus nombreux ». Vrai qu’il y a en démocratie du bulldozeur ! Eh oui ! Du rouleau–compresseur.
Ici dans mon petit coin j’ai si souvent, si longtemps, comme mes amis farouches de vingt ans, un minoritaire, isolé, moqué, bafoué, montré du doigt. Nous avions nos idées gauchistes et les bien installés nous chiaient dessus.
Nous n’étions pas du tout de bons démocrates puisque les majorités se méfiaient de nos querelles, de nos griefs, de nos envies de batailler. À cette époque, la démocratie québécoise, le bon vouloir des « nombreux », des majoritaires, c’était :religiosités et dévotionnettes connes, piéticailleries avilissantes et immondes, fétichistes, patronage, favoritisme, pourritures politiques partout !
Ah oui, prudence. Refuser de jouer les arroseurs de feux…En finir, en avoir assez avec ces guerres quand l’Arbitre final se nomme Bush, quand « ONU » ou « Parlement européen » sont sans force face à Pentagone et CIA, face à Impérialisme-USA. Non, par passer pour des judéophobes primaires. Ils lèvent, grouillants vers de terre, en France comme ailleurs, de plus en plus désormais, antisémitisme subit …à force de condamner les atrocités de ce Ariel Sharon, ce gros bonhomme qui crache le feu, qui n’invitent pas les Israéliens à quitter les villages ou villes occupées.
Que c’est difficile de raison garder.
Qu’il est malcommode de résister à ma tendance profonde : prendre pour celui qui et à terre et ne plus se questionner si celui-là qui saigne, qui a faim, est vraiment disposé à se préparer un meilleur sort. Plus gravement : ce souffre-douleur en Cisjordanie mitraillé est-il bien épaulé par ce chef qu’il acclame, seul et unique candidat d’Une libération équivoque.
Je frissonne en regardant sans cesse, hier et ce matin, ce beau visage d’une toute jeune fille qui s’est acroché de sinistres sacoches à la taille et qui a marché vers sa mort et celles de civils innocents.
Cela finira-t-il bientôt ? Me voilà, hier soir, pensant comme le vieux pape conservateur, avoir envoie de prier.
Bien simplement, prier. Tout bonnement, prier. Comme quand, enfant, tout allait si mal soudainement, et qu’on ne savait plus à quel chef de mon gang me vouer. Prier.
Merde !

Le mercredi 10 avril 2002

Le mercredi 10 avril 2002

À CŒUR OUVERT(?)

(J .N .)

À COEUR DE JOUR (?)
1-
Quel changement ce matin : un soleil parfait, un ciel bleu d’un horizon l’autre. Adieu brumes d’hier. Sortant du lit, je suis alors portÉ à ouvrir tous les stores des fenêtres des deux côtés de notre chambre, côté la et côté rue. La chanson :  » Laissez, laissez! entrer le soleil.. .  » La toune bien aimée du fameux musical  » Hair  » est à l’ordre du jour. J’écoute Ravel (oui, son boléro fameux !) sur ma radio-cassette. David, l’aîné de mes petits-fils, au téléphone tantôt :  » Papi ? On en a fini avec la poésie du vieux temps ‹Nelligan à Paul Morin‹ peut-tu m’indiquer quel jeune poète vivant je pourrais contacter ?  » Je lui parle du bon graphiste de mon  » Écrire « , poète avant tout et qui vient de gagner un grand prix à Trois-Rivières, Roger Desroches. David me dit qu’il va aller à sa biblio de quartier (Ahuntsic) voir! Ferait mieux d’aller fureter à la biblio de son université, je crois.
Ai fumé, après le petit-déj, une, oui une, une seule !, cigarette (en réserve, en cas de folie furieuse, dans un tiroir !). L’ai pas apprécié du tout. Donc, je me guéris lentement. Aile, elle, est fermement résolue! avec des patches ! J’espère réussir totalement. Hier, à Saint-Sauveur, en examen  » de bilan de santé  » ‹j’y suis allé en grognant, juste pour faire plaisir à ma chère Aile‹ chez ce docteur Singer (je lui ai parlé de son célèbre homologue, écrivain juif-new-yorkais fameux, il connaît ), ce sera dans un bon français :  » Ah oui, fumer, abandonner complètement cela. Il le faut. C’est entendu. C’est primordial pour votre santé ! Etc.  »
Et ce sera fiole d’urine ‹plus tard pour le sang‹ le coeur examiné, puis les poumons (photo sur plaque froide !), la gorge, les oreilles, alouette ! Même la prostate. Retirant son gant d’examen, Singer me fait :  » Hum, évidemment, cela s’affaisse pas mal, c’est l’âge!  » Ash ! Détester ce mot : affaissement. Je le sais trop. De tout. Parfois, de la mémoire! qui flanche aussi. Chercher longtemps un nom. Misère humaine ! Je devrai aller passer une colonstopémie! non, une colonstétiatite! non, une colon! bon, en té cas, un examen du colon quoi, à Sainte-Agathe. Cela, dans deux ou six mois, on ne sait pas !
2-
Rêves ces temps­ci, je l’ai dit. Cette nuit, je ferai court, personne n’apprécie la matière de ces choses au fond fausses, suis en voiture décapotable (mon ex-carbriolet ?) vers Joliette. Arrivée, théâtre en plein air. Monique Miler, en costume de froufrous violets, mode 1900, avec boa, etc. Elle se démène, joue une star ancienne, maquillage appuyé, et hop ! il faut alors rouler, vite, vite, vers! la suite du show, vers une autre scène de plein air, au bout d’une impasse de cette ville.
Cette fois, assis à mes côtés, mon Buissonneau, le concepteur de ce pageant ! C’est des douzaines de figurants, une foule agitée, qui défilent, forment des images-symboliques! je ne sais trop, et cela dans une panoplie hallucinante de costumes voyants, très lumineux. Je me penche vers Paul lui dis:  » Bizarre, mon père avait de ces images de costumes chinois au fond de son magasin et jeune, j’aimais les examiner!  » Il me prie de me taire. Paul semble tout content de sa chorégraphie visuelle et bigarrée.
Soudain, me voici chez Morgan-La Baie, soleil dans des fenêtres en demi-cercles, magasin tout illuminé, et on m’offre, pour mes petits-enfants, des lapins de chocolat même si Pâques c’est fini ! Je choisis. On me dit , une vendeuse vieillie :  » Attendez, dans le back-store, j’ai des oeufs de chocolat importés, des géants, faits à Prague, des trésors inouïs. J’attends. Elle ne revient pas. Je vais voir. Entrepôt en capharnaüm. Des allées pleines de boîtes, de caisses de toutes sortes, formats multiformes. Dédale. Je cherche ma vieille vendeuse. Rien. Personne. Je m’y perds.
Et je me retrouve dehors, en face d’une sorte de château-décor, haut, pris entre des édifices, en pleine rue, un gras décor qui fond au soleil. Est-ce un spectacle ? Des loustics regardent sans intérêt véritable. Habitués ? Je ne sais pas. Des acteurs (?) vêtus d’uniformes en or semblent accompagner la!  » fondue  » de ce gros tabernacle, un peu d’aspect hindou, archi-décoré qui s’étire, se rapetisse, comme lave en feu. Bizarre. De nouveaux passants y jettent des coups d’oeil, ricanent, s’en vont. Je suis surpris, vraiment étonné. On semble trouver ce spectacle bizarre habituel sur ce boulevard de Maisonneuve, angle Mc Gill, dans l’ouest de la métropole. Je me réveillerai. Perdu.
3-
Je ris tout seul. Hier, bureau d’attente du toubib de Saint-Sauveur, je dois remplir un questionnaire, genre : cocher oui, cocher non. J’y vois  » votre utérus « … Je m’esclaffe. La buraliste rit elle aussi ! Une jolie bambine tripote un truc à images et quand je reviens de la photo-des-poumons, je lui fais des  » tatas « . Peur aussitôt et, réflexe, va se coller sur Aile qui la caresse, la conforte, ouvrant ses petits bras, elle voit Aile et constate sa méprise, va vite se jeter dans les bras de sa maman pas loin. Nos rires !
Revenant de cette clinique, vite, un arrêt à l’École Bouffe. Cette fos, du choix. Je pige un tas de plats. Aile, restée dans la Jetta, ouvre les yeux :  » Mon Dieu, on en a pour une semaine ou quoi ! Ça se conserve pas toujours, tu sais.  »
Je dis rien mais! Il y a comme une résistance à cette École Bouffe, oui, oui, je le sens !
4-
Hier soir, canal Artv, vu un vieux film de Martin Ritt et Katkoff joué par le célèbre Orson Wells. L’histoire est de Faulkner. Noiu attendons donc le chef d’oeuvre. Oh non ! Un mélo mal ficellé. Pesant. Ce  » The long hot summer  » est un navet rare. Malgré les bonnes vieilles grimaces du gros Orson qui joue un tyrannique papa, despote classique comme dans  » La chatte sur un toit brûlant « . Père avide qui écrase tout son monde dans sa vaste plantation du Mississipi. Pauvre Faulkner ! A-t-on dénaturé son récit ? Fort possible. Une leçon, une fois de plus : se méfier des films-culte ! Souvent ce sont des niaiseries visuelles dépassées !
5-
Hier, c’est mardi, et, à TV-5, c’est le cérémonial si agaçant du bonhomme Ardisson. Hélas, si vous le négligez, vous risquez de manquer de grands moments de télé parmi de lpongs moments de platitudes à gamineries bien sottes. Ainsi, la semaine dernière à une actrice  » hollywoodienne  » célèbre qui venait mousser son produit, il lui sort :  » Votre papa est un bandit, n’est-ce pas ? C’est un voleur, pas vrai ? Il a fait de la prison!  » La délurée n’en croit pas ses oreilles, elle éclate :  » Oui, il a fait sept ans de prison, oui !  » Et enragée, elle casse brutalement son verre d’eau sur sa tablette, quitte le studio en rogne totale.
Un moment rare ? Ardisson le passera et le repassera tout heureux de sa frasque. Hier soir, toujours son gros stock d’invités. Des platitudes puériles quand on invite le public docile, en studio à singer des mimiques rituelles. On dirait un spectacle débile pour ados attardés en 1955 !Ou bien, l’on joue de ces plans figés qu’on passe et repasse sans cesse.
Bon, hier soir, parmi sa faune tous azimuts, ‹c’est une sorte de talk-show et de music-hall‹s’amène le  » nouveau  » philosophe Finkelkrault (orthographe ?). Soudain, l’émission change donc de ton. Soudain, un invité parle en réfléchissant et aborde des sujets graves : Charles Péguy, Mittérand chez Pétain, le 11 septembre et la manie des complots-Cia, les anti-juifs actuels et la Palestine, Dieu.
Comme c’est étonnant et souvent ennuyeux ce mélange. Les  » légers  » s’emmerdent à écouter le philosophe, les  » pesants  » ‘ennuient aux zézayages des ex-stars déchues. Par exemple, hier, une ex-beauté fatale, la jolie Juliette Binoche (qui va fondre en larmes quand le philo va lui reprocher de défiler pour la Palestine avec des anti-judaïques notoires !), un directeur de revue, un chanteur inconnu se voulant  » songé « , et puis quoi encore ? Salmigondis indigeste.
Jacassant en anglais, il y a donc cette ex-groupie ‹des Rolling-Stones, qui dira  » Bob Dylan m’aimait, voulait coucher avec moi, oui, oui! « ‹ une londonnienne, ex-droguée, ex- esclave sexuelle, ex-itinérante flouée et encore bien jolie à 60 ans. Le Ardisson va s’en donner à coeur joie comme l’on pense. Sa pâtée en face ? Ces  » tombés  » aux champs d’honneur de la renommée enfuie ! Il cogne. Il jubile. Il gratte les plaies. Il ricane, se trémousse, trépigne d’impatience, bave au bec, on dirait un vieil enfant sadique sur son petit pot ! Pénibles moments ! Bref, pour ceci, on veut pas revenir voir la bête le mardi soir, pour cela, on veut y revenir. Pour le philosophe qui dit : La terreur ne se justifie pas, jamais ! Cessons de l’excuser en parlant des Palestiniens ou! des Carlos et Ben Laden, deux fils de richards, pas des pauvres désespérés. Les désespérés véritables ne tuent pas. Le découragé est inexcusable de tuer des innocents. L’axiome :  » Seule la fin compte peu importe les moyens  » est une bêtise déshumanisante. Pour cela, oui, on se dit :revoir Ardisson mardi prochain. L’étonnant de l’affaire : ce Ardisson est très capable de discuter intelligemment avec un philosophe ! Alors, le reste ? Il joue. Un jeu crasseux hélas.
6-
Pour l’entrevue avec le G.-R. Scully, vendredi matin en vue de  » Bibliotheca « , je devais relire  » La petite poule d’eau « . Un  » jeune  » roman de Gabrielle Roy. J’avais pleuré en le lisant jadis. Cette fois, non. On s’assèche en vieillissant ? Je ne sais pas. Je devais identifier s  » mamqan  » pondeuse et si pauvre. Luzina
( luzina :oh ! usine à poupons ?) de Roy avec ma pauvre mère à cette époque. Il reste un livre mal fait, un roman comme coupé en deux, une parie dans cette famille pauvre de l’île e de La petite poule d’eau et l’autre partie avec un curé, un franciscain étonnant de Saint-Boniface et de Winnipeg. Qui, à la fin, est montré chez maman-Luzina. Lien bien tardif !C’est construit bien maladroitement.
Jeune, je ne voyais rien de cela. Maintenant, l’auteure, elle aussi, lucide, devait avoir un regard sévère pour ce beau et bon péché de jeunesse. Oui bon en fin ce compte car il reste un document poignant, une histoire traversée de quelques drôleries quand des nôtres s’étaient exilés pour le beau et bien creux rêve clérical d’aller  » catholisicer et franciser  » tout le Canada d’une mer à l’autre. Ce fut l’écrasement, les lois anti-français (Alberta, Manitoba et Ontario ), l’intolérance cruelle, le mépris, la dilution, le coulage du projet clérical , bref, toujours comme la francophobie ordinaire.
On vient de voir la rage contre ceux qui disent, avec bon sens, que nous ne sommes pas de  » loyaux et soumis sujets  » de Sa majesté la vieille reine morte. Elle qui, réactionnaire sénile, ne se consolait pas de l’empire perdu !
Comme c’est curieux de savoir que jamais Gabrielle Roy n’a voulu parler rien qu’un petit peu en faveur d’une vraie patrie pour les nôtres. Pour une patrie québécoise. Elle savait bien!
En y pensant , il y a, justement, ce fait :c’était, le Canada de l’ouest, sa petite patrie, son enfance, ses souvenirs chers, et elle refusait de l’abandonner ce pays de ses origines.
Je peux comprendre cela.

Le samedi 30 mars 2002

Le samedi 30 mars 2002

1-
Ce matin, Rayon —la femme de ma vie refuse que je la nomme— est à sa toilette et je regarde, le grand store levé, le lac. Des vagues de lumière sur le lac gelé roulent vers moi à tour de rôle. Elles se forment sur la rive de l’ouest, au Chantecler, et filent rapidement pour s’éteindre sur notre rivage. Fascinant ! On dirait, en gigantesque, la lumière Xérox des machines à polycopier ! Étonnante lutte reflétant, au ciel, nuages et soleil.
Hier soir, la bonne pizza au four —visible— de « Grand’pâ » à Val David, la patronne s’en va tout un mois chez elle, en France.
Bavardages divers de quatre adélois retraités de la vie active. On en arrive Jean-Paul et moi à certifier que la vie n’a été pour nous que circonstances, hasards (des rencontres) , chances souvent. Pauline J. et Rayon tombent plutôt d’accord. Effrayant constat. Le mérite, les études, les recherches, le travail, l’acharnement, la volonté, oui, oui, tout ça compte mais sont dans les sillons du hasard d’abord. Mauvais exemple, mauvaise morale, pour les écoliers à qui on n n’ose jamais parlé de cette existence à base de circonstances incontrôlables, involontaires.
Quelques éloges en courriels pour mon conte à CKAC, hier, intitulé « Chemin de croix dans Villeray ». C’était le quinzième chapitre, « Le martyr », de mon livre paru en novembre 2000, titré « Enfant de Villeray, que j’ai adapté (sans même le relire puisqu’il s’agit d’un vrai événement) à un Vendredi saint. Cependant, au Forum de mon site web, deux blâmes. On refuse d’admettre que l’auteur aimable (?) puisse avoir été un tel voyou, jeune. Eh ! Hélas, oui.
Au moment de l’œuf, rôtis et jambon (je délaisse parfois les céréales) , Rayon me signale : « Comme c’est curieux, je lis sur Kaboul où les éclopés de la guerre Taliban-USA, se débattent pour trouver des membres neufs —bras, jambes— et je songe au film « Kandahar », qui va passer bientôt à la télé, où l’on montrait ces handicapés claudiquant vers les jambes artificielles parachutés et je repense à « I.A. » de Spielberg quand une effroyable séquence fait voir des robots humanoïdes, la nuit, ramassant dans un dépotoir des membres encore utilisables.» Oui, séquence forte, j’en ai parlé. Prémonitoire ?
En revenant de journaux et cigarettes, chanceux, j’ai trouvé, à notre biblio de la rue Morin, un exemplaire de « La petite poule d’eau » de Roy. Je dois relire ce roman qui m’avait fait éclater en larmes il y a si longtemps pour en jaser à « Bibliotheca » du canal TV-5, vendredi matin prochain. Hâte de vérifier si j’éprouverai une telle émotion encore ! À la télé de T.Q. (sans pubs !) Rayon a revu —j’était au Salon de l’Outaouais— le film « L’été meurtrier » que nous avions peu apprécié en salle jadis et m’a dit l’avoir jugé sensationnel, parfait ! Un jour, dans un avion pour la France, on revoit un film de Lelouch, « La belle histoire » —ou « Les uns, les autres », je me souviens plus—, qu’on n’avait pas beaucoup aimé. Voilà que nous estimions énormément ce même film sur l’écran de l’avion ! Avertissement : nos goûts changent. Ou bien nous changeons tant que nous n’avons plus les mêmes sentiments, les mêmes critères. Mystère !
2-
Hier, quittant CKAC, j’ai filé chez mon fils à Ahuntsic. Pas un chat.
J’avais oublié que Daniel m’avait dit être invité chez son beau’f Murrray à Saint-Sauveur. Nous nous retrouverons pour le souper de Pâques dans un restau grec, le clan Jasmin, le clan LaPan et aussi le clan grec des Paltakis, maritalement associé aux La Pan. Alors, je suis allé, un peu plus au nord, chez ma fille, Éliane. Gabriel, mon trompettiste favori, me conduit à sa chambre où trône un immense aquarium, puis veut me faire visiter un immense magasin de poissons tropicaux —il est dans une passion-poissons rouges—, rue Jean-Talon proche de DeLorimier. Diable, il y a là une centaines de bocaux à poissons en formats divers et une variétés de « nageurs ailés » étonnante. La beauté.
Je l’autorise à se choisir quelques spécimens. Le grand géant, son frère Laurent qui nous a accompagnés, est aussi curieux que son grand-père de ces bestioles aux coloris enchanteurs.
J’ai invité la famille au complet au « Wok » chinois de la rue Fleury. Bouffe chinoise que j’aime que ma chère Rayon déteste. Infidélité totale ! Compensation :deux assiettées ! Hon ! Gabriel, goguenard, m’a offert une épinglette écrite en calligrammes chinois. On questionne un gentil serveur du « Wok » qui déchiffre : « Québec libre ! » Contentement du vieux patriote.
Répondeur : téléphone des Faucher. « On a beaucoup aimé ton conte de CKAC ». Je dis à Jean : « Merci. Tu es bien intégré, tu as tout compris ! » Françoise sera à Québec, dans trois semaines, tout comme moi (pour le Salon du livre), elle joue au théâtre là-bas. Je tenterai d’aller la voir sur scène.
Quittant le « château Chambord » —rue du même nom— d’Ahuntsic, David me demande si je veux aller reconduire chez lui, à Bois-des-Filion, son ami François qui séjournait là. Un adolescent étonnant, merveilleux, intelligent. François me narre un séjour récent de quinze jours en Haïti avec les gens de son école religieuse protestante (de Sherbrooke) où il étudie en pensionnaire. Merveilleuse expérience, me dit-il, il a vu « une drôle de misère » sous un si beau climat où les gens ne sont pas si malheureux qu’on l’imagine. Il m’explique y avoir rencontré du monde relativement heureux, pas « matérialistes et pressés » (c’est impossible en cette contrée pauvre) des jeunes démunis mais capables de rire, de chanter et de danser, pas enclins du tout au stress ambiant de l’Amérique du nord. À l’écouter j’ai compris comment il peut être profitable de faire de telles expéditions pour des jeunes. Il a réfléchi à des tas de choses et il se pose des questions fondamentales maintenant.
3-
L’hydro-Québec d’Israël a coupé le jus au Président Arafat ! On lui a bombardé tous ses alentours. Le voilà au bord du martyr. Une bavure finale de l’armée israélienne et c’est l’ explosion totale à l’ONU. Nous vivons des heures graves. Une jolie jeune palestienne se explosée. Horreur ! Une autre victime de la crise actuelle. L’horreur de ces jeunes désespérés ! Sadam Hussein enverrait des chèques aux familles des ados kamikazes. On imagine un papa misérable dévoyé : « Pis, mon p’tit gars, tu te décides à te dynamiter oui ? On a grand besoin d’argent ! » Oui, l’horreur !
Ce n’est pas l’écrivain Jacques Ferron mais son frère, Paul, médecin aussi, qui tout discrètement initiait le « Parti Rhinocéros » et s’activait à le maintenir, si mes souvenirs sont bons. J’en fus en 1967. Comme agent officiel d’un candidat totalement mutique dans Outremont. Nous fument invités aux micros du Téléjournal de Radio-Canada, un soir. En publiciste folichon j’y allai de promesses électorales farfelues. À la fin de mon laïus, c’était prévu, on demanda à mon candidat : « Qu’allez-vous faire à Ottawa si vous êtes élu ? » Il avait droit de parler pour cette question, il répondit : « 60,000 piastres par année, comme les autres ! » Lundi soir, au « Lion d’or », il va y avoir une fête de commémoration sur ce rhinocérocisme. On m’a pas invité.
Le nouveau maire Tremblay marine dans une sauce malodorante ces temps-ci. Deux accusations de favoritisme grave déjà et la question —patate brûlante—de ses bons copains qui achetèrent, les filous, des « biens collectifs » pour une bouchée de pain. Dont son échevin Yomans de l’Ile-Dorval que le Gérald Tremblay blanchit volontiers ! ! Oh la la !Le grave pétrin. J’avais, évidemment voté pro-Bourque. Tremblay a dans sa barque neuf (9) conseillers de l’ancien Montréal et 32 élus des banlieues…
anglophones pour la plupart et/ou pro-défusion. Mal pris plutôt.
Plein d’innocents qui l’ont appuyé aveuglément. Cocus !
4-
Il y a quelques mois, ma sœur Marielle, découvrant mon nouveau dada, l’opéra italien, m’avait offert une cassette-radio avec des « extraits » d’opéra chantés par le célèbre Andrea Bocelli. Durant des soirs et des soirs, Rayon à ses toilettes vespérales, je mettais le Bocelli, plein son dans la chambre à coucher. Le bonheur ! Je connaissais ses tounes par cœur à la longue. Un soir, stoppant la machine d’un coup de pouce énervé, Rayon, fit : « Non mais…Ça suffit, non ? Ça frôle l’intoxication » Elle avait raison. Ce matin, retour à mon vice- Bocellie durant l’exposition lumineuse à la « Xérox » sur le lac. Rayon rigole : « Ça t’a repris ? » J’ai dit : « Viva l’Italia! »
Hier après-midi, rentrant de CKAC et du Wok chinois, une note de Rayon, elle est chez des voisins, rue Morin, à quatre portes de chez nous, « Viens ! » J’y vais. Une scripte de la SRC, Nicole S., épouse d’un chirurgien de l’hôpital Fleury, vit maintenant dans ce qui fut l’auberge « La chaumière » de réputation excellente. Étonnement de revoir ce restau de classe, transformée en logis. Vrai petit manoir champêtre au bord du lac.
Des gourmets réservaient régulièrement au restau du chef français qui fut longtemps aussi le chef du « Chantecler ». C’était son « side-line », cette Chaumière. Je me suis souvenu, j’étais laveur de vaisselle et aussi potier à l’ex-écurie de l’hôtel, et un saucier du Chantecler, venu de Marseilles, m’invitait pour mon anniversaire à une bouffe, moi le « tout-nu ». Rare et divin repas.
Nicole nous parle d’une bestiole effrayante qu’elle a vu nager, cet été, pendant qu’elle se faisait bronzer sur un matelas pneumatique. Sa peur ! Une sorte d’énorme tortue inconnue avec dit-elle, une affreuse tête de E.T. On a rigolé. Monstre marin ? Le petit lac Rond, un nouveau Loch Ness ? J’ai hâte à l’été. Mon caméscope sera prêt. Ah oui, pouvoir admirer son monstre !
Manie ? Je découpe des tas d‘articles dans les gazettes chaque matin et puis…non, je refuse de trop farcir mon « journal intime » avec les nouvelles pourtant si extravagantes parfois. Ce fou suicidaire qui tire à vue à Nanterre, La biographie de Dieu (!) en personne selon Alexander Waugh, Boisvert jasant sur les « détectives privés », le pape Pie numéro 12 et ses silences sur les fours crématoires, Foglia et sa notion de « vulgarité »…Je n’en finirais pas. Alors, je préfère descendre, la soupe de Rayon est servie !